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01
Oct

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Gilles-Eric Séralini, ou le cirque publicitaire

 Dans ce billet, je ne reviendrai que partiellement sur le débat strictement scientifique autour de l' « étude-choc » [comme ils disent] de Gilles-Eric Séralini et de son équipe du Criigen, qui auraient démontré l'existence de graves conséquences sanitaires à la consommation d'un OGM de Monsanto : le NK 603, un maïs résistant au glyphosate - la molécule du Round-Up. Ce billet s'attarde plutôt sur le dispositif médiatique et publicitaire sans précédent et totalement hors-normes qui a été délibérément mis en place par le Criigen et ses bailleurs de fond de la grande distribution, dans le but non pas de peser sur la communauté scientifique [pour laquelle le dispositif en question, en plus de la probable maigre qualité de l'étude, a sans doute totalement achevé de la convaincre de l'absence de crédibilité de Séralini et de son équipe], mais plutôt sur le grand public via la sphère médiatique. Avec du côté des financeurs une motivation clairement commerciale, et du côté de de Séralini une motivation à coup sûr idéologique et sans doute largement égotiste...cf son acceptation du prix du prix « Scientifique international de l'année 2011 »... un diplôme en carton qui s'achète si on met le prix !


http://www.agriculture-environnement.fr/a-la-une,6/seralini%E2%80%89-le-prix-de-l-ego,771.html

Ici le droit de réponse de Séralini sur ce sujet, suivi de la réponse assassine de Gil-Rivière Wekstein:

http://www.agriculture-environnement.fr/actualites,12/droit-de-reponse-du-professeur-seralini,774.html

 

Ce petit rappel pour se mettre tout de suite dans l'ambiance de l'arnaque commerciale dans laquelle baigne toute cette nouvelle affaire.

 

Donc, en Une de son numéro du 20 septembre, le Nouvel Observateur y va fort : « Oui, les OGM sont des poisons ». Tout cela est enrichi d'un gros « EXCLUSIF », of course. Très important, le « exclusif ». En sciences, c'est bien connu, on cherche l'exclusivité avant tout.... On verra plus loin quelles sont les conditions de cette « exclusivité »...


Quand on ouvre le magazine, c'est sans surprise que l'on découvre que le fondement de cette alerte [« très bien, les alertes en Une, c'est vendeur, ça, coco »] est un nouvelle étude de la bande du Criigen. Pas de surprise de ce côté-là, donc. La surprise, elle vient de l'incroyable mise en scène de la sortie de l'étude. On va le voir, elle est ici lancée médiatiquement comme l'est un blockbuster hollywoodien, et le contenu même de l'article fondateur évoque une sorte de James Bond scientifique [on me permettra toutefois de préférer Daniel Craig avec un gun à Séralini avec une éprouvette, quand je veux me divertir et voir du spectacle ] :

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120918.OBS2686/exclusif-oui-les-ogm-sont-des-poisons.html

 

 

Une étude faite « secrètement » pendant deux ans ; la « vérité officielle » pulvérisée par cette « bombe à fragmentation » ; « un véritable thriller » ; «  des conditions de quasi-clandestinité »; « des courriels cryptés comme au Pentagone » ; pas de conversation téléphonique ; « une étude-leurre » lancée pour tromper les multinationales de la semence ; « nom de code In Vivo » , des sacs de graines qui transitent secrètement dans le port du Havre, etc. etc. Bref, un scénario parfaitement adapté pour un roman de Robin Cook [l'américain qui fait des thrillers médicaux distrayants pour la plage, pas l'anglais qui pondait de superbes romans noirs désespérés et terriblement bien écrits]. Sauf que là on est censés être dans le registre de l'information, et pas du roman.

Je signale que le journaliste auteur de ces lignes délirantes s'appelle Guillaume Malaurie, et je lui conseille d'essayer de plutôt postuler à un emploi dans des publications comme  L'écran fantastique  ou mes chouchous de Mad Movies/Impact, et de laisser tomber le journalisme (pseudo)scientifique, car visiblement les tâches que l'Obs lui confie ne sont pas en phase avec sa vocation.

 

Évidemment, en rentrant chez moi, j'essaie d'appeler au calme sur ma page Facebook [haut lieu de débats décisifs pour l'avenir de l'humanité], notamment mon copain Faucheur d'OGM [hé oui...] qui est très excité par l'affaire sur le thème « on avait raison de faucher les champs et là on a notre preuve solide validée par une publication scientifique faite par une équipe indépendante »

 

Voyons donc ce que l'on pouvait se dire et pourquoi il fallait rester calme et prudent dès mercredi matin, avant même les premières relectures du papier par des scientifiques une fois qu'ils y auront enfin eu accès :

 

Car forcément, on pouvait être très sceptique a priori vis à vis de l'étude pour au moins quatre raisons :

- parce qu'elle contredit à peu près tout ce qui se publiait sur le sujet, y compris dans la revue où l'étude est parue. Ça peut arriver en sciences d'avoir raison seul contre tous pendant un moment [pensons à Wegener et à la dérive des continents, si je ne m'abuse], par exemple parce qu'on a employé une méthode plus adéquate que les autres [c'est ce que raconte le Criigen, évidemment]. Mais il faut alors être très très solide dur le fond, sinon le retour de bâton va être terrible....

  • parce que les conditions rocambolesques de son lancement incitent à la plus grande méfiance.

  • parce que en cherchant un peu, on constate que l'OGM étudié, le NK 603, n'est pas un truc expérimental qui s'apprête à dévaster le ponde, mais qu'il occuperait la moitié des surfaces d'OGM aux Etats-Unis, et qu'il est donc bouffé depuis 15 ans par des millions de mammifères états-uniens, humains ou animaux d'élevage. Si pour les humains qui ont une longue durée de vie, on peut invoquer le fait de dire que les effets dramatiques constatés sur les rats ne se sont pas encore produits car on n'en est qu'à une décennie et demie, pour les animaux d'élevage, ça commence à être beaucoup plus compliqué. Pourquoi quelques générations d'entre eux n'ont-ils pas été affectés « In vivo » par les terribles dégâts que Séralini a constaté en labo ?????

  • parce que l'auteur principal et son équipe avaient déjà un lourd passif de papiers mal ficelés, publiés certes, mais immédiatement remis en cause par les spécialistes. Mercredi après midi, on ne pouvait pas exclure que Séralini ait vraiment trouvé quelque chose et ait publié une étude solide (de même qu'on ne peut pas exclure qu'un jour l'insupportable Bénabar ponde un bon disque de heavy-metal ou que Godard sorte une comédie romantique marrante). On ne pouvait pas exclure que les critiques qui lui ont été faites précédemment aient renforcé sa rigueur et qu'il ait vraiment mené une expérience décisive pour l'histoire de la toxicologie. La prudence rationnelle la plus élémentaire imposait à la fois de ne pas l'exclure par principe... mais aussi d'être super méfiant et de se dire que ce n'était certainement pas le cas de figure le plus probable!!!



 

Pour les œuvres précédentes de Séralini et du Criigen, avec leur caractère parfaitement non concluant notamment à cause de biais statistiques énormes, voir cette compilation sur le site Imposteurs :

 

http://imposteurs.over-blog.com/article-dossier-special-tout-ou-presque-sur-le-criigen-63540523.html

 

Voici maintenant le petit moment un peu scientifique de ce billet :

Évidemment, ça n'a pas manqué, il n'a fallu que quelque heures pour que la baudruche prenne des coups de bec et que la « bombe à fragmentation » apparaisse comme un pétard mouillé.

Dès l'après midi, quand l'étude est enfin consultable [on va voir que cet accès à l'étude a été manipulé par le Criigen pour s'assurer au préalable un buzz médiatique sans risque], les critiques commencent à pleuvoir.


