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Quelles fondations pour le développement durable ?
Le développement durable est la recette préconisée dans de nombreux milieux, y compris officiels, comme la voie à suivre pour sortir la société française, européenne voire mondiale des ornières écologiques, sociales et économiques dans laquelle elle se trouve actuellement.
Mais, le développement durable ne s’adresse pas aux questions plus fondamentales de la représentativité, du modèle social, des politiques économiques et monétaires, de la paupérisation (certains parlent même de la tiers-mondialisation de la société occidentale), l’éducation, le développement technologique, bref les fondamentaux d’une société.
La manière dont sont gérés ces fondamentaux est la cause de l’état du monde actuel, état insatisfaisant, dont la crise actuelle est un exemple de dysfonctionnement.
En conséquence, construire le développement durable sur les fondements actuels est comme bâtir une jolie maison sur des sables mouvants.
Or, sortir de ces sables mouvants et trouver la terre ferme impose la mise en place de nouvelles fondations.
Je propose au débat quatre « sables mouvants », quatre problèmes sur lesquels il faut me semble t-il réfléchir et agir, et qui impliquent des ruptures avec le modèle actuel.
Problème n° 1 : la professionnalisation de la représentativité politique et les liens entre ces professionnels et les centres de décisions économiques et financiers. Ce qui peut à priori apparaître comme une bonne chose (coopération entre le politique et l’économique) est en fait un verrouillage gagnant-gagnant pour ces parties prenantes, au détriment de l’ensemble des autres parties. Par exemple la fameuse privatisation des profits et la socialisation des pertes spéculatives; ou encore la tendance actuelle vers une société pénitencière ou forces de l’ordre, administration et justice œuvrent avant tout dans l’intérêt de l’appareil du pouvoir (la politique sécuritaire), peu importe sa couleur politique.
En l’état actuel des choses, toute politique de développement durable sera très fortement contrainte et limitée par les intérêts particuliers qui dominent le système de gouvernance, qu’il soit français, européen ou mondial.
Le développement durable ayant en partie pour objet le recentrage sur l’Humain, il semble essentiel de développer une démocratie représentative permettant un contrôle beaucoup plus précis des élus par leurs électeurs, une représentativité non inféodée, non professionnelle (c'est-à-dire sans cumul de mandats, avec une limite dans le temps et un système permettant le retour à la vie ‘civile’), et accessible.
Problème n° 2 : la monnaie. Aujourd’hui d’un point de vue décisionnel seul ce qui existe sous forme de flux monétaire est pris en compte en tant que « valeur ». D’unité de mesure de la valeur, la monnaie est devenue valeur en soi car la financiarisation permet de créer encore plus de monnaie par pure manipulation (les fameux produits dérivés). Cette capacité de création monétaire à partir de rien rend le système monétaire schizophrène et instable : d’une part la monnaie représente une valeur de quelque chose de concret (telle voiture vaut 10 000 euros), d’autre part la monnaie est valeur en elle-même et peut faire des « petits » toute seule.
Il faudrait refondre le système monétaire actuel pour arriver à un nouveau système ou la masse monétaire est représentative d’une valeur globale sous-jacente, et répartie en fonction de cette valeur (donc reprise par l’Etat de la faculté d’émission monétaire, actuellement dévolue aux banques).
Cette prise de contrôle permettrait de mettre en œuvre un barrage anti-pauvreté par le biais d’un revenu d’existence, et d’opérer un contrôle strict sur les activités spéculatives.
Cette adéquation entre monnaie et valeur implique également la prise en compte de tous les coûts inhérent à la création de valeur, y compris les coûts écologiques. Ces coûts n’étant généralement pas pris en compte dans les économies traditionnelles (planifiées ou libérales), il est inévitable qu’une certaine forme de contrôle à l’import devra être mise en place afin que les prix des produits importés reflètent eux aussi l’ensemble de leurs coûts réels, et éviter ainsi la concurrence faussée.
Problème n° 3 : les ressources. La croissance est requise pour compenser les coûts de fonctionnement croissants des Etats. Si les coûts étaient stables on pourrait imaginer une forme d’homéostasie économique, mais les coûts augmentent, surtout dans les pays dits riches, du fait qu’une partie de plus en plus importante de ces populations consomme plus de valeur qu’elle n’en génère. L’augmentation de la proportion des retraités et des sans emplois relative à la proportion des actifs illustre parfaitement le problème. Pour compenser ce déficit, il faut augmenter les ressources, donc croître (notamment via l’augmentation de la productivité), ou s’endetter. En France, le seul remboursement des intérêts de la dette publique (sans parler du capital) consomme déjà l’entièreté de l’impôt sur le revenu. Mais croître continuellement, à un taux suffisant (au moins 3% par an, soit un doublement du PIB en 23 ans), à l’échelle mondiale est tout simplement une illusion… à moins d’une innovation fondamentale, un saut technologique qui permettrait de dissocier la croissance de la consommation de ressources peu ou pas renouvelables.
A défaut, les ressources insuffisantes obligeront mécaniquement les sociétés à des ruptures avec le modèle actuel, une décroissance forcée et violente.
Le développement durable tend à réduire le besoin en ressources par la mise en place de processus moins consommateurs (production locale pour réduire le transport, simplification des emballages, abandon des engrais, bâtiments énergétiquement neutres voir positifs, etc..) mais à l’échelle mondiale la réduction de notre consommation ne suffira pas à permettre à l’ensemble de l’humanité d’accéder au même niveau de vie. A moins d’envisager un cycle de décroissance drastique, un saut technologique est nécessaire pour permettre de synthétiser les ressources manquantes à partir d’une solution énergétique viable à long terme.
Problème n°4 : L’appropriation privée du « commun ». Le bien commun à généralement été compris comme ce qui n’appartient ni au privé, ni à l’Etat. Par exemple l’abeille qui pollinise les plantes ou le gain de blé font partie du « commun », tout comme les grandes idées philosophiques ou les bonne recettes traditionnelles. Et il a toujours été possible à tout un chacun de participer à ce commun, en y pêchant des choses et en y remettant ensuite ses propres trouvailles pour le bénéfice des générations futures. En fait la gestion du « commun » est la base même de l’idée de civilisation.
