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May

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Presse en ligne: les têtes passent au payant

Trois petits cailloux sur le chemin du modèle économique de la presse en ligne. Jeudi dernier, dans un entretien au Point, c’est Marie-Odile Amaury, patronne du groupe du même nom et donc du Parisien, d’Aujourd’hui, de L’Équipe, de France Football, etc. :

« Comment prendre le virage numérique ?

Le potentiel existe, puisque les marques de presse sont les plus consultées après les moteurs de recherche. Il faudra bien qu’un jour le public paie, comme il paie le SMS dans un abonnement.

Aux États-Unis, Murdoch a amorcé le tournant vers le Web payant. Pourquoi ne prenez-vous pas le leadership de ce mouvement en France ?

(Rire) Je n’ai pas les épaules d’un Murdoch ni sa surface financière. »

Rien de très étonnant jusque-là : le site du Parisien est partiellement payant (seuls les articles d’ouverture de rubrique et de cahiers départementaux sont accessibles gratuitement) et si celui de L’Équipe est en accès libre, rien de ce qui est dans le journal ne se retrouve sur le site.

Puis c’est Benoît Raphaël, rédacteur en chef du site Le Post (groupe Le Monde avec une participation minoritaire de Lagardère) qui, annonçant son départ, écrit : « Avant tout, j’ai envie de contribuer à trouver des solutions pour monétiser le journalisme digital. Les pistes sont là, encore vacillantes. La publicité, le tout-gratuit, ne suffira pas. Sans financement, pas de journalisme. »

Un air familier ? Oui, ici, à Mediapart. Mais plus d’une fois on l’avait entendu dire précisément le contraire. Il y a un peu plus de six mois, par exemple : « Le premier problème du modèle payant est bien sûr de faire revenir en arrière toute une audience habituée à consommer, depuis quinze ans, des informations gratuitement et de ne pas tenir compte des nouveaux usages dans la manière de s’informer. »

Et sur Rue89, Françoise Benhamou, professeur d’économie, spécialisée dans celle de la culture et des médias : « La gratuité ? On l’a essayée et on l’a aimée. Comme on y prenait goût, on s’est imaginé qu’elle pourrait se généraliser, la manne publicitaire couvrant le manque à gagner occasionné. (…) Mais le monde enchanté de la presse gratuite a pris l’eau. Le magnat australien Rupert Murdoch l’a dit clairement : le gratuit, c’est fini. Ça ne marche pas. »

On l’a aussi lu moins catégorique, mais on peut lui faire crédit de n’avoir pas varié dans l’énoncé de sa solution, l’abonnement au bouquet : un peu d’Arrêt sur Images, un soupçon de Terra Eco, une cuillerée de Mediapart, du Rue89 dans les coins, saupoudré de Bakchich. Ou des combinaisons thématiques.

Si l’on ajoute à tout cela qu’El Mundo lance à la fin de la semaine Orbyt, une ambitieuse offre à 14,99 euros par mois, que Le Figaro et Libération ont créé récemment leur zone payante et que Le Monde a renforcé la sienne, on voit le parfait cul-par-dessus-tête réalisé par les sites d’information en deux ans, depuis le temps où la « gratuité » était l’évidence.

La petite musique est venue des États-Unis, il y a juste un an, avec Rupert Murdoch qui voulait généraliser l’accès payant aux sites de ses journaux. En juillet, avec le rédacteur en chef du Financial Times, Lionel Barber, annonçant qu’avant un an (donc dans quatre mois désormais), la plupart des sites d’information seraient payants. Et au début de l’année 2010, l’étalon, le New York Times qui dévoile les modalités pour amener ses lecteurs réguliers à s’abonner pour la consultation de son site dès janvier 2011.