Facilement accessible, en français, le site de Sciences et Avenir se met au débunkage :

http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sante/20120919.OBS2892/ogm-l-etude-choc-decryptee-par-sciences-et-avenir.html

 

et donne la parole à un toxicologue, Gérard Pascal, qui à première lecture se dit immédiatement qu'il faut une commission d' 'enquête tellement le truc est extra-ordinaire

http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/sante/20120919.OBS2897/ogm-je-n-ai-jamais-vu-ca-il-faut-envoyer-une-commission-d-enquete-dans-le-labo-ou-cela-a-ete-fait.html

 

[évidemment, avec les copains sceptiques, on pense dès cet après-midi-là à un coup comme l'affaire de la Mémoire de l'eau, lorsque la revue Nature avait publié – assorti d'un prudent avertissement -un article de Jacques Benveniste mettant en lumière un phénomène physique inédit et assez incroyable qui faisait bien les affaires de Boiron et de l'industrie de l'homéopathie. La commission d'enquête avait ensuite conclu à quelque chose entre la fraude et l'erreur de manipulation. Je signale au passage que l' un des coauteurs de l'article de Séralini, Joel Spiroux de Vendomois est justement homéopathe, et que Séralini lui-même est un défenseur de ces pratiques charlatanesque. Ces gens-là savent ce que c'est que la preuve, en médecine.
Bref, il est possible que l'on ait affaire à un truc du même genre que le papier de Benveniste... ou pas !]

 

Au passage, je m'étonne et suis positivement surpris du positionnement de Sciences et Avenir, qui bien que faisant partie comme le Nouvel Observateur du groupe de presse Perdriel et bien que n'étant pas exactement connue pour être la plus rigoureuse des revues de vulgarisation scientifique (loin s'en faut) , fait ici très bien son boulot. Bravo à eux.

 

Dès le jour même, le site slate.fr commence à publier des mises en garde, comme celle-là :

http://www.slate.fr/story/62055/mais-ogm-monsanto-rat-tumeur-etude-contestee

 

ou celles sur le blog de l'animateur de l'émission de France Culture « Sciences Publiques », Michel Alberganti, Celui-ci essaie de tenir un positionnement équilibré [plus que le mien, par exemple, qui penche d'emblée en faveur d'une nouveau moment d'affolement infondé]. Il montre ce qui incite à donner du crédit à cette étude (sa publication, même si c'est dans une revue à facteur d'impact très modeste, ou la durée exceptionnelle de l'expérience), mais aussi ce qui incite à la méfiance et conduit à penser que Séralini [mais aussi la revue qui l'a publiée, mais aussi tous les médias et politiques qui ont embrayé] prend un énorme risque pour sa crédibilité. Voici les deux billets qu'il a publiés :

« Le militantisme anti-OGM est-il compatible avec la science ? » :

http://blog.slate.fr/globule-et-telescope/2012/09/19/le-militantisme-anti-ogm-est-il-compatible-avec-la-rigueur-scientifique/

et : « Gilles-Eric Séralini prend un gros risques, la France aussi »

http://blog.slate.fr/globule-et-telescope/2012/09/20/ogm-gilles-eric-seralini-prend-un-gros-risque-la-france-aussi/

 

Sa conclusion cerne parfaitement les enjeux de l'affaire :

«  Désormais, il faut attendre l’avis des autorités saisies par le gouvernement sur la nouvelle étude. Dans l’intervalle, la campagne médiatique de Gilles-Eric Séralini et de ses soutiens va se poursuivre. Il semble donc que l’on ait mis la charrue avant les bœufs, avec tous les risques d’accidents que cela comporte. Si jamais l’étude était invalidée, la carrière de Gilles-Eric Séralini ne s’en remettrait pas et la France serait ridicule. Si elle est confirmée et que des dangers pour l’homme peuvent en être déduits, Gilles-Eric Séralini deviendra le héros de la lutte contre Monsanto et la diablerie des OGM. »

[On me permettra de penser que les deux alternatives n'ont pas la même probabilité de se réaliser...Mais ce n'est pas une certitude à l'heure actuelle]

 

 

Pour ceux que ça intéresse, voici encore quelques liens faciles et en français à propos des faiblesses du protocole de l' « expérience-choc »

 

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/09/20/19097-critiques-internationales-contre-letude-sur-ogm

 

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/09/20/ogm-le-protocole-d-etude-de-m-seralini-presente-des-lacunes-redhibitoires_1762772_3244.html?xtmc=monsanto&xtcr=2

[même la page « Planète » du Monde s'y met, c'est dire. ]

 

Sur le site de l'Agence Science-presse, qui parle pour les anti-OGM du « syndrome de la recherche unique »
http://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2012/09/20/letude-anti-ogm-syndrome-recherche-unique

 

Sur le site Destinationsanté, on parle du possible (probable) « pschitt » que va faire l'étude :

http://www.destinationsante.com/OGM-l-etude-Seralini-va-t-elle-faire-pschitt.html

 

Il y a évidemment surtout beaucoup de choses en anglais, et j'ai l'impression que dans le monde anglo-saxon on s'étonne encore plus de cette étude que dans l'Hexagone. Par exemple, le soir même on trouvait sur le site du New Scientist ce démontage dans les grandes largeurs de l'étude, à seulement première vue :

http://www.newscientist.com/article/dn22287-study-linking-gm-crops-and-cancer-questioned.html

 

 

Sur la question des statistiques et des probabilités, il y en en anglais ce billet très éclairant [je traduis grosso modo le titre : « Pourquoi je pense que le protocole de nourrissage mis en place par Séralini est bidon »:

http://uwyoextension.org/weedcontrolfreaks/2012/09/why-i-think-the-seralini-gm-feeding-trial-is-bogus/

 

Sur la question des statistiques, en français cette fois, il y a des analyses détaillées sur le site Imposteurs de mon pote Anton [qui est cité par le New Scientist, c'est la gloire !!!! Merci Séralini.], qui a entamé une série de papiers suivant l'actualité de l'affaire.

http://imposteurs.over-blog.com/article-etude-du-criigen-sur-le-mais-nk-603-une-bombe-mediatique-et-apres-2eme-partie-110394855.html

 

 

[Bien évidemment, on peut toujours se dire que tous ces gens très critiques sur l'étude sont des vendus et font partie du grand complot en leur trouvant/inventant à tous des conflits d'intérêt, et on peut comme ça développer le syndrome du David Vincent. C'est possible, comme attitude, mais quand ça sort du domaine de la série de science-fiction et que ça rentre dans la vraie vie, ça s'appelle de la paranoïa]

 

Pour faire bonne mesure, voici ce que Spiroux de Vendomois répond à ces premières objections [je laisse chacun comparer les critiques et la réponse aux critiques]:

http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120920.OBS3130/ogm-9-critiques-et-9-reponses-sur-l-etude-de-seralini.html

 

 

De ce que je comprends de tout cela, voici les deux principaux problèmes qui pourraient rendre l'étude non concluante et qui font que si la planète anti-OGM est au nirvana et a précocement éjaculé, le monde scientifique est lui très sceptique, et qu'il est possible que l'étude finisse à la poubelle de l'histoire de la toxicologie (certains se demandent déjà à voix haute comment elle a pu passer le filtre de la publication) :

 

  1. La variété de rats choisis biaiserait complètement les résultats. Cette variété est par exemple utilisée par Monsanto pour ses études de trois mois, parce que dans ce cadre elle est pertinente [ du fait d'une sorte d'homogénéité/stabilité de ses caractères, si j'ai bien compris]. Mais on sait depuis un papier de Suzki et alii en 1979 que ce type de rats, dits « Sprague-Dawley », a la particularité de spontanément développer en fin de vie (et un rat ça vit entre deux et trois ans) des tumeurs dans des proportions énormes (72% des femelles et 86% des mâles). Bref, avec ces rats-là, si on voulait trouver des tumeurs et les prendre en photo, on allait en trouver un paquet quoi qu'il arrive, quel que soit le régime alimentaire des bestioles.

