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USA: de la lutte des classes à la guerre civile

Le récent billet de Paul B. Farrell dans Market Watch ce mardi, intitulé New Civil War Erupts, led by super rich, GOP (Nouvelle guerre civile lancée par les super riches et le parti Répuplicain, ndt) donne le ton: les élites délinquantes sont à pied d’oeuvre et le pillage du pays, boosté par le sauvetage de Wall Street en 2009, est en plein swing. Un pamphlet d’un fan de Michael Moore? Pas vraiment: Farrell travaille à la banque d’investissement Morgan Stanley, il est vice-président entre autres du Financial News Network, auteur de plusieurs livres sur l’investissement et la finance et est, de surcroît, docteur en psychologie.

Pour Farrell, ce qui se passe depuis quelques années aux USA est l’illustration parfaite de ce que Naomi Klein explicitait dans son ouvrage “La doctrine du Choc: la montée du capitalisme du désastre”. En septembre 2008, Klein prévenait les américains que le désastre financier intiment lié au “free market capitalism”, quel qu’en soit l’issue à court terme (et l’issue fut que le Congrès approuva un plan de sauvetage massif des banques sur le dos des contribuables), n’en arrêterait pas la progression. Citant toujours Naomi Klein: “Soyez assurés que suite au sauvetage bancaire l’idéeologie Reaganiènne (Reaganomics) reviendra au galop. La dette publique massive générée par ce sauvetage fera alors partie d’une crise budgétaire globale et deviendra le fondement pour des coupes sombres dans les programmes sociaux et la relance de la privatisation“.

De fait, c’est reparti de plus belle et comme le disait le milliardaire Warren Buffet: “oui il y a bien une lutte des classes, mais c’est ma classe, la classes des riches, qui mène la guerre et nous la gagnons“. Ce qui nous ramène au sujet d’un renouveau d’une forme de luttes des classes brièvement analysée dans ce récent billet “USA: le retour de la lutte des classes?” mais va bien plus loin puisque Farrell n’hésite pas, comme Bufffet, à parler de guerre civile entre les riches et le reste.

Cette guerre s’est intensifiée suite à l’élection en 2010 de nombreux gouverneurs républicains et la mise sous tutelle de la démocratie par le pouvoir financier. Si vous suivez ce blog vous aurez lu plusieurs articles sur les évènement du Wisconsin et la charge menée par le nouveau gouverneur Scott Walker pour casser les syndicats publics, mais Walker n’est pas seul: au Michigan le gouverneur Rick Snyder vient de signer le “emergency financial manager legislation”, une loi permettant l’intervention de gestionnaires financiers nommés par le gouverneur au sein de structures en difficulté, que ce soit des villes ou des écoles, avec le pouvoir d’imposer leurs décisions de manière unilatérale et sans aval des élus ou représentants légaux de ces structures ou institutions. Parmi ces pouvoirs totalitaires, celui de mettre fin aux conventions syndicales, de privatiser les services publics, et répudier les élus des collectivités locales. Cette loi martiale financière, tout à fait représentative d’une situation de guerre, trouve ses racines au sein d’un think tank ultralibéral américain, le Mackinac Center for Public Policy. D’après Doug Pratt, directeur des affaires publiques de la Michigan Education Association, ce think tank est depuis de nombreuses années intiment lié à l’establishment républicain et de fait tous ses concepts se retrouvent dans la loi de Snyder.

Mackinac est financé par les grosses fortunes tells les frères Koch qui ont également financé Scott Walker au Wisconsin., mais également les co-fondateur de Amway, de Wal-Mart et de Blackwater pour n’en citer que quelques uns (source: MotherJones). Mackinac, comme d’autres “centres de réflexion” de la droite américaine tels Americans for Prosperity ou le Cato Institute, est lié à la très influencielle Heritage Foundation à Washington, financée par Big Business au profit de Big Business.

Bien sur il serait for naïf de penser que tout est parfait du côté des services publics américains et que les mercenaires ultralibéraux à l’oeuvre aujourd’hui ne sont que des prédateurs apparus ex-nihilo. Aux USA comme ailleurs comme en France l’abus de pouvoir syndical, proclamant sans relâche la défense du bien commun pour imposer des revendications purement corporatistes, ne s’est pas fait que des amis et l’on peut tout à fait craindre que le militantisme syndical laissé à lui-même n’ait tôt fait d’imposer à la société le joug d’une technocratie stalinienne “pour le bien du peuple”. Cependant le capitalisme “honnête” industriel plutôt que financier et les syndicats ont trouvé un peu partout un modus vivendi et les négociations se passent généralement bien quand les syndicats ont une réelle représentativité (USA, scandinavie, Allemagne…).

