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Sept ans après, récits de l'horreur vécue à Gênes lors du G8 2001

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Crédit photo: LaRepubblica

Cellule de la prison de Bolzaneto photographiée après le passage à tabac d'un manifestant, an 2001.

 

Le commissariat de police de Bolzaneto, à l’écart du centre de Gênes qui accueillait le G8 en juillet 2001, s’était transformé pendant trois jours en lager pour les manifestants arrêtés. Les coups, les sévices, les tortures, les insultes sur fond de propagande fasciste avaient imprégné les murs de la prison ces jours-là. Pour les 209 victimes de ces violences policières, l’attente d’un procès a été longue.

 

Le verdict devrait pourtant tomber au début de l’été prochain. Le 11 mars 2008, les magistrats du ministère Public italien, Patrizia Petruzziello et Vittorio Ranieri Miniati, ont demandé une peine cumulée de 76 ans, 4 mois et 20 jours de réclusion pour les 46 accusés.

 

Mais voilà, sept ans se sont écoulés. Sept ans d’impunité parce qu’en Italie la torture n’est pas un délit. Il y a vingt ans, Rome ratifiait la Convention de l’ONU (1987) qui interdit et condamne l’usage de la torture. Depuis, la législation italienne ne s’est jamais préoccupée de transformer cette convention en loi nationale. Et ce trou noir a des conséquences directes sur le procès puisque le parquet a été contraint de contester aux accusés seulement l’abuso d’ufficio qui devrait tomber en prescription en 2009. Aucun des imputés ne passera un seul jour en prison.

 

Les magistrats espèrent que leur memoria servira à fournir les preuves irréfutables de la culpabilité des policiers, des médecins et des carabiniers dans cette affaire. Le document historique ainsi composé sera un plaidoyer contre « des comportements inhumains, dégradants, cruels » et contre « la violation systématique des droits de l’homme et des libertés fondamentales ». Patrizia Petruzziello et Vittorio Ranieri Miniati expliquent que ces trois jours et trois nuits « ne pourront jamais être oubliés ». Le troisième chapitre de leur memoria regroupe les dépositions des 209 victimes et la liste est longue. Le journaliste de La Repubblica, Massimo Calandri, recueil des extraits de ces dépositions dans son article du 19 mars 2008. C’est un long récit de l’horreur.

 

Nicolas N., Sienne, 1981 : « Dans le couloir, depuis son arrivée, il doit marcher la tête basse. Avant de le faire entrer dans la cellule, ils le font se mettre à genoux et ils lui donnent deux coups de poing dans la tête et un coup de pied. À chaque mouvement qu’il fait il reçoit des coup de pieds, de poings et de mains dans le dos et aussi des coups de genoux dans l’estomac. Les agents lui disent de rester la tête basse parce qu’il est un être inférieur et indigne de les regarder dans les yeux, qu’il est une merde et qu’avec Berlusconi ils peuvent faire ce qu’ils veulent ».

 

Ester P., Pinerolo, 1980 : « Pendant qu’elle passe dans le couloir elle reçoit des coups de pieds, des gifles et des insultes. “Putain, salope“. Aux toilettes la femme-agent lui écrase la tête vers le bas jusqu’à toucher quasiment les WC turc pendant que, du couloir, les agents l’insultent avec ces mots : “ Putain, salope, tu aimes la matraque ? “. De sa cellule, elle aperçoit un garçon dans le couloir qui se fait frapper à coups de matraque dans les testicules. À l’infirmerie, elle doit se déshabiller complètement et ils la font sortir dans le couloir en sous-vêtements. Ils la font mettre dans la file d’attente avec les autres et ils leur font faire le salut romain, chanter “ Faucille Noire “ et dire “ Viva il Duce “ ».

 

Valérie V., française, Perpignan, 1966 : « Ils font pression pour lui faire signer un document, ils lui donnent des gifles sur la nuque, lui montrent les photos de ses enfants sur le passeport et lui disent que si elle ne signe pas, elle ne les aurait plus jamais revus. Elle est insultée de “communiste, rouge". Elle entend quelqu’un hurler dans le couloir et dans d’autres cellules et supplier. Elle entend les agents qui font des bruits gutturaux, comme des animaux. Elle se rappelle les tâches de sang et de vomis dans la cellule et aussi l’odeur d’urine. Ils ne lui donnent ni à manger ni à boire. Elle réussit à boire seulement un peu d’eau d’un lavabo avant d’être frappée. Elle se rappelle une jeune fille américaine dans la cellule avec elle, Teresa. Ils les menottent ensemble. Elle la revoit dans la prison d’Alessandria et cette fois elle a des contusions sur tout le corps ».

 

Entre le vendredi 20 et le dimanche 22 juillet 2001, des dizaines et des dizaines de policiers, de carabiniers, de gardiens de prisons, de généraux, d’officiels, de médecins et d’infirmiers de l’administration pénitentiaire étaient présents à Bolzaneto. Tous complices et coupables de silence.

Tous les commentaires

24/03/2008, 09:11 | Par Jean-François COFFIN

Qui a dit que nous vivons dans des sociétés pacifiées ? pourquoi ces évènements n'ont pas été relayés en temps réel ? Pourquoi l'information telle qu'elle a été majoritairement diffusée concernant Gènes, ne s'est arrêtée qu'à la mort d'un manifestant ? Il ne faut probablement pas tout savoir pour éviter le dégoût et pour ne pas se couper d'un monde de faux semblants et de cynisme.

