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Occis, mort, Bashung

Quinze jours exactement après le malaise de Victoires de la musique qui prirent la forme d'un enterrement vivant, Bashung est mort vraiment. Il faudra du temps pour le réaliser, après une année passée Bleu pétrole en boucle.

 

Ce qui s'avère donc son ultime album restera aussi le plus fort, avec Fantaisie Militaire, disque au titre « occis mort » comme l'a suggéré alors JD Beauvallet – face de chanteur dans la glauque mare de la « chanson française ».

 

Longtemps, pour beaucoup, Bashung aura été le seul nom possible de la chanson française, cette horreur. C'était il y a un siècle, avant Noir Désir, Dominique A., Katerine puis d'autres, enfin. Avec Gainsbourg, tout seul dans la voie tracée par celui-ci (hors-compète), Bashung était l'unique preuve qu'on pouvait, à condition d'avoir le talent, chanter en français après Dylan. Combien d'années sera-t-il ainsi resté l'isolé des playlists, la surprise française de la compile C90 ferrochrome ?

 

Tout était affaire de phrasé comme on dit pour les musiciens de jazz. En l'occurrence, la virtuosité à mettre les mots de cette langue-là dans cette musique-là - i. e. le français dans le rock. Pari quasi impossible, épreuve redoutable qui parfois provoque l'hilarité mais plus souvent l'agacement et la censure du son. Bashung, lui, faisait des miracles.

 

Osons une hypothèse hasardeuse : et si ce phrasé caractéristique, inédit, avait été paradoxalement possible du fait du renoncement au statut sempiternel d'auteur-compositeur, maître ès ritournelles ? Bashung a chanté les notes et les mots des autres mais seul il en faisait autre chose - de la musique. Comme si les mélodies ou la poésie n'accédaient à leur statut qu'à travers lui. Il devait être sacrément magique d'écrire pour Bashung ou, plus exactement, d'entendre le rendu de sa copie, littéralement annotée.

 

De Bashung il restera des chansons bien sûr, des albums aussi, avant que ce format disparaisse totalement de nos usages dématérialisés, mais surtout des bribes nombreuses, samples mentaux dont la mémorisation sera toujours facilitée par le pli inouï chez lui de l'allitération - grand art qui frôle celui d'Elvis Costello, génie absolu du genre.

 

Sans doute pourrait-on d'ailleurs envisager de tracer la trajectoire de toute son œuvre en décidant de ne traquer que les mots en couple, ceux alités qui s'enlacent comme ceux scotchés qui s'entrechoquent pour finir occis - morts.

Tous les commentaires

Quel plus bel hommage pour un artiste que de dire son art-oxymore . Merci. Et pour le juste frôlement avec Costello.

Je rentre du théâtre un peu grisée..quelqu'un m'a glissé la nouvelle à l'oreille... ...traces de tristesse

La nuit je mens, je prends des trains à travers la plaine... http://www.youtube.com/watch?v=4SR_ygICDKE

Bel hommage, dans un Billet au bien beau titre. C'est vrai, Il devait être sacrément magique d'écrire pour Bashung ou, plus exactement, d'entendre le rendu de sa copie, littéralement annotée.

Merci Sylvain, pour ce bel hommage, pour avoir dit, aussi, combien il est artiste, jusque dans son phrasé, ses allitérations, ses ellipses, sa voix.

Magnifique hommage. Et Christine Marcandier-Bry a raison de nous parler de Bashung "Il est artiste", au présent. . Bien à vous,

Dylan voulez pas être Rimbaud, il voulait être Elvis (Presley) pas l'autre. Bashung aura réussi, en français, à fredonner l'un et l'autre. L'époque et un bout d'éternité. Putain, Gaby doit chialer grave.