Or, la tendance actuelle est de transformer ce qui devrait être commun en propriété privée, sous forme de brevets et droits en tous genres. Notamment dans les sciences de la vie (OGM, semences propriétaires…), mais cette dérive existe dans tous les domaines. La disparition du « commun » au profit du privé, selon des règles créées par ceux qui bénéficient de cette appropriation et implémentées par la force contre ceux qui les refusent, est l’illustration parfaite et abjecte du vol légalisé par la loi du plus fort. En outre, ce système restreint l’accès à la connaissance au petit groupe de ceux qui détiennent ces brevets, leur permettant ainsi de focaliser l’innovation en faveur du plus immédiatement rentable pour eux, au détriment de la société dans son ensemble.
La notion de bien commun à besoin de retrouver une protection juridique forte. Ce que la nature a construit sur des millénaires ne peut en aucun cas devenir la propriété privée de qui que ce soit. Et inversement, le marché ne peut pas manipuler la loi pour rendre illégales des solutions issues du bien commun qui font concurrence à des alternatives industrielles.
Le développement durable est basé sur le bien commun. Mais il faut que ce bien commun soit disponible, protégé des appropriations par la sphère privée ou publique, accessible à tous, transmissible de génération en génération.


Tous les commentaires
Les "problèmes" 1 et 4 me paraissent les plus travaillées dans votre formulation. Le troisième me parait, si je me permets le plus faiblement construit. Cela tient peut-être à la notion de développement durable, oxymore auquel je peine à croire. L'illusion technologique m'y parait dangereusement présent. Quant au deuxième je l'élargirai bien de la monnaie à la mesure, au tout quantitatif. Globalement vos quatre "sables mouvants" me paraissent très pertinents pour nourrir un débat de fond.
On peut ben entendu parfaitement discuter de la notion même de développement durable. Certains penseurs, comme Pierre Rahbi, rejettent ce concept comme une simple manipulation, qui ne changera rien sur le fond. Les partisans de la décroissance n'y adhèrent pas facilement non plus. Personnellement je pense que le DD à du sens, à partir du moment ou il s'inscrit dans un système global qui va dans le même sens, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Mon point 3, sur les ressources, considère que les ressources actuellement répertoriées ne suffiront pas, DD ou pas DD, et donc qu'il faut aller chercher de nouvelles ressources "ailleurs". C'est, j'en conviens, peut être se laisser aller à l'illusion technologique, mais je défend cette position de la manière suivante: la ressource manquante essentielle est l'énergie, car à partir d'elle on peut tout faire. Or l'énergie que reçoit annuellement notre planète du Soleil, ou l'énergie thermique encapsulée par le manteau terrestre, est de très loin supérieure aux besoins de l'humanité. Il "suffit" donc de la capter. On sait comment faire, en gros, mais pas à l'échelle requise, ni avec l'efficience requise. Là est, à mon avis, le saut technologique à faire pour que le DD soit... durable.
En fait, avant de répondre aux problèmes que vous citez, il faudrait commencer par définir la notion de développement et surtout de développement.
Je dirais même plus: définir le développement de la notion de développement :) La notion de développement durable est relativement bien définie, par exemple http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9veloppement_durable
Entièrement d'accord, le mot piège est DEVELOPPEMENT. Qu'appelle t-on développement, quand peut on se dire "développés"? Voir ci-dessous mon commentaire sur "Prométhée". Francois Flahault a aussi écrit un ouvrage "Be yourself"... qui démonte complétement le mythe du "développement personnel" Olivier
Dans le cadre du "développement durable" pur et dur, j'entends "développement" comme un processus dont la finalité est de permettre à l'ensemble de l'humanité de vivre dans des conditions décentes. C'est vaste et pas très précis, mais néanmoins assez clair. Par contre je récuse complètement les notions de "pays développés" ou "pays en voie de développement" car ca ne veux rien dire.
J'avais presque oublié cet ouvrage de Serge Latouche : "Survivre au développement : De la décolonisation de l'imaginaire économique à la construction d'une société alternative" Olivier
Bonjour Vincent, Sur le plan sociologique, Jane Jacobs (1916-2006) a écrit à ce sujet : Retour à l'âge des ténèbres (Boréal). Voici la 4e de couverture : L’âge des ténèbres signifie la fin de la culture. En Amérique du Nord, nous vivons au milieu des dépouilles des civilisations précolombiennes que nous avons détruites. Dans cet essai percutant, Jane Jacobs soutient de façon fort convaincante l’hypothèse selon laquelle nous serions nous-mêmes une civilisation en voie d’extinction. Tout au long de l’histoire, l’humanité a connu de nombreuses époques semblables à celle qui sépare l’Antiquité de la Renaissance. Il y a dix mille ans, nos ancêtres ont quitté leur vie de chasseurs cueilleurs pour devenir des citadins et ont perdu en même temps presque toute la mémoire de ce qui avait précédé. Nous nous retrouvons encore une fois à un redoutable carrefour, alors que la société agricole cède le pas devant la technologie. Comment réussir ce passage sans perdre la culture à laquelle nous sommes tant attachés – et sans que d’autres nations qui se montrent plus habiles que nous à sauter le pas ne nous dépassent irrémédiablement. Il faut d’abord reconnaître que tout ne tourne pas rond. Jacobs distingue cinq piliers de notre société qui ont été ébranlés ces dernières décennies : la communauté et la famille ; l’éducation supérieure ; la science et la technologie ; la représentativité des gouvernements ; la faculté pour les différentes professions de s’autoréguler. Voilà les bases sur lesquelles s’appuie notre culture, mais Jacobs montre comment elles sont en voie de devenir inutiles. Si cela se produisait, nous ne saurions plus qui nous sommes. Le revers de la médaille, c’est que nous pouvons renverser ce mouvement de décadence. Le Japon a réussi à empêcher la disparition de sa culture, malgré la guerre, la destruction et l’occupation, en insistant sur la mémoire et sur la préservation. L’Irlande, qui a vu s’éteindre toutes ses langues vernaculaires à cause de la destruction et de la famine, a pourtant connu une renaissance de sa culture grâce à la détermination de sa population. Jacobs affirme que cela peut se produire ici aussi, pourvu que nous reconnaissions à temps les signes de déclin. Retour à l’âge des ténèbres n’est pas seulement le couronnement de l’oeuvre de Jane Jacobs, mais un des livres les plus importants de notre époque, un cri d’alarme, qui, pour peu qu’on l’écoute, pourrait sauver notre mode de vie. -- En un mot, le développement durable doit passer par la réappropriation de nos ressources collectives (5 pilliers dont il est question dans le bouquin). Pour Jane Jacobs : http://www.vigile.net/Jane-Jacobs-l-urbaniste-maudite Retour à l'Âge des ténèbres, un ouvrage à lire absolument pour compendre ce qui nous est arrivé.
