Après la gaffe monumentale de Michèle Alliot-Marie concernant une tentative d'assistance à dictateur en danger,l'Elysée a requis l'imperturbable Henri Guaino pour aller sur Canal+ voler au secours de l'imprudente. "Vous qui êtes en charge de la Méditerranée, n'avez vous vu rien venir ?" lui a demandé Michel Denisot en matière d'introduction."Non,rétorqua le Conseiller spécial du Prince,je ne suis pas Madame Soleil." "Pourtant,gouverner c'est prévoir" lui répondit l'animateur du Grand Journal en citant la fameuse phrase d'Emile de Girardin qu'on attribue souvent à de Gaulle. "Gouverner ce n'est pas prévoir,c'est décider." affirma l'oracle de l'Elysée. "Mais comment décider si on ne scrute pas un peu le futur ? lui fit remarquer le futé Apathie, non sans perfidie."On décide,point barre !" rétorqua la plume du Président qui se lança dans une grande explication pseudo-historique pour dire que personne n'avait prévu la prise de la Bastille,la défaite de 1940, la décolonisation ou la chûte du mur de Berlin,et que cela n'avait pas empêché la terre de tourner...Une page de publicité opportune vint clore ce dialogue qu'aurait pu écrire Jarry. Gouverner est-ce décider ou enfumer ? Ou décider d'enfumer ?
En tout cas,la révolution tunisienne est en marche. Comme pour la Vérité, rien ne l'arrêtera. Mais afin de nourrir sa gouverne personnelle,et aussi pour éclairer celle de son maître,Henri Guaino ferait bien de méditer un peu ce qu'écrivait Pierre Mendes-France en 1974 :
"Le philosophe,le sociologue,le théoricien peuvent,dans leur tour d'ivoire,imaginer les transformations qui feront régner un jour le paradis sur terre ; on ne leur demande rien de plus. Un homme politique,c'est autre chose. Il doit à chaque instant,et quel que soit son idéal pour l'avenir,déterminer ce qui peut être fait,ce qu'il peut faire. Il doit agir,non pas,certes,en ignorant le long terme,mais en sachant,au contraire,qu'il en est responsable dès aujourd'hui. S'il oubliait le long terme,il improviserait au jour le jour et prendrait des décisions empiriques,dont tous paieraient le prix plus tard ; c'est pourquoi,il doit savoir où il va,c'est pourquoi chacune de ses décisions doit aller dans le sens des mutations plus importantes qui vont arriver. Seulement,il a été chargé,non de méditer sur l'avenir,mais d'y travailler concrètement,jour après jour ...S'il a aplani le chemin qui mène au progrès,s'il a avancé un peu,il a servi. C'est sa mission."*
* CHOISIR ,conversations avec Jean Bothorel (Stock)