Dim.
21
Déc

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Le coaching en France

Interview par Yannick Comenge et Hélène Loublier

de Thierry Bianchy, président du Cercle National du Coaching.

 

Bonjour, vous êtes président du Cercle National du Coaching-Cnam. Afin de mieux comprendre votre implication dans cette association, est-il possible de connaître le parcours qui vous à mené à ces responsabilités.

Venant du métier de la formation dans les ressources humaines, universitaire puis dans les entreprises, c’est tout naturellement que j’ai développé la pratique du coaching. Je dis tout naturellement parce que j’ai envisagé dès le départ mon métier de formateur comme un artisan envisage le sien. Le travail sur les outils, le savoir-faire de l’artisan. Je me suis dans certaines situations rendu compte qu’apporter ma solution à partir de mon analyse organisationnelle, pouvait s’avérer insuffisant. Le coaching est une posture singulière, permet l’ouverture large de l’équerre, de faire émerger la solution chez le coaché en tenant compte de sa personnalité. C’est pourquoi j’ai adopté le coaching dans mon activité.

J’ai ensuite pris la présidence de l’association qui existait au Conservatoire National des Arts et Métiers et lui ai donné une nouvelle dimension avec l’équipe qui m’accompagne.  

Quel est votre définition du coaching ?

Il est nécessaire de définir le coaching qui est parfois décrié.

Il y du coaching sur tout : comment être parents, comment se relooker, comment mettre en valeur son appartement pour en tirer le meilleur profit, comment .. la liste est longue. Le coaching est mis en scène dans un folklore télévisuel. Un coach ? mais c’est un entraîneur, c’est bon pour le sport. Non le coaching n’est pas un outil de management recommandable : c’est un pot pourri de méthodes psy recyclées pour l’occasion, plus ou moins assimilées par le coach et qui ne prend pas en compte l’entreprise. Le coaching est un phénomène de mode comme il y en a eu beaucoup d’autres dans le management.

Ce sont des commentaires que l’on retrouve fréquement losque l’on évoque le coaching dans notre pays.

En tant que président d’une association de coaching, je suis affecté par cette utilisation systématique du terme coaching, pour tout et n’importe quoi.

La confusion s’empare ici de tout à chacun, d’autant plus que la profession de coach n’est pas organisée, que chacun peut prendre le titre de coach.

Le coach n’est-il pas le conseiller « des rois ». En gros, dans le temps, les éminences grises en politique avait toujours un sage, un conseiller plus ou moins extérieur qui leur permettaient de réaliser, d’analyser, de mettre en perspective ? Le coach d’aujourd’hui n’est-il pas le Sénèque moderne ?

L’histoire nous offre pléthore d’exemples de ces conseillers de l’ombre dont s’entourent les hommes de pouvoir.

Mentor auquel Ulysse ne manqua pas de confier Télémaque jouit bien sûr d’un droit de cité dans le panthéon du coaching.

Joseph dont le prénom signifie que « Dieu ajoute » est considéré par les auteurs comme n’étant rien moins que « le prototype du coach psychanalyste par son art de lire, de décrypter les rêves et l’inconscient, de lire dans le désir humain et d’en tirer des conclusions de management ».

Évoquons « Le Prince » auquel Machiavel, représentatif du « coaching stratégique » selon les auteurs, préconise un « secrétaire » dont le rôle est d’être dépositaire des secrets.

Richelieu, illustre conseiller de Louis XIII participe bien sûr de cette prestigieuse énumération destinée à conférer ses lettres de noblesse au coaching.

Et n’oublions pas que, dans la stratégie militaire chinoise, le personnage invisible par excellence dont le rôle est d’écouter et dont l’importance est soulignée par Sun Zhi n’est autre que l’espion. Il est même conseillé de rétribuer les services d’espionnage plus que tout autre corps d’armée.

Pour reprendre votre exemple, je ne souhaite évidemment pas connaître la triste fin du conseiller de l’Empereur Néron, Sénèque, discrédité et acculé au suicide. Coaché est bien moins risqué de notre temps.

 

L’effet d’un coach n’est-il pas celui d’un levier. Lorsqu’on actionne une direction générale, au final c’est l’ensemble de l’édifice public ou privé qui peut avoir une dynamisation globale ?

Oui en effet. Le manager est souvent un expert dans un métier mais le management n’a pas de lien direct avec le métier, cela s’apprend.