Bonjour Candide, Merci pour l'info, je ne connaissais pas. Je pense que chacun peut finalement proposer les piliers qui lui semblent les plus appropriés à une problématique donnée. Il faut trouver le juste milieu entre le trop général et le trop spécifique.
Très intéressante analyse. Qui s'apparente facilement au mouvement écologiste. Depuis toujours, sur des sujets graves, les écolos ont raison, et pourtant il n'arrivent pas à se faire entendre. Une bonne question serait de se demander pourquoi des analyses sans faille, des démonstrations d'évidence, qui vont tout droit à des gouffres, dont on ne verra pas le fond, peuvent être aussi inaudibles. Déjà à la naissance des premiers partis verts, pourquoi n'a-t-on pu bâtir une dynamique de masse, sur l'écologie? Le même genre de problématique se pose sur le peu de développement des idées altermondialistes, par des mouvements de masse. Ces ides prennent, doucement, bien sûr, presque comme par contamination. Tout le monde finit par les professer, y compris notre Tartuffe 1er. Alors quoi, l'humain serait-il donc condamné à l'union seulement dans des mouvements qui portent des idées aussi étranges que la libre-concurrence, ou qui établissent la lutte des classes comme dernière grille d'évaluation? L'explication est ailleurs. C'est, je pense, le sable mouvant des sables mouvants, notez le N°1 ou N°5 si vous voulez. Il existe avant la dépendance économique, une dépendance psychologique. Elle fait que l'on bouge doucement, et que la masse ne peut se mouvoir, sans une très grande force de conviction, qui va d'abord s'adresser aux passions, et non pas à la raison. Elle partir toujours du très proche quotidien, et semble dire qu'il ne va pas tant changer, dans la sphère individuelle, sauf en très bien. Les autres, généralement, on s'en fout. Parce que sinon, tout le monde hait le changement. C'est la vieille idée du "on sait ce qu'on quitte, pas ce qu'on va trouver". Comme celle de ne jamais entendre les Cassandre. C'est psychologique, bien sûr. Le problème doit donc s'affronter sous cet angle. Comment remettre en route les sociétés figées dans leurs angoisses, et d'autant plus accrochées à leur certitudes, ou leurs habitudes, qu'elles sont inquiètes. Toutes les révolutions se sont faites sur la manipulation. Le principal problème des écologistes, ou des altermondialistes, c'est qu'ils sont honnêtes. Comment rendre l'honnêteté crédible en politique? Il y a là un vrai challenge d'un travail sur l'humaine condition, par des gens qui en auront une conscience aigüe. Peut-être faut-il une bonne fois comprendre qu'avoir raison ne suffit pas. Il faut qu'on vous aime, en plus.
@Pfsim Je vois plusieurs éléments dans votre contribution: 1) L'aspect écologique. Certes, l'écologie est au centre du concept de développement durable, il est donc heureux que mon analyse s'applique également à la question écologique. Que les fondements écologistes soient "vrais", sans doute, mais le fait d'avoir probablement raison sur le fond ne compense pas des approches politiques désastreuses. Il existe des extrémistes écologistes qui sont tout aussi dangereux que des extrémistes de droite et de gauche. En fait, à mon avis, l'écologie comme le DD est fondamentalement apolitique, il peut fonctionner dans un système de droite comme de gauche. Quand j'appelle à une démocratie plus directe dans mon 1er problème, je ne présume pas du choix démocratique en lui-même. 2) L'altermondialisme. Ce qui caractérise ce mouvement, c'est justement qu'il est la résultante d'un ensemble de revendications et de visions politiques qui, prises individuellement, ne sont pas vraiment compatibles. Mais c'est la reconnaissance par tous d'un "dénominateur commun" suffisant ou d'un "ennemi commun" qui permet une forme d'organisation commune. Du moins tant que l'ennemi commun existe, c'est après que cela se corse. 3) La peur du changement. Je ne sais pas si c'est la peur du changement, ou le manque de confiance dans les alternatives proposées (et ceux / celles qui les proposent) qui fait que ce ne "bouge" pas? Je pense que le changement viendra par vagues, chacune différente mais allant grosso modo dans le sens de l'érosion de la même falaise. Je ne crois pas au changement d'un système monolithique par un autre car, comme vous dites, il n'y a personne pour faire cet "autre".
J'encourage vraiment ceux qui réfléchissent sur le concept de développement, de progrès, à lire l'approche de Francois Flahault "Le crépuscule de Prométhée", (sous titre : contribution à une histoire de la démesure humaine). Il nous est très difficile à nous, Européens, Occidentaux, à sortir d'une vision Prométhéenne de l'économie, du monde. Nous y sommes plongés depuis 400 ans au moins. Socialistes, Marxistes comme Capitalistes, nous considérons que la technique, notre intelligence, nous permettent d'utiliser la nature pour rendre notre vie plus confortable. Nous n'acceptons tous simplement pas les limites que nous fixent "Les Dieux", notre Monde. En tant qu'ingénieur, je sais qu'il est excessivement difficile de changer de paradigme, et de commencer à réfléchir en terme de relations, de transmission, de simplicité,de sobriété, de limites, d'humilité, de lenteur.
Mais n'est-il pas précisément dans la nature humaine d'aller voir au-delà des limites? La notion de limite naturelle me semble très relative: certes nous approchons de la limite terrestre en matière d'énergie fossile et de capacité de production agricole relative à la masse de l'humanité. Mais d'une part l'efficience avec laquelle nous utilisons ces ressources est terriblement basse, on pourrait faire beaucoup mieux si les programmes de recherches n'étaient pas liés à une demande de rentabilité financière à court terme ou de domination technologique. D'autre part, l'énergie renouvelable disponible est énorme, mais nécessite, à nouveau, un effort de grande ampleur et non rentable financièrement pour la capter.
