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Facebook: parlez des autres, vous vous ferez des amis

Les statisticiens de Facebook ont décortiqué environ un million de «statuts» anglophones pour comprendre comment fonctionne cet étrange rituel qui occupe chaque jour 12% de ses 500 millions d'utilisateur: expliquer à l'ensemble de ses «amis» ce que l'on est en train de faire («what are you doing right now?», l'invite initiale) ou ce que l'on a en tête («What's on your mind?»).

Ils se sont également demandé s'il existait des relations de cause à effet entre la composition de ces messages et l'entregent affiché.

facebk.jpgLes résultats montrent que les personnes les plus populaires:

s'adressent individuellement aux autres (ils emploient plus souvent «tu», éventuellement «nous» plutôt que «je»)*  publient des statuts plus longs parlent souvent de musique, de sexe et d'argent recourent moins souvent à l'émotion mentionnent moins souvent leur famille utilisent moins souvent le passé et le présent

On remarque donc que les messages qui émergent (ceux qui s'adressent au plus large public, plutôt qu'au plus vaste cercle d'amis) tendent à se conformer aux canons de la prise de parole classique dans l'espace public: des messages plus structurés, désinvestis et moins personnels, se projetant vers l'avenir (fût-il proche).

Facebook a aussi fait étudier les statuts qui appelent le commentaire et ceux qui entraînent la recommandation. On constate là un usage complémentaire des deux fonctions: les mots classés positifs provoquent plutôt des «like» et les négatifs des commentaires. De même, les messages longs et rédigés (notamment l'utilisation de pronoms) appelent de nombreuses intéractions quand les statuts plus personnels éteignent la discussion (typiquement: les messages à tonalité religieuse obtiennent des recommandations mais pas de commentaires et ceux qui relatent la qualité du sommeil font fuir les deux).

lik.jpg

Il faut toujours rappeler qu'il n'y a là que correlations (des variables qui évoluent ensemble) et pas de causalité prouvée. On peut également souligner que les statistiques sur Facebook sont produites par Facebook et exploitées par les mêmes. Quel que soit le crédit que l'on puisse accorder à l'indépendance de la «data team», on note que les conclusions vont plutôt dans le sens de l'apaisement, des sentiments positifs, tous comportement que la société Facebook a intérêt à promouvoir. 

 

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* Ce premier constat évoque fortement une contribution postée par Dave Mandl sur la liste Nettime-l en novembre intitulée «It's not what you twet, it's who you tweet» (ce qui est important, ce n'est pas ce que vous tweetez, mais qui vous retweetez). Sans l'étayer par des statistiques, Mandl y expose quelques ressorts psychologiques de Twitter, qui s'appliquent assez bien à Facebook.

«A la surface, un retweet est une façon de dire “hé, Untel a tweeté ceci et je trouve que c'est si intelligent/hillarant/fascinant que je veux le partager avec tous mes followers”. Mais si on creuse un peu, c'est plus compliqué. Un peu comme il existe des “label queens” qui n'envisagent de porter que des vêtements dessinés par tel ou tel créateur, il y a des utilsateurs de Twitter qui semble ne retwetter que des “Noms” – des célébrités de leur petit milieu. Retweeter un Nom combien vous êtes dans le flux, à quel point vous lisez les bonnes sources ou qui vous fréquentez. En fait, certaines personnes sont prêtes à retweeter les messages les plus creux pourvus qu'ils viennent d'un Nom – l'équivalent sur Twitter du fait de rire aux blagues pas drôles de votre chef de bureau.

De la même façon et pour les mêmes raisons, beaucoup ne citerons jamais quelqu'un qui n'est pas un Nom. Pour les snobs, il n'y a aucun bénéfice à retweeter quelqu'un qui n'est personne.»

 

Illustration OWNI

Tous les commentaires

Ce billet, «cross-posté» sur Owni, y a suscité un échange dont je livre ici des extraits:
Vincent Truffy le 29 décembre 2010
Depuis que j'ai écrit ce billet, la data team a ajouté un appendice sur l'homogénéité des groupes (qui se ressemble se rassemble) et sur la tendance à adopter le même type de comportement (j'écris des messages longs si mon groupe écrit plutôt des messages longs en moyenne):
Graphique ici

Ca me rappelle une étude récente de chercheur de l'université Carnegie Mellon sur la contagion affinitaire (résumée en français ici) qui montre qu'il est difficile de déterminer ce qui, du comportement identique ou de l'homophilie, est la cause et ce qui en est la conséquence.WilnocK le 30 décembre 2010
C'est une premiere correlation, qui n'intéresse que Facebook, et certainement les comptes d'entreprises et d'ONG qui cherchent a savoir comment aggreger le plus de like et de commentaires.
Par contre, une correlation par tranche d'âge risque d'être très intéressante.
En particulier, je regardais comment le Topic: "TV & Movies" semble être systématiquement dans le rouge, voir le blanc: il ne génère donc ni commentaires, ni like, ni amis, j'aurai pourtant tendance a pense que la television reste le sujet d'attraction principale, et le "dernier film vu au cinema" reste le sujet de conversation le plus accessible.
Peut-etre qu'une analyse par tranche d'age donnerai une toute autre correlation   Vincent Truffy le 30 décembre 2010
La Data Team de Facebook propose aussi une correlation vocabulaire/âge. Mais TV & Movies est aussi dans le rose pâle dans ce cas-là. Je ne sais pas si cela signifie que ce sujet laisse les «facebookeurs» indifférents, mais il n'a pas l'air surdéterminé par l'âge, au contraire de la famille, les groupes d'amis ou l'argent.