Mais aujourd’hui l’ennemi des syndicats, de l’industrie et de la population mondiale c’est le capitalisme financier, cette chose qui génère elle-même les moyens de s’approprier ce qui appartient à tous et à personne, et qui est même en mesure de se servir dans les poches de l’Etat pour compenser les catastrophes qu’elle déclenche. Cette mafia dénoncée par des intellectuels, des économiques, des syndicalistes, des chefs d’entreprises et des politiques de part le monde a décidé de passer à la vitesse supérieure: le sabre sort du fourreau, il s’agit non plus de frapper mais de trancher. Son berceau originel, les USA, ne réponds pas suffisamment vite à sa soif de possession? On va détruire les garde-fous sociaux, on va mettre sous tutelle la démocratie des collectivités (au niveau des Etats c’est déjà fait) afin de privatiser, contractualiser, faire payer, fliquer tout ce qu’une société met en commun pour lui donner du sens.

La mère des guerres à venir est celle de la société humain contre la machine à broyer de la toute-puissance financière, il devient urgent de s’en apercevoir et de sortir des schémas idéologiques du 19ème et 20ème siècle.

 

Billet en accè slibre sur http://rhubarbe.net/blog/2011/03/24/usa-lutte-des-classes-ou-guerre-civile/

Tous les commentaires

24/03/2011, 18:38 | Par Bernard Colin

Ok, man. Good text.

Do you have any idea about the right way to change that, and get out of this fucking shit ?

25/03/2011, 10:29 | Par Vincent Verschoore en réponse au commentaire de Bernard Colin le 24/03/2011 à 18:38

Thanks BC, yes one way to start is to build a wall between speculative money and real money. That's why I talk a lot about local currencies. We have to recreate non-speculative local economies, with the aim of cutting the grass under the speculative economy.

26/03/2011, 09:13 | Par françois périgny

"Le capitalisme financier". Il y en aurait-il un autre, cher Vincent ? Je connais tes idées sur ce point, et tu connais les miennes. Liberté d'entreprendre, contrôle étroit des grandes entreprises. Et surtout contrôle étroit des flux financiers, et contrôle étroit des contrôleurs (la corruption est toujours induite par la présence de l'argent) : est-ce que cela passe forcément par une nationalisation des banques ? Ou par un accroissement de la démocratie au sein de ces banques : prise de contrôle des banques par les travailleurs eux-mêmes (dans mon esprit, dans mon souvenir, et d'aprés mon expérience, les petits entrepreneurs eux-mêmes étant des travailleurs).

Les banques, et surtout les grands actionnaires -la classe oisive, qui ne fait que dépenser l'argent que d'autres gagnent pour eux- voilà le probléme. Et ce probléme je le nomme, moi, capitalisme, étant entendu que "capitalisme" désigne la propriété privée des capitaux, et surtout la jouissance privée, personnelle, des fruits du travail.

Je sais que nous n'épuiserons jamais le sujet par le moyen de billets -surtout dans ce champ de foire qu'est le "Club"- il y faudrait des jours et des nuits de conversations, de discussions et de disputations. Mais je voulais juste dire ceci : capitalisme, socialisme ou communisme (il faudra de toutes façons toujours mobiliser des capitaux pour les investir dans tel ou tel projet), cela me semble de plus en plus clairement -au fond- un probléme moral, c'est à dire philosophique, c'est à dire d'instruction, d'enseignement et d'éducation. Et de contrôle et de démocratie réelle (j'entend par là de démocratie au sein de l'entreprise, qu'elle soit de propriété privée ou de forme coopérative).Je crois que nous sommes d'accord là-dessus, et je veux dire ici, publiquement, que je suis admiratif du travail réel que tu fais en ce sens.

27/03/2011, 22:38 | Par Jean-Claude Charrié en réponse au commentaire de françois périgny le 26/03/2011 à 09:13

+1

25/03/2011, 08:22 | Par Marc Bontoux

Texte très intéressant.

Il est dommage que les textes de Naomi Klein soient mis un peu à l'étouffoir par nos intellectuels.