Arthur Sulzberger Jr., propriétaire du New York Times : « Le papier restera une part importante de notre stratégie à long terme, même si les jeunes lecteurs habitués à lire les articles sur support numérique prennent une place plus importante. Mais si nous ne faisons pas payer pour notre contenu sur Internet et sur mobile, c’est la qualité de ces publications qui en pâtira. »

 

Elle débarque aujourd’hui en France, et c’est une bonne nouvelle pour la presse en ligne, car on peut difficilement avoir raison seul. C’est précisément ce qu’explique un article du magazine Forbes qui rappelle qu’en leur temps, les compagnies aériennes se sont mises à faire payer des services qui étaient jusque-là offerts, comme l’enregistrement des bagages.

En 2008, le prix du kérosène atteignait des plafonds et la rentabilité des vols baissaient d’autant. Impossible d’augmenter les tarifs des vols dans un environnement à forte concurrence. En mai 2008, American Airlines commença à imiter ce qu’une petite compagnie charter, Spirit Airlines, avait expérimenté près d’un an plus tôt : facturer l’enregistrement du premier sac. Avant la fin de l’été, cinq des sept grandes compagnies aériennes les avaient imitées.

Conclusion de Forbes : tout est une question de synchronisation. Personne ne veut être le premier à bouger. Mais une fois le pas franchi, les réticences tombent vite. Et de comparer cette situation avec celle de la presse en ligne : tant qu’il n’y avait que le Wall Street Journal, celui-ci était l’exception qui confirmait la règle du tout-gratuit. Après le mouvement du New York Times, les sites de presse ne tarderont pas à suivre le mouvement, et à déjouer les pronostics funestes de ceux qui lui promettent que ses lecteurs se détourneront massivement vers d’autres sources d’information.

Tous les commentaires

Il est paradoxal de constater que l'information en ligne était gratuite et à profusion avant la crise et que dès que celle-ci s'est ancrée dans notre quotidien, on en vient à faire payer ..... Je croyais (bêtement sans doute) que la crise étrillait les porte-monnaie d'un grand nombre de gens non soumis au bouclier fiscal !!!!

Quelle logique dans tout ca ? Faire payer les annonceurs et les lecteurs... toujours le fric à tout prix et vite

Suivons le raisonnement: tant que l'argent (ou du moins la promesse de l'argent) était en vue, chacun est prêt à donner dans l'espoir d'un retour différé. Ce retour ne vient pas, et de façon de plus en plus évidente, ne viendra pas.

Le porte-monnaie — celui des éditeurs — est désormais vide, et continuent à se vider. Gel des embauches, licenciement, recours «structurel» aux stragiaires, limitations des reportages: ils restreignent la voilure. Bref, ils n'ont plus grand chose à donner.

La grande majorité de la presse nationale (papier) a un contenu orienté et curieusement similaire, on sait tout de la vie en Sarkozy dans Le Point, l'express, le nouvel Obs, Le Figaro etc.... sans oublier la PQR. Le Monde n'est plus le titre de référence du passé.

Seuls quelques titres essaient de nous livrer un contenu différent comme Médiapart, Marianne, Rue89 ou Bakshish.... ca fait peu.

Alors payer pour avoir une information de fond et dans un souci d'honnêteté et d'objectivité, pour ma part, j'ai franchi ce pas en m'abonnant à Médiapart.

Si c'est pour lire les titres cités plus haut en payant sur le net, quel interêt ?

 

Certes: le raisonnement que je suis plus haut est celui des éditeurs. Tous estiment que leur contenu est différent de celui de la concurrence (nous aussi d'ailleurs).

Le plus gros problème, à mon sens, est de continuer à courir deux lièvres: le lecteur et l'annonceur. Marc Mentre rappelle sur son blog Mediatrend ce jugement de Paul Fahri (Washington Post): «Faire payer l’accès d’un site aux internautes ne règle pas réellement le problème, et d’un certain point de vue, cela fera empirer les choses. Quelque soit les revenus qu’un journal engrange en faisant payer ses visiteurs, cela se fera inévitablement au détriment de ses revenus publicitaires (…). Vous estimez que les tarifs de la publicité online sont bas actuellement? Attendez que les annonceurs découvrent que le journal possède une audience bien plus faible depuis qu’il a commencé à en faire payer l’accès.»

C'est une remarque parfaitement justifiée.