Bonus: selon les stats d'AddThis, Facebook domine toujours (et plus encore qu'en 2009, avec 44% contre 33% l'an passé) le «social sharing», mais croît désormais moins vite (ce qui est compréhensible, vu le volume) que le partage par GMail ou Yahoo Mail, ou par Stumble Upon et Orkut.  WilnocK le 30 décembre 2010
J'avais constate que la data team proposait une correlation age et categorie, mais on ne sais pas ce que cela donne par tranche d'age: 7-17, 18-24, 25-33... bref, savoir si une tranche d'age est plus sensible a une categorie qu'une autre, il serait interessant de constater par exemple que des sujets comme la politics ne sont pas percu de la meme facon par tranche d'age (ce n'est pas une decouverte cela-dit)  Vincent Truffy le 3 janvier 2011
Oui, c'est vrai. Ca montre l'intérêt de produire des données ouvertes plutôt que de livrer uniquement une interprétation à partir de données construites pour étayer la démonstration. Ca ne donnerait, éventuellement, aucune corrélation intéressante, mais cela permettrait à chacun de constater que seule l'interprétation élaborée par la data team fait sens (ou pas).   wilnock le 3 janvier 2011
"... Ca montre l'intérêt de produire des données ouvertes ..." je n'imagine pas le prix que ces memes "donnees" doivent etres vendues a des services de marketings -qui ne savent certainement pas vraiment quoi en faire- alors produire des donnees ouvertes venant de Facebook, cela me semble un peu... utopiste.

"utilisent moins souvent le passé et le présent"

Le point 6 me laisse perplexe.... Alors ils utilisent quoi ? L'imparfait du subjonctif ? 

Le futur du passé Clin d'oeil 

Il peut y avoir tous les temps du futur (I will, I'm going to), du conditionnel (I would come) et du subjonctif (I wish you were here), j'imagine.

Parler des autres au futur ? Fastoche ! Mais pas très honnête... Le conditionnel, encore !

Une autre étude dano-italienne montrerait que «sur les réseaux sociaux, les messages qui suscitent un sentiment positif sont ceux qui ont le plus de chances d'être rediffusés. Mais sur les sites d'actualité, c'est au contraire ceux porteurs d'un message négatif qui sont susceptibles d'être les plus populaires» (pour la raison, probablement, qui veut que l'on ne parle pas des trains qui arrivent à l'heure dans un journal, alors qu'ils restent la majorité – 19% de retards en 2009).

«Si vous voulez être cités, soyez gentils avec vos amis, ou publiez de mauvaises nouvelles à votre audience générale», prescrit l'étude. En fait, l'efficacité dépend aussi probablement de la communauté constituée et de ses usages sur le réseau social/forum/site Web.

Facebook, qui repose sur le principe d'acceptation mutuelle de la relation, prend un tour beaucoup plus communautaire. Donc les messages positifs sont valorisés.

Twitter qui fonctionne de façon asymétrique (on peut suivre quelqu'un sans devoir obtenir son approbation et être suivi sans avoir à donner son avis) génère une communauté d'intérêts, thématisée, qui le rapproche beaucoup du modèle de la presse. Donc la schadenfreude – la joie mauvaise – est plus répandue.

Les chercheurs notent aussi la nature «aspirationnelle» de Twitter: «il ne valorise pas ce qu'un individu a été ou est, mais ce qu'il désire être.»

On peut se demander dès lors quelle est la nature de Mediapart (s'il y a une ou des natures, une communauté globale ou des micro-communautés qui s'y épanouissent).

Une étude d'un chercheur de Stanford, signalée par la Technology Review du MIT. Quelle sera l'information la plus retweeté? Jure Leskovec a pris en compte le contenur du message, la popularité du site d'origine et la nature de la communauté des lecteurs sur un corpus de 170 millions d'articles et de 580 millions de tweets.

Selon lui, les informations qui apparaissent sur les sites d'information généraliste atteignent rapidement des pics de popularité qui s'évanouissent aussitôt alors que les sites spécialisés (blogs pointus, notamment) bénéficieront d'une propagation entretenue sur un temps plus long. 