Merci Vincent pour cette mise en route d'une telle réflexion. Juste une incise à propos de "développement durable" et ce, à partir d'un petit exemple : les produits de conso. (ex : café, chocolat, coton ...) ont vu se développer une sorte de marché alternatif sous l'étiquette : commerce équitable. Que voit-on aujourd'hui ? la main-mise des grands groupes de distribution sur ce commerce avec l'effet immédiat suivant : grosse pression pour faire baisser les prix, et en échange, l'exposition plus évidente dans les rayons, les grands groupes surfant sur la "mode". Résultat sans doute, la mise en dépendance de ce commerce. Autre exemple différent : les ognons européens (néerlandais, je crois) se vendent la moitié du prix des ognons sénégalais sur les marché de ce pays, car les producteurs européens bénéficient de subvention et de gros moyens de commercialisation, ce qui n'est pas le cas des sénégalais. Alors .... la question est dans le fond : comment échapper à la loi du profit ? Question qui peut paraître bête tellement elle est énorme. Il me semble donc qu'on ne peut absolument pas détacher la question du développement et la question politique nationale et internationale, la question des rapports de force : comment prêcher pour cette Europe-là, celle du traité de Lisbonne, celle de l'économie et de la pseudo concurrence libre ... , du dumping ... et penser que quoi que ce soit puisse changer ? comment croire ceux qui ne font pas en premier lieu, avant tout le reste, la mise au jour de cette vaste fumisterie qu'est la concurrence machin-machin ? Qui sont les "complices" objectifs, tous ceux qui noient ce poisson-là ? qui n'expliquent pas cet état de fait aux populations, et donc s'en accommodent.
Bonjour Marielle, A mon avis, avant d'aborder la question de comment échapper au profit, il faut d'abord aborder la question de la réalité des coûts. J'introduis cette question dans mon Problème n° 2 ci-dessus: il est nécessaire que le prix de revient de tout produit ou service prenne en compte l'ensemble des coûts de fabrication et de distribution, y compris les coûts écologiques, et bien sur les coûts cachés par le système des subventions. Le problème, pour reprendre votre exemple des ognons, est de savoir ce que l'on veut: soit l'agriculture est considérée comme une forme de service public, donc non soumise à la concurrence "libre et non faussée", qui fait que les subsides par les Etats européens rendent plus intéressants les produits issus de ce "service public" tout comme l'hôpital public coûte moins cher à l'usager qu'une clinique privée, soit on considère que l'agriculture est un marché soumit à la concurrence, et dont les prix reflètent l'ensemble des coûts réels. Normalement, s'il s'avère que les ognons néerlandais sont moins chers (de part les subsides européens) que ce qu'ils devraient être si les vrais coûts étaient appliqués , le Sénégal devrait taxer l'importation de ces ognons de manière à rétablir la réalité des coûts.
Le commerce équitable est une composante du développement durable en ce sens que la charte définissant ce commerce stipule la "juste rémunération" des producteurs (et donc leur pérennisation, leur "durabilité"). Mais la perception de la grande distribution de ce que signifie "juste rémunération" est surement très flexible et sujette à négociation.... La grande distribution adopte des stratégies marketing qui favorisent sa rentabilité financière, point barre.
Oui Vincent, bien sûr ...et lorsque vous dites "Le problème, pour reprendre votre exemple des ognons, est de savoir ce que l'on veut: soit l'agriculture est considérée comme une forme de service public, donc non soumise à la concurrence "libre et non faussée", qui fait que les subsides par les Etats européens rendent plus intéressants les produits issus de ce "service public ...soit on considère que l'agriculture est un marché soumis à la concurrence, et dont les prix reflètent l'ensemble des coûts réels" On voit bien la perversion à l'oeuvre : des règles du "privé" pour les profits (j'envahis n'importe quel marché sans vergogn, sans taxation) et des règles d'état (subventions accordées) dans le fonctionnement. Et cela fonctionne pareil partout. Comment faire quand tout est pipé de a à z ! Et faire la démarcation entre bien commun et bien privé est une éminente question politique ; je crois cette question insoluble sans épreuve de force et encore (les grands tenants de la fortune ne se laissent pas détrôner comme ça, tous les moyens sont bons, vous le savez pour étendre la domination).... je suis pessimiste ? sans doute et pourtant très optimiste aussi ! Je suis très préoccupée par cette question gravissime des rapports de force et de l'épreuve de force ; il me semble qu'à un moment de la réflexion politique elle se pose ! Je ne dis pas que je suis pour une solution de force, vous m'avez comprise, mais tout ne peut se négocier (et je crois que cela, on a peur de le voir en face). Mais pardon Vincent je ne veux pas faire dévier votre fil et ma question vient un peu de biais ...
La question de l'épreuve de force se pose parfaitement, nous en avions pas mal débattu avec Jean-Claude et Arquius dans je ne sais plus quel billet. La question était de savoir dans quelles conditions les vecteurs de violence d'Etat (police, armée) refuseraient, ou pas, de se ranger du côté du pouvoir en place. De Gaulle avait testé la question en 68 et avait essuyé une fin de non recevoir de la part de l'armée. Très clairement, mes problèmes 1, voir 2, et sans doute 4 ne se résoudrons pas sans une évaluation des rapports de force: le pouvoir ne reculera pas s'il est certain de la fidélité de la troupe, mais cette fidélité n'est pas acquise au-delà d'un certain niveau d'antagonisme. Tout le travail de police consiste évidemment à empêcher la montée de cette antagonisme, par l'intimidation et l'encadrement très ferme (lois "anti-terroristes", robocops, flicage omniprésent, violence policière) de la population. Il me semble difficile d'espérer passer en mode "développement durable" tel que je l'entend ici (amélioration et pérennisation des conditions de vie de l'humanité) sans passer par une phase révolutionnaire mondiale. Cet vision n'a pas grand chose à voir avec le petit ministère du développement durable de Sarko....