Il ne s'agit pas de refuser la publicité par principe, parce que les annonceurs seraient d'ignobles marchands du Temple, obnubilié par l'argent: comme la presse, ils fabriquent quelque chose, ils essaient de le vendre, ils utilisent les moyens à leur disposition pour ce faire.

Mais l'attitude est différente.

Vendre du lecteur de passage à un annonceur revient à produire des articles capables d'attirer beaucoup de monde sans nécessairement les retenir. La brièveté est un atout. La simplicité aussi.

Vendre du contenu à des abonnés implique un autre rapport. Tout n'est pas nécessairement lu, mais tout est proposé comme une possibilité de lecture. L'éditeur est alors dans une démarche de construction de lectorat fidèle. Cela suppose d'autres formes d'écriture comme je l'écrivais ici.

Et pour moi, le véritable événement est moins dans la conversion au payant (il y aura à coup sûr un retour de bâton dans six mois ou un an, parce que l'abonnement ne permettra pas forcément de couvrir les frais engagés, de la même façon que la presse écrite n'était déjà pas bénéficiaire avant la crise actuelle) que dans l'allongement de la foulée, le retour de formes ambitieuses, la faveur nouvelle pour une certaine complexité qu'on pouvait croire incompatible avec le Net il y a peu.

 

juste par curiosité : actuellement médiapart c'est combien d'abonnés ?

 

20.000 et quelques au bout de deux ans, c'est le même niveau que le site des Echos (le plus ancien en version payante, mais ils ont le journal papier comme source première de revenus). C'est un peu plus de 6 fois le nombre d'abonnés web seul de Libération (3000 pour 6 mois d'expérience, 4500 avec les abonnements couplés papier-web). C'est enfin la moitié des abonnés web seul du Monde.fr (40.000 + 60.000 avec l'abonnement papier pour 8 ans d'expérience).

Il va sans dire que ce n'est pas assez pour nourrir une rédaction d'une petite trentaine de personnes. Mais nous n'en sommes pas au bout du terme fixé au lancement (2011) pour parvenir l'équilibre.

Merci Vincent pour ces chiffres, je ne me rappelle pas avoir vu circuler des chiffres ici depuis quelques temps ;)

C'est plus et mieux que ce que j'espérais... Je me rappelle qu'il y a un an et qque, nous plafonnions à moins de 10.000

Pourrait-on avoir un "rapport d'activité" en tant que "sociétaires", oups, abonnés, du journal?

Bien à toi!

Et bon travail.

C'est un chiffre un peu ancien, hélas, mais je pense qu'on devrait en avoir de nouveau à l'occasion de l'anniversaire du site, dans une dizaine de jours. Patience.

Et merci pour les encouragements.

ce qui m'intéresse dans la démarche du "tout payant", c'est que les journaux papier ne se saborderont plus et permettront aux pure players de réellement concurrencer les sites de quotidiens "établis" (le monde, libé, figaro...). Aujourd'hui, cette concurrence est non seulement "déloyale" dans le sens ou des quotidiens d'information viennent offrir du contenu là où les médias uniquement présents sur internet le vendent, mais elle est également injuste et injustifiée : pourquoi un abonné papier paie-t-il quand tout le monde peut lire les mêmes articles sur le net. Et les journaux commencent à le comprendre... en perdant des ventes.

Quant aux contenus, il est évident que ceux-ci vont s'étoffer sur le net, j'entendais ce matin le rôle grandissant des médias prescripteurs n'existant que sur internet. Les habitudes changent et je suis également convaincu que nous ne sommes qu'au début du virage à prendre... les contenus (voire la forme et les contenants - ne serait-ce que par le développement de l'internet mobile) vont évoluer et, à mon avis, davantage qualitativement que quantitativement.

Ca ne concerne pas la presse en ligne, mais le graphique est intéressant: voici la répartition gratuit/payant (en terme de diffusion) dans les pays européens. On constate que l'Allemagne ne connaît pratiquement pas les journaux gratuits quand l'Islande et le Luxembourg sont majoritairement passés à la presse gratuite.

 

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