Cela accrédite l'hypothèse de la «parenthèse Gutenberg» selon laquelle le livre comme objet de validation/certification des connaisssances n'aurait été qu'un moment de concentration des moyens de production et de transmition de l'information, avant et après laquelle elle se trouve répartie dans la population sous une forme plus diffuse de bouche à oreille.

Le problème qui se pose est dès lors celui de la confiance: qui croire? sur quels critères? De façon évidente, la qualité du locuteur est déterminant, ce qui explique la confiance accordée aux médias dans un temps court, avec un relai pris par les sites spécialisés, qui creusent le même sillon, dans un deuxième temps mais qui dure.

Reste la question des proportions. Selon le fondateur de PostRank (que vous pouvez voir fonctionner ici sur le club de Mediapart), 50% de l'attention portée aux informations est concentrée dans la première heure, et 80% sous 24 heures.

Est-ce qu'avec la révolution tunisienne, les statistiques faites en anglais fonctionnent encore ? Peut-être est-ce que ce sont les nouvelles négatives qui ont le plus fonctionné...

Permettez-moi de vous signaler mon post à ce sujet :

http://www.mediapart.fr/club/blog/wistic/170111/tunisie-facebook-revolution

Merci. En retour, je vous signale cet article de Malcolm Gladwell  qui n'emporte pas totalement mon adhésion mais qui soulève des questions intéressantes à propos de l'idée que Twitter, Facebook ou You Tube aient catalysée une révolution (ou même un mouvement social de grande ampleur) ici ou là. Il y relève en particuliers que l'engagement sur les réseaux sociaux mime plus l'activisme qu'elle ne le suscite.

«Facebook activism succeeds not by motivating people to make a real sacrifice but by motivating them to do the things that people do when they are not motivated enough to make a real sacrifice.»

Peut-être est-ce différent dans un environnement où l'information est rare (je veux dire: en Tunisie, il y avait beaucoup de communication gouvernementale et peu d'information venant d'autres sources). Les réseaux sociaux peuvent tenir ce rôle de source alternative et donc faire passer l'information d'un mouvement en train de ses constituer.

Dans un contexte où l'on est saturé de sollicitation au contraire, il y a toutes les chances pour que cette actualité soit noyée par d'autres moins signifiantes. Ca ne veut pas dire qu'on ne s'engage pas sur les médias sociaux, mais qu'on a plus de micro-engagements: cinq minutes contre Hadopi, sept pour les journalistes enlevés en Afghanistan, douze contre le débat sur l'identité nationale... Ca ne coûte pas cher, c'est facile à mettre en place, mais au final ça n'a pas le même sens que d'occuper une usine ou de manifester.

Mais ça n'est pas rien et des dizaines de milliers de personnes qui consacrent 5 minutes à soutenir une cause peuvent déjà avoir un impact. Il faut juste comprendre lequel et comment l'utiliser au plus juste.

Votre comparaison me paraît judicieuse. Là encore, permettez-moi de vous signaler mon article sur les Anonymous qui pourrait vous inspirer. Ceux-ci considèrent justement que ce sont les grèves qui sont devenues innefficaces. Je considère pour ma part qu'il y a un détournement des outils : facebook est fait pour faire du fric avant tout. Pour aller dans votre sens cependant, il faut noter que la tendance communautaire peut nous pousser à ne discuter qu'avec des gens en accord avec nous, à construire des identités bien policées, où l'on ne parle que de sexe, de musique et d'argent de façon impersonnelle. Internet était fait pour des discussions horizontales, certains veulent le centraliser ; facebook est fait pour centraliser des informations, d'autres inventent de nouveaux usages... je n'ai pas de jugement définitif en la matière, je ne crois pas que ces techniques soient soit bonnes soit mauvaises.

L'exemple de la réforme des retraites montre effectivement un glissement dans la conception démocratique de l'élection à la majorité qui serait un pis aller faute d'obtenir un consensus à l'élection qui donnerait toute latitude d'action entre deux scrutin. La France est en théorie une République sociale où l'élection est tempérée par la représentativité d'organes politiques, associatifs et syndicaux, qui s'expriment chacun à leur façon, parmi lesquelles figurent les grèves.

Ce déni démocratique (comme on dit souvent à Mediapart) radicalise forcément ceux qui restent dans les oppositions qui cherchent d'autres moyens d'action qui peuvent aller -- sans changer de régime -- jusqu'à la désobéissance civile.

Clay Shirky jugeait il y a quelques jours que le téléchargement illégal n'était pas autre chose qu'une forme de désobéissance civile de masse contre un cadre légal devenu inepte. A moins d'emprisonner tous les contrevenants, il n'y a pas grand chose à faire contre cela. Il faut donc ré-imaginer le mode de rémunération de la création artistique qui intègre l'évolution des pratiques culturelles. Les propositions ne manquent pas, toujours rejetées au nom d'un "bon droit" indiscutable juridiquement, mais insoutenable politiquement. 

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