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Bonjour, D’abord, belle introduction que votre billet Vincent, stimulant à souhait, et naturellement intéressantes contributions à sa suite. En première lecture, j’avais spontanément eu envie d’insister sur votre 4ème point « l’appropriation privée du commun » que j’aurais personnellement placé en 1, en développant justement l’hypothèse qu’il ne pourrait y avoir d’alternative positive à l’actuelle situation de crise, qu’à la condition d’un mouvement de re-mise en commun. (Proximité des contributions de Fantie sur le fil des « Personnes rencontrées sur Médiapart … »). Après avoir lu toutes les contributions-réponses, quelques remarques : La question du vocabulaire est bien évidemment importante. Je fais partie de ceux qui pensent que « Développement durable » n’est pas une bonne formulation. Moins par ce qu’elle signifie pour les partisans du dit DD (encore qu’il faille s’en assurer) que pour ce qu’elle peut induire comme représentations contradictoires et ambiguës, à priori de tout effort d’analyse et d’explicitation. Il me semble qu’un premier niveau d’ambiguïté peut être assez facilement levé en précisant que développement n’est pas forcément synonyme de croissance. Un deuxième niveau plus intéressant est introduit par Olivier faisant référence au mythe du développement personnel. Je n’ai pas lu « Be yourself » mais je crois comprendre qu’il s’agit d’une critique de cette théorisation béate de l’égocentrisme qui fit florès il y a peu, repeint aux couleurs d’un supposé accomplissement individuel par l’adaptation aux contraintes, en particulier professionnelles, induites par les dérives néocon. Sous cet angle en effet je suis d’accord. Je pense par contre qu’on ne peu pas exclure l’hypothèse d’un réel accomplissement personnel, ou d’une culture de soi, par le « commerce » avec autrui (autrement dit une culture mutuelle et coopérative), ce qui nous renvoi à notre réalité d’animal grégaire ou social. Et, de ce point de vue il me semble juste d’envisager une interprétation du concept de développement complètement ré indexé, selon l’héritage humaniste à la source des utopies socialistes. Nous avions eu l’occasion d’effleurer ses questions à propos du billet de Farid « Qu’est-ce qu’être de gauche ? », et Farid avait alors opportunément suggéré qu’à propos de développement, nous adoptions comme indice de référence l’IDH (indice de développement humain) en lieu et place du sinistre PIB. D’une certaine façon, vous revenez Vincent sur ce thème en disant « …un processus dont la finalité est de permettre à l'ensemble de l'humanité de vivre dans des conditions décentes. » Je n’ai pas lu non plus « Retour à l’âge des ténèbres » de Jane Jacobs, et m’interroge donc sur l’interprétation qu’il faut faire de cette « réappropriation de nos ressources collectives » qui semble adossée au concept d’Etat Nation, telle que nous la présente Candide ; d’autant plus que la référence à la compétition entre les nations est clairement exprimée. Ceci m’amène à conclure provisoirement (mais avec obstination) et en prolongement de la contribution de Pfsim, qu’au cœur des réponses à nos questionnements nous retrouvons toujours, au bout du compte, l’Education. Ce qui veut dire en effet qu’il ne saurait être question, s’agissant de changement, d’autre chose que de processus divers, interactifs et forcément progressifs, visant à « repousser les limites ». A voir également, quelques échanges avec Marc Lefrere à propos de son billet « Rentrons en résistance ». Cordialement
Jean Claude (14h25), je suis aussi très en accord avec ce que vous dites et je suis convaincue de l'importance radicale de l'éducation, et là tout de suite, j'ai comme une énorme angoisse : à la vitesse où se développe (ou ne se développe pas) l'éducation, on a du mouron à se faire ... Oui pour cette vision humaniste des choses, oui pour cet élan de soi vers des alternatives à creuser, à enrichir ...mais où avez-vous vu du changement en 20 ans par exemple au niveau global, sur ces sujets ? je suis, il est vrai, dans une passe de pessimisme politique ...(ce qui ne fait pas de moi une passive, je précise modestement !) J'ai le même sentiment vis à vis ces débats sur "la démocratie" (voir colloque à Grenoble de La République des idées) - il faut ces débats, c'est bien que des gens réfléchissent au "développement" comme au reste, j'en fais même partie, mais il ne faut peut être pas perdre de vue notre relative inefficacité, sous peine d'endormissement. Je crois à la vertu de l'état d'inquiétude dans ces domaines.
Inquiétude ou vigilance Marielle. Mais il me semble que c'est bien ce qui nous fait tous "tenir salon" ici (sans dérision), et qui nourri une multitude d'initiatives semblables ou sous une infinie variété d'autres modalités. Regardez la multiplication d'espaces et de moments d'échange depuis quelques mois, partout en France, jusqu'au plus profond des provinces (je peux en attester, j'en suis) et sur la toile. La prise de conscience ne précède pas ou peu l'action, elle se réalise dans l'action. Cela signifie que ce vaste mouvement de reprise de parole que nous pouvons observer est l'expression d'un mouvement plus profond de reprise de conscience. Et, s'agissant d'éducation, c'est bien aussi de cela qu'il faut parler, l'éducation n'est pas réservée aux enfants, elle nous est accessible à tous, toute la vie. Nous vivons donc un intense moment éducatif. Les vertus pédagogiques de cette crise sont immenses, à la hauteur des dégâts, et possiblement des enjeux, pourvu que les démagogies populistes de gauche restent maladroites et confidentielles (je ne parle que de celles là, parce ce qu'elles sont in fine contre productives et que ce sont elles qui nous font courir le risque de la simplification abusive et du discrédit jeté contre tous ceux qui refusent cette simplification). Pour autant j'ai bien conscience que tout cela ne pèse guerre face à la multitude de l'ombre. Cette "majorité silencieuse" prête à succomber à toutes les provocation pour descendre dans la rue comme Nicolas Sarkozy tenant la main de son grand père en 68 (il s'en vente l'imbécile), puis se précipiter vers les urnes pour réclamer le retour à l'ORDRE. (Je suis assez d'accord de ce point de vue avec Badiou dans "De quoi Sarkozy est-il le nom ?", il y a en effet un indéniable fond Pétainiste dans notre belle France.) D'où la pertinence des stratégies politiques de conduite de l'opinion et l'utilité des partis politiques. En tout cas il n'y a pas lieu d'angoisser, au contraire, le principe dynamique est en marche, il faut l'entretenir.
Cher Jean-Claude, J'ai placé le problème de l'appropriation du bien commun en 4 car il me semble qu'il faut d'abord passer par une revitalisation démocratique et une reprise de contrôle économique avant d'espérer remettre le bien commun au centre. Et dans ce bien commun se situe, bien sur, l'Education, et en particulier l'Education Populaire qui est par définition la mise en commun de savoirs et d'expérience sans autre contrepartie que la possibilité d'y accéder.
C'est justement parce que "développement durable" est cuisiné à toutes les sauces que j'essaie de le traiter ici dans son sens le plus fondamental (l'amélioration de la conditions de tous les êtres) et de définir les pré-requis pour que cette dynamique puisse fonctionner. Je pense que le DD implique la croissance, pas forcément partout en même temps, ni définie selon une terminologie purement comptable, mais néanmoins à sa base le DD implique un changement d'état vers de meilleures conditions de vie (santé, alimentation, éducation, etc...). D'ou l'importance de mon problème n° 3 concernant les ressources.
Mais ce n'est peut être pas la bonne dynamique! L'écologie profonde propose autre chose, par exemple. Il y a un billet à faire sur les alternatives au développement durable.
