Kaurismaki, la grande classe politique
Cet article a failli s'appeler: "Kaurismaki emmerde Zemmour" (pour ne pas utiliser un verbe plus grossier.) Mais l'élégance, espérons-le est contagieuse, et la leçon magistrale du maître finlandais décourage la trivialité.
Le Havre nous est arrivé comme un conte de Noël – malheureusement pour ce moment de grâce cinématographique noyé dans les fêtes et leurs disniaiseries. Un conte de Noël thérapeutique et aussi, et surtout, un très grand film politique, autant que poétique. Quand quinze millions de Français se ruent sur Intouchables, le Finlandais renvoie le pseudo-humanisme aux vaches bien gardées dans les bas fonds de la grossière sociologie de comptoir.
Bien sûr, depuis une vingtaine d'années, les occasions ne manquaient pas de tomber amoureux de son cinéma hanté de loosers magnifiques, de lumineuses héroïnes atypiquement belles et de chiens sans collier, errant d'un Londres années 60 sinistre (J'ai engagé un tueur) aux zones industrielles d'Helsinki (Ariel, l'Homme sans passé) ou sur les parkings des motels les plus miteux (le savoureux Leningrad Cow boys go to America). Pourtant, le Havre, c'est autre chose: le prisme d'un regard étranger qui s'aventure à concilier une France éternelle fantasmée et la réalité crue du pays d'aujourd'hui. Marcel Marx, le poète de La vie de Bohême – André Wilms, magistral – est devenu cireur de chaussures, son épouse s'appelle Arletty, le médecin (Becker!) prend le visage de Pierre Étaix, le flic – Darroussin, impeccable comme toujours– sort des Tontons flingueurs. Comme s'il fallait ressusciter l'imaginaire d'un certain cinéma français pour retrouver le peuple qui manque. Bienvenue en France de Renoir et Carné!
Peuple. Le mot est lâché. Je ne crois pas que dans un seul film, voire même dans un seul plan de Kaurismaki (que les cinéphiles me démentent si je me trompe!), il nous arrive d'être dans un décor bourgeois– ou simplement marqué des signes du confort contemporain. Les papiers peints, les chaises, les bagnoles, les murs, les fringues, tout est usagé, voire usé, poussiéreux, tout a vécu sans jamais tomber dans l'embaumement «confiture grand-mère» à la Amélie Poulain; les visages eux-mêmes portent lumineusement leur usure. Les critiques l'ont noté à juste titre: l'enchantement nait du télélescopage entre cette patine cinématographique aux références assumées et le réalisme violent de la situation.
Car au milieu de cette fiction poétique débarque l'actualité la plus sordide: planqués dans un conteneur au port du Havre, des sans-papiers sont trouvés et arrêtés. Bienvenue dans la France des rafles présentes et passées! Un gosse réussit à s'échapper. Et autour de lui, Marcel Marx tisse un véritable réseau résistant entre trois maisons, une boulangerie, une épicerie, un café, une cour et un chien... Délateur aux aguets, maladie tapie dans l'ombre, la situation va se compliquer. On ne gâchera pas le plaisir des futurs spectateurs, vivement encouragés à découvrir eux-mêmes un scénario qui ne se refuse aucune fantaisie dans une ville magnifiée par la caméra.
Mais au delà de la fable jubilatoire, il faut voir Le Havre comme une grande leçon politique. Un miroir embellissant et nostalgique tendu à une France dont le peuple sort comme un diable farceur de la boîte populiste où les démagogues tentent de l'enfermer. Car de la boulangère au grand coeur (Evelyne Didi) à l'épicier malicieux, en passant par les inévitables piliers de comptoir aux trognes et aux conversations mémorables, Kaurismaki ne se refuse aucun des stéréotypes du peuple usités des démagogues qui aiment tant parler en son nom. Et c'est précisément ce chromo national à la Gabin, à la Audiard, affectionné par les nostalgiques d'une France ouvrière blanche, qui va se mobiliser autour d'un gosse africain, au son du rocker local (Little Bob proprement mobilisé pour la circonstance!) Là, les stéréotypes du cinéma de papa se muent en personnages complexes, de Cheng (collègue cireur de Marcel ) au commissaire Monet.
Non, les gens dits simples ne sont pas simples, encore moins simplistes. Au mensonge méprisant de ceux qui réduisent les prolos au vulgaire (coucou, Alain Minc! salut Nadine!) Kaurismaki oppose l'impeccable phrasé du clochard céleste et de ses amis, giflant au passage les ganaches réacs qui, de Causeur à Marianne, du Figaro à TF1, opposent les "petits Blancs" aux sans papiers et réservent la solidarité à des "bobos" fantasmés.
Face au storytelling médiatique, il dégaine son cinéma du réel.
PS. Rarement vit-on distribution fut juste. Rendons donc hommage à tous les acteurs: André Wilms (Marcel Marx) Kati Outinen (son épouse Arletty) Jean-Pierre Darroussin (le commissaire Monet), Miguel Blondin (Idrissa, le jeune clandestin), Elina Salo (Claire, patronne du bar « Le Moderne »), Evelyne Didi (Yvette, la boulangère) Quoc Dung Nguyen (« Cheng », le collègue cireur de Marcel), François Monnié ( l'épicier), Pierre Étaix (le docteur Becker), Jean-Pierre Léaud (le dénonciateur)


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Les 5 commentaires les plus recommandés
Depuis les Misérables, en passant par les bas-fonds de Dosto, et surtout le personnage de Mitri des frères karamazov, il y a cette recherche de la grâce dans le délabré.
Kaurismaki est un orfèvre dans ce domaine. Comment l'esprit arrive-t-il à souffler dans le délabré ? Il le voit, le montre. C'est le meilleur ennemi des obsédés de la réussite. Il n'est jamais question de réussir sa vie chez Kaurismaki, il est question de voir sur quoi s'appuyer pour continuer à la vivre.
Valérie, votre indéniable autorité qui se mérite sans doute de plusieurs décennies d'observation des oeuvres, n'enlève rien à la justesse de vos remarques.
Le monde n'a peut-être jamais été aussi délabré. C'est le moment de circuler avec sa petite lanterne (magique) et d'annoncer : je cherche un homme.