25/03/2011, 10:33 | Par Vincent Verschoore en réponse au commentaire de Marc Bontoux le 25/03/2011 à 08:22

Merci. Il y a ici une présentation sur ted.com de Naomi Klein sur la question du risque suite au désastre du golfe du Mexique.

26/03/2011, 09:16 | Par profil_inactif_28112

C'est bien sûr "Mediapart" en anglais qui a allumé le feu aux Etats-Unis. Vive Edwy Plenel et le prolétariat en marche, sans oublier le compagnon de tous les instants Antoine Perraud.

Plutôt que de déclencher des guerres il aurait été plus facile de déboulonner les dictateurs arabes en finançant un "Mediapart" en arabe. Mais les forces de la réaction ne veulent évidemment pas d'une Arabie trotskyste heureuse.

 

Cordialités trotskystes

 

26/03/2011, 09:40 | Par françois périgny

En attendant la guerre incivile, une poignée de trés gros actionnaires internationaux (ceux-là se fichent pas mal des frontiéres) enclenche la vitesse supérieure dans la guerre qu'ils ménent contre l'humanité.

Le nom de Waren Buffett restera dans les annales.

Et c'est là que nous retombons sur le probléme de dénomination des "armées de la guerre". Celle-ci étant idéologique -son arme principale, dans le monde moderne, occidentalisé, c'est "la communication"- c'est avec les mots, avec les idées, dans les esprits, qu'il faut combattre. Je dis, moi -et bien d'autres- que c'est le mot de communisme (de mise en commun de ce qui est nécessaire à la communauté humaine, de destin commun de l'humanité) qui convient le mieux, le plus clairement, contre l'idée que ce serait le capitalisme qui permettrait une émancipation, une "désaliénation".

Etant entendu que je dis "communisme", et non pas totalitarisme. Etant entendu que ce communisme est une pensée, une idée, et non pas un dogme. Etant entendu que ce ommunisme va vers plus de liberté individuelle, et non pas vers moins. Etant entendu que ce communisme n'iarit pas contre la liberté d'entreprendre, au contraire, mais avec une vision morale de l'entreprise : entreprendre pour le bien commun.

Et une vue d'ensemble de l'humanité : une conscience claire que ce qui se produit de l'autre côté de la planéte (qui par ailleurs, vous l'aurez remarqué, n'a pas de côté, puisqu'elle est ronde comme une orange bleue) a des incidences directes sur ma vie immédiate, ici même.

"En attendant", que faire ? Attendre, peut-être : je pense, je sens, que des gens comme Sarkozy travaillent à l'avénement de l'idée communiste. Je le vois autour de moi : des gens qui jusqu'à présent n'avaient jamais bougé le petit doigt pour changer quoi que ce soit se mettent en mouvement dans des conditions scabreuses (menaces voilées de la direction quant leur avenir dans l'entreprise. Avenir, d'autre part, de toutes façons bouché).

On ne sait pas quand "ça pétera". On sait que "ça va péter". Un peu comme une centrale nucléaire.

Il est probable, "en attendant", que la premiére des choses à faire est de virer toute la classe médiatico-politique compromise avec ce capitalisme là.

Et d'entreprendre une véritable révolution culturelle : l'humain avant le comptable. (Ou alors, s'agissant de gestion comptable, il faut tout compter, y compris les dégâts que cause la gestion comptable)

26/03/2011, 19:37 | Par Vincent Verschoore en réponse au commentaire de françois périgny le 26/03/2011 à 09:40

Merci Pierre pour tes interventions. Nous sommes bien sur tout à fait d'accord sur le fond, c'est à dire que l'objectif de toute lutte politique reste le partage équitable des droits, des responsabilités et des fruits de l'activité économique. Ce que j'appelle les idéologies du 19ème et 20ème siècle, qu'à mon avis il nous faut dépasser, se nomment capitalisme, socialisme et communisme - pour ne citer que les principales. Elles sont à chaque fois une méthode de partage, qui in fine se valent en théorie car le capitalisme absolu (tout le monde est actionnaire de tout) revient au communisme où l'Etat - donc tout le monde - est seul actionnaire de tout. Le problème vient à chaque fois des distorsions introduites dans le système. Le profit par exemple, symbole du capitalisme, est une anomalie économique au sein même de la théorie économique capitaliste: le profit n'existe que lorsque les conditions du capitalisme parfait ne sont pas réunies, d'où distortions, d'où profits. Mais jusque dans les années 70-80 le capitalisme, malgrè ses évidentes distorsions, était relié au monde réel du fait que l'argent, le capital, provenait d'une création effective de richesse. Et dans l'ensemble, entre 1945 et 1980 le capitalisme créait plus de richesse que le communisme à la soviet, tout simplement parce que une armée d'entrepreneurs est plus créatrice qu'une armée de bureaucrates.

