Thématiques du blog
Le NPA et le voile : la contradiction, de quel côté ?
Voilà donc la grande nouvelle polémique.
Une candidate du Nouveau parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot dans le Vaucluse porte le voile.
Et nous voilà reparti pour un grand concours de contradictions et d'incohérence.
La première.
«Je n'aurais pas accepté ça sur les listes socialistes. Une femme voilée c'est une annonce d'une religion qui doit rester du domaine privé et qui ne doit pas rentrer dans le champ de la République», a plaidé Martine Aubry.
On n'a pas entendu Martine Aubry protester quand l'hommage de la République à Philippe Seguin s'est fait sous la forme d'une messe. Quand la femme de François Fillon et avant elle Bernadette Chirac ont porté le voile lorsque qu'elles ont rencontré le pape avec leur mari, dans leurs fonctions officiels. Quand hier, les politiques – y compris socialistes - se pressaient au diner du Conseil représentatif des institutions juives. Et pour cause, Martine Aubry y était.
Alors pourquoi un traitement à part quand il s'agit de l'islam ? Réaction anti-religieuse ou anti-islam ?
D'autant que l'idée que « la religion doit rester du domaine privé et ne doit pas rentrer dans le champ de la République » est très contestable.
Rappelons que la loi de 1905 sépare l'Etat et les insitutions religieuses. Pas la société ou l'espace public de la religion, puisque la loi de 1905 protége la liberté d'expression religieuse y compris dans l'espace public. On peut avoir comme opinion que la religion doit rester dans le privé, et d'ailleurs la candidate du NPA défend cette position et refuse de répondre sur ses convictions religieuses. On ne peut en faire une loi qui interdirait le droit fondamental de se présenter à une élection.
Deuxième incohérence :
La Ligue international pour les droits des femmes reproche au Nouveau parti anticapitaliste d'adhérer « à un symbole, le voile islamique, qui sous toutes les latitudes signifie ségrégation entre les sexes, invisibilité du corps des femmes dans l’espace public, statut de second rang pour les femmes».
Or, cette jeune militante n'est pas invisibilisée dans l'espace publique, puisque qu'elle est candidate à des élections, et que c'est justement qu'elle soit visible qui fait scandale. Cette jeune militante milite dans un environnement mixte, se définie comme féministe, défend les droits des femmes, y compris la contraception et l'avortement.
Il est paradoxal que des féministe dont le combat premier est que les femmes ne soient plus considérées comme des citoyens de second rang, que leur parole ne soit plus opprimée, notament par les religions, refuse de donner la primauté à ce qu'une femme dit d'elle même, de ses convictions, du sens qu'elle donne elle à son foulard et que des féministes estiment que le vrai sens du voile, ce n'est pas ce qu'en disent les femmes mais la majorité des religieux hommes. D'ailleurs défendre le droit de cette jeune femme à dire d'elle même si son voile est cohérent ou non avec ses croyances, n'est-ce pas défendre un des principaux acquis de l'humanisme chrétien puis des Lumières : le libre arbitre individuel, le fait que la foi est doit être d'abord une question de conscience individuelle, avant d'être dite par l'Etat ou les instittions religieuses ?
Ce qui gêne tout ce monde là, c'est de découvrir ce qu'on sait sous toutes les latitudes, dans tout le reste du monde ou la religion a encore de l'importance :
dans le reste du monde, on sait que toutes les opinions se trouvent dans toutes les religions. Qu'on peut être ancré dans sa religion - musulame, catholique ou protestante, qu'on peut porter le voile ou être pasteur, et être féministe, anticapitaliste, internationaliste.
Aux religieux conservateurs, Jésus disait que ce qui comptait, ce n'était pas si les aliments qu'on mangeait, qui entraient dans la bouche, étaient casher ou non, que ce qui comptait, c'est ce qui sortait de la bouche, ce qu'on disait ou faisait.