Ma modeste contribution pour vous départager: j'irai voir les deux dès que j'aurai trouvé un accord de principe avec ma compagne pour la garde du petit. Ceci étant je suis d'accord avec l'auteur de ce blog pour dire que Nadine Morano est d'une vulgarité sans nom, à l'instar de son patron. Je dirai même qu'elle incarne à elle toute seule la vulgarité que jusque là j'avais du mal à définir.
Nous ne sommes pas obligés d'avoir les mêmes goûts. J'ai beaucoup aimé Welcome, je n'en suis pas moins enchantée par Kaurismaki que je ne trouve ni lourdingue ni curé.
Valérie de Saint-Do, vous avez très finement déplié ce film en toutes ces facettes. J'ai beaucoup aimé sa dimension poético-politique, ses références au cinéma français (on pense parfois à l'Atalante, Vigo), à l'Histoire (la Résistance, celle du peuple -des gens "simples"-/piqûre de rappel nécessaire par rapport à la politique de Guéant et Sarkozy). J'aime son esthétique de la déglingue. Kaurismaki filme admirablement le quartier très lumpen-prolétariat et le port. Il donne à la vieillesse (beaucoup des personnages du film sont âgés ou sur le déclin) une visibilité qu'elle n'a pas au cinéma comme dans la société. Vieux visages fatigués, beaux par leurs expressions et leurs rides, et par le désir qui les anime. Plus rebelles au fond que bien des jeunes...
Hymne à l'amour (pas cucul: l'inénarrable couple formé par Little Bob et son "amoureuse", redoublant celui formé par le bien nommé Marx et sa compagne Arletty) et à la rébellion, électrisant (sur les accords de little Bob, ressuscité). Beauté de la langue et des dialogues ciselés à opposer à l'inconsistance de la novlangue et aux formules de la langue de bois bureaucratique.
Happy End en forme de conte. Dernière image ou métaphore, le cerisier a fleuri sur fond de vieille bicoque délabrée.
Le réalisme poétiquement incorrect, antidote à la pensée et au cinéma consensuels?
Je n'ai vu ni "les intouchables" ni "Le Havre" mais la critique de Valérie saint Do ma donné envie d'aller le voir. Ce qui me gêne c'est de symboliser la vulgarité de ce gouvernement par Nadine Morano seule ministre issu d'un milieu populaire. Je n'aime pas du tout qu'elle soit traitée de "poissonnière", ce qui ne s'adresserait pas à Valérie Pécresse par exemple. Certes elle est énervante, mais en matière de vulgarité ses collègues des beaux quartiers le sont largement autant.
Tous les commentaires
Je me disais aussi...
J'avais envie de le voir...
Les fêtes, le manque de temps, la flemme, pas le moral... Mais ça y est ! merci Valérie, j'ai d'excellentes raisons autres que les miennes de m'y rendre, à présent. Votre papier est ce que j'aime de recadrage entre l'essentiel et le superficiel.
Jean-Jacques M’µ
Chère madame,
On peut ne pas apprécier ce "Welcome" maniéré, sans pour autant se goinfrer de niaiseries!
Vous êtes probablement gardienne du bon goût mais pardon si je trouve que Lioret a été plus courageux à l'époque. Aujourd'hui ce "conte" faussement naïf ressemble à du réchauffé décaféïné pour dames patronnesses convaincues ! Darroussin a bien du mal à jouer "décalé" pour faire plaisir à l'esthétique lourdingue de Kaurismäki!
Enfin ce genre de commentaire: "ce chromo national à la Gabin, à la Audiard" s'il est sincère, semble néanmoins révéler une piètre connaissance de ce cinéma "populaire".
Encore une fois pardon de ne pas être d'accord mais le choeur des "professionnels de la critique" en fait trop et, à voir les réactions à la sortie de la projection, ne sera pas suivi!
Nous ne sommes pas obligés d'avoir les mêmes goûts. J'ai beaucoup aimé Welcome, je n'en suis pas moins enchantée par Kaurismaki que je ne trouve ni lourdingue ni curé.
Quand quinze millions de Français ruent sur Intouchables, le Finlandais renvoie le pseudo-humanisme aux vaches bien gardées dans les bas fonds de la grossièreté sociologie de comptoir.
En effet nous ne sommes pas obligés, alors merci de ne pas étaler avec autant d'obscénité votre mépris du populaire!
Quand le peuple est beau, lumineux, amoureux, parlant une langue recherchée, généreux, partageur, élégant même dans la boisson, vous le trouvez méprisé ???
Je crois bien que le mépris et les stéréotypes les plus ringards et bourgeois sont de votre côté.
Ce n'est pas un film pour les versaillais cul pincés...
Michel
retirez vos oeillères pour lire, vous écrirez moins de conneries.
Jean-Michel, je vous trouve bien agressif et arrogant pour tout ce qui n'est pas de vos canons de pensée. C'est un moment seulement, ou vous êtes naturellement comme ça ?
Jean-Jacques M’µ
Quand quinze millions de Français ruent sur Intouchables, le Finlandais renvoie le pseudo-humanisme aux vaches bien gardées dans les bas fonds de la grossièreté sociologie de comptoir.
Jean-Jacques
cette tacheronne de presse n'aurait pas commencé son article en étalant son mépris pour ceux qui ont d'autres goûts qu'elle, j'aurais fermé ma gueule... Gabin et Audiard pardon mais ça parle autrement aux gens modestes! Je ne critique pas Le Havre sur le fond, même si les contes de fée je trouve ça suspect, mais cette forme "maniérée" encore pardon mais c'est très prétentieux, ça me rappelle les mises en scène de Claude Regy.
Heureusement que ces artistes laborieux trouvent des fonctionnaires idolâtres pour les subventionner!
Vous mélangez tout, Jean-Michel.
Chacun, chacune a le droit d'émettre ses avis et de faire état des hiérarchies de valeur qui lui sont propres.
Je n'aime pas particulièrement Claude Régy, je ne soupçonne pourtant pas son public de déli de snobisme ou d'élitisme. Admettons que les reconnaissances de goût divergent sans pour autant chercher à s'humilier. Valérie de Saint Do est loin d'être une tacheronne, ses articles sur Cassandre et ailleurs en font un regard particulièrement attentif de la situation du théâtre, des arts et de la culture dans nos pays. Et ni vous ni moi ni personne n'a à la juger sur le plan des qualités qu'elle n'a d'ailleurs à justifier qu'au regard de sa propre conscience et de son travail d'information, qu'elle fait très bien ici.