Mais nous sommes aujourd'hui dans un monde différent et ces distinctions sont académiques: aujourd'hui le capital se crée sans création équivalente de richesse autre que richesse purement monétaire donc virtuelle. C'est cela que j'appelle "capitalisme financier" par oppositon au capitalisme "honnête". Pire encore, ce capitalisme financier transforme les facteurs de création de richesse réelle (ce qui sert à la société) en en maximisant la rentabilité à court terme, ce qui les détruit à moyen ou long terme. Analogie: faîtes tourner un moteur tout le temps à plein régime, vous aurez un max de puissance (rentabilité) pendant un court laps de temps et ensuite vous coulerez une bielle et tout s'arrête.

Ce qu'il faut donc arriver à faire c'est s'émanciper de ce capitalisme financier pour aller vers ce que l'on pourrait appeller un capitalisme social où la mesure de richesse se baserait sur une mesure d'utilité sociale, et l'argent redeviendrait un simple moyen d'échange dont la masse serait proportionelle à la richesse sociale.

26/03/2011, 19:46 | Par profil_inactif_28112 en réponse au commentaire de Vincent Verschoore le 26/03/2011 à 19:37

Je ne suis pas d'accord : le "capitalisme social" générerait inévitablement une bourgeoisie. Il me semble qu'un centre doit assurer l'équilibre du système, naturellement à terme il sera élu à l'unanimité par le prolétariat enthousiaste. Pour éviter que l'inexistence d'une bourgeoisie soit neutralisée par la création d'une bureaucratie il conviendra que les dirigeants soient régulièrement renvoyés à la base.

Bien sûr, au-delà d'un certain taux de mortalité, les paysans pourront avoir un lopin individuel où élever quelques poules et faire pousser des légumes. Le trotskysme est le véritable humanisme.

Cordialités trotskystes

26/03/2011, 20:03 | Par Vincent Verschoore en réponse au commentaire de profil_inactif_28112 le 26/03/2011 à 19:46

Ouais.... vous comptez postuler pour le centre? Clin d'oeil

26/03/2011, 20:07 | Par profil_inactif_28112 en réponse au commentaire de Vincent Verschoore le 26/03/2011 à 20:03

Les destinées individuelles sont dérisoires au regard du bien être du prolétariat.

L'individualisme mène aux catastrophes nucléaires et aux guerres pour le pétrole.

 

Cordialités trotskystes

26/03/2011, 20:20 | Par cereb

excellent

HERE WE ARE!

27/03/2011, 10:33 | Par miradou

"un capitalisme social où la mesure de richesse se baserait sur une mesure d'utilité sociale."

Dans le même ordre d’idée, il faut contribuer à diffuser le concept de revenu universel (a) qui, le jour où il sera enfin mis en pratique, aura en particulier comme avantage, pour le citoyen lambda, d’être en situation de pouvoir refuser une offre de travail sous-payé.

Voir aussi le livre de Yann Moulier Boutang, "l'abeille et l'économiste" qui explore les pistes de refondation de l'économie par basculement d'une économie de l'échange et de la production (avec ses aberrations ultra-libérales) vers une économie de pollinisation et de contribution.

(a) http://revenudebase.free.fr/ ou
http://revenudebase.free.fr/CadresAcc.html ou
http://www.dailymotion.com/video/xamvau_revenu-universel_news ou
http://www.revenu-existence.org/ ou
http://www.basicincome.org/bien/index.html ou
http://bien-ch.ch/fr

27/03/2011, 12:37 | Par Vincent Verschoore en réponse au commentaire de miradou le 27/03/2011 à 10:33

Salut Miradou

Tout à fait, le revenu de base est à mon avis le prochain grand pas dans le progrès social. Mais il ne fonctionnera pas s'il reste connecté à une économie trop ouverte et spéculative: si une économie met sur la table une somme distribuable non directement associée à une création de richesse, elle doit s'assurer en retour que cette somme est utlisée au sein de cette même économie. Sinon, soit elle mourra rapidement car exsangue (l'argent ayant quitté le système, par exemple pour acheter des importations), soit elle disparaîtra sous une inflation gallopante tentant de compenser la perte de valeur de cette argent, perte imposée par le système spéculatif.