D'accord Vincent. La revitalisation démocratique est d'ailleurs d'ores et déjà en gestation au delà de la revitalisation politique qui se joue actuellement. Du moins chez nous (c'est un peu l'idée que j'exprimais en réponse à Marielle), par contre je n'ai aucune mesure de l'état des opinions publiques européennes (une lacune à combler rapidement), ce devrait être assez facile en cette période pré électorale. J'entends bien vos précautions relative au "développement durable", mais ce faisant je vois bien que la distinction que j'invoquais avec la "croissance" ne fait que déplacer la question, le concept de croissance peut être en effet tout aussi ambigu. Vous l'employez pour votre part sans ambiguïté, il s'agit bien de croissance des richesse mobilisables pour satisfaire le désir d'accession à de meilleures conditions de vie. Je suis pour ma part assez partisan, pour ce qui nous concerne nous, citoyens des pays cannibales, d'une petite cure d'amaigrissement, sous forme d'un retour volontaire à la "simplicité". Cette semaine, Télérama titre un article: "De l'hyperconsommation à la frugalité : un choix ou une nécessité ?" Disons que pour moi ce devrait être un choix plus que nécessaire. J'aime bien cette idée de frugalité et j'essaie de la cultiver. On peut supposer d'ailleurs qu'au bénéfice de la revitalisation politique en instance, et pour le moins nécessaire (nous en somme d'accord) comme préalable à une sortie de crise par "le haut", ce goût de la frugalité sera en effet de plus en plus partagé. Et tout comme vous n'excluez pas la possibilité d'innovations scientifiques et technologiques qui puissent résoudre la question énergétique, il me semble possible tant les écart sont grands, qu'un premier palier de rattrapage des inégalités mondiales de conditions de vie puisse être réalisé sans qu'il soit nécessaire de mobiliser un surplus de richesse. Pour la suite, on peut imaginer que la dynamique du développement des pays en demande de rattrapage sera autosuffisante. Par contre qu'advient-il dans ce schéma d'une part de l'impasse écologique et d'autre part de nos vieux pays riches ? Ce sont à mon avis les deux risques majeurs. Les dégradations écologique parce qu'outre leurs conséquences directes possiblement dramatiques, elles peuvent surtout dans un premier temps hypothéquer la dynamique de rattrapage des inégalités planétaires. C'est un facteur potentiel de conflit me semble-t-il non négligeable. Autre potentiel conflictuel, la crispation de nos pays privilégiés sur leurs privilèges.
Cher Jean-Claude, "Par contre qu'advient-il dans ce schéma d'une part de l'impasse écologique et d'autre part de nos vieux pays riches ?" A mon avis il n'y a pas réellement d'impasse écologique, en ce sens que l'application stricte des critères de développement durable devrait permettre de stopper la course vers le mur de la catastrophe écologique globale. On va dire que je suis optimiste sur ce point. Par contre pour que nos vieux pays riches et leur importante minorité de consommateurs improductifs ne subisse pas une quart-mondisation abrupte, il faut prévoir une profonde modification de la manière dont on valorise et on réparti les richesses. Et pour moi cela passe notamment par une nouvelle approche monétaire et une répartition basée avant tout sur un droit de base pareil pour tous, plutôt que le système actuel. Mais de toutes façon il va y avoir un cap difficile à passer si nous n'arrivons pas à sérieusement augmenter la richesse globale, car il est arithmétiquement impossible d'avoir une société avec 50% de non productifs dont le niveau de consommation est égal ou supérieur aux productifs... La décroissance est sans doute une piste intéressante pour les pays avec une large majorité active et une charge sociale relativement faible, mais chez nous la décroissance se heurte au fait qu'une majorité de citoyens aujourd'hui, dans le système économique actuel, a besoin de la croissance pour ne pas tomber dans la misère. Plus exactement, il faudrait décroître le niveau des importations et augmenter en conséquence la production locale, et si possible les exportations. La France souffre du fait qu'elle importe plus qu'elle n'exporte, ce qui n'est pas tenable à long terme.
C'est bien en effet la perspective de notre "quart-mondisation abrupte" qu'il nous faudrait me semble-t-il anticiper politiquement. Or, à gauche ce ne semble être le cas d'absolument aucune formation politique, du moins en communication publique. Au contraire, surenchère à qui défendra le mieux l'occidental et consumériste "way of life" et c'est, j'en ai bien peur, la meilleure façon de préparer le retour des chemises brunes. Mais j'ai l'impression que ce discours est inaudible. Pourtant ... les délocalisations, les fermetures d'usines, 7 millions de gens sans travail ou de travailleurs pauvres, rien que chez nous en France, la démonstration est pour ainsi dire déjà faite. On dirait qu'on est au bord d'un gouffre en train de siffloter.
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Bon je n'ai pas le temps de développer (durablement) maintenant mais il me semble que vous prenez le(s) problème(s) à l'envers en allant du macro vers le micro alors qu'il faut aussi envisager le sens inverse, du micro vers le macro, autrement dit du local vers le global. J'espère avoir le temps de revenir détailler un peu tout ça.
Cher Alain, Je doute fort que des actions locales puissent espérer influencer favorablement, au niveau supérieur, les problématiques que je pose dans ce billet. Les actions locales (et bien sur elle sont essentielles) ne pourront que s'inscrire dans l'espace que lui laissent les puissances politiques, financières et juridiques qui sont structurellement en opposition au concept même de développement durable, tel que définit ici. Des actions locales de DD peuvent engendrer d'autres actions locales, et plus il y en a mieux c'est, mais tant que les conditions de fond ne sont pas remplies ces actions resteront très fragiles. Voyez par exemples les attaques contre l'association Kokopelli, l'interdiction de faire la promotion du purin d'orties, l'empoisonnement de champs sains par les cultures transgéniques au profit des semenciers (notamment Monsanto) : l'appropriation du bien commun par les "sciences de la vie" associée à la corruption politique et juridique sont une constante épée de Damoclès pour tout ce qui cherche à sortir de l'emprise de la mafia politico-juridico-financière qui domine la plus grande partie du monde actuel.
Mais, cela dit, c'est avec grand intérêt que j'attends de lire vos arguments!