Juger les personnes n'est pas jouer, ici.
Jean-Jacques M’µ
Juger les personnes n'est pas jouer, ici.
M'sieur le rééducateur,
c'est elle qui a commencé!
Je n'aime pas particulièrement Claude Régy, je ne soupçonne pourtant pas son public de déli de snobisme ou d'élitisme.
Louis Jouvet n'a fait appel au mécénat d'état qu'une fois, après guerre, mais il a rendu sa subvention à Jeanne Laurent en lui disant "merci ça m'a bien aidé". Claude Régy aurait été bien inspiré d'en faire autant.
Ôtez-moi d'un doute, Jean-Michel, vous refaites toujours le monde, la vie et les pensées des autres, comme ça, vous ?...
Brrrr !...
Jean-Jacques M’µ
L'insulte ne déshonore que son auteur... Laissons le troll mourir de faim.
La nuit l'emporte avec ses noires pensées.
Jean-Jacques M’µ
Je me souviens d'un tournage nocturne des frères Kaurismaki dans un bar bondé du 18éme, Aki et Mika, chope de bière et cigarette, ambiance rock, bruyante et enfumée, énormes tungstènes moitié fumant montés sur de longues jambes squelletiques, à se demander comment ça tombait pas, et qui réchauffaient l'air glacé de cette nuit un peu opaque en la transperçant de leur aveuglante clarté blanche.
Et pourtant le cadre sera vide. La fille seule, à un coin de table, dans un fond de bar, devant un verre. Et peut-être même pas de musique ... Et un coeur gros, aussi gros et peut-être même plus comme les lampes à incandescences qui aveuglaient la nuit.
La nue humanité du cinéma des frères Kaurismaki.
J'adore qu'on se permette de donner des ordres péremptoires sur mon blog! Je vais donc céder à cette tentation moi aussi: allez commenter ailleurs, Jean-Michel, merci
Je soupçonne au demeurant le dénommé Paris d'être ici en service commandé. Pour l'industrie qui finance Intouchables ? C'est vrai que les grands avocats du cinéma commercial et réducteur de têtes ne peuvent jamais se contenter du succès financier: il leur faut toujours cogner sur la critique, les fonctionnaires du ministère, et surtout, les artistes! C'est beau comme du Nadine Morano....
Nadine Morano
vous savez manier l'insulte, sans doute le naturel?
Intouchables n'a pas besoin d'avocat, et je m'en fous, c'est fait par des gens qui savent plaire à un public large (ce que vous appelez sans doute populisme pour vous conforter dans votre médiocrité d'intellectuelle à deux balles)! tant mieux pour eux s'ils savent faire plaisir au plus grand nombre, comme Gabin et Audiard que vous prétendiez ranger sous votre bannière prétentieuse...
Depuis les Misérables, en passant par les bas-fonds de Dosto, et surtout le personnage de Mitri des frères karamazov, il y a cette recherche de la grâce dans le délabré.
Kaurismaki est un orfèvre dans ce domaine. Comment l'esprit arrive-t-il à souffler dans le délabré ? Il le voit, le montre. C'est le meilleur ennemi des obsédés de la réussite. Il n'est jamais question de réussir sa vie chez Kaurismaki, il est question de voir sur quoi s'appuyer pour continuer à la vivre.
Valérie, votre indéniable autorité qui se mérite sans doute de plusieurs décennies d'observation des oeuvres, n'enlève rien à la justesse de vos remarques.
Le monde n'a peut-être jamais été aussi délabré. C'est le moment de circuler avec sa petite lanterne (magique) et d'annoncer : je cherche un homme.
Ma modeste contribution pour vous départager: j'irai voir les deux dès que j'aurai trouvé un accord de principe avec ma compagne pour la garde du petit. Ceci étant je suis d'accord avec l'auteur de ce blog pour dire que Nadine Morano est d'une vulgarité sans nom, à l'instar de son patron. Je dirai même qu'elle incarne à elle toute seule la vulgarité que jusque là j'avais du mal à définir.
Je n'ai vu ni "les intouchables" ni "Le Havre" mais la critique de Valérie saint Do ma donné envie d'aller le voir. Ce qui me gêne c'est de symboliser la vulgarité de ce gouvernement par Nadine Morano seule ministre issu d'un milieu populaire. Je n'aime pas du tout qu'elle soit traitée de "poissonnière", ce qui ne s'adresserait pas à Valérie Pécresse par exemple. Certes elle est énervante, mais en matière de vulgarité ses collègues des beaux quartiers le sont largement autant.
tout à fait d'accord Cerise
La vulgarité, c'est ce que font les autres. » Oscar Wilde
Je reconnais que je suis toujours blessé par cette attaque de vulgarité. Quelle que soit la personne à qui elle est adressée.
Les bourgeois disent volontiers, grossier quelquefois, vulgaire jamais.
Or je ressens exactement le contraire : Vulgaire c'est entendu, grossier jamais.
Reconnaissez cependant qu'il ne s'agit pas d'une attaque en vulgarité, de la part de Valérie, mais d'une attaque en démagogie.
Bernard
je n'ai jamais eu l'intention de faire l'apologie des Intouchables, et ça rassure sans doute certains esprits prompts au mépris de l'engouement populaire, pour m'en faire le procès. De même je n'aurais pas réagi au billet de cette dame si elle n'avait d'abord affiché ce mépris.
Je sais ce que je dois à ce que j'ai appris, mais je n'oublie pas d'où je viens. Il y a des mépris particulièrement dégueulasses, ceux des gens qui prétendent avoir le bon goût!
J'avais compris.
Et le ton souvent péremptoire des connaisseurs, donne cette impression.
Je crois que c'est aussi une pli réthorique dû à la nécessité ressentie du renversement des valeurs dominantes.
J'appartiens aussi au peuple, et je ne rechigne pas à la culture dite populaire. Cependant comme disais ma mère, à propos de l'enthousiasme populaire vis à vis de Staline : "ce n'est parce que le peuple décide de se jeter sous un train, qu'on doit se sentir obligé d'en faire autant".