Ce qui me nourri dans le coaching c’est de pouvoir accompagner aujourd’hui des managers ou des dirigeants, à mieux gérer leur posture, leurs responsabilités, à mieux faire fonctionner les équipes. Quand une équipe fonctionne mieux c’est bénéfique pour les individus dans l’équipe, pour le collectif et pour l’institution. Cela permet aux talents de chacun de s’épanouir.

 

En ces temps de crise systémique, la nécessité d’un coach n’est-elle pas devenue essentielle ?

Dans l’entreprise d’aujourd’hui le taylorisme coexiste avec des systèmes responsabilisants. Cela crée un malaise dans le management. Dans le management moderne, nous déléguons ce que nous ne savons pas (il y a 20 ans on déléguait ce que nous savions). Aussi, aujourd’hui, si les collaborateurs font défauts en dessous, il y a un problème. C’est ainsi du fait du développement fabuleux des connaissances. Le dispositif du coaching renvoie à la question de la complexité.

Le dispositif de coaching prend en compte le management actuel qui recherche des talents pour l’entreprise.

La qualification était la figure imposée du monde industriel et des « trente glorieuses », la compétence était célébrée dans les années de crise et de rénovation économique. Désormais, la mondialisation requiert la mobilisation d’une ressource plus rare et surtout plus singulière, le talent.

 

 Quelle est selon vous la mission d’un coach ?

le manager se pose des questions sur le comment faire :

Comment accroître mes capacités de leaders ?

Comment développer mes qualités relationnelles ?

Comment renforcer mon esprit décisionnel ?

Comment optimiser mon adaptation à un environnement complexe et incertain ?

Comment construire un mode de management cohérent avec le positionnement du responsable et avec les objectifs de l’employeur ?

La liste est évidemment incomplète..

Mieux gérer sa posture, ses responsabilités et mieux faire fonctionner ses équipes : cela passe par un savoir-être qui s’acquiert. La mission du coach est d’être un facilitateur de réponses. C’est un passeur.

 

Quelle est votre perception d’un bon coaching ?

Comme coach je cherche d’abord à comprendre où se situe le problème de mon client dans son contexte professionnel, mon savoir-faire d’artisan est au travail. J’utilise ici ma casquette de conseil, les modèles conceptuels me servent à analyser la problématique de mon client.

Comme coach j’institue une relation d’écoute qui permet à chacun d’avoir une réflexion sur ses pratiques, de prendre en compte sa situation de travail et son environnement professionnel et de faire émerger des solutions positives.

Comme coach je facilite l’esprit d’ouverture de mon client, en offrant un espace de parole qu’il mettra à profit pour permettre à ses collaborateurs d’être créatifs et de tendre vers des solutions positives et des projets.

 Le Cercle National du Coaching-Cnam est devenu très dynamique. Que prévoyez-vous dans vos prochaines actualités ?

Le dynamisme du Cercle National du Coaching-Cnam repose sur un travail collaboratif fondé sur une éthique des valeurs de rigueur et de sincérité que nous entendons développer dans le monde du coaching.

Le dynamisme du Cercle National du Coaching-Cnam repose sur la réunion des managers et des coachs qui veulent un coaching en action fondé sur une éthique. La vocation et l’originalité de notre Cercle est de permettre les échanges et la réflexion autour de la question du coaching et plus largement des problématiques de l’entreprise liées au management humain. Ce laboratoire des idées organise des dîners-débat réunissant coachs et dirigeants à la rencontre de personnalités de référence nationale et internationale.

 

Quelles sont les objectifs du Cercle pour l’année à venir ?

Je peux vous livrer en quelque sorte en avant première nos projets 2013. Le Cercle National du Coaching s'est assigné la tâche de réfléchir aux questions d’éthique du coaching. Nous avons mis en place un comité scientifique chargé de réaliser une charte éthique pour le printemps 2013. C’est une des réponses pour lever les interrogations, voir la suspicion qui pèse sur le coaching en France.

Les prochaines conférences du Cercle traitent des thèmes du coaching interne dans les entreprises le 25 septembre, le management du risque le 4 décembre. Pour 2013 les projets portent sur le coaching des élus ; la réforme de l’Etat, administration centrale et coaching, management et conduite du changement ; le coaching d’équipe ; le coaching génération Y.

En janvier un dîner-débat traitera de l’état de la formation en France.

 

Que dire coaching à nos lecteurs en quelques mots ?

Le coaching est une forme de management moderne.

Bénéficier d’un coaching vous donne le recul nécessaire sur vous-même, vos pratiques professionnelles, votre environnement, pour devenir un manager serein et efficace.

 

 

Newsletter