Ce qui compte, ce n'est pas ce que cette militante porte sur la tête, c'est ce qu'elle a dans la tête, et qui dit le sens de ce qu'elle a sur la tête. Avis aux conservateurs qui dégrade la laïcité en nouvelle religion...

Tous les commentaires
On n'a pas, non plus, entendu protester tous ces beaux esprits lors de l'élection sur une liste PS - PC d'une conseillère municipale "voilée" à Echirolles (38).
L'indignation est bien sélective...
Je suis d'accord avec vous.
Je rajouterai une hypothèse (je dis bien "hypothèse"), une tentative de compréhension de ce phénomène collectif : une telle ruée de mots autour de ce foulard porté par cette jeune femme fonctionne comme un "objet" saisi pour exprimer du conflit ; un peu comme, dans certaines situations compliquées, angoissantes (état social de la France, sentiment d'une dépossession totale du politique par l'économique) on exaltait un conflit de surface pour éviter l'analyse qui risquerait de déplacer profondément les lignes.
Ainsi la notion vite saisie de "laïcité" évite de s'emparer de celle d'égalité, de liberté et fraternité. Car, n'est-ce pas l'abandon de tout un pan de la société française, son isolement de fait, cette acceptation de la fatalité économique qui fabrique la pauvreté ...etc ..., qui produit des symptômes* (entendons : signe d'une souffrance, d'une façon de faire avec une situation difficile) : s'acharner sur le symptôme, est évidemment le meilleur moyen de ne rien changer au fond.
Ex : pas la même passion collective autour de la question de la répartition des richesses, de cette façon de concevoir l'inégalité sociale comme une fatalité ...
Ainsi les principes ont des fortunes bien diverses !
* je souligne que ce mot n'a aucun sens péjoratif (ne pas le réduire au sens médical, réfléchir à son aspect de "signe")
vous divaguez grandement marielle billy ... au moins comme ça l'affaire est entendue ... vous n'êtes pas objective ... quel aveuglement ....
-
derrière ce foulard, c'est l'iran, le hezbollah, le hamas, vous ne comprenez pas, ou ne voulez pas comprendre l'ampleur de ce genre d'implications ...
oui, oui.
.
Selon moi, Besancenot a fait un coup médiatique à la Peillon.
.
Il ira loin, ce petit ! Il a compris comment ça marche...
.
jpylg
.
" Ainsi la notion vite saisie de "laïcité" ...
.
Si je comprends bien, chère Marielle, tandis que Benoit XVI est pour une laïcité positive, tu es pour une laïcité approfondie...
.
jpylg
.
En général, quand l'opinion s'enflamme sur quelque détail, je ne m'en mêle pas; c'est la prise de position de Stéphane Lavignotte qui m'a fait réagir. Je ne sais donc pas ce qui s'est écrit d'autre, sur Médiapart.
.
En tous cas, il me semble qu'un très bon résumé de l'affaire est disponible sur le site de "20 minutes" :
.
http://www.20minutes.fr/article/382326/Politique-Candidate-voilee-les-critiques-fusent-de-toutes-parts.php
.
Une fois encore, on laisse l'exclusivité de dire certaines choses qui fâchent à l'extrême-droite, tandis que la gauche s'enferme dans sa bienpensance, au mépris total de la réalité.
.
Il est évident que le NPA fait un coup médiatique pour draguer dans les banlieues. Il n'aurait pas besoin de ce stratagème, au demeurant, très risqué, s'il n'avait pas perdu, un an après sa fondation près d'un dixième de ses troupes.
.
Je remarque la dernière ligne de l'article de "20 minutes" :
.
" En raison de débordements systématiques, nous nous voyons contraints de fermer cet article aux commentaires. Merci de votre compréhension."
.
Notre incapacité à conserver notre sang-froid dans ce genre d'affaires me semble être le fond du problème. Cela m'évoque les temps qui précédèrent la dramatique "Séparation"...