Bernard
La lucidité, l'esprit critique oui, le mépris non. Je peux comprendre la colère et même la haine, le mépris non, c'est pour moi l'expression d'une forme de racisme.
Je vois
Les Intouchables comme "grossière sociologie de comptoir", c'est ce ton là, qui t'a agacé.
"Quand quinze millions de Français ruent sur Intouchables, le Finlandais renvoie le pseudo-humanisme aux vaches bien gardées dans les bas fonds de la grossièreté sociologie de comptoir."
pardon d'être si sensible!
j'aurais pas aimé !
Coup de bol, ce film m'a fait chier.
J'ai eu chaud.
J'ai bien dit à l'instar de son patron. Et d'être issue de milieu populaire n'excuse en rien sa vulgarité, nul mépris de classe là dedans. Je suis né pauvre, en Algérie, j'ai vécu longtemps pauvre en France, mes parents ne m'auraient jamais permis le 10ème du comportement et du langage de cette dame. Au contraire, mes parents du fait que nous étions pauvres n'auraient jamais toléré qu'on prête le flanc à la critique là dessus. Il fut un temps ou les permanents de la CGT, du PCF faisaient ce travail auprès de leurs ouailles: le bleu à l'atelier mais pour la manif ou vendre l'huma le dimanche, on met une veste et une chemise propre. Oui les ouvriers, les employés ont de la dignité à revendre et cela manque à Morano, et quand elle dit qu'elle vient de "milieu" populaire, ça me ferait presque honte qu'on pense ah ben c'est pour ça qu'elle s'exprime ainsi sur la forme et sur le fond.
Pendant les années 80, la droite a beaucoup travaillé pour donner une image "populaire" à ses dirigeants. Il fallait en finir avec les images à la Giscard, Balladur. Il fallait parler peuple.
On a abouti à cette présidence. Pendant ce temps là, la gauche avait inventé le notable de gauche.
Pour ce qui est du "milieu", la droite a encore nettement l'avantage. La gauche préférait fricoter avec les tyrans, comme genre de voyous.
Vous avez raison, mais parler peuple ne révèle que leur mépris du peuple et les clichés qu'ils se font de ce qu'est le peuple et c'est bien ce que je reproche à Morano qui sur ce thème en rajoute. Au fond, si elle est vraiment une fille du peuple elle devrait avoir honte de servir si bien la soupe à ses maîtres, à Minc, à Carlier. Ou alors elle cultive une forme très perverse de haine d'elle même.
Non, elle vend ça, comme une preuve d'authenticité. Comme le camembert "moulé à la louche".
je suis d'accord avec vous Rabah, mais pour ma part je trouve aussi vulgaire ses collègues de la bonne bourgeoisie même s'ils sont plus discrets. Fait'elle un numéro pour montrer qu'elle est du "peuple" et qu'elle n'a pas la langue dans sa poche? J'ai l'impression qu'elle en rajoute dans le genre, pour montrer que la droite ce n'est pas que le 16 ième arrondissement et les riches.
Alors qu'il peut y avoir 50 Nadine Morano, ça ne change rien à l'affaire de ce que défend le gouvernement Sarko
Très bonne critique
J'adore Kaurismaki, je fonce aller voir son film
Par pitié que l'on cesse d'insulter la grandiose, l'unique, la séduisante Nahadine Mohrahnoh !
Pour une France Farce
Pour une mondialisation de la poilade
Pour un triple A de la déconne
SOUTENONS NAHADINE MOUK MOHRAHNOH
Fadela qui m'espionne pendant que je vous parle, en appuyant ses seins sur mon dos, me souffle que Nadine signifie en arabe, Appelée.
Merci Valérie de Saint-Do pour votre analyse de ce film.
Oui, "un moment de grâce" ; à la sortie je me sentais si bien sous l'effet de la poésie pour raconter comment un homme et tout son voisinage prend fait et cause pour un enfant clandestin recherché par la police.
Pas de bons sentiments mais une grande dignité.
Formidable acteur André Wilms du rôle principal qui témoigne de ses choix éthiques et de ceux de Aki Kaurismaki, du côté des gens simples et vrais.
oui, Bernard Colin , dans ce film "il est question de voir sur quoi s'appuyer pour continuer à la vivre" merci à vous aussi de votre réflexion.
Kaurismäki critique de notre époque
Bravo pour ce décryptage du cinéma de Kaurismäki, toujours dérangeant, critique, il fut longtemps ignore en Finlande. Kaurismäki déteste la bourgeoisie sociale démocrate, égoïste et oublieuse des valeurs qu'elle a portées. C'est très juste, Kaurismäki n'utilise jamais un décor bourgeois. Il préfère les choses simples, vraie. Depuis plus de 20 ans Aki Kaurismäki nous décrit les travers, les mauvais penchants de notre société embourbée dans des certitudes confortables, et se détournant de la réalité et impuissante å stopper cette descente aux enfers.
En Finlande en ce moment, il me tarde de voir Le Havre, du cinéma comme en en fait peu, pas assez.
c'est un film,que j'ai aimé!!
pour les images,pour le ton ,enfin pour le superbe moment que j'ai passé.
c'est vraiment (pour moi ),très beau .
images,textes,c'est un poeme,c'est de la couleur,c'est de l'amour!
J'AIME!!
@Valérie de Saint Do
Admiratrice de KAURISMATI, je n'ai pas encore vu le film car en province.
Je ne suis pas étonné que ceux qui ont aimé "Les Intouchables" se sentent "piqués" par votre opinion. Tous les goûts sont dans la nature et tout le monde ne joue pas dans la même cour.
Ce qui m'étonne davantage c'est que tant de lecteurs de Médiapart défendent ce film français démago et très critiquable dans son concept...(j'ai une fille handicapée), si ce n'est dans sa qualité.
Panurgisme, quand tu nous tiens...
Ah! qui? cori: masque, qui!!!!!!
Ici dans ma forêt y'a pas le cinéma.
A mon retour au pays, j'irai voir Le Havre.
Car j'aime ce cinéma là le vrai, le poète, sans misérabilisme ni charité à la con.
Merci Madame Valérie, j'ai aimé vous lire.
Je ne vois pas ce que Zemmour vient faire là dedans ....