  1. Dans ce contexte, que penser des différences observées malgré tout entre les groupes nourris aux OGM et les groupes témoins ? Que vue la faiblesse des effectifs considérés (10 rats mâles et 10 rats femelles dans les groupe témoins), si on fait les calculs de probabilité à partir de ce qui a été établi par Suzuki et alli, les différences ne sont absolument pas significatives et peuvent très bien relever du plus pur hasard, il n'y a aucun moyen de conclure quoi que ce soit avec ça. D'autant plus qu'on ne comprend pas, selon les chiffres de l'étude eux-mêmes, pourquoi des rats nourris au NK 603 font plus de tumeurs que ceux nourris sans OGM quand on leur donne peu d'OGM à bouffer....mais que quand on augmente la dose d'OGM dans le régime alimentaire on ne voit pas d'augmentation des tumeurs. Cette absence de relation dose-effet est un truc assez surprenant qui tend à faire penser que tout cela relève bien du hasard, et on peut juste constater que le hasard semble avoir bien fait les choses par rapport à ce que les auteurs, militants anti-OGM de longue date, cherchaient à prouver. Si l'expérience était refaite par d'autres, peut-être que le hasard sortirait des résultats différents. ¨Peut-être, faudra voir...

 EDIT DU 23 SEPTEMBRE : La réflexion au cours des derniers jours, et notamment la lecture du billet de Michel de Pracontal dans Médiapart, m'amène à proposer le complément suivant (quelques réflexions non éprouvées encore dans la discussion avec les copains) : Tous les débats autour de l'étude me font de plus en plus penser qu'elle était viciée dès le départ, plus ou moins intentionnellement. En effet, il me semble que la science moderne, dans sa phase expérimentale, se doit d'être fortement réductionniste pour être efficace. Si je veux vérifier un truc [ici : "un maïs OGM est-il plus dangereux pour la santé qu'un maïs non OGM ?"], je dois vérifier globalement ce truc-là... et pas 15 000 autres trucs différents en même temps. Pour que le résultat soit clair et convaincant, il faut que au maximum, en dehors du truc que je veux vérifier, tout soit le plus possible  "toutes choses égales par ailleurs". Par exemple, si le Criigen avait à sa disposition 200 rats pendant deux ans, le plus simple aurait peut-être été de faire 4 groupes, 2 par sexe, avec une seule variable : à un groupe de chaque sexe on donne un régime alimentaire avec x% de maïs non OGM, et aux deux autres groupes (un pour chaque sexe) on donne exactement le même régime alimentaire, avec le même x%, et avec une  et une seule variation : cette fois-ci le maïs est OGM. Et au bout de deux ans, on compare. Evidemment, si on a plus de rats  et qu'on arrive à en avoir 100 par groupe au lieu de 50 par groupe, c'est encore mieux, les résultats seront d'autant plus significatifs.
Sauf que l'équipe du Criigen a fait exactement l'inverse, et se vante en disant que leur étude est la meilleure parce que non seulement elle est la plus longue, mais aussi parce qu'elle fait intervenir le plus de paramètres différents. D'où cette division des 200 rats en plein de petits groupes différents, les uns avec un régime ceci,  plus ou moins ceci, les autres avec un régime cela, plus ou moins cela, etc. Tellement de sous-divisions avec des paramètres différents, qu'au final, on peut considérer qu'on n'y voit plus rien.
Pour tout le reste du monde scientifique, en dehors du Criigen, ça a l'air d'être un énorme problème et ça invalide l'étude. Eux disent au contraire que ça fait partie de sa qualité spécifique. Et on comprend pouquoi, de leur point de vue ! Parce que cette méthode  arrange carrément des militants qui savent à l'avance ce qu'ils veulent trouver : avec tous ces résultats différents, le hasard tout seul leur produit un nombre conséquentes de données allant dans le sens qu'ils voulaient au départ (au milieu d'autres qui ne collent pas). Et le pire, c'est qu'ils assument très bien ça, en affirmant dans l'étude elle-même que parmi toutes les données, ils ont prises celles qu'ils leur semblaient les plus pertinentes [=celles qui les arrangent], en laissant de côté les autres : "« Toutes les données ne peuvent pas être montrées dans un article et les plus pertinentes sont présentées ici »…  Je suis loin d'être un expert sur la question, mais ce genre de formule dans un papier scientifique, ça doit poser un énorme problème, je me demande comment les referees ont pu laisser passer un texte annonçant clairement qu'on ne leur présente que ce qui arrange les auteurs de l'étude.
Autre chose : avec cette méthode des  plein de petits groupes avec différentes variables dans les régimes alimentaires, on arrive à constater que les "les rats mâles qui consomment 22 % de maïs OGM ont plus de pathologies que ceux qui en consomment 33 % ! " [De Pracontal] . Doit-on en conclure qu'à partir d'un certain stade, plus on mange d'OGM, mieux on se porte, selon les données-mêmes de l'étude ? Pas du tout, car, pour le coup, les auteurs de l'étude estiment que c'est un effet du hasard, et qu'on ne peut rien conclure de cette absence de relation dose-effet. Mais si c'était pour ne tenir aucun compte de la différence entre un régime alimentaire à 22% d'OGM et un à 33% d'OGM ... pourquoi avoir fait cette distinction dans le protocole de l'expérience défini au départ, pourquoi avoir diminiué le nombre de rats par groupe (et ainsi affaibli la portée de l'étude) en procédant à ces subdivisions et en multipliant les groupes ???  D'une certaine manière, les auteurs affirment ici que leur protocole n'était pas pertinent, vu qu'il ne faut pas tenir compte des constats sur la variation de 22 à 33%. Mais pourquoi diable devrait-on ne pas tenir compte de cette variation-là... mais en même temps tenir compte des autres, quand ça a l'air d'aller dans le sens d'une grave toxicité de l'OGM testé ????

Voilà pour le volet scientifique.

 

Mais ce qui m'intéresse surtout ici, comme je l'ai annoncé, c'est tout le cirque médiatique et commercial orchestré autour de cette étude, dont on a vu les problèmes qu'elle pose aux scientifiques.

 

On a déjà parlé de la Une et de l'article du Nouvel Obs, qui font dans le thriller médical.

Mais toute l'opération de communication semble avoir été parfaitement orchestrée pour frapper fort, et sans s'exposer dans un premier temps à une réplique immédiate de même ampleur.

Le déchaînement est impressionnant : mercredi, alors même que l'étude n'est pas encore publiée, on apprend dans les heures qui suivent la Une de l'Obs la sortie programmée du livre de Séralini qui va avec l'étude, la sortie du livre de Corine Lepage [elle aussi membre du Criigen], et la sortie du film « Tous cobayes » réalisé par le propagandiste pas finaud Jean-Paul Jaud . On se dit que pour le coup, Séralini est le nouveau Georges Lucas, et que face à ce déferlement de produits dérivés tous lancés en même temps, il ne manque plus que le tee shirt de l'étude et le mug avec la tronche de Séralini en blouse blanche !

Ha oui, comme pour tout bon blockbuster, vous voulez le making-of ? Ça tombe bien, toujours mercredi 19 France 5 balance un communiqué de presse annonçant qu'elle diffusera le 16 octobre prochain un film sobrement intitulé « OGM, vers une alerte mondiale ? », qui est le compte-rendu de la manière dont, comme dans « Les yeux dans les bleus », elle a filmé pendant deux ans les agents secrets de l'éprouvette au travail dans leur laboratoire secret. Car c'est une expérience secrète qui a été filmée par le service public, voyez vous. Ainsi donc, ces scientifiques indépendants sans idée préconçue se doutaient tellement qu'ils allaient trouver quelque chose d'historique qu'ils se sont fait filmer pendant deux ans dans leur labo secret !!!

Là, je me demande quand même qui a payé ces deux ans de tournage ???? ça doit être un budget énorme, un tel investissement, une équipe de tournage sur deux ans !

