Gomorra ou la Camorra selon Roberto Saviano
Gomorra, le livre de Roberto Saviano, s’est vendu à 1 200 000 exemplaires en Italie. Le film éponyme de Matteo Garrone a totalisé 1 800 000 euros de recettes une semaine après sa sortie en Italie. Depuis 1979, la Camorra a fait 3 700 victimes. Roberto Saviano, dans son discours à Casal di Principe le 17 septembre 2007, a rappellé que l’organisation mafieuse napolitaine avait fait plus de victimes que l’Ira, l’ETA ou les Brigades Rouges.
Dans son récit-enquête sur la Camorra, Roberto Saviano raconte l’empire économique qui se cache sous le nom de cette mafia napolitaine. Il raconte pourquoi la Camorra n’est pas seulement le problème d’une région mais celui de plusieurs continents. Naples subit la violence directe de la Camorra mais les décisions sont prises à l’étranger, en Espagne, en Amérique du Sud, en Asie.
Dans son livre, Roberto Saviano dénonce la Camorra, ce pouvoir économico-criminel qui envahit l’Italie et qui se confond avec l’État. Lors du procès Spartacus en 1998, le juge d’instruction a demandé au boss camorriste Francesco Schiavone : « Etes-vous l’anti-état ? » Le chef de clan lui répond : « Non, je suis l’état. » Une réponse qui résume l’ampleur du « Système » comme il est surnommé. Pour le jeune écrivain, le seul moyen de se défendre c’est de connaître et de comprendre. Savoir pourquoi l’état engage certaines sociétés et pas d’autres, savoir comment un homme politique est élu, savoir que le pouvoir des clans est réel.
Dans son premier chapitre, l’auteur décrit l’incroyable monde des affaires qui s’ouvre et se ferme en suivant la courbe d’évolution des marchandises. Les bateaux déchargent dans le port de Naples toutes sortes d’objets – vêtements, plastiques, montres – qui sont ensuite entreposés dans des immeubles vides. Ces objets, en fin de vie, sont réduits en poussières toxiques abusivement déversées dans la campagne napolitaine. La Camorra contrôle tout, de la transformation des objets jusqu’au trafic des déchets.
Dans le film Gomorra de Matteo Garrone tous les chapitres du livre n'ont pas été adaptés. Cependant la segmentation en plusieurs volets indépendants les uns des autres est la même. Le film et le livre n’ont pas de début ni de fin. Ils ne sont pas linéaires. Ils appartiennent à une réalité qui est cependant observable, qui est tangible, qui est proche des gens, encore faut-il avoir le courage d’ouvrir les yeux. Certains considérent Gomorra comme un documentaire. Pour d’autres c’est seulement un récit.
Dans l’édition italienne de Gomorra, Roberto Saviano a choisi l’épigraphe tiré du film Scarface: « Le monde est à toi ». Depuis la parution de son livre Roberto Saviano vit sous protection rapprochée. Il est auteur de Gomorra dans l'empire de la Camorra, publié aux éditions Gallimard, 356 pages.


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Ce matin sur France Culture, à l'occasion de la sortie du film Gomorra l'invité est Jean de Maillard, magistrat auteur, entre autre, de "Un monde sans loi" (ouvrage collectif de magistrats). On apprend que les paradis fiscaux existent parce que c'est une nécessité, ils sont indispensables à la mondialisation : il n'y a pas de mondialisation s'il n'y a pas de paradis fiscaux. Il ne faut pas oublier que ce sont les Etats qui les ont créés. Et encore : l'économie quelle soit organisée ou criminelle, Jean de Maillard n'y voit guère de différence et ce capitalisme criminalisé qui prospère est accepté par nos politiques. Si beaucoup de lois sont votées pour essayer de le maîtriser, ça fait penser à celui qui mettant le feu à une poubelle voit l'incendie se propager à l'immeuble et saisi un extincteur. L'origine du mal est ignoré. Enfin, pour démontrer la véracité des propos de Jean de Maillard je cite le ministre de l'intérieur d'un précédent gouvernement de Berluscuoni " la maffia...il faut faire avec".
Livre magnifique à la structure tout à fait particulière puisqu'il ne s'agit que d'anecdotes en chaîne, à la fois historique et présente puisque tirée de l'experience de Roberto Saviano. Je l'ai lu en deux jours d'une traite, le courage de ce journaliste/ecrivain est admirable. Cela démontre notamment pourquoi le sud de l'Italie est tant à la traîne car elle est gangrénée à tous les niveaux par ces comportements. Par exemple, Saviano montre que les maffieux détiennent les cimenteries afin de pouvoir ensuite rançonner les entrepreneurs de BTP lorsque le ciment est livré. Et au passage, ces cimenteries produisent un ciment de très mauvaise qualité ce qui rend les structures des habitations totalement précaires.
Bien vu : "Je suis l'État." La question est là : l'État italien existe-t-il encore ? A-t-il jamais réellement existé ? Autres questions : qu'en est-il de la Maffia, Camorra, etc. dans les autres pays d'Europe, dont la France ? Jusqu'à quel point l'existence des ces organisations à logique totalitaire et fascisante menace-t-elle nos démocraties ? Quels sont les liens des mouvements dits "séparatistes", en particulier ETA ou IRA, avec les organisations maffieuses ? Réponses attendues !
Je n'ai malheureusement pas de réponses quant aux possibles connivences entre organisations mafieuses et mouvements séparatistes comme l'ETA ou l'IRA. C'est pourtant un sujet passionnant et si nous avons un expert en la matière parmi les abonnés qu'il n'hésite pas à nous répondre. On peut dire que l'État italien existe dans la mesure où il est tangible et reconnaissable à travers des dirigeants élus. Je dirais même dans la mesure où la peuple italien est représenté. Les italiens ont élu un parlement et un gouvernement qui les représentent. N'oublions pas que l'État c'est le peuple. Pour plus de détails je vous invite à relire tous les grands de la philosophie politique de Platon jusqu'à Carl Schmitt. Il y a du travail! Moi aussi j'en aurais bien besoin. Bref. La question est maintenant de savoir quels sont les pouvoirs dont disposent ces hommes et ces femmes. Pour réponse j'ai une petite anecdote: "La police italienne a recherché pendant près de 37 ans le boss de la mafia sicilienne Bernardo Provenzano et chef de la famille des corleonesi. Fugitif depuis 1963 Provenzano a finalement été arrêté en 2006. Un ancien chef de la police a récemment témoigné. Il a avoué que pendant ses recherches sur Provenzano il était presque parvenu à l'arrêter, dans les années 1990. Le repère de Provenzano était encerclé par les forces de l'ordre et les carabiniers; le chef de la police n'avait plus qu'à donner l'ordre d'attaque. Ce dernier a reçu un message au dernier moment provenant d'un haut responsable de l'état de na pas donner l'assaut. Provenzano a continué sa cavale pendant encore plusieurs années." Voilà pour la petite histoire. Je crois que c'est un débat qui a toujours fasciné les Hommes. Aujoourd'hui nous sommes confrontés à des mafias qui interfèrent avec "l'état". Hier nous étions confrontés à des monarchies de droit divin. Je pense qu'en effet la démocratie est menacée par les mafias. Malheureusement peu de chercheurs se sont intéressés à ces thématiques sûrement par peur des représailles. Parce qu'on ne peut pas seulement étudier les organisations criminelles, dans un sens on les dénonce forcément. Roberto Saviano est membre de l'observatoire sur la camorra, que vous pouvez trouver à cette adresse: http://www.osservatoriocamorra.org/root_sito/pagine/