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Derniers souffles de Mahmoud Darwich
«O mort attends-moi à l’extérieur de la terre,
Attends-moi dans tes contrées, le temps que j’achève
Une conversation passagère avec ce qui reste de ma vie»
Murale
Il semblait soulagé de ce retard miraculeux. Avant d'aller donner en lecture ses poèmes au public arlésien, Mahmoud Darwich devait passer à Paris et se plier aux formalités d'usage: des interviews sûrement, dont une (espérait-on), pour Mediapart; une série d'émissions sur son œuvre pour France Culture. Mais il avait entendu dire qu'un précédent invité de la radio était mort peu après ces entretiens. Et comme lui même devait subir des interventions médicales dans l'été, mieux valait ne pas trop tenter le destin...
D'empêchements en annulations, le poète était arrivé à Arles juste avant son récital, coupant court à ces obligations assommantes d'artiste célèbre. Juste une conférence de presse pour l'anniversaire d'Actes sud.Et la poésie au Théâtre antique. Départ le lendemain. On insiste: juste un petit entretien, dans la salle du petit déjeuner de l'hôtel. On ne se doutait pas, bien sûr, que ce serait le dernier.
Voici un extrait de l'enregistrement:
Chuchottant presque, les yeux dans le vague, il parlera pendant près d'une demi-heure, avant d'être interrompu par l'écrivain sud-africain Breyten Breytenbach venu lui faire ses adieux. Accolades. Fin de l'interview. On ne le reverra plus alors que dans le hall de la gare d'Arles, entouré des mille égards de son éditeur, Farouk Mardam-Bey.
Trois semaines plus tard, le 9 août, l'opération à cœur ouvert avait mal tourné. Il ne s'appartenait plus.



Tous les commentaires
"le poête est plus écouté que lu" Je vois la "matière" poétique comme la glèbe de tous les arts, transmutable en tout autre, qui n'en n'a pas fini de faire se soulever et nos plumes et nos âmes. Le "entre deux éternités" de Diderot n'en forme alors plus qu'une, un continuum où toute crainte s'efface. Au revoir Mahmoud. Merci Vincent. pdn
Mais ou va ton l'ecouter la poesie aujourd'hui. Une des dernieres emissions de poesie sur France culture disparait a la rentree, personne ne veut plus la publier.... Mais oui, on l'ecoute toujours, on la lit toujours. Je ne connaissais pas ce poete, je commence a mesurer mon ignorance en le lisant et en l'ecoutant aujourd'hui ! C'est drole, je me faisais la reflexion en ecoutant Hannah Arendt sur les billets recents, j'ai tente de la lire, et j'ai eu la meme sensation que ce que vient de dire ce poete, j'ai compris ce qu'elle disait, pas ce qu'elle ecrivait. Merci Vincent.
Il y a quand même tous les "beaux objets" édités par André Dimanche..(et pas mal de sites sur internet, par exemple, Poézibao.). Merci Vincent!
Darwich ou le ressourcement lyrique à l'oreille du poème, à la voix du poète. Merci Vincent pour ce précieux témoignage, écrit et audio.