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Fillon-Dati, on refait le buzz

Prenons deux informations, d'un intérêt inégal. Elles concernent toutes deux une «petite phrase» prononcée à la télévision dimanche à la mi-journée.

Dans une interview accordée à France 2, le Premier ministre, François Fillon, explique que «Nicolas Sarkozy n'est pas [son] mentor».

A peu près au même moment, Rachida Dati, députée européenne, ancienne ministre de la justice, ex-amie du président de la République, qui parle très doctement sur Canal+ des fonds d'investissement qui «demandent des rentabilités à 20 à 25% avec une fellation quasi nulle.» L'accident bête, le lapsus linguae, l'inflation et le message politique sont passés à la trappe.

Le lendemain, lundi 27 septembre, 9 heures, les deux sujets sont sur la page d'accueil de Google Actualité, arbitre supposée des popularités, le premier en premier titre de «la une», l'autre en tête de la rubrique divertissement.
Question: quels ont été les mécanismes du buzz, de la presse en ligne à Twitter?

C'est le sujet que nous (une équipe de la Netscouade qui m'a accueilli pour la journée: Martin Pasquier et Raphaël Velt, tous deux membres de l'observatoire de la Netscouade et membre du projet de recherche IPRI («Internet, pluralisme et redondance de l’information», avec le soutien de l'Agence nationale de la recherche ANR-09-JCJC-0125-01); Benoît Thieulin et Matthieu Lerondeau, confondateurs de l'agence) avons choisi de traiter pour une «bataille de données» organisée par Owni pendant toute la journée de mardi (compte rendu en direct sur HackThePress.net). Nous utilisons pour cela des requêtes sur un corpus d'articles de 20 sites d'information et 10.000 comptes Twitter, en essayant de trouver une dynamique de propagation de l'information.

 

(Fonctionnement: cliquez sur un point dans l'une des trois catégories – vidéo, Twitter ou presse – de l'un ou l'autre des sujets. Le point passe en rouge, ainsi que l'objet – article ou vidéo – auquel il fait référence. Apparaîtra alors en bas de l'écran le texte du tweet ou le titre de l'article/ de la vidéo, ainsi que les URL liées.)

 

Mentor compulsif
La chronologie des deux sujets est assez différente. Dans le cas de François Fillon, l'information a été révélée vendredi soir, peu avant minuit, par le site du Figaro. Bruno Jeudy publie un court article révélant quelques phrases de l'interview: «Avec Nicolas Sarkozy, on a fait une alliance. J'ai choisi de l'aider à être président de la République et je m'en félicite tous les jours. Mais Nicolas Sarkozy n'est pas mon mentor».
La petite phrase, pour étonnante qu'elle soit entre deux alliés politiques, n'a rien pour déstabiliser les permanenciers du week-end. Elle s'inscrit dans une longue liste de «couacs» entre les deux têtes de l'exécutif, depuis la première fois que Nicolas Sarkozy avait présenté le Premier ministre comme son «collaborateur» en début de quinquennat. Peu de questions se posent: la polémique est d'importance parce qu'elle induit une éventuelle rivalité entre les deux hommes à un moment où le président dévisse dans les sondages (72% de défiance selon le prochain baromètre «Fig Mag»/Sofrès) alors que son premier ministre se maintient (34% de confiance contre 35% en juillet). Il préfigure une figure habituelle de la politique française: à l'élection présidentielle, un premier ministre vient défier le président sortant et perd à la fin.

Jusqu'au samedi soir, les reprises citent Le Figaro sans avoir obtenu de confirmation, jusqu'à ce que l'AFP publie une dépêche après que «la chaîne a montré samedi quelques extraits» de l'interview à l'agencier.

Quand France 2 diffuse la totalité de l'entretien dimanche, l'essentiel est déjà connu, il ne reste plus qu'à intégrer la vidéo dans les articles déjà publiés.

Ce sera, la plupart du temps, le reportage que lui consacrera BFM-TV, l'autre captation, celle du Post, étant restée en mode «privé» (accessible seulement sur le site qui l'incorpore sur une page) sur DailyMotion.

(Ce graphique est provisoire: les ensembles de points couvrent samedi, dimanche et lundi. Les blancs correspondent aux période de moindre activité la nuit)

Ici les articles de presse précèdent la plupart de tweets et se répartissent presque uniformément sur les journées de samedi, dimanche et lundi, relancés par l'interview de la ministre de l'économie, Christine Lagarde, le soir même sur Europe 1, estimant que le véritable mentor de François Fillon est Philippe Séguin, et relayés par des articles d'analyse sur un éventuel remaniement ministériel plusieurs fois annoncé pour octobre. Les deux vidéos identifiées, qui noient la déclaration dans un reportage plus complet, ne sont pas twittées.

 

Des datas pour Dati
Avec Rachida Dati, on entre dans un autre cas de figure: A 13h11, @leblogdedary twitte: «#dimanche+ Rachida Dati invitée par Anne-Sophie Lapix. J'ai cru entendre fellation pour inflation de la bouche de Rachida Dati». Dix-huit minutes plus tard, presque une vie sur Twitter, Le Post poste la vidéo sur DailyMotion, en mode «public» cette fois.


Et publie l'article correspondant à 13h48.
Le propos politique est vide et ne prête pas à interprétation (et même parasite entièrement le message que voulait livrer l'eurodéputée) et les seules analyses disponibles consistent à déplorer l'abaissement du niveau de la parole politique, bla-bla-bla. En revanche, le potentiel de «LOL» est énorme et donne à l'événement une empreinte originale.