Cet immigré clandestin est avant tout un délinquant au sens pénal du terme, européen du terme aussi. Quel que soit le petit bout de la lorgnette que vous prenez pour juger du film (qui ne refléte aucune réalité d'ailleurs, on est au pays culcul la praline dans ce film), il a bafoué les lois des pays européens, et si moi j'émigre clandestinement dans un pays africains ou ailleurs, je me ferai expulsé proprement....
Les lois sont peut-être mal faites, injustes, égoistes, mais "dura lex sed lex".
Bref, une bonne expulsion vers son pays d'origine lui apprendra les "bonnes moeurs" des pays "légaux"....
Vous, je ne vois pas ce qu'on pourrait vous apprendre.
Ou plutôt si : rien, ce serait temps perdu.
Vous pouvez déjà émigrer chez "minute" ou "figaro" et consort...
Film à voir, donc; comme l'est celui de Guillaume Canet sur ces enfoirées de banques.
Films ausi bien faits qu'Intouchables, mais qui dérangent autrement et n'auront donc jamais ce succès populaire. Et merde.
Little Bob : être l'anti-bogoss* au possible, n'avoir jamais eu les honneurs des grands médias et avoir mené une telle carrière avec intégrité et humanité, chapeau l'artiste. je l'ai vu il y a moins de trois ans : la gniaque est intacte.
* Son pendant au féminin : Juliette.
Jésus
oui
"Une vie meilleure" de Cédric Kahn, "Louise Wimmer" de Cyril Mennegun, et "Donoma" de Djinn Carrenard, des fenêtres vers la vie pour rencontrer des gens qui nous parlent aussi de nous.
Sur Morano : on a raison de la critiquer, mais attention à ne pas en faire une victime de la boboterie raffinée de gauche, ce serait contre-productif.
Contre elle, il ne faut pas y aller avec de mauvaises armes.
Le Havre, enfin un film, il était temps. Merci à Kaurismaki qui peut très bien se passer de commentaires et même de l'analyse de Valérie de Saint-do qui se regarde écrire. Suffit d'aller voir ce film lumineux.
Valérie de Saint dit parle de la grande classe politique d'un artiste. Je suis en quête de cette aristocratie avec les populations, et c'est à cela que j'éprouve mes propres valeurs esthétiques et éthiques.
Jean-Jacques M’µ
je n'ai vu ni "intouchables" ni "le havre"
aller au cinéma a un coût qui me semble assez déraisonnable en ce moment..
mais si vous n'aviez pas mis la fameuse phrase sur "les bas fonds de la sociologie de comptoir", je serais peut-être allée voir kaurismaki quand j'aurais réuni 9 euros
mais là vous m'avez donné envie d'aller voir "intouchables"...
je suis toujours du côté des bas fonds, j'y suis, et j'aime que l'on nous traitasse avec douceur et respect, sans nous juger ni déprécier
on peut sûrement prendre du plaisir à voir les deux films, non ? sans être taxés de je ne sais pas quoi de très légèrement humiliant !
n'avez-vous jamais ri devant une grosse comédie un poil lourdaude ? tiens les chti ? dans quelle catégorie ? ou un brave de funès avec ses gros sabots ( qui me fait mourir de rire ) ?
la culture est universelle, partagée, populaire, festive, fragile
elle doit se manipuler avec délicatesse , elle ne doit pas effaroucher !
par l'étang qui court, aller voir "intouchables" est un acte sûrement plus facile que d'aller voir un autre film , pour certains spectateurs qui ont envie de rire et de sourire, dans une comédie plutôt bien ficelée et sympathique comme disent les critiques
alors, s'il vous plait, défendons-la cette culture et partageons-là sans a priori ni réserves !
je suis toujours du côté des bas fonds, j'y suis
Merci Dame du Bois joli
je suis toujours du côté des bas fonds, j'en viens....
Amicalement
J'ai beaucoup ri à certains de Funès, immense acteur. J'adore La Folie des grandeurs... Manifestement cette phrase ne passe pas... Elle visait pourtant moins ceux qui apprécient Intouchables que le barouf fait autour de ce film sympathique mais un poil lourdaud comme vous dites quand Le Havre est précisément ce que vous décrivez comme " universelle, partagée, populaire, festive, fragile"
Ouais c'est exactement ça ! on peut aimer des choses très différentes parcequ'on est pas toujours pareil, parceque ça dépend des jours. Une seule chose à éviter : l'ennui
Tout à l'heure, dans le train, j'écrivais un billet sur ce fil de commentaires, qui n'a pu être envoyé à cause de la rupture d'Internet pendant le voyage. J'espère que cette fois le message passera...
Pas du tout d'accord avec vous, La Dame, sur votre côté "des bas-fonds". Peut-être serez-vous comme Pardaillan, une propriétaire ruinée, un brin aristocrate capable de se mêler aux gens du voyage par amour des plateaux de rue ?... Moi, j'y suis né, dans ces bas-fonds, et je ne souhaite à personne cette existence dont je ne sais ce qui m'a permis de m'en extraire.
Oui, je ris de bonne grâce à De Funès, comme je pleure aux airs d'opéra, je suis sans doute épidermique et hyper-réactif, et ça n'a rien à voir avec l'éducation, la culture ou je ne sais quelle initiation. Pas besoin d'apprendre pour danser sur les Beattles ou sur les Rolligs Stones. Je peux comprendre que certains ne jurent que par Kaurismaki et d'autres pour les Inconnus, je suis prêt à voir et l'un et l'autre, et j'aviserai ensuite.
Quelqu'un a dit, sur ce fil quelque chose que je reprendrai bien à mon compte : « Je peux aimer, mais je ne vais pas jouer à satisfaire ton regard » C'est ma personne qui est concernée directement par une œuvre d'art, mon intimité, ma personnalité, ma construction individuelle, l'œuvre s'ajoute à mon patrimoine. Je n'en fais l'objet d'aucune fierté, d'aucune honte. C'est. Et ça me va ainsi.
C'est pour cela que les censeurs et autres guides de la pensée me font peur.