27/03/2011, 11:09 | Par Bernard Colin

A Pierre et Vincent,

ma question portait sur les moyens à mettre en oeuvre pour sortir de ce putain de merdier. Sans doute, Pierre, l'amélioration de l'humain et la révolution culturelle, Bon.

En attendant, et chemin faisant, rien ne nous empêche de ne pas attendre que l'homme soit un saint, pour agir.

Les solutions réglementaires comme celles qui protègent en France, les cotisations sociales de la spéculation (caisse des dépots) prouvent que la gestion collective des biens collectifs, est économiquent viable, comme l'a démontré l'économiste américaine qui a eu le prix nobel en 2009.

Les ressources énergétiques, les matières premières, l'eau, etc. peuvent passer dans l'économie sociale. Les règles de réinvestissement dans les activités d'intérêt général, etc.

Mon propos, sans le moindre angélisme, est de ne pas attendre que l'homme soit bon. Mais d'améliorer la situation en route. Mon idée, ne pas laisser le pouvoir s'approprier nos vies.

Ma question à Vincent, était comment aux states, faire avancer cette idée de biens communs. De nombreux intellectuels pensent qu'ils faut prouver le bien fondé de cette démarche par des expériences concrètes et directes d'autogestion expérimentale.

The proof of the pudding, is in the eating.

 

 

27/03/2011, 12:27 | Par Vincent Verschoore en réponse au commentaire de Bernard Colin le 27/03/2011 à 11:09

Le principe des creative commons propose une methode de gestion du bien commun bien connue aux USA. Ici en Saône-et-Loire le Conseil Général a repris une route de bus importante des mains du privé et en a refait un réel service public. La privatisation du rail anglais fut un désastre. En fait il faut arriver à trouver un mode de fonctionnement des services publics entre deux extrêmes néfastes: le monopole d'Etat qui tourne pour lui-même (et ignore l'utilisateur) et le monopole ou quasi-monopole privatisé qui tourne pour ses actionnaires (donc cherche à maximiser le profit plutôt que l'utilité).En gros il y a deux modèles: le service public géré par des représentants du public afin de maximier l'utilité sociale, et la réelle concurrence entre de multiples acteurs privés de taille comparable, régulée afin de limiter les distortions.

27/03/2011, 13:47 | Par Bernard Colin en réponse au commentaire de Vincent Verschoore le 27/03/2011 à 12:27

le troisième modèle, c'est la gestion citoyenne directe de ses interêts.

mais ma question n'est pas vers quoi aller. Mais comment y aller.

La seule vraie question est comment engager les processus de changement.

désigner de bons modèles ne suffit pas.

27/03/2011, 21:46 | Par Vincent Verschoore en réponse au commentaire de Bernard Colin le 27/03/2011 à 13:47

Pour aller quelque part il faut au moins avoir une direction générale et une idée des conditions de voyage, sauf désir d'aventure absolue. Mais oui tu as raison, comment aller au-delà de la simple et généralement impuissante revendication? Qu'est ce qui motive les gens à tenter le changement? Il y a un modèle simple mais pertinent, le modèle VIE de Vroom, qui dit que la motivation est le produit de 3 variables: la valeur que l'on donne à l'objectif (en l'occurence, changer le système), le sentiment que l'action peut mener à cet objectif, et le sentiment que l'on est capable de produire cette action. Si une seule de ces variables est proche de zéro, la motivation est proche de zéro. Il faut travailler sur ces trois axes pour espérer motiver les gens à bouger et ce travail est avant tout, à mon avis, un travail descriptif: vers quel nouveau système et pourquoi, comment y arrive t-on, et comment chacun trouve sa place dans ce processus.

27/03/2011, 23:38 | Par Jean-Claude Charrié en réponse au commentaire de Vincent Verschoore le 27/03/2011 à 21:46

Salut Vincent,

J'arrive trop tard sur ce fil, trop de choses à dire.