(Idem: le premier groupe couvre dimanche après-midi, le second lundi)

Les tweets s'accumulent immédiatement, fortement liées entre eux (retweets). L'«information» provoque la publication d'un petit nombre d'articles, de moins en moins cités sur les réseaux sociaux à mesure qu'on avance dans la journée. La vidéo, très courte est en revanche très largement citée et atteint, après deux jours d'existence, plus de 2 millions de vues sur DailyMotion.


Jusqu'à ce qu'arrive une seconde vidéo publiée sur DailyMotion, celle de l'éditorialiste de L'Express, Christophe Barbier, qui fera 1.000 fois moins bien, ce qui n'est pas si mal puisque celle qui est intégrée sur lexpress.fr est hébergée sur Brightcove et que le trafic sur DailyMotion semble plutôt venir d'un article de Slate.fr.

(Ajout: sur la suggestion d'Antoine Bayet: «"Le trafic sur DailyMotion semble [...] venir d'un article de Slate.fr. " Vous êtes sûrs ?!» Non, je ne suis pas sûr, d'où le «semble». Il n'y a qu'une correlation – et pas une causalité – horaire entre l'heure de publication de l'article sur Slate.fr – 19 heures – et la hausse du nombre de consultations pour la vidéo en question.)

Tous les commentaires

ceux là aussi ils sont bien rigolos Clin d'oeil

 

 

Eh bé... Bon courage dans le bac à sable!

L'enjeu n'est pas mince: l'équipe gagnante remporte un authentique Minitel™.

On peut déjà voir aussi la réalisation de Rue 89 http://www.rue89.com/making-of/2010/09/28/racontez-votre-experience-des-profondeurs-et-aidez-lequipe-rue89-168576 qui a opté pour un «crowdsourcing» sur l'expériences des profondeurs (à propos des mineurs chiliens). >> résultat publié ici http://www.verot.net/deep/results.htm

UMaps travaille un peu sur le même principe http://www.knowtex.com/hackthepress

Et nous, nous débuguons (enfin pas moi, parce que je n'en suis pas capable, mais je soutiens les efforts...).

 

C'est donc StreetPress qui l'a emporté avec une BD reportage pour iPhone sur la reprise des implantations israéliennes en Cisjordanie.

Très intéressant article, qui va beaucoup plus loin qu'on ne croit.

...

Pour Rachida, c'était plutôt un lape-suce ! Fait avec une langue qui avait fourché (ça chatouille !) Marche moi dessus

Mais une autre expression a aussi eu quelque succès : celle de Christine Lagarde, qui a dit dimanche sur Europe1, que "Dominique Strauss-Kahn doit en avaler sa pipe", à propos de la réforme des retraites proposée par le PS, qui était "une vaste blague" ("Oser affirmer qu’on reviendra à la retraite à 60 ans, personne n’y croit")...

Nos dames sont décidément très en phase !

Ces dames ont la langue bien pendue, je trouve!

Mais qu'elles n'espèrent pas nous faire oublier le traitement des retraites, nom d'une pipe!

Quant à Mr Fillon, s'il n'a pas peur de la vérité,celle qu'il infligeait aux Français en 2006 en préparation de la campagne présidentielle("Les Français peuvent supporter la vérité "Nathan)Il pourra relire son analyse du Parlement Français et comparer avecla réalité d'aujourd'hui!

Extraits

"Un déficit démocratique(page147)

les Français ne croient plus en leur système politique

les électeurs manifestent leur désespérance à l'égard d'un système qui non seulement s'avère impuissant à résoudre leurs problèmes, mais qui ne les entend plus ,qui n'est plus, à leurs yeux, véritablement démocratique.

(page 153)

On manque d'oxygène.Le premier ministre? Aux ordres du Président de la République. La majorité parlementaire? Maintenue sous tutelle. Tout est vérouillé .

(page 165)

Pour mener la France, il faut non seulement un chef de l'Etat pleinement responsable.....mais il faut également un meilleur équilibre des pouvoirs.

Aucun Parlement en Europe n'est aussi faible que celui de la France.

(page 166)

Et le Parlement?On lui demande juste de voter, et si possible vite pour ne pas laisserà la contestation le temps de monter en puissance.

Un Parlement muselé, sans moyens efficaces d'investigation et de contrôle, des parlementaires trop nombreux, sans équipe, qui cherchentdans la gestion des collectivités locales le pouvoir et la reconnaissance que leur mandat national ne leur apporte pas:voilà la triste réalité de la démocratie française.

(page 167)

On le voit ,l'opinion n'a pas tort quand elle pense que son Parlement ne sert pas à grand chose et que la rue ou la grève restent les meilleurs moyens de défendre ses intérêts.

(pages 170/171)

Enfin le Parlement devrait se voir accorder par la Constitution davantage de pouvoir et de moyens pour exercer ses missions de contrôle.

Ce rôle est essentiel.Un exécutif qui n'est pas contrôlé est forcément tenté d'outrepasser ses droits et, pire encore, d'ignorer ses devoirs. "

Quelle analyse!

Mr Fillon devrait trouver une place de prof à Sciences po facilement

et comparer 4 ans après

 

 

+1

Excellent!

Erreur."La France peut supporter la vérité" est paru chez Albin Michel

Un livre très intéressant pour les citoyens naïfs de mon acabit.Et pour tout ceux qui prennent la parole politique pour argent comptant .

Je reviens sur la journée Hack The Press dans ce billet:

Pourquoi nous n'avons pas gagné le Minitel

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