24/03/2008, 12:07 | Par Albane69

Bonjour , le 11 mars 2008 est passé ...quid des suites ? Bon article .Merci de faire connaitres ces événements qui a défaut de faire adhérer , fait comprendre les comprtements parfois violents des "black belt" deavant les "forces de l'ordre"durant les G8 et autres manifestations.MERCI

24/03/2008, 13:41 | Par Yolaine M

Merci pour toutes ces infos. Froid dans le dos.

24/03/2008, 15:11 | Par Sarah Labelle

Ces récits qui évoquent les périodes troubles de nos "démocraties" occidentales dans lesquelles on cherche à faire rimer liberté avec sécurité... Merci de bien vouloir légender les photographies qui illustrent vos articles. Le trouble à la lecture vient aussi des associations induites par la continuité visuelle entre les récits et les images qui se jouxtent. Ce petit traitement documentaire permettra de mieux comprendre et de mieux analyser ce que vous donnez à connaître.

24/03/2008, 17:54 | Par Thomas Chabolle en réponse au commentaire de Sarah Labelle le 24/03/2008 à 15:11

Chère Sarah Labelle, vous avez eu raison de me rappeler l'omission de la légende photo. J'ai d'ailleurs corrigé ce manque sur le champ. Cependant, je ne saurais vous préciser avec plus de détails les violences subies par la ou le manifestant et s'il y a un rapport direct avec une des dépositions exposées dans mon billet. Mes sources ne me permettent pas de l'indiquer et j'en suis désolé. Soyez certaine qu'il s'agit de la photographie d'une des cellules de Bolzaneto qui ont servi de chambres de supplices. J'espère que la précision apportée rendra plus claire l'analyse et la compréhension de mon billet.

24/03/2008, 16:59 | Par roger zambaldi

Je profite de ce reportage sur Bolzaneto pour vous exprimer ma gratitude. Abonné des premiers jours, j'ai suivi régulièrement la création de MEDIAPART. A plusieurs reprises, j'ai eu l'intention de vous exprimer ma satisfaction d'être le spectateur de cette naissance. Elle fait honneur à ses fondateurs, à la liberté sacrée de la Presse, elle participe à l'évolution des médias dans notre Pays. Internaute assidu des différents supports de la Presse sur le web, MEDIAPART est pour moi le complément naturel, unique et indispensable de cette toile virtuelle, mais oh combien réelle, de la condition humaine. Merci Roger Zambaldi

24/03/2008, 18:09 | Par Jean-Marc Duval

Les évènements de Gênes montrent que la limite entre la démocratie et les régimes de non-droit est faible et que nous devons être vigilants à tout moment. Que se souvient de Charonne en France ? Que si souvient comment madame Thatcher à traiter les indépendantistes irlandais en Irlande du Nord ? Qui se souvient des évènements sur les campus américains en 1968? Bravo pour cette article qui nous rafraichit la mémoire.

24/03/2008, 19:08 | Par leon08

Vérifiez votre orthographe svp !

24/03/2008, 21:14 | Par Thomas Chabolle en réponse au commentaire de leon08 le 24/03/2008 à 19:08

24/03/2008, 22:27 | Par Marine Turchi

Billet vraiment intéressant. Longue vie à ce blog!

25/03/2008, 11:59 | Par Anne GRIMAL

Effrayant, impensable dans nos soi-disant démocraties modernes et pourtant réel. Merci à Mediapart de susciter notre vigilance.

25/03/2008, 18:03 | Par Jean-Louis Legalery

Jean-Louis Legalery Edifiant et terrifiant à la fois. Et dire que Berlusconi va sans doute revenir au pouvoir ! Que sont donc ces électeurs italiens qui propulsent de tels dangers au pouvoir ? Amnésiques ou décérébrés ?

25/03/2008, 21:02 | Par Willy MEZIANI

Bonjour a tous Je suis un nouveau venu sur Mediapart. Peut-être mon témoignage a-t-il un intérêt. J'ai participé à la "bataille" de Gênes en 2001. J'étais aux côtés des militants d'ATTAC . Je n'ai pas personellement assisté aux violences qui sont ici décrites. Cependant, je peux assurer que les scènes de tortures étaient connues des participants aux journées de Gênes. Plusieurs camarades racontaient ce qu'ils avaient vécu (certains passaient par le commissariat et était relachés à plusieurs kilomètres de la ville, en sous-vêtements et sans papiers) et d'autres ou les mêmes portaient des traces de coups sur le visage et sur le corps. j'ai vu des carabiniers qui nous faisaient des "doigts" d'honneur en passant du haut de leurs véhicules blindés. J'en ai vu d'autres qui faisait de même du haut de leur hélicoptère( qui se tenait à une trentaine de mètres au dessus de nos têtes pour couvrir par son bruit les discours des leaders altermondialistes et qui sillonait le ciel de la ville toute la nuit en éclairant les rues de ses projecteurs). Des amis proches ont du se cacher dans une pizzeria dont le patron avait éteind à la hâte les lumières pour éviter de se faire passer à tabac par les policiers. Leur seul tort : se trouver au "mediacenter" qui était le lieu dans lequel des militants travaillait sur des médias alternatifs. Lorsque je suis rentré à Paris, j'ai vu les médias qui parlait tous de la mort de Carlo Giulani, pour le reste .... on apprenait que les altermondialistes avaient été débordés par des élèments- violents -anarchistes. La réunion du G8 a eu lieu quant à elle, en toute quiètude sur des navires de guerre au large du port. Il me souviens (mais c'est dejà bien loin ...) que Mesieurs Chirac et Jospin y devisaient amicalement avec Sivio Berlusconi. Bonne chance pour Mediapart

26/03/2008, 13:32 | Par Thomas Chabolle en réponse au commentaire de Willy MEZIANI le 25/03/2008 à 21:02

Merci pour ce témoignage.

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