.
jpylg
Merci pour ce billet, il devenait urgent.
.
Besancenot a fait ce coup pour draguer dans les banlieues, mais il ne pensait pas déclencher ce brouhaha qui, bien entendu, va se retourner contre le NPA.
.
Il pensait faire un coup discret. Il n'avait, certes pas, prévu de confier sa stratégie de communication au Figaro.
.
jpylg
Pas d'accord Jean-Paul.
Je ne sais comment l'exprimer de façon synthétique et compréhensible à la fois, mais pour moi le parallèle est évident entre cette fausse affaire et la fausse affaire Frêche. Leur concomitance est remarquable.
Si j'arrive à formuler ça correctement il faudra que j'en fasse part en particulier à Velveth (et quelques autres par la même occasion).
En attendant il faut que j'aille faire mon marché.
Mais si je trouve, promis, je vous préviens.
Je suis d'accord avec ce billet.
Mes souvenirs de l'affaire du voile précédente, il y a quelques années, sont multiples. Tout d'abord j'y ai vu un signe religieux insupportable, puis j'ai lu, j'ai compris que je ne faisais que répéter la doxa journalistique.
Puis j'ai vu et entendu la trouble excitation de tous ces politiciens mâles, d'âge mûr, blancs qui tous voulaient exprimer leur lutte contre cette poignée de jeunes filles.
Une obscénité dans l'attaque faite à des jeunes femmes était partagée par les politiciens. La pudeur était un mot qui était répété dans les phrases de cete jeunes femmes qui parlaient.
Il y a la question religieuse, et il y a toujours peu de pratiquants dans les différentes confessions, y voir un risque est se trouver un ennemi à bon compte. C'est assez ignoble.
Reste que j'aimerais que des jeunes femmes disent ce que signifie pour elles, dans ce pays, pour une laïque et féministe, le port du voile.
.
On n'est peut-être pas si "pas d'accord" que ça...
.
Ce qui me semble évident, c'est qu'il y a du faux dans l'air. Mais il y a du faux dans tout le discours public. Dès qu'il y a discours public, ça bidonne...
.
jpylg
"derrière ce foulard, c'est l'iran, le hezbollah, le hamas, vous ne comprenez pas, ou ne voulez pas comprendre l'ampleur de ce genre d'implications ..."
"j'aimerais que des jeunes femmes disent ce que signifie pour elles, dans ce pays, pour une laïque et féministe, le port du voile."
Un des non-dit du débat me semble être : de quoi une pratique - religieuse ou autre - est le nom et qui dit de quoi il est le nom ? Ce lien peut-il être déplacé ou "par essence", "ontologiquement" (excusez les gros mots) une pratique n'a-t-elle qu'un seul sens partout, de tout temps à jamais ? Qui dit de quoi une pratique est le nom ? Est-ce seulement la majorité d'un groupe la pratiquant, les institutions disant représenter les pratiquants ? Ce sens peut-il être déplacé, détourné, retourné ? Comment l'insitance sur le libre abitre, la conscience indivivuelle, le rapport individuel à Dieu en se désafiliant des institutions qui prétendent à la vérité sur les religions a changé les choses ? Un symbole déplacé - y compris de manière volontairement politique - dans un autre contexte chang-t-il de sens ? (voir J. Butler qui appelle à ce travail pour détourner et désactiver les insultes homophobes, en se revendiquant "pédé" comme l'a fait le mouvement queer). Quel rôle du débat public dans ces évolutions de sens ? Quand on dit "le voile c'est ce qu'en dit la majorité des religieux et la tradition la plus conservatrice", qui soutient-on, comment pése-t-on dans les rapports de force, en particulier vis-à-vis de cex qui se battent pour une interprétation individuelle et détournée du voile ?