 

Hypothèse 1 : Est-ce que ça fait partie des 3,2 millions qu'ont coûté l'étude ?. Dans ce cas, on se dit que :

  1. Plutôt que de faire risette à la caméra, ils auraient mieux fait de claquer le pognon que Carrefour et Auchan leur filaient pour l'étude en achetant par exemple plus de rats afin que leurs statistiques aient une pertinence minimale.

  2. Que ça poserait un problème sur la déontologie des journalistes de France 5, qui seraient payés par ceux qu'ils filment , devenant ainsi une vulgaire agence de com

     

    Hypothèse 2 : Ou alors, comme c'est plus probable, c'est France 5 qui a puisé dans sa propre caisse, mais... au nom de quoi ? Pourquoi autant de moyens auraient-ils été donnés pour une telle entreprise, dont, a priori, si on est un peu honnête, on ne pouvait pas au début du tournage connaître la conclusion [= l'expérience a été positive, ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient, ouf, ça tombe bien !] ? Et pourquoi on ne voit pas plus souvent sur le service public des reportages approfondis sur des scientifiques normaux qui font leur travail normalement ?

 

Même le gouvernement français et la Commission Européenne ont assuré la promotion de l'étude de Séralini le jour même, alors que au mieux ils avaient eu à peine le temps de la lire :

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120919.OBS2890/ogm-le-gouvernement-prend-l-etude-de-seralini-tres-au-serieux.html

Comme le gouvernement sort le 19 septembre un communiqué engageant trois ministères qui ont té obligés de concerter entre eux avant, on se dit que le communiqué a dû commencé à être rédigé avant même la publication de l'étude, sur la seule base d'une matinée de buzz orchestrée à partir du papier du Nouvel Obs. Etant donnée la présence des Verts au gouvernement, je ne serais pas surpris que les ministères aient même été prévenus un peu avant quand même, et aient eu le temps de définir leur propre stratégie de communication pour eux aussi être dans le coup et, comme France 5, être prêts à sortit tout de suite leur communiqué. Et là, on a pas été déçus non plus : et vas y que je te sors tout le tra la la sur le moratoire et que je te prends la pose « nous ne laisserons pas les puissances de l'argent  - surtout quand elles sont pas françaises – jouer avec la santé des français », et que je te reprends la technique sarkozyenne du « ministre qui réagit tout de suite fermement et qui annonce des mesures fortes dans l'heure ».

 

Oui,oui, on parle bien du même gouvernement de carpettes qui regardent se faire chaque jour l'avalanche de plans de licenciements sans bouger le petit doigt, tout en expliquant aux syndicats qui faut être raisonnables parce que quand même les pauvres patrons comme la famille Peugeot ont des difficultés. C'est bien eux, c'est le même gouvernement.

 

Et quelle est la décision forte prise par nos laquais sociaux-démocrates teintés de vert ?

 

Ils annoncent qu'ils vont tout de suite soumettre l'étude de Séralini à l'ANSES et au HCB.

 

Oui, c'est une bonne idée de faire ça, parce que l'ANSES est plus compétente sur le sujet que des politiciens à la botte du patronat mais soucieux de flatter les peurs de l'opinion publique quand ça les arrange (il y a un peu de ça aussi avec la quasi annonce de le remise au placard du projet de droit de vote des étrangers)

On peut du coup rappeler que ce n'est pas la première fois qu'une étude de Séralini est ainsi officiellement transmise pour examen. Si je ne m'abuse, la dernière fois, c'est l'ancêtre de l'ANSES, l'AFSSA, qui s'y était collée, à propos d'une autre étude choc/bidon du Criigen, à l'époque sur les effets toxiques du Round Up :

http://www.agriculture-environnement.fr/a-la-une,6/le-combat-solitaire-du-professeur-seralini,550.html

Voici directement l'avis de l'AFSSA ici :

http://www.afssa.fr/Documents/DIVE2008sa0034.pdf

 

L'AFSSA avait donc fermement recalé Séralini,; et avait déjà à l'époque présenté des critiques sur le choix de la lignée [de cellules, pas de rats], et sur les failles du protocole.

 

Quant au HCB (Haut Commissariat aux Biotechnologies), c'est la même chose. Il y a déjà eu en 2010 un avis du collège scientifique du HCB, à propos d'une encore autre étude de Séralini sur les effets de trois maïs Monsanto [oui, il y a comme une sorte de continuité et de cohérence dans la carrière de Séralini et ses différents objets de recherche]:

http://ogm.gouv.fr/article.php3?id_article=115

 

Là aussi, l'avis a été impitoyable, les experts s'étant même permis un nota bene ironique et assassin :

 

« On notera également que l'absence de conflit d'intérêt des rédacteurs de l'article [de Séralini et al.], qui est mentionnée en fin d'article, pourrait être discutée. Au 5 janvier 2010, l'organisme de rattachement des auteurs continue d'afficher sur son site public des résultats d'études, comme celui de l'étude Autrichienne de novembre 2008 [8], prétendant démontrer des effets négatifs du MON810 sur la reproduction, alors que ces résultats ont été reconnus comme erronés par les auteurs de l'étude eux-mêmes. »

 


Du côté de la Commission Europénne, ce n'est guère plus brillant, puisqu'elle elle aussi annonce le jour-même la suspension du renouvellement d'un autre OGM de Monsanto, le Mon 810 :

http://www.letemps.ch/Facet/print/Uuid/b6b3b32e-0282-11e2-a517-fc772e5ddae0/Paris_et_Bruxelles_se_penchent_sur_une_%C3%A9tude_alarmante_sur_les_OGM

 

Cette posture (car c'est juste ça) n'a aucun sens d'un point de vue rationnel : si effectivement [ ce que je ne crois pas à l'heure actuelle, car les bidouillages laborantesques de Séralini pèsent moins pour moi que la réalité constatée à échelle gigantesque dans les élevages nourris aux OGM. Mais sait-on jamais...] le NK 603 de Monsanto était dangereux d'un point de vue sanitaire... pourquoi suspendre la procédure d'autorisation du MON 810 ???? Le premier est un OGM résistant au Round Up, l'autre est OGM Bt (qui produit sa propre toxine contre un ravageur spécifique). Les modifications génétiques opérées sont très différentes l'une de l'autre. C'est tout aussi absurde que de dire un truc du genre : "nous avons mangé des cèpes, c'était très bon, nous conseillons donc la dégustation en général de la catégorie d'êtres vivants appelée "champignons"..."

 

Par ailleurs, ce jour où la quasi totalité des médias et le monde politique s'emballent alors même que l'étude n'est pas encore publiée ou qu'aucun expert n'a eu le temps de l'examiner en détails, on découvre quelque chose de très troublant dans le papier que fait Stéphane Foucart [un journaliste qui n'est pas connu pour avoir un « biais anti-écolo », pour reprendre l'expression qu'il utilise dans son papier récent sur l'AFIS]. Son article est bien plus sobre que celui de ses confrères, ne serait-ce que dans son titre, qui évoque un « soupçon » plutôt qu'une « bombe à fragmentation » :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/09/19/un-ogm-de-monsanto-soupconne-de-toxicite_1762236_3244.html

 

Surtout, on y découvre au détour d'un paragraphe quelque chose que Foucart a l'honnête de nous dévoiler : les conditions imposées par l'équipe de Séralini aux journalistes désireux de faire un papier sur l'étude avant que l'étude ne soit publiée :

 


"Cependant et de manière inhabituelle, Le Monde n'a pu prendre connaissance de l'étude sous embargo qu'après la signature d'un accord de confidentialité expirant mercredi 19 septembre dans l'après-midi. Le Monde n'a donc pas pu soumettre pour avis à d'autres scientifiques l'étude de M. Séralini. Demander leur opinion à des spécialistes est généralement l'usage, notamment lorsque les conclusions d'une étude vont à rebours des travaux précédemment publiés sur le sujet."