Cher Vincent, Premièrement, je ne parle pas uniquement d'actions locales, mais déjà de penser du local vers le global, et de plus je précise qu'il faut constamment le faire dans les 2 sens en parallèle, du local vers le global et du global vers le local. Tout ça pour montrer que vous déformez un poil mes propos; :-) Deuxièmement, quand vous dites par exemple "mais chez nous la décroissance se heurte au fait qu'une majorité de citoyens aujourd'hui, dans le système économique actuel, a besoin de la croissance pour ne pas tomber dans la misère. Plus exactement, il faudrait décroître le niveau des importations et augmenter en conséquence la production locale, et si possible les exportations.", vous ne regardez la réalité que sous un angle macro-économique, ce qui a certes une utilité mais qui n'est certes pas suffisant. Et ce faisant, vous oubliez de vous interroger sur la réalité des besoins à satisfaire. Grand nombre de besoins ne correspond qu'à un besoin créé par notre société actuelle et non un besoin fondamental. En caricaturant à peine: "je m'achète une voiture pour aller travailler. Je travaille pour payer ma voiture." Si ce cercle vicieux est brisé, vais je tomber pour autant dans la misère? Pas forcément, si les productions locales sont réorientées pour satisfaire en priorité les besoins locaux, ce qui permettra de diminuer de façon drastique (et nous revenons ici vers la macro-économie) tous les coûts intermédiaires (logistique , marketing...etc). Ces productions locales accessibles rendent alors d'autres besoins caduques (2ème voiture, etc...) initiant ainsi un cercle qui pourrait s'avérer vertueux. Je m'arrête là, mais le sujet mériterait un développement plus grand. Enfin pour prendre vos contre-exemples, notamment au niveau des OGMs, c'est aussi grace à des actions locales que l'Europe a résisté tant bien que mal à la main mise de ces semenciers, mais effectivement qui auraient été sans suite si elles n'avaient pas été coordonnées à un niveau plus global.
Cher Alain, Quand vous parlez de la réalité des besoins à satisfaire, quelle méthode utilisez-vous pour définir ce qui est un besoin fondamental et un besoin artificiel? Pour prendre l'exemple de la voiture, effectivement je travaille pour payer ma voiture mais ce faisant je donne du travail à ceux qui fabriquent les voitures. Si plus personne n'achète de voiture, que deviennent ceux qui les fabriquent? Je suis bien d'accord avec vous que l'idéal serait que nous allions tous au boulot à vélo, mais pour ma part je pense qu'il faut éviter de vouloir imposer un type de fonctionnement à la société qui relève in fine d'un choix personnel. Si à cet instant de son évolution la civilisation nécessite des moyens de transports individuels, internet et des téléphones portables, pourquoi pas, à condition que l'ensemble des coûts (de production mais également sociaux et environnementaux, et pas seulement financiers) soit pris en considération et compensés d'une manière ou d'une autre. Autrement dit, sans effet négatif sur le bien commun. Pour les cas "voiture" et "téléphone portable", la pollution automobile et la pollution électromagnétique sont deux exemples évidents de détérioration du bien commun.
Cher Vincent, Un besoin fondamental: c'est relativement simple. Manger, boire, se vêtir , s'abriter et se cultiver. Un besoin artificiel: je ne crois pas avoir utiliser ce terme mais bon: si on disait un besoin qui est créé par la pub ou le marketing on ne serait pas loin d'une bonne définition. Par ailleurs, pourquoi vouloir toujours être binaire? Où avez vous lu que je voulais un monde sans voiture? L'idéal pour moi n'est pas un mode où tout le monde va en vélo. J'ai une voiture. Je m'en sers sans honte. Par contre il me semble que c'est plutot la société actuelle qui impose l'utilisation d'une voiture. Par contre , si effectivement, il y en a moins, que se passe-t-il pour ceux qui les fabrique? Eh bien, d'une part, il y aura aussi un besoin accru de transports en commun, donc de quoi satisfaire ceux qui aiment bosser en usine et d'autre part, il s'en trouvera peut-être d'autre pour préférer aller cultiver leur jardin et qui ne s'en porteront pas plus mal. Maintenant, si vous ne voyez pas qu'une société qui impose d'acheter des voitures pour que (sur-)vivent ceux qui les fabrique marche quelque peu sur la tête, je suis un peu inquiet pour vous.
Billet et fil stimulants. "Le développement durable est basé sur le bien commun. Mais il faut que ce bien commun soit disponible, protégé des appropriations par la sphère privée ou publique, accessible à tous, transmissible de génération en génération." J'ai me suis bien retrouvée dans le point 4, "le bien commun", et dans cette conclusion; - assortie (dans un commentaire de Vincent) de la définition du développement comme ce qui permettrait à l'humanité (entière) de vivre dans des conditions décentes.
Tiens en premier lieu, l'accès à une eau qui ne rende pas malade, une eau potable; Problème macro (pour des régions entières) ou micro (pour des Roms ou de personnes sans domicile.). Je relirai pour les autres points, avec lesquels j'ai beaucoup plus de mal !
** (voir note) Le problème pour moi est toujours le même, celui de la transformation, de ses moyens, de ce qu'elle produirait comme effets réels à côté- voire à la place - des effets attendus.
Par exemple, pour un changement vers "l'écologie profonde", ou même, vers la décroissance : il faudrait l'imposer aux citoyens; Contre leur volonté actuelle. On retrouve le même problème que lorsqu'on envisage une transformation radicale du système économique, par exemple vers la fin de la propriété privée des moyens de production. Je pense que ces changements là ne sont pas souhaités par les peuples, par la grande majorité des humains qui peuplent actuellement la planète. Certes, rationnellement, nous pouvons dire qu'ils ont tort. Mais s'ils résistent ?
(**je ne cherche pas à faire dévier la discussion - Cette question est juste la mienne, et depuis longtemps, je me la pose dès qu'on évoque devant moi un projet radical. Elle se discutera bien un jour, il y a le temps ; car je pense aussi que la transformation ne se fera que si beaucoup beaucoup d'humains ont pu se transformer eux -mêmes (auto-co-éducation des adultes). puis auront appris à t démultiplier autour cette transformation, à la transmettre. Dans très longtemps, donc). (*** Hasard, ou Flahaut ! le fil de Serge Koulberg que j'ai pris en route ensuite parlait aussi du "bien commun", et j'y ai continué sur la transformation)
Merci Fantie, oui merci parce que vous posez exactement ce que je pense être la bonne question, la bonne question politique. Comment aller vers ces changements radicaux, donc pas faciles, si l'on commence déjà par faire non seulement l'impasse, mais pire, une interprétation éducativement contre-productive de la crise. J'ai déjà eu l'occasion de le dire plusieurs fois sur divers fils (ci-dessus peut-être aussi), il me semble évident que cette crise devrait être d'abord considérée, à gauche, comme une formidable opportunité pédagogique. Et j'ai le sentiment que c'est exactement l'inverse qui se produit. Je m'explique. Bien sûr, on entend comme une scie, "cette crise est la démonstration de l'irrationalité et de la violence du capitalisme", mais dans le même temps "il faut sauver notre modèle social, il faut relancer plus et mieux", comme si ce modèle n'avait pas été durement négocié et n'était pas que l'assemblage bancal des miettes arrachées au capitalisme. Et ce faisant on accrédite l'idée qu'en réalité l'heure est à la défense d'acquis, alors qu'elle pourrait-être à "l'invention" d'un autre monde, d'une autre représentation du monde. Moyennant quoi le jour où la vraie réalité éclatera, celle de la redistribution planétaire des richesses, voire même de l'inversion de leur flux (historiquement ce ne serait que justice), ce jour là, le pas sera vite franchi, de la revendication sociale au réflexe national et aux "chemises brunes". C'est pourquoi je n'arrive pas à comprendre les stratégies qui se veulent et se disent les plus à gauche, en dépit de la justesse de leurs critiques des compromissions de la social démocratie, pour moi elles poussent à la catastrophe, elles jouent avec le feu, en pleine irréalité. Sans ambition face à la "nouvelle raison du monde".