Si vous le permettez, La Dame, je voudrais vous inviter aux deux films. Qu'importe pour moi que vous aimiez ou pas, que vous préfériez ou pas. Si je vais peu au cinéma, c'est que j'ai horreur de m'y rendre seul (je vais seul à l'opéra, parce que c'est cher, et que la solitude convient aux voix entendues, pas le cinéma, pas le théâtre, pas le clown, pas le cirque...).
J'aime partager ce qui est discutable.
Jean-Jacques M’µ
Salut JJMU,
Oui, bien sûr, mais en réduisant l'expérience esthétique, à un vécu personnel, à une sensibilité intime, tu fais fi de l'enjeu collectif des oeuvres, de leur impact sociopolitique.
(Pourtant quand tu es tombé par terre, c'est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Rousseau.
)
Les oeuvres ont de ces enjeux. Et les bourgeois tremblent devant certaines oeuvres. Toute l'histoire de l'art en atteste.
Kaurismaki qui pour moi, est un grand artiste, et pas du tout cureton, me dérange aussi par certains aspects. Notamment un certain puritanisme (un jansénisme) qui bouscule mon héritage rabelaisien.
C'est là où nous divergeons, mon cher Bernard (je me souviens que j'ai quelque chose à t'envoyer, entre nous, pardon)... Donc, nos partis pris en matière d'art sont aux antipodes. Tu en fais (avec beaucoup, et certainement avec Valérie à sa façon, et avec Jean-Michel à son autre façon, rigoureusement opposée à elle) un enjeu social, comme certains pourraient discuter de plus de diésel ou de plus solaire...
Moi je me refuse à ces batailles d'intérêts sociaux. Les foules me font peur. Les gens ignorants me navrent. Les groupes défendant leurs intérêts me sont hostiles. Tout ça c'est net et très catégorique en moi. Sans une seule exception. Pour tout ça, je ne suis pas dans le politiquement correct. Mais il faut vivre, alors, pour tout ça, en général, je ferme ma gueule : je ne discute ni avec les foules, ni avec les cons ni avec les salops (et il y en a partout, chez les intello comme chez les incultes, chez les riches comme chez les pauvres, chez les jeunes comme chez les vieux, chez les étrangers comme chez les autochtones, chea les hommes comme chez les femmes). Point barre.
Par contre...
Il n'y a qu'en art que l'intime m'est permis publiquement. Une œuvre d'art me touche, ou ne me touche pas, en tout ou en partie. Et je peux parler d'une œuvre, de son effet sur moi. Qu'importe que les autres y adhèrent ou pas. Certes, la sensibilité de ceux avec qui je m'accorde permet le "et plus si affinités", mais je revendique la possibilité pour chacun d'interpréter différemment l'oeuvre et de la prolonger à sa manière, de lui donner une suite. Car une oeuvre a une suite. Un film grand public comme "Alexandre le grand", avec Angelina Jolie dans le rôle de la mère d'Alexandre, le conquérant macédonien, m'a fait comprendre une infinité de choses sur ma propre vie, sur mes décisions, sur les rôles parents/enfants, sur les relations hommes-femmes... Et mon fils, qui a vu le film avec moi il y a près de 5 ans, à l'âge de 15 ans, l'a prolongé à sa manière, en prenant diverses décisions plus ou moins directement induites par le cheminement à l'issue de ce film...
Bon, qu'importe que tout le monde se rue vers un film, ou seulement une élite, je n'aime pas tout le monde, et j'ai horreur des élites (et de l'élitisme)... Par contre, j'aime me situer par rapport à la réaction de la personne qui a fréquenté l'oeuvre. Et si mon cas est unique, j'en serais étonné. J'espère que chacun osant à son tour reconnaître sa prise personnelle avec une oeuvre, nous pourrons mieux nous situer qu'en se disant praticien de telle ou telle église de pensée (« toi Kaurusmaki, moi Inconnu » ?... – et merde ces clivages à la con !... qu'ils aillent tous se faire foutre, avec leurs croix, leurs bannières et leurs guerres de tranchées !... moi, je ne mange pas de ce pain-là des grégaires, moi, j'aspire à un monde de gens qui se reconnaissent en vivant, même différemment, certaines expériences, dont l'expérience esthétique me paraît une des meilleures qui soient, pour s'identifier au plus près de nos émotions et de nos sensations, personnelles, vraies, sans intermédiaires.).
Jean-Jacques M’µ
Je savais bien tout ça. C'est encore mieux en le disant. Et je comprends parfaitement de quoi, il s'agit.
J'ajoute que même cette réaction "personnaliste", qui individualise l'expérience esthétique, est très collective. Elle est prise elle-même dans un faisceau de signification, et d'enjeux. Pour moi, il est intéressant de s'en apercevoir. Il est intéressant de s'apercevoir qu'une attitude, une considération, perçues comme individuelles, sont en fait très très répandues, et très significatives des enjeux sociaux dans lesquelles elles sont prises.
C'est ce que j'appelle la prise de conscience du passage de l'artistique au culturel. Le moment où ça fait culture, est le moment où tu aperçois ce qui est collectif dans l'individu.
Après, effectivement, le travers "clanique" qui en découle permet de considérer les oeuvres comme des attributs d'appartenance. Le clan baroque contre le clan bas rock, etc. Oui, méfions nous de cette réification de notre jouissance esthétique.
Tu dis très très bien, Bernard. Bravo. Ta réponse est éclairante et juste. Merci. Je te laisse le dernier mot et je recommande.
Jean-Jacques M’µ
Valérie de Saint-Do, vous avez très finement déplié ce film en toutes ces facettes. J'ai beaucoup aimé sa dimension poético-politique, ses références au cinéma français (on pense parfois à l'Atalante, Vigo), à l'Histoire (la Résistance, celle du peuple -des gens "simples"-/piqûre de rappel nécessaire par rapport à la politique de Guéant et Sarkozy). J'aime son esthétique de la déglingue. Kaurismaki filme admirablement le quartier très lumpen-prolétariat et le port. Il donne à la vieillesse (beaucoup des personnages du film sont âgés ou sur le déclin) une visibilité qu'elle n'a pas au cinéma comme dans la société. Vieux visages fatigués, beaux par leurs expressions et leurs rides, et par le désir qui les anime. Plus rebelles au fond que bien des jeunes...