 

 

 

ça, c'est vraiment dingue

On voit comment Séralini et le Criigen maîtrisent parfaitement la logique médiatique : en interdisant aux journalistes de soumettre leur étude à d'autres experts avant la publication officielle, mais en les avertissant quand même de la future publication (pour les appâter avec l'odeur du scoop), ils s'assurent un monde médiatique à leur botte qui relaie leur truc exactement comme ils le veulent eux, en empêchant la contradiction immédiate ou la nuance. Le journaliste sollicité a donc le choix ou bien de relayer tel quel ce que lui dit Séralini, sans faire son travail normal de recoupement et d'interrogations de sources différentes, ou bien de suspendre son propre article à la publication officielle de l'étude, quand les autres scientifiques pourront tous la lire. Dans le premier cas, le journaliste relaie le scoop comme ses confrères et enfreint toutes les règles de la déontologie de son métier (il se transforme en agence de com), dans le deuxième il laisse passer un scoop et regarde pendant un temps le train passer. Dans le premier cas c'est un suicide déontologique, dans le deuxième un suicide commercial.


Et on sait que les patrons de presse vont choisir de ne pas se suicider économiquement nom de l'éthique du journalisme...

 

Par exemple, si on regarde le traitement de l'information par Libération, on constate que dans un premier temps, le journal publie la dépêche de l'AFP, qui s'étant pliée au conditions du Criigen ne fait que diffuser la parole de celui-ci?. Le lendemain, on en remet une couche, et c'est un journaliste du service « environnement » qui se charge d'à nouveau faire la promotion de l'étude. Quand au journaliste du quotidien qui serait concerné au premier chef, le journaliste scientifique Sylvestre Huet, il est obligé se contenter de publier deux jours plus tard sur son blog uniquement un papier dénonçant les dégâts sur le débat public et provoqués par l'opération de com du Criigen, et suspendant tout jugement sur l'étude elle-même [selon son point de vue, je crois que mon billet est donc en tort.. Tant pis , je le publie quand même, en fonction de mes propres analyses... et a priori !]


http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/09/ogm-seralini-et-le-d%C3%A9bat-public.html

 

Voilà donc comment on a assisté à ce grand show politico médiatique dénoncé également dans le communiqué de l'AFIS :

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1932

 

Comme le dit très bien Huet, tout ce cirque n'a aucun rapport avec la manière dont se déroule la recherche scientifique. L'opération de com a été parfaitement orchestré, et les médias et politiciens se sont pliés aux désidératas du Criigen avec une complaisance rarement constatée.


Du coup, puisque ça marche, les auteurs de l'étude poussent le bouchon encore un peu plus loin. On l'a compris, l'étude va être examinée en détail , dans son contenu publié et dans les conditions de sa réalisation. Tout le monde, même les auteurs du papier, invoque la légitimité et la nécessité d'une contre-expertise. Sauf que, emportés par leur élan, après avoir travaillé dans la plus grande opacité et muselé les experts le temps que le buzz se fasse, les chercheurs du Criigen veulent maintenant eux-même décider qui va avoir le droit de participer à cette contre-expertise !!!!

http://www.liberation.fr/societe/2012/09/20/ogm-l-auteur-de-l-etude-refuse-une-contre-expertise-de-l-agence-europeenne-des-aliments_847692

 

Séralin est désormais en roue libre et ose tout :

 

"il n'est pas question que ceux qui ont autorisé le NK603 réalisent la contre-expertise de nos données, car il y aurait un conflit d'intérêt avec leur autorité et leur carrière".

 

Moi, c'est pareil, quand je joue au foot, j'exige que dans l'équipe dans face il n'y ait pas des gens qui essaient de me marquer un but, sinon c'est pas d'jeu !

Quant à la question du « conflit d'intérêt »  et de la mise en balance de son autorité et de sa carrière, Séralini peut au tout premier chef s'appliquer à lui-même ses propres paroles.

 

Et voici maintenant pour finir le clou (provisoire) du spectacle :

 Etant donnée l'immense exposition médiatique qu'ils ont eux-même orchestrée, il était difficile pour le Criigen d'essayer d'étouffer cette fois-ci – comme ils l'ont fait jusque-là, y compris via le procès en diffamation – leur dépendance à l'égard de financements intéressés, idéologiques ou commerciaux, comme ceux de la grande distribution. Ce type financement et de relations la fout un peu mal quand on passe son temps à se présenter comme « indépendant » contrairement aux autres chercheurs et experts supposés vendus qui seraient eux bourrés de « conflits d'intérêt ». Du coup, ils ont anticipé le truc, en faisant maîtriser la diffusion de l'information par le même journal qui a relayé leur « bombe à fragmentation », Le Nouvel Observateur . Celui-ci, en complément de son papier principal, a donc aussi publié ça :

http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120918.OBS2789/ogm-quand-la-grande-distribution-finance-une-etude-choc.html

 

On sait donc désormais grâce au Criigen et au Nouvel Obs qu'Auchan et Carrefour sont de généreux mécènes désintéressés qui par leur financement garantissent la possibilité à la science vraiment indépendante de se faire vraiment indépendamment. Ainsi, ces enseignes, qui au quotidien enchaînent et appauvrissent les paysans via les prix d'achat dérisoires qu'ils leur imposent, sont-elles de fait devenues, en permettant à la vérité vraie d'éclater enfin au grand jour, les nouveaux héros du mouvement anti-OGM, celui-là même qui prétend défendre la liberté du paysan face aux semenciers qui les enchaînent. Allez, les copains, achetez « écocitoyens », achetez chez Auchan et Carrefour !

 

Bon, j'imagine que tout le monde aura compris que dans le jeu de la concurrence intercapitaliste, Carrefour et Auchan ont choisi de se positionner sur le créneau commercialement bien porteur du « bio garanti sans OGM ».

Et ainsi, en plus de la sortie de tous les livre et films promotionnels autour de l'étude, on découvre que Carrefour a lancé (ou relancé) une chouette campagne de pub qui tombe fort opportunément :

 

 [désolé, pour l'instant j'arrive pas à afficher l'image dans l'article, ça saute à chaque fois au moment de la publication, alors que je la vois très bien avant... Comprends pas... ça dit "Le sans OGM, pour Carrefour, c'est un engagement de plus de 15 ans"]

 [asset|aid=176696|format=image|formatter=asset|title=|align=center|href=]

La boucle est donc pour l'instant bouclée.

 

Yann Kindo

 

Tous les commentaires

22/09/2012, 17:45 | Par Yann Kindo

Juste après avoir publié mon billet de blog, je prends à l'instant connaissance du papier de Michel De Pracontal sur Médiapart, après celui de Sylvestre Huet,  et je jubile :

http://www.mediapart.fr/journal/france/210912/ogm-une-etude-fait-beaucoup-de-bruit-pour-presque-rien?page_article=4

 

 

22/09/2012, 20:08 | Par Arthur Porto

C'est tout à fait votre droit d'aller à contre-courant, et je pense que sur Mediapart il y a besoin de contradiction pour faire avancer la réflexion et la liberté de se faire une opinion, c'est à dire être citoyen libre donc responsable.

Je ne pense pas que vous soyez un "agent de Monsanto" d'ailleurs j'en ai rien à faire, ce n'est pas pour moi un argument et c'est votre liberté...

Mais quand je lis "si la planète anti-OGM est au nirvana et a précocement éjaculé, le monde scientifique est lui très sceptique... [...] Voilà pour le volet scientifique", il me semble que ces formulations ne permettent pas de faire avancer le schmilblick. Si vous intitulez votre billet (que j'appellerai, si vous me le permettez de "parti pris"), cirque publicitaire votre démonstration va forcement vouloir et devoir le "prouver".

Le titre et la teneur de l'article de Michel De Procantal me suggèrent le même commentaire.