Le monde du cyclisme aussi est en deuil, en mémoire d'une des plus belle chanson dédiée au vélo ("L"arrivée du Tour"), avec clip de Kiki Picasso en prime… http://www.youtube.com/watch?v=uKFiUziHtTw "A genoux, les majorettes, ces demoiselles aux parloirs Sonnez, résonnez musettes, à nous deux la victoire! Grands les culs de jattes, ça court les rues A la poursuite du môme sans but Non, y'a pas le feu au QG, non, y'a pas le feu au QG, le feu au QG Ce n'est qu'un arrosoir, un tomahawk sur l'armoire Qu'est-ce que tu fait ? Mais tu tapines en bourg"? Pas du tout c'est l'arrivée du tour!"

pauvre Alain ,matraqué de toxiques,de rayons tueurs a ST Joseph,le cancer des affectifs,émotion,Alain qui a ramé en France des années,ignoré des radios, trop en avance ,trop authentique,et magnifique compositeur,Alain qui me manque et qui est un être incomparable,qui aimait la sacralité,et ne pouvait vivre sans cette ferveur,cette ouverture sur d'autres mondes. Bashung est parti ,tristesse infinie.

chanter en français après buddy holly; oui c'était possible ..... grâce à l'ami boris bergman .... merci alain; merci boris; merci buddy

Gaby pleure...

Ce jour, avec le départ brutal de Bashung, disparaît également avec lui l'album-concept, comme il savait si bien le faire.

J' abonde en ce qui concerne le talent de Bashung, qui restera longtemps en nous .. Mon émotion est très forte. Je crois que, même si on en a fait trop aux Victoires de la Musique, cet amour du plublic et cette reconnaissance de toute la profession, ont été pour lui un grand réconfort, au point qu'il a surmonté ses souffrances pour être présent, élégant, et s' exprimer; c' était un des derniers bonheurs je pense. Par contre, dans l' émotion du moment, oublier que Barbara, Nougaro, les Rita Mitsuko et quelques autres, ...aient eu beéaucoup de talent, qu'ils aient fait honneur, chacun dans son style, à la chanson française, n' est-ce pas injuste? Le propre de la musique et des arts en général , est de se présenter sous des formes multiples, qui permettent à chacun de vivre une forme de bonheur, en fonction de ses goûts.

Chagrin immense pour ceux qui l'ont approché... Merci, Sylvain, de préciser que tant d'hommages rendus ces derniers temps laissaient deviner qu'il était au bout du rouleau (déjà, sa silhouette amaigrie l'an passé à Taratata, avec Nagui martelant, comme pour le rassurer, que le public l'aimait, avait quelque chose de funèbre, en plus d'un je ne sais quoi d'infiniment triste dans la voix). Le parcours de Bashung est plein d'embûches d'après ce que j'en ai lu, s'il a eu du mal à se faire admettre, il conclut magnifiquement, quoique je le ressente comme pas tout à fait parti ailleurs vu l'hommage qui lui est rendu de toutes parts (Fip ce soir jusqu'à 23 heures), il s'est juste dilué dans l'atmosphère... Son oeuvre le prolonge, ses textes vont intriguer plus que de son vivant. Il était plutôt du genre aimable dans le contact, avec une tendresse rentrée pour la spontanéité de l'enfance. Même un peu frimeur, il imprime sa marque : le clip ci-après, à mi-chemin entre Gainsbourg et Dylan, force à regarder la créature s'agiter en arrière-plan, pour donner encore plus envie de se le repasser, d'écouter ces paroles à double-tranchant, encore renforcée par le statisme du maître... http://www.musicme.com/#/Alain-Bashung/videos/Volutes-0602498354209.html

"Volutes partent en fumée, je cloue des clous sur les nuages au fond du garage"

Madame rêve encore !

je suis né en 1943; j"ai connu elvis à paris pendant son service militaire .....et dylan à new york presque dix ans plus tard en 1965 pendant les sessions d'enregistrement de HIGHWAY 61 REVISITED ....je ne raconte tout ça que pour préciser deux ou trois choses: 1.l'album concept a été inventé par SINATRA en 1952/53 en 25 puis en 30 cm ..... 2. je n'ai acheté aucun disque français pendant trente ans (à part peut être un 25 cm d'yves montand ... je n'en suis même pas sûr ) .... avant de découvrir, ce qui était inimaginable avant lui, à savoir qu'il y avait du rock en français, et d'acheter les premiers BASHUNG ........ ...... signés bashung/bergman en hommage respectueux au dieu BUDDY HOLLY never forget BUDDY and BORIS merci ALAIN

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