Hymne à l'amour (pas cucul: l'inénarrable couple formé par Little Bob et son "amoureuse", redoublant celui formé par le bien nommé Marx et sa compagne Arletty) et à la rébellion, électrisant (sur les accords de little Bob, ressuscité). Beauté de la langue et des dialogues ciselés à opposer à l'inconsistance de la novlangue et aux formules de la langue de bois bureaucratique.
Happy End en forme de conte. Dernière image ou métaphore, le cerisier a fleuri sur fond de vieille bicoque délabrée.
Le réalisme poétiquement incorrect, antidote à la pensée et au cinéma consensuels?
Je plains les amateurs de cinéma qui ne peuvent voir un film sans imaginer que celui-ci donne des claques à l'un ou à l'autre.
Un film donne à voir, à entendre, à penser, à rêver. Un film n'a pas pour fonction de donner des claques à ceux qui vous défrise.
Ce serait dire qu'un film n'a ni parti-pris, ni sens politique, quel qu'il soit. Ce que je ne crois pas. Les Américains l'avaient fort bien compris à la grande époque d'Hollywood, fabuleuse machine à vendre le rêve américain pendant la guerre froide (avant et après aussi, d'ailleurs).
On peut même aimer des films qui nous mettent un bonne claque à nous-même.
La claaaque ! on dit. C'est une des meilleures félicitations. Plus que la palme d'or.
Les bras m'en tombent, Madame Saint-Do - je ne suis donc guère en état de vous donner les saintes paires de claques que vous réclamez. Mais tout de même...
La question n'est pas qu'un film soit ou non porteur d'une vision du monde, d'une espérance, d'une nostalgie, que sais-je ? Bien évidemment. Et on n'a pas attendu la de-Saint-Do pour s'en apercevoir, figurez-vous.
C'est l'idée que cette vision, cette proposition soit directement agissante, agressivement, qu'elle mette ses pieds boudinés dans le plat à gratin sans prévenir, et que le spectateur, ici la spectatrice, sorte ravie comme elle sortirait d'un combat de catch. Votre côté, donc : "T'as vu ce qu'il lui a mis à ce con de Zemmour ! Minaaaaaable il était. Une tapette ce Zemmour, Kaurismaki, c'est ça un vraaaai mec" C'est votre enthousiasme tapageur "Et un, et deux, et trois-zéro", et au fond cette supplique que vous faites au cinéma : "chéri, fais-moi une bonne propagande, je te ferai des quenelles au vin blanc".
Alors oui, pardonnez-moi, je n'ai pas envie de faire des images, d'en inventer pour ce genre de regards.
Encore une fois, le malentendu.
Le malentendu ici siège dans le relationnel. et Le film devenu outil de positionnement. Je suis beatles, tu es rollingstones.
Chacun va caricaturer à souhait les positions de l'autre. Saint-Do est frappée de cette posture de surplomb exigeant, chargé de compenser la faiblesse de sa place institutionnelle. Ne le souhaitant pas, elle n'aura de cesse de le désamorcer. Des interlocuteurs comme Timbaud, ne voulant pas s'en laisser compter sur les bénéfices de jouissance qu'ils croient tirer de leur intégration au goût du jour, profiteront de chaque faiblesse pour frapper au nom de leur droit à assumer ce qu'ils disent aimer.
On est dans ma mère elle est mieux que la tienne.
On n'avancera pas.
PS à Timbaud : le regard "engagé et polémique" de Saint-Do, n'empêche pas d'aimer ce film magnifique. Cette posture "engagée et polémique" est autosuggérée comme fondement moral de ses plaisirs esthétiques. C'est le classique puritanisme de l'extrème gauche. Elle n'ose jouir que révolutionnaire. C'est une sorte d'inceste fraternel. Faut pas vous emmerder avec ça. ça ne mange pas de pain.
Merci Colin de cet éclairage. J'adore votre "ne voulant pas s'en laisser compter...".
Mais franchement, entre nous, sans lui dire : la de-Saint-Do, elle est quand même carrément Beattles...
"Elle n'ose jouir que révolutionnaire".
Là, je sens que ça va être l'occasion de me vanner pour une semaine chez ceux qui me connaissent, le coup du puritanisme. ". D'ailleurs, je sais faire une transgression qui me vaudra au moins une séance d'autocritique et un procès de Moscou, je file voir le Chat potté pour des raisons inavouables et je suis sûre que je vais me régaler. Simplement, je ne ressentirai probablement pas le besoin d'écrire à ce sujet.
Au fait, pour ceux qui me prêtent un premier degré dans l'envie de catcher, j'ai dit Zemmour, j'aurais pu citer pas mal d'autres noms. Lorsque le racisme et la xénophobie s'affichent quotidiennement, décomplexés, au sommet du gouvernement et chez pas de chroniqueurs, ça ne me pose aucun probème d'assumer une posture engagée et polémique. C'est sous cet angle politique que j'ai traité du fim de Kaurismaki, pas sous l'angle de la pure analyse cinématographique que je laisse bien volontiers à des critiques et professionnels dont c'est le métier, ce n'est pas le mien.
1/0
je m'avoue battu.
(Dans les années 70, j'ai mis au moins dix ans à avouer que Billy Wilder était un de mes cinéastes préférés, tellement j'ai été allaité au puritanisme révolutionnaire)
Valérie de Saint-Do : le premier degré ne concernait que votre promesse de quenelles au vin blanc, parce qu'à l'heure où le fascisme ne passera pas par vous, les petites crevettes décortiquées que vous ajoutez à la sauce, franchement ma Marine ne fait pas mieux.
(Quenelles à la Havraise, by Desaintdo in marmiton.org)
Curieux comme certains ne peuvent argumenter sans tomber dans le machisme et la vulgarité... "tapette" et "vrai mec", ça appartient peut-être à votre vocabulaire, pas au mien. C'est vrai, une femme qui critique politiquement un film, de quoi se mêle-t-elle, qu'elle retourne à ses quenelles au vin blanc!
Si vos films vous ressemblent, je peux vous returnerle comliment, ils ne m'inspirent aucune curiosité.
Bonjour Valérie de Saint Do,
Votre billet est très bon mais j'ose dire presque trop ....
Votre admiration, votre joie, votre « résurrection » après sa projection je les partage absolument et inconditionnellement !
mais "ce film" est jouissif et incandescent parce qu’ il est (selon moi…) au-delà des mots qui peuvent l"emprisonner ou l' anesthésier.