Je pense, et peut-être que vous aussi, que nous avons besoin de davantage de "distance et de pertinence", qu'on soit pour on contre, dès lors qu'il s'agit des questions de l'environnement.

(Sachez que je n'attends pas de réponse et que je ne penserai pas "je suis trop fort"!)

23/09/2012, 19:24 | Par LesCigales

Tout-à-fait d'accord avec le commentaire précédent.

L'article commenté est, lui, d'une vacuité étonnante. C'est un billet d'humeur sans aucun intérêt scientifique.

23/09/2012, 20:52 | Par zdravo en réponse au commentaire de LesCigales le 23/09/2012 à 19:24

En même temps à quoi bon faire une billet scientifique (analyse, pointer les zones d'ombres de l'article, etc..) puisque de toute manière les commentaires seront aggressifs ("comment osez vous critiquer une article de divin Séralini ?") et les propos placés sur le plan de l'idéologie (et non d'une discussion entre scientifiques).

Les gens se moque de savoir si le choix des statistiques ou du modèle murin n'est pas pertinent. Eux, ce qu'ils voient ce qu'il y a un article scientifique qui collent à leur idéologie donc ça ne peut qu'être un excellent article... (vous connaissez le sophisme de l'effet Cigogne ?). Et si par malheur quelques scientifiques osent constester (c'est bien connu que la science ne fonctionne pas sur l'analyse critique), il suffira de dire qu'ils sont des suppôts de Satan Monsanto (et bien sûr sans apporter la moindre preuve).

Ces mêmes gens ne savent pas prendre la part des choses entre la science, et les idées. Pourtant on peut soutenir les idées de Séralini, mais en tant que scientifique on peut aussi dire qu'il a fait une étude bancale, je ne vois pas d'incohérence.

24/09/2012, 22:23 | Par gpatey en réponse au commentaire de zdravo le 23/09/2012 à 20:52

Bonjour Zdravo,

vous êtes mieux ici ou sur le blog "imposteurs" que dans les commentaires de l'article de Michel de Pracontal. Il est vrai que dans ces commentaires vous vous êtes fait tomber dessus à bras raccourcis par une bonne partie des lecteurs de Mediapart. Mais, me direz vous ces lecteurs ne sont pas des scientifiques comme vous. Certes non, ce sont juste des êtres humains et des citoyens français qui en ont assez de se faire balader et de se faire raconter des contes de fée par des margoulins dont le seul but est de se faire le maximum de pognon dans le minimum de temps, sans se soucier le moins du monde du bien-être de leurs concitoyens et même du reste d ela planète. Vous avez pris leur parti. Il n'y a plus qu'à vous souhaiter bonne chance pour le reste de votre carrière scientifique (si vous pouvez la mener). Personnellement la mienne est terminée, donc je n'ai plus ce souci.

23/09/2012, 21:47 | Par Yann Kindo

Je signale un rajout/edit ce soir, à la fin de la partie présentant les problèmes posés par l'étude sur le plan scientifique.

24/09/2012, 22:27 | Par gpatey

"il n'est pas question que ceux qui ont autorisé le NK603 réalisent la contre-expertise de nos données, car il y aurait un conflit d'intérêt avec leur autorité et leur carrière".

 

Moi, c'est pareil, quand je joue au foot, j'exige que dans l'équipe dans face il n'y ait pas des gens qui essaient de me marquer un but, sinon c'est pas d'jeu !

Quant à la question du « conflit d'intérêt »  et de la mise en balance de son autorité et de sa carrière, Séralini peut au tout premier chef s'appliquer à lui-même ses propres paroles.

Mon pauvre Yann Kindo, vous êtes profondément lamentable!! Je comprends que vous soyez un pote de Anton Suwalki. Qui se ressemble s'assemble, dit un dicton!!

24/09/2012, 22:38 | Par gpatey

Il y a évidemment surtout beaucoup de choses en anglais, et j'ai l'impression que dans le monde anglo-saxon on s'étonne encore plus de cette étude que dans l'Hexagone. Par exemple, le soir même on trouvait sur le site du New Scientist ce démontage dans les grandes largeurs de l'étude, à seulement première vue :

http://www.newscientist.com/article/dn22287-study-linking-gm-crops-and-cancer-questioned.html

C'est très bien votre lien! Il donne accès à un article publié sur New Scientst. Mais pas moyen de savoir où et sur quel sujet travaille l'auteure de cet article (Debora MacKenzie. Quelle légitimité pour critiquer le travail de Seralini?

24/09/2012, 22:45 | Par gpatey

pour votre gouverne: un commentaire tout à fait mesuré de l'article que vous citez en lien (celui de D MacKenzie)

Response

Thu Sep 20 17:17:32 BST 2012 by Lawrence Woodward

This is a prejudicial article which lets down the New Scientist.

Of course it is only one study must be kept in perspective but neither should it be dismissed out of hand, swept under the carpet or be the target of obfuscating comments designed to undermine it.

The scientists quoted here seem to be have been dredged up as a job lot from the website of industry lobbyists, the Science Media Centre.

The facts are; the research was published in a well regarded, peer reviewed journal that does not publish sub standard research, which is more than can be said for a lot of the reseach that informs the current GM regulatory process;the strain of rats is one commonly used in such studies;the numbers and group sizes are consistent with OECD guidelines and are in keeping with studies accepted by the European Food Standards Authority;the statistical methods are appropriate to such studies.

Of course no piece of research or statistical method should be immune from justified criticism and this one is not perfect.But there is more than enough here for it to be taken seriously and followed up with some urgency.

No tumours were present in the rats at 90 days, the time at which current regulatory assessments are allowed to stop; tumours began appearing in the treated groups at 120 days and at levels that demand further research; health problems associated with non glyphosate treated maize raise questions about the risk implications of the genetically engineered event itself; which is of such significance for our use of the technology that follow up work is essential.

The findings about dose rate and effect may be unusual but the authors offer an explanation that the paper's reviewers felt had at least some plausibility; certainly enough to merit more than the cavalier attention given here.

This is an important piece of work and should be looked at and considered intelligently and not in the blinkered and biased way it has been treated in this article.

Cela ne va pas tout à fait dans le même sens que vous (si vous ne comprenez pas l'Anglais je peux vous le traduire, mais pas tout de suite: je vais d'abord me reposer, je suis un couche-tôt)

26/09/2012, 13:27 | Par zdravo

Nature a aussi commenté... et l'édito n'est pas tendre avec les pratiques de Séralini. Ce dernier s'étonne de la véhémence de la communauté scientifique, mais après un tel coup marketing, finement préparé (trop ?), son message n'est pas passé (dans la communautié scientifique, alors qu'à mon sens, il souhaite dire "attention, prenons des précautions, changeons de méthodologie toxicologique pour le cas des PGM"). Enorme coup médiatique, gros retour de bâton ?

http://www.nature.com/news/poison-postures-1.11478

http://www.nature.com/news/rat-study-sparks-gm-furore-1.11471

Même les canadiens s'interrogent : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201209/23/01-4576804-mystere-a-propos-du-mais-transgenique-canadien.php

26/09/2012, 16:32 | Par gpatey en réponse au commentaire de zdravo le 26/09/2012 à 13:27

@zdravo

pour votre gouverne, ci-dessous un commentaire qui a été fait à propos de l'article de Pracontal. C'est un petit peu long, mais si vous avez de la patience vous allez apprendre un certains nombre de choses sur les méthodes de Monsanton, l'impartialité des experts, peut-être même le noyautage par des organisations peu recommandables (voir la biographie de Fionna Fox, directrice du Science Media Center sur wikipedia). Juste pour vous faire comprendre que, même si vous êtes scientifique (ce dont je ne doute pas) vous n'avez pas le droit de vous retrancher derrière la Science pour rejeter toutes les argumentations de ceux qui sont opposés à vous et ne pas voir non plus que dans cette histoire, il y a bien plus qu'un problème de Science. Vous faites partie d'une société qui vous fournit un travail, vous paie,... et en retour vous avez des comptes à lui rendre, pas uniquement purement scientifiques, sinon c'est cette société qui un jour vous en demandera.