Sur le voile, par exemple, j'ai entendu des jeunes filles voilées le déplacer de "je cache mes cheveux pour ne pas provoquer la libido des hommes" à "je couvre mes cheveux par respect pour Dieu", exactement le sens de la kippa que porte les hommes juifs. Une manière aussi de dire : "Je n'ai qu'un maître, c'est dieu", sous entendu pas les hommes. Les esclaves et les militants des droits civiques chantaient à tue tête : "nous n'avons qu'un seul maitre, Dieu", sous entendu : certainement pas le blanc...
Je pense aussi au retournement complet qu'a connu le sens de l'eucharistie catholique (vraie présence, répétition du sacrifice) à la cène protestante (souvenir), alors que c'était quand même un sens lourd maintenu par une hiérarchie efficace...
Ce sont sans doute ces déplacements de sens qui ne peuvent pas être admis, ou même entendus, encore moins aujourd'hui qu'il y a quelques temps.
Chacune de vos question aide à élaborer ...
.
D'ailleurs, en matière de discours bidon, le "club" de Médiapart est un véritable festival permanent.
.
Je me régale comme jamais.
.
jpylg
Renvoie tout le monde dos à dos, et montre-nous le sens des choses, toi qui y vois clair.
.
Déjà quand tu m'engueules, j'adore que tu me parles, alors quand tu me flattes, je suis au septième ciel.
.
En toute laicité.
.
jpylg
.
Disons, pour faire simple et court, que dans le club de Médiapart, c'est à qui bidonnera le plus.
.
jpylg
J'avais besoin de relire votre billet, Stéphane Lavignotte, à mon retour d'un autre billet, de Pleineaile - qui ne voit pas les choses du tout du même point de vue.
A relire le billet et fil aujourd'hui, j'y trouve autre chose (pas encore élaboré dans ma tête).
Et j'aime bien cette phrase de Marielle :
"s'acharner sur le symptôme, est évidemment le meilleur moyen de ne rien changer au fond."
Mais pour le reste, je reste partagée :
Je déplore que cette affaire n'ait pas, n'ait plus, permis de poser le problème de la conception de la femme dans certaines religions.
Mais ce soir je finis par me dire que c'est aux femmes croyantes et féministes comme Ilham Moussaïd, et aux hommes musulmans qui partagent ses conceptions, de faire évoluer leur religion de l'intérieur.
Fantie, j'ai fait comme toi cet aller-retour entre ces 2 billets (ici et Pleineaile), maintenant que le soufflé est un peu retombé.
A ce jour, j'ai tendance à voir cette affaire comme le fruit d'une peur, peur de ce qui survient, qu'on ne connaît pas, qu'on ne s'est jamais représenté, i.e., des femmes qui portent un foulard et en même temps affirment agir librement, sans donner à cet objet le sens lourd de "soumission".
Nous avons une sorte de vision rectiligne de l'évolution sociétale (pour dire vite : de moins libres, nous sommes devenues plus libres). Et à partir de là, toute autre démarche est jugée au nom de ce progrès (vision du progrès comme trajectoire ascendante, vision qui reçoit ces dernières années du plomb dans l'aile, cf : le devenir du capitalisme, pour dire vite).
Cette conception est donc ébranlée de + en + fort ces dernière années, et je fais l'hypothèse que cela enflamme la peur, la crispation, que cette peur agit en sous main dans la manière de traiter ce que l'on ne peut pas se représenter (une femme qui emprunte une autre voie que nous pour avancer). La peur empêche toujours l'analyse. Voici un aspect du problème : comment fait-on pour accueillir sur son sol des personnes qui ont un autre devenir que le nôtre ?
Si nous vivions dans un climat plus actif, plus créatif, moins défensif, cette différence d'approche ferait l'objet d'une curiosité, d'un questionnement, et non d'une bronca.