Vite fait :

  • ok avec Bernard... pas de but à atteindre, pas de représentation théorisée...
  • une direction, oui... l'humain.
  • et donc, toujours poursuivre, au delà de ce qu'en dit Pierre au début du fil, sur le thème de l'éducation, non pas seulement comme utilité au service de, ou comme moyen de, mais aussi et surtout comme fin en soi, comme culture de l'humanité,
  • et sortir de l'économisme, c'est à dire de la réflexion économique et matérialiste comme seul horizon de pensée de nos projections politiques... pour en finir avec les idéologies disqualifiées.


Et puis un regret et une suggestion :

  • on ne peut pas trop avancer dans l'échange sans en replacer les termes dans le contexte international et planétaire, avec les problématiques sociales et environnementales
  • et à ce titre, si ce n'est déjà fait, voir le billet de Velveth consacré à Hervé Kempf et en particulier ce passage de l'interview : "Il y a, dans une large part des classes moyennes, un conservatisme fondé sur la crainte. Elles savent que les mécanismes de la démocratie sont très affaiblis, que la situation générale se délite, que les institutions de solidarité collective sont mises à mal. Mais elles estiment que le capitalisme finissant et l'oligarchie leur garantissent une certaine sécurité face à l'ébranlement du monde." Il y a là tout le péril à très court terme de la situation.

01/04/2011, 09:44 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Bernard Colin le 27/03/2011 à 13:47

"ma question n'est pas vers quoi aller. Mais comment y aller".

Ce dont nous faisons l'expérience ici, à un niveau trés local, dans le département, la ville et l'entreprise, c'est, de petites victoires en grandes expériences, en partant de ce qui est (une tentative de répression de la part d'un encadrement trés "new management" -séparer les individus, casser une solidarité tout en demandant un travail d'équipe, chercher à intimider des grévistes potentiels, identifier et neutraliser les poches de résistance à une exploitation accrue des "ressources humaines", etc. Et une intersyndicale qui, dans le département, se montre de plus en plus efficace -laissant tomber non pas les débats idéologiques mais les positions dogmatiques) retourner la situation en une contre-attaque, en utilisant toutes les armes existantes, toutes celles qu'on cherche à nous retirer : le droit et la parole. Retourner le mépris que l'on nous a montré en méprise. (Une direction s'est lourdement trompée en croyant que puisque nous sommes de petits employés nous sommes un peu ... demeurés, un peu crétins. La méprise va nous servir pendant un bon moment pour avancer sur beaucoup d'autres choses, parce que le retournement de la situation fédére autour de nous (un groupe informel en synergie avec l'intersyndicale).

Pardonnez-moi d'être sybillin, mais je ne peux être plus explicite publiquement. Mediapart est de plus en plus lu, et pas toujours par des gens bien intentionnés à notre égard. (Heureusement que le Bod est là pour nous le rappeler souvent. Cordialement, bien sûr)

En tout cas une chose est sûre : si les media vous disent que le mouvement qui a pris de l'ampleur en octobre s'est arrêté, n'en croyez pas un mot. La braise a couvé sous la cendre de l'hiver, mais maintenant c'est le printemps, on sort beaucoup plus facilement dans la rue, les langues se délient et les informations - incontrôlables par la répression parce que orales- circulent.

Tout cela pour tenter de répondre au deux questions en même temps ; vers quoi aller c'est "comment y aller". C'est cela même que je nomme le communisme. Elaborer ensembles, en réalité, ce vers quoi nous voudrions aller en réfléchissant ensembles comment y aller. Et faire l'expérience réelle que c'est parce qu'il y a un "ensemble" que nous pouvons aller. Et comme en plus il s'agit de défendre l'idée même d'un "service public", c'est à dire quelque chose d'utile à un ensemble plus vaste que celui qui y travaille, l'appropriation mentale, morale est d'autant mieux motivée, et cette motivation à contre-attaquer est réelle.

27/03/2011, 21:51 | Par profil_inactif_28112

Pendant la guerre de Sécession puis pendant la 2ème guerre mondiale les Américains ont mis non seulement des prisonniers de guerre mais des populations civiles dans des camps de concentration (cas des Japonais de nationalité américaine entre 1941 et 1945).

Un pouvoir trotskyste devrait rouvrir ces camps de concentration et y placer par précaution agents immobiliers, banquiers, porteurs de lunettes non adhérents au parti au pouvoir...puis une fois solidifié ce parti pourrait venir nous libérer, par la Corse et/ou la Normandie.