Cordialement

Nouveau 26/09/2012, 09:23 par Jefff

Ni Michel de Pracontal, ni la rédaction de Médiapart ne semblent vouloir faire de mise au point pour cet article pour le moins "biaisé". Va-t-il falloir attendre que d'autres s'en chargent ?

Ainsi Les Amis de la Terre, par exemple, qui fait le boulot de Michel de Pracontal pendant que Monsanto semble avoir fait le boulot de Michel de Pracontal. Nous allons finir par ne plus rien y comprendre ! Ou, malheureusement, nous allons finir par comprendre que l'indigence de la presse sévit jusqu'à Médiapart...

Contre-offensive de Monsanto : Comment piéger les journalistes crédules – même de Médiapart ?

Monsanto a lancé une campagne de communication pour essayer de semer le doute sur l’étude publiée il y a deux jours par le chercheur français, Gilles-Eric Séralini. Cette étude montrait que le produit phare du géant des biotechnologies, l’herbicide Roundup et un des maïs GM produits par cette même firme, le NK603, ont des effets catastrophiques sur la santé des rats lorsque ceux-ci sont étudiés tout au long de leur vie et non pas seulement durant ce délai de 90 jours qu’affectionnent les industriels. Dans un E-mail qu’a pu lire le Corporate Europe Observatory, un responsable de Monsanto a diffusé une liste de réactions compilées par une prétendue agence d’informations scientifiques, le Science Media Center (SMC) basé à Londres.

Le SMC propose une liste qui paraît tout à fait objective et est intitulée : « Réactions d’experts à propos du maïs GM provoquant des tumeurs » . Huit scientifiques sont cités et réagissent à l’étude de Séralini et on y trouve aussi 10 contre-arguments dont l’auteur n’est pas cité. Sans aucune surprise, toutes les réactions rejettent l’étude de Séralini. D’après Spinwatch, 70% de tout l’argent reçu par le SMC viendrait de l’industrie et la liste des donateurs comprend presque tous les grands de l’industrie des biotechnologies.

Cette opération de désinformation semble avoir bien marché puisque les trois citations critiques mentionnées par Reuterscontre l’étude de Séralini proviennent de personnes (Tony Sanders, Mark Tester, David Spiegelhalter) qui sont sur la liste qu’a fait circuler le SMC. Le groupe de pression pro-OGM EuropaBioa aussi publié un communiqué de presse citant ces trois mêmes experts et cataloguant tous les arguments qu’il pouvait trouver dans le but d’essayer de discréditer cette étude de Séralini.

Médiapart a publié le 22 septembre un article intitulé "OGM : une étude fait beaucoup de bruit pour presque rien" se référant, à notre grand étonnement largement au SMC. La tactique de Monsanto semble bien fonctionner.

Voici des précisions sur ce Science Media Center cité par Médiapart et sur les « experts » appelés à la rescousse pour discréditer l’étude de Séralini et son équipe.

  •  Tout d’abord, la directrice du SMC, Fiona Fox, est liée avec un réseau très militant (LM Network) qui a pour but d’infiltrer les media et les groupes d’influence en lien avec les questions scientifiques, dans le but de promouvoir ses propres points de vue. C’est un réseau qui fait l’apologie des plantes GM et du clonage, qui est très hostile à toute critique et compare les écologistes à des nazis. (http://www.powerbase.info/index.php/Fiona_Fox )
  •  Le premier expert cité par le SMC est le professeur Maurice Moloney, directeur général de Rothamsted Research. Ce que le SMC oublie de dire aux journalistes, c’est que Moloney conduit une Porsche avec comme numéro d’immatriculation, ces trois seules lettres « GMO » (OGM en anglais !) et que son CV est du même ordre. A la base des recherches de Monsanto sur le canola, une variété de colza, on retrouve les recherches de Moloney. Il a fondé aussi sa propre compagnie de biotechnologies avec la participation financière de Dow Agro Science. En d’autres termes, la carrière et les activités commerciales du professeur Moloney se concentrent depuis longtemps sur les OGM (http://www.spinwatch.org.uk/-articles-by-category-mainmenu-8/46-gm-industry/5505-science-one-whining-greenies-nil)
  •  Un autre expert cité par le SMC est Mme Wendy Harwood. Elle mène des recherches sur les OGM au Royaume-Uni, au Centre John Innes, qui a reçu des dizaines de millions de livres d’investissements de la part des géants des biotechnologies comme Syngenta. En fait, un des précédents directeurs de ce Centre expliquait à un journal local que tout ralentissement important ou toute pause dans le développement des cultures GM « pourrait être très, très grave pour eux ». (http://www.powerbase.info/index.php/John_Innes_Centre)
  •  Le professeur Anthony Trawavas de l’Université d’Edimbourg est un autre de ces experts cités par le Science Media Center. Nulle part, il n’est fait mention du fait que c’est aussi un scientifique travaillant sur les OGM, ainsi qu’un ardent opposant à l’agriculture biologique. On se garde bien de nous dire aussi qu’il est bien connu pour ses attaques contre les scientifiques qui ont publié des études critiques à l’endroit des OGM comme Pusztai par exemple. (http://www.gmwatch.org/latest-listing/51-2012/14211-gm-lobby-wades-in-on-new-study)
  •  Le professeur Mark Tester est décrit par le SMC comme un professeur menant des recherches au « Centre australien de génomique fonctionnelle des plantes » à l’université d’Adelaïde. Voici ce que nous dévoile son profil à l’université d’Adelaide. : « Son activité commerciale est évidente de par la création d’entreprises privées et de ses interactions réussies avec des compagnies internationales comme Monsanto, Syngenta, Bayer et Pioneer-DuPont ». (http://www.adelaide.edu.au/directory/mark.tester)
  •  Le professeur Ottoline Leyser est présenté par le SMC comme le directeur associé du laboratoire Sainsbury de l’Université de Cambridge. Il n’est pas fait mention du fait que le laboratoire est financé par la Fondation Gatsby de Lord Sainsbury, un partisan enthousiaste des OGM, possédant des entreprises de biotechnologies et qui a lancé et financé les travaux en lien avec les OGM du Laboratoire Sainsbury du Centre John Innes. (http://www.powerbase.info/index.php/David_Sainsbury)
  •  Quant au professeur Sanders, il est présenté par le SMC comme le directeur de la Division de Recherche des Sciences Nutritionnelles du King’s College de Londres. Tout comme le professeur Trewavas, le professeur Sanders participa aux attaques contre l’étude de Pusztai qui soulevait de nombreuses questions sur les OGM. Ses critiques ne paraissent pas, avec le recul, avoir été bien fondées. (http://www.powerbase.info/index.php/Tom_Sanders) D’après un article de The Independantdatant de 1996, Sanders était à l’époque « consultant professionnel pour Nutrasweet » qui a appartenu jusqu’en 2000 à Monsanto.
  •  Le professeur Alan Boobis est présenté par le SMC comme professeur de pharmacologie biochimique au Collège Impérial de Londres. Le SMC oublie de préciser qu’Alan Boobis a longtemps été membre de l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire, cette même agence qui a autorisé le maïs en question. Le SMC passe aussi sous silence le fait que Boobis a longtemps siégé au conseil de l’Institut International des Sciences de la Vie (ILSI), un groupe de l’industrie alimentaire et des biotechnologies soutenu par des géants des OGM comme Bayer et Monsanto. (http://bit.ly/Q9tZSw - http://www.powerbase.info/index.php/International_Life_Sciences_Institute)

Et lorsqu’on voit le rôle qu’a joué Alan Boobis au sein de l’Agence Européenne de Sécurité Alimentaire, il est clair que le rôle de certaines agences de l’Union européenne doit être revu, mais c’est un autre chapitre.