Cette peur est liée aussi à la question de l'immigration qui n'a jamais été travaillée sur le plan politique.(ex : le droit de vote local aux immigrés non européens, vieille rengaine socialiste qui n'est restée que discours jusqu'à ce jour, même si M. Aubry en reparle ..; ne parlons pas de notre président qui l'avait évoqué dans sa campagne en 2007 !). Je ne dis pas que ce soit facile, mais au moins faut-il aborder de face la question.
Bref, au bout du compte, je ne vois pas de problème à ce port du foulard. Ce qui ne signifie pas qu'il faille échanger sur le sujet, mais dans un échange ouvert et politiquement fondé sur des principes. Trop facile de s'indigner sur le foulard lorsqu'on sait quelle place (ou non place) on laisse aux personnes issues de l'immigration.
+1
Il ne s'agit pas, dans le cas du port du hidjab, "de peur de ce qu'on ne connaît pas" ; on en connaît bien, à ce jour, hélas, les enjeux.
Est-ce bien la même Marielle Billy, interviewée lors de la soirée au Théâtre de la Madeleine sur un sujet débattu sur Mediapart, "La Laïcité", qui disait "je suis très concernée par la laïcité, car je suis professeure" ?
Plus que jamais, Pénéloppe. Et je rappelle que je parle ici du foulard de Ilham Moussaïd. De rien d'autre, ne mélangeons pas tout, c'est le début de la confusion.
Je pense seulement que la crispation qui s'est fait jour dans ce débat illustre le fait qu'on a du mal à lier les problèmes. Je rappelle seulement que si le choix de porter le foulard est un "signe", un signe se doit d'être analysé, qu'il est en général complexe, porteur de plusieurs sens. Je citerai par exemple la forte exclusion sociale (et donc scolaire) dont font l'objet les immigés et leurs enfants en France depuis toujours. Faute d'avoir pris en compte cette dimension, le pays se trouve déboussolé, et on ne place pas les "enjeux" au bon endroit. Sans parler des effets de la politique internationale depuis les années Bush...
Pour résumer, si le port d'un "signe" politique ou religieux est justement proscrit à l'école (lieu d'apprentissage de gens mineurs), ailleurs ce port de signe ne pose pas du tout le même problème. Face à un événement nouveau, la première des attitudes à adopter selon moi c'est le questionement.
J'en ai soupé de ces grandes déclarations tonitruantes qui bétonnent une posture défensive et n'aident en rien à comprendre ce qui se passe. Moi je dirais que c'est une chance qu'une jeune femme comme Ilham fasse la démarche d'entrer dans un travail politique, que c'est une façon de créer des occasions d'élaboration sociale et politique.
Enfin rappelons que la laïcité est entre autre le fait que l'état reste neutre, ne privilégie aucune religion. (ex : une école confessionnelle a le droit d'exister à condition qu'elle respecte les programmes nationaux et accueille tout le monde, sans distinction de croyance). J'en reste donc là.
"Nous avons une sorte de vision rectiligne de l'évolution sociétale (pour dire vite : de moins libres, nous sommes devenues plus libres). Et à partir de là, toute autre démarche est jugée au nom de ce progrès (vision du progrès comme trajectoire ascendante, vision qui reçoit ces dernières années du plomb dans l'aile, cf : le devenir du capitalisme, pour dire vite).
Cette conception est donc ébranlée de + en + fort ces dernière années, et je fais l'hypothèse que cela enflamme la peur, la crispation, que cette peur agit en sous main dans la manière de traiter ce que l'on ne peut pas se représenter (une femme qui emprunte une autre voie que nous pour avancer). La peur empêche toujours l'analyse." (Marielle, 4h54)
Toute ressemblance avec les années 1930 (crise économique, crise idéologique) ne saurait être que fortuite, n'est-ce pas?
Oui, disons que dès que de la peur s'empare des personnes, cela obstrue toute capacité de questionnement : exemple de question - que dit Ilham Moussaïd ? comment accueillir l'engagement politique d'une personne qui s'affiche comme musulmane ? comment entendre ce qu'elle dit ? quel est le chemin social et politique d'une fille issue des quartiers populaires d'Avignon ? ...