Alors le comparer à d’autres films est-il a ce point le biais pour le « populariser » ?
et il doit l'être !
A. Kaurismaki est un peintre/poète visionnaire, magicien qui se sert d’ images, de personnages très stylisés, de lieux humbles, quotidiens et de situations emblématiques de la lutte mondiale, titanesque, "éternelle" entre las faibles, les stigmatisés sciemment crés par ce système qui asphyxie, persécute mais jamais, jamais ne parvient, même au contraire, à les déshumaniser, à les exclure de leur dignité, de leur beauté, de leur intelligence vitale et même aiguise leur humour !
Le Havre , film qui protège, respecte, soulève l’ esprit du spectateur /trice dans la volupté des fleurs du cerisier du plan de fin.
Bigre… mon enthousiasme me fait tomber dans le « travers » que je crains … - :)
Je souhaite le même succès à Le Havre en France qu'il a en Finlande ! Je viens de commencer une séance à Helsinki, avec salle complet (241 places) - ceci après qu'il a été 18 semaines à l'affiche. Et pourtant le grand public finlandais a mis pas mal de temps à adopter le style d'Aki Kaurismäki. Le Havre semble les avoir charmés définitivement.
comment valerie peut-elle parler de cinema poétique, français, de Pierre Etaix sans parler de Jacques Tati, le seul réalisateur de classe mondiale que le cinéma français ait jamais connu...
Pourquoi faire des monuments exclusifs, Arnolds ?...
Il n'y a aucune opposition à aimer ET Étaix ET Tati. Ceux qui se la jouent gardiens d'un seul temple me font l'effet d'ayatollahs. Les deux étaient contemporains. Qu'ils se soient côtoyés ou non, je l'ignore, qu'ils se soient appréciés ou non, je m'en contrefiche encore. Leurs œuvres nous parviennent, et elles nous aident à vivre. Ces querelles de chapelle autour des auteurs statufiés me font l'effet de ces guerres picrocholines à la Rabelais. Il y a là une forme de fétichisme que je trouve ridicule et navrante. Et même un peu snob.
Je n'ai rien à voir avec ces combats de clochers. Vous pourriez aussi bien choisir PSG contre l'OM ou inversement, ça me ferait le même effet.
Jean-Jacques M’µ
Parce que Etaix joue dans le film de Kaurismaki, tout simplement! J'adore Tati mais Le Havre ne me renvoie pas à son univers. Et aussi immense soit-il il n'a pas le monopole de la poésie au cinéma! Je mets "Yoyo" au même niveau que ses films...
Bel article. Je parierais qu'il ne laisserait pas insensible Aki Kaurismaki !
peu , un porte ( et beaucoup, l'autre supporte )
j'irai voir les deux puisqu'apparemment j'ai trouvé un mécène, le monsieur JJMU, et je vous raconterai
il y a un truc qui m'a toujours dérangée, c'est que cette énorme machine à rêver qu'est le cinéma, en france nous l'appelons le 7° art, s'appelle une industrie cinématographique pour le monde entier, y compris la france
industrie
une industrie est une industrie, qu'elle soit nucléaire, pharmaceutique, agro alimentaire, cinématographique
pour le cinéma, la juxtaposition des mots art et industrie est étonnante, non?
le matraquage médiatique nous emmène voir un film plutôt qu'un autre et peut expliquer les millions de spectateurs qui vont voir "intouchables", et parfois, ô miracle, un film parfaitement méconnu, fait avec des bouts de ficelle et peu de moyens , devient le film que tout le monde attendait
C'est très juste, ça, La Dame, ces deux aspects, l'un du côté création/production, et l'autre du côté public/clientèle, où chacun se fait gloire d'appartenir à un angle ou à un autre, alors, qu'avec la technologie actuelle, nous sommes selon les heures tantôt ceci, tantôt cela. Il m'arrive en effet d'être public, à assumer intellectuellement mes choix ; il m'arrive d'être consommateur, m'abandonnant à des émotions qui correspondent à mon état du moment ; il m'arrive de créer de petits films, pour me détendre, et, parfois au contraire pour atteindre à une forme esthétique qui me convient et que je ne vois nulle part ailleurs... Et de plus en plus de gens autour de moi se trouvent dans ces configuraitons-là... Ce n'est pas si net ni si catégorique que ça : aucun de nous n'est pleinement "artiste", aucun de nous n'est livré à un consumérisme béat. Nous sommes actifs dans ce qui se joue, et nous y jouons notre partie. Écrire, même un analphabête sait le faire aujourd'hui, grâce à l'image. L'éducation populaire se joue dans les groupes où les populations ont des choses à dire et à aimer... J'en parle en connaissance de cause, j'y participe très activement...
...
Une précision, La Dame, pour une sortie au cinéma, on ne parlera pas d'un mécénat, juste d'un accompagnement, ou d'un compagnonage. Il y a près de deux ans que je n'ai pas été au cinéma, qui dit mieux ?...
Jean-Jacques M’µ
Malraux avait la formule "à la fois un art et une industrie..." IL y a beaucoup dire en effet sur les systèmes de production et de distributions extrêmement centralisés et puissants, et la place qu'ils peuvent laisser que pour simplifier on qualifie "d'auteur" (mais à l'intérieur de cette catégorie, il y a bien des disparités!) Il existe pas mal d'écrits à ce sujets par des gens infiniment plus compétents que moi, de Pascale Ferran et ses "films du milieu" à Jean-Pierre Thorn, Nicolas Klotz et la SRF...
C'est intéressant, ces références que vous donnez, Valérie, Pascale Ferran, Jean-Pierre Thorn, Nicolas Klotz... j'entends çà et là leurs noms sans jamais avoir eu la curiosité de m'y pencher d'un peu plus près. Merci.
Jean-Jacques M’µ
Valérie, j'aime beaucoup votre article et je suis pleinement d'accord avec vous.
Je me permets de mettre en lien mon blog dans lequel je viens d'écrire (avant de vous lire!) un article sur Le Havre, confronté au film de Cyril Mennegun : "Louise Wimmer".
http://www.mediapart.fr/club/blog/guy-baudon
Merci Guy, je vais voir.