Médiapart cite aussi Martina Newell-McGloughlin. Elle était l’un des quatre experts réunis par le lobby industriel appelé Institut International des Sciences de la Vie (ILSI), pour rédiger une évaluation des risques des aliments modifiés génétiquement. Le document qui en a résulté a été cité dans le guide officiel de l’AESA. Ce groupe de travail comptait parmi ses membres BASF, Dow, Monsanto, Pioneer, Syngenta et il était présidé par Kevin Glenn de Monsanto.

Dans un débat scientifique, la critique a toute sa place, mais espérons que ceux qui sont si prompts à critiquer l’étude de Séralini et de son équipe sauront faire preuve de la même rigueur envers les études de l’industrie et ses représentants ...

L’autorisation donnée par la Commission européenne au maïs NK603 avait en son temps était déjà très controversée. [1]

(Basé sur des informations du CEO et GMWatch)

27/09/2012, 00:47 | Par zdravo en réponse au commentaire de gpatey le 26/09/2012 à 16:32

Je comprends bien le message, je l'entend même.

Mais je ne pense pas que l'avis des scientifiques soient nécessaires sur ces questions éthiques, morales et politiques. Leurs avis sont important sur les questions de santé publique, d'environnement, sur la détection, les normes, etc... bref sur les points techniques. Dès que l'on franchit cette barrière, à mon sens, c'est l'avis du citoyen (qui peut être scientifique, mais dont il ne doit pas mettre cette casquette en avant - sophisme de l'argument d'autorité. C'est ce que je reproche à Vélot et Séralini, même si Séralini a au moins un passé de scientifique de très bonne facture, ce qui n'est pas du tout le cas de Vélot).

Il est facile à comprendre que les questionnements sur les OGM (ou plus précisément les PGM) doivent être traité de façon globale, en mêlant les différents angles de vue (scientifique, éthique, philosophique, politique, citoyen). Mais dès que l'on parle spécifiquement du problème scientifique, on ne peut pas y répondre par la politique (ou l'idéologie) c'est inconcevable.

Concernant les pratiques de Monsanto, je ne vois pas ce qu'elles ont à voir dans l'étude de Séralini. Les accusations contre le John Innes Centre (l'équivalent INRA britannique) sont complètement farfelues. C'est même assez hallucinant d'en arriver là. Syngenta qui verse de l'argent à des centres de Recherche publique ? Bah oui, et ça ne date pas d'hier... Je vois renvoie sur le séquençage d'Arabidopsis, d'Oryza sativa (le riz), du blé... etc. La plupart des premiers génomes séquencés l'ont été grâce à Monsanto, Syngenta, Bayer Crop. Alors forcément ils ont donné de l'argent aux Consortiums (réunissant les principaux groupes de recherche), mais ça n'a strictement rien à voir avec le développement des PGM ! C'est détourner l'Histoire des Sciences à des fins idéologiques.

De plus je le répète encore une fois : depuis quand un employé d'une firme (peu importe le domaine) n'a-t-il plus le droit de s'exprimer sous prétexte qu'il travaille dans cette boite ? Sous prétexte que je travaille chez Renault, je n'aurais pas le droit -en tant que mécanicien réputé et expérimenté- de dire que la R5 est une bonne bagnole ou que la 206 est pourrie ? (je pars du postulat que le mécano' argumente ses propos à base de rapport de performance, de retour SAV, etc...) (le choix des modèles est purement fictif :p)

Je peux comprendre qu'il faut réduire les conflits d'intérêts, les anti-PGM sont les premiers à le crier. Par contre pour Séralini ce n'est pas gênant ? Et quand bien même ce sont des universitaires, indépendants et publics qui font des études ça râle encore et toujours car les études ne vont pas dans le bon sens (à savoir, elles ne sont pas "à charge"). A contrario, une étude bancale sera encensée. J'ai vraiment du mal à comprendre la logique de beaucoup de militants.

27/09/2012, 10:03 | Par JoëlMartin

Bref, il urge qu'un organisme scientifique compétent indépendant (mais y en existe-t-il encore ?) reprenne ces études à zéro le temps qu'il faudra pour accumuler des statistiques significatives.

Et en attendant, il urge que toutes les étiquettes des produits contenant des OGM indiquent la teneur et la nature exacte de ces substances introduites dans le produit vendu.

Ce n'est pas le cas, loin s'en faut : en dessous d'une certaine teneur, le fabricant n'est même pas tenu d'indiquer la présence d'OGM.

Rigueur et transparence. Voilà ce qui manque cruellement dans cette affaire...

 

27/09/2012, 15:39 | Par gpatey en réponse au commentaire de JoëlMartin le 27/09/2012 à 10:03

Tout à fait d'accord avec vous. Mais pour trouver des organismes et des chercheurs scientifiques compétents il faudrait commencer par les payer correctement (les chercheurs) ou leur allouer des crédits suffisants (les organismes) pour qu'ils n'aient pas la tentation (toute humaine certes) d'accepter progressivement de plus en plus d'argent des firmes privées (nationales ou multinationales). Quand j'ai commencé à faire de la recherche au sein du CNRS il y a une trentaine d'année, ce n'était pas encore trop un problème. Les chercheurs étaient encore assez bien payés (et l'obtention d'un poste dans un organisme public comme le CNRS, l'INSERM ou l'INRA n'était pas encore le parcours du combattant qu'il est devenu maintenant, avec un très grand nombre de postdoc laissés sur le carreau ou utilisés par des patrons sans scrupules sur des CDDs) et surtout les organismes de tutelle avaient suffisamment d'argent pour assurer à tous les labos (même les plus petits) une dotation récurrente qui leur évitait d'avoir à se "vendre" au privé. Ce n'est plus le cas (et de loin!) maintenant où l'Etat conseille aux responsables de laboratoires de financer leurs recherches par des partenariat avec le entreprises privées. Comment voulez-vous avoir des chercheurs indépendants dans ces conditions. Mais cette situation n'est pas arrivée toute seule du jour au lendemain. Je pense qu'elle résulte largement de la construction "libérale" de l'Europe, telle qu'on la voit depuis de nombreuses années, et c'est à ce niveau qu'il faut chercher les responsabilités (vous savez, la fameuse "concurrence libre et non faussée" qui fait que les Etats ne peuvent quasiment plus rien subventionner et doivent rétrécir en permanence leur champ d'action: c'est valable aussi pour l'enseignement supérieur et la recherche). En fait il faut savoir que 1) la Commission Européenne est nommée par les gouvernements des différents pays européens (donc la phrase qui dit que "c'est la faute à l'Europe" n'a aucun sens et est un moyen bien pratique pour nos dirigeants de se dédouaner)  2) il existe au niveau de l'Europe un lobby patronal extrêmement puissant, l'UNICE, dont le président actuel est Mr Ernest-Antoine Seillères (ancien patron du MEDEF), qui fait pratiquement la pluie et le beau temps à Bruxelles. Donc "Rigueur et transparence" Tout à fait d'accord, mais je pense qu'on n'a aucune chance d'y arriver si on ne commence pas par changer l'Europe et son mode de construction.

Pour revenir aux OGM, je reprendrai une phrase d'un article de Jacques Testart, qui à mon avis résume bien le problème: "Qui a besoin des plantes génétiquement modifiées?"  Poser la question, c'est déjà y répondre.

04/10/2012, 12:01 | Par Alexandre Blondet

Le scepticisme, voire même la simple rigueur n'aurait pas le droit de cité à Médiapart? L'angoisse de l'empoisonnement est donc à son comble alors même que la santé (et la démographie) des populations n'ont jamais étés aussi bonnes, quoi qu'on en dise. C'est vrai que le charlatanisme est un business à la mode et en pleine expansion, et qu'il faut bien créer le besoin.

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