Au nom de quoi ces questions ne seraient pas aussi très intéressantes à examiner ?
Je ne vais pas vous contredire.
Mon commentaire, allusif, demanderait à être développé, mais je souhaiterais auparavant remettre la main sur des ouvrages de Z. Sternhell que j'ai lus il y a plus de vingt ans. Vu mon "foutoir", ce n'est pas gagné!
Je ne suis pas de ceux qui font une crispation sur le voile. Contrairement aux supputations de ceux qui voient le NPA faire un coup politique, je suis de ceux qui, localement et très localement même, sans suivi des des instances du NPA, ont voté pour la candidature d'Ilham. Non sans mal.
Je ne pensais pas qu'une telle furie médiatique se déchaînerait. Elle est injuste et orientée. Qu'une jeune femme voilée sur 2000 candidats se présentent, quelle importance ?
Mais bon, ça en a une. Nous avons à cette occasion perdu des votes de femmes, en nombre. Donc ce voile a un sens, plus de sens que je ne lui en donnais.
Je lui en donnais un "équivoque" : indubitablement signe imméorial de "l'impureté" féminine qui doit se voiler devant son dieu, subalterne et dangereuse, ainsi que ne se dévoiler que pour "son homme", assujettie et soumise. Demain des milliers de femmes révoltées dévaleront les rues de Qom et de Téhéran en le jetant certainement au ruisseau.
Ilham peut toujours protester, voilà ce que "signifie" ce signe.
Autre partie de cet "équivoque" : il est aussi un signe dans nos sociétés impérialistes, racistes et machistes, que donnent les jeunes femmes voilées de leur révolte contre la maltraitance sociale dont les leurs (hommes et femmes) sont l'objet.
Dernier aspect : il parle aussi de ce que Marx nomma "le soupir de l'opprimé/e", la foi en une transcendance. Le refus d'un monde cruellement vide ou trop plein de cruautés.
Bon comment se dépêtrer là dedans.
Je regrette d'avoir voté pour une candidate au signe religieux ostensible pour diverses raisons.
La première est que celles qui en furent les plus affectées furent les femmes, devant un brusque retour de norme et de la plus sévère envers elles. L'analyse des votes l'indique bien (voir l'étude CSA). Et du point de vue de l'émancipation je ne crois pas que ce soit un bon signe à donner de la part du NPA.
Ke le regrette aussi pour les musulmans. Certes comme le dit Lavignotte, la religion n'est pas du domaine privé, mais elle est quand même privative. En faire un usage ostensible avec cette candidature a aussi heurté les croyants. Les uns parce qu'ils y voient une intrusion d'un parti dans leur domaine spirituel, une forme d'instruentalisation. D'autres, croyants laïcs, un danger pour leur foi jetée en pâture aux débats politiques déjà si chargés de phobies. D'autres enfin femmes de culture musulmanes, croyantes ou non, pour qui se port du foulard fai une fois de plus tout porter à la femme : la charge de la résistance visible au racisme et à l'islamophobie, la charge d'un retour de pouvoir masculin, la charge d'une vieille oppression insidieuse.
Enfin je le regrette parce que si je prend ce foulard au sérieux, s'il signifie une forme de pudeur féminine, une forme de "voilage du corps", que va-t-il imposer ne serait-ce que dans le NPA ? Il se trouve que je couche avec des hommes, pour parler brut, que je vis ostensiblement avec un homme, que je tiens non à être accepté mais approuvé. Que vient me dire le voile ? Que vient me dire cette pudeur ? Quel retour, sur moi aussi, vieux militant des luttes des pédés et des gouines, d'impudeur de mes conduites, de mes choix, de mes pratiques...
Or je tiens à vivre mon corps, nu et sans fard devant mes camarades.