Cordialités trotskystes

27/03/2011, 23:41 | Par Bernard Colin en réponse au commentaire de profil_inactif_28112 le 27/03/2011 à 21:51

Avec Bod en directeur général des camps, ça peut marcher.

01/04/2011, 10:02 | Par françois périgny

Je ne voudrais pas faire trop long, mais ce que tu dis Vincent, dans ton com. du 27/03 à 12:27 est trés intéressant. Cela réveille la notion de concession de service public. Je n'ai plus guére le temps de m'étendre sur le sujet maintenant, mais je suis totalement d'accord avec ce que tu dis sur l'étatisation des services qui tournent pour eux-mêmes et non pas pour le public, des agnts considérant - de maniére corrompue- que leur emploi est une sinécure et non quelque chose qu'ils doivent à un ensemble, une communauté sans laqulle ils ne sont rien. Pour faire clair : des fainéants, des tire-au flanc ou des égoïstes. Un probléme moral, ou psychologique, ou d'éducation, ou d'instruction. En tout cas, d'un point de vue du droit et de l'économie, une question qui devrait pouvoir se résoudre plus facilement maintenant en se servant de l'arme même que les ultra-libéraux nous fournissent en s'attaquant au "monsre froid" qu'est un Etat vivant pour lui-même. Les socialistes ont fournis l'intrument de la régionalisation, les communistes celle de la commune etc. Plus la gestion est proche du groupe de travail, plus la directive, la direction à prendre et les moyens pour le faire peuvent être démocratiquement discutés et compris.

Plus de démocratie, toujours, mais de démocratie réelle, et non pas formelle. Et plus d'égalité : un poste de directeur ne donne pas plus de droit que celui d'éxécutant, mais plus de responsabilité, et les deux emplois étant aussi respectables -réellement, et non pas formellement- l'un que l'autre. (Lire ce que dit S. Weil à ce sujet)

01/04/2011, 17:53 | Par Bernard Colin en réponse au commentaire de françois périgny le 01/04/2011 à 10:02

effectivement, je plussoie.

Au moment où on se pose pratiquement la question de la gestion collective des biens collectifs, la réponse par l'Etat n'est pas la bonne.

 

01/04/2011, 20:30 | Par dianne

Face au mur d'abrutis que représente le clan républicain, il ne reste plus que la grève de la faim. Je viens de recevoir ceci :

 

We don't have a budget crisis in Washington. We have a moral crisis. When Congress can seriously debate forcing veterans into homelessness and cutting food aid to pregnant women and children, while giving tax breaks to billionaires, something is very, very wrong. That's why this morning, I joined, along with the heads of seven other major progressive organizations, in an ongoing fast launched by religious leaders to protest the brutal and unjust budget cuts being debated in Washington. Those who will go hungry because of these cuts are largely invisible to decision-makers in Congress. By fasting in solidarity, we have an opportunity to make their suffering visible, and expose the immorality of this policy. Will you join in? You can fast for a day or part of a day, for a meal or a week—whatever you can do. This began on Monday, when Reverend Jim Wallis and a group of Christian, Jewish, and Muslim clergy launched a prayer fast to highlight what they called the "selective cruelty" in the budget debate. As word spread, thousands more folks have begun fasting as well. I joined today because all week long I've been looking into the eyes of my 2-year-old daughter, and thinking about the hundreds of thousands of kids who will get kicked out of preschool, who will lose access to health care, who will go to bed hungry each night if these cuts pass. I joined because I keep picturing other parents like me, many of them MoveOn members, who will be left with no way to provide for their families if right-wing Republicans get their way. I joined because according to my faith and my conscience, letting children starve while giving handouts to giant corporations is wrong, plain and simple. And I feel compelled to speak out. A number of other MoveOn staff are joining the fast with me this morning. I hope you will too, in whatever way speaks to your conscience. http://pol.moveon.org/pac/budgetfast/?id=26743-13970771-QkPXrJx&t=2 I grew up reading these words from the Prophet Isaiah and they've returned to me powerfully today. Is not this the kind of fasting I have chosen: to loose the chains of injustice and untie the cords of the yoke, to set the oppressed free and break every yoke? While this cause will speak to all of us differently—to our faith, or to our ethics, or simply through the eyes of our children—it is grounded in our common humanity and a common passion to defend those most in need. Please join if you can.

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