L'attitude schizophrène consistant à dire que d'une part le système n'est pas durable et d'autre part dépenser des milliards pour le maintenir fait passer le message que de toutes façon personne ne sait que faire et donc, il est urgent de ne rien faire. Si, en plus, on présente les alternative sous des termes qui font penser à des bandes de 68tards attardés mangeant des racines à l'entrée d'une caverne, faut pas s'étonner si personne ne suit dans la population mal informée, malheureusement grandement majoritaire. Le débat de fond n'intéresse personne sur la place publique car, par définition, ceux qui occupent l'espace publique existent grâce au système actuel. On préfère véhiculer des images simplistes.
Personnellement je pense qu'il faut éviter les approches genre "la fin des moyens de productions privés". Les soviétiques ont essayé, pas terrible, et rien ne démontre que la propriété privée de ces moyens est un mal en soit. Mais par contre ce type de discours fait peur. Ce qu'il faut, à mon avis, c'est que la propriété privée n'existe pas aux dépens du bien commun, et même qu'elle y contribue. Il me semble que pour faire avancer le schmilblick il faut sortir du discours idéologique imprégné de pensée judéo-chrétienne flagellatrice (il faut forcément souffrir pour aller ensuite au paradis) et proposer un discours certes radical mais étayé et réellement humaniste. Amen.
Oui Vincent je suis bien d'accord avec ça. De même, je pense que le débat de principe sur le marché, pour ou contre, est politiquement complètement contreproductive. Dans un sens comme dans l'autre d'ailleurs.
Il faut aussi sortir de notre pensée occidentale binaire; propriété individuelle privée contre propriété collective étatique. Il a aussi existé depuis des siècles et il existe encore d'autres formes. Ainsi dans bien des contrées africaines qu'à Madagascar (et certainement ailleurs), les terres appartenaient par exemple au village. Nous avions là par exemple une forme de propriété qui peut éviter pas mal d'écueils et notamment la tentation d'accumulation. (Ce qui est dangereux dans le capitalisme, ce n'est pas le capital mais l'accumulation du capital).
Oui, accord.
Bon finalement je suis d'accord avec tout le monde ici. Ça va plus ça !
Heureusement on est pas nombreux :)
Juste une petite info, puisqu'on parle écologie : les fermiers de trois provinces sud africaines ont eu la surprise de découvrir des dizaines de milliers de plants de maïs stériles dans leurs champs. Le phénomène s'étend sur 82 000 hectares et touche trois variétés de semences achetées à Monsanto. En apparence, les plantes sont en bonnes santé : ni malformation ni maladies ni parasite. Mais elles ne produisent pas ou peu de graines. Et voilà !
Manque plus que les crickets !
Si les plantes ne donnent rien, c'est mieux d'avoir les crickets, car au moins on a quelque chose à manger! Globalement parlant, on peut définir Monsanto comme l'Ennemi Public n°1. Cette entreprise est la caricature extrême de la destruction du bien commun par la violence et la corruption au seul motif de faire monter le prix de l'action et les bonus des dirigeants. J'espère qu'un jour un tribunal équivalent à Nuremberg jugera les grands criminels de l'industrie du "vivant".
Les quatre points que vous opposez au panneau publicitaire et panneau tout court du développement durable me semble bien circonscrire la notion de bien commun. Je développe mon point de vue à ce sujet, pas très éloigné du vôtre, à propos du livre de François Flahault "Le crépuscule de Prométhée" dans l'édition "construction de savoirs collectifs". Juste un mot sur le mot "décroissance". Je n'arrive pas à m'y faire et je pense qu'il est nécessaire de préciser à son sujet qu'il ne s'agit pas d'un retour sur les traces nostalgiques d'un passé magnifié ou simplifié mais de l'utilisation de toutes les sciences et technologies actuelles dans un objectif de constituer des entreprises à échelle humaine, de petites unités de production qui se mettent en réseau, qui ne suppriment pas la concurrence des initiatives et des gestions mais qui intégrent dans les critères de leur réussite le paramètre oublié de la qualité de la vie... Car qu'est ce qu'une vie sans qualité ? Je reprend pour finir un extrait de réponse que je fais à Fantie B à la suite de mon article et à propos du bien commun : L'image qui dans mon esprit symbolise le bien commun vendu est celle de la Riviéra Italienne : sitôt passé Vintimille, il m'est arrivé plusieurs fois de chercher la mer. Les privatisations de la fin du XIXème début XXème siécle ont rendu les espaces communs d'accès au rivage si exigus qu'ils sont quasiment introuvables. "Essaye la nuit!" me conseilla un jour un ami de San Rémo. Une autre image est celle d'un groupe de personnes bénéficiaires du RMI qui, pas très loin de Marseille ont élaboré un projet de réalisation de hameau avec une étude très réaliste à la fois sur le plan financier et sur le plan de la construction elle-même. Les autorités préfectorales ont opposé à ce projet un seul argument : on ne peut pas imaginer que des personnes au RMI aient un sort plus enviable que les travailleurs les plus pauvres. Cherchons donc dans la nuit ...de l'ambition humaine...qui caractérise notre aujourd'hui.
Tout à fait d'accord avec votre remarque sur la "décroissance". Mais qu'est ce qui "décroît" dans cette analyse? Ne s'agit-il pas plutôt d'une croissance - du bien public, de la qualité de vie? Le terme "décroissance" est vraiment ambigu et porteur de confusion. Il faudrait un billet spécifique la-dessus! Les autorités préfectorales sont parfaitement définies par le début de votre phrase:: "On ne peut pas imaginer". :)