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Grève régionale

Comme une tendance mediatico-naturelle, tout le monde a dit les 14 et le 21 mars au soir « l’abstention, c’est terrible ».

C’était sur tous les plateaux télé et dans toutes les bouches de responsables politiques. Bref pas beau l’abstention, grave, terrible, beurk…inconscience.

Nous ne reconnaissons pas l’abstention comme une liberté d’aller vers la démocratie et en même temps d’échapper au système, de reprendre sa liberté, de dire « pouce! Là, je ne joue plus ». Une liberté de refuser. Une liberté de perdre ou de ne pas perdre son temps.

Celles et ceux qui s’abstiennent ne sont pas reconnus. Ils sont un symptôme de la fameuse société qui va mal. Il sont jugés, pesés, évalués, diagnostiqués…tout plein de machins grandiloquents mais "reconnus", non !

Re-connaître l’autre: la silencieuse, le discret ? C’est pas compréhensible dans la sphère narcissico-politique où domine l’obsession du bruit et de la seule reconnaissance de soi.

Cris d’orfraies dans les studios: fracture, fracture… C’est tout à fait merveilleux ces porte-paroles à l’arrière-goût de porte-flingues ou de gestionnaires d’opinions, ceux qui concourent tous les jours à l’ordre des choses parce qu’ils y sont installés comme des coqs en pâtes et qui s’émeuvent des « petites gens » et des autres qui ne sont pas allés voter. Histoire de leur mettre bien la tête dans l’eau on leur dit presque qu’ils font comme les électeurs du FN.

Pourtant en cette fin de vieux monde, l’abstention aux élections régionales fut peut-être la preuve d’une certaine lucidité. Lucidité des oppressés refusant de concourir à leur propre oppression (dans le cadre d’un mode scrutin antidémocratique). Conscience et liberté de ne pas aller voter pour de l’insignifiance.

C’est assez extraordinaire l’insignifiance des phrases et du visage ordinaire, rondement gourmand et auto satisfait du président de région sortant qui dit par tous les rictus de son visage et par ses mots dans le micro :« on a gagné ».

On a gagné quoi ? Rien. D’ailleurs aucun électeur dans cette histoire ne voulait gagner quoi que ce soit. Une élection c’est d’abord fait pour être ensemble. Séparés, divisés pacifiquement et collectivement. C’est d’abord une interrogation sur des projets, des gens, une histoire. Ce n’est pas le rêve d’une réponse (encore qu’on ne crache pas de dessus), c’est la prise de conscience d’un chemin et la manifestation d’une certaine exigence sur cette route. Une élection, c’est quelque chose qui se fait. Un moment où l'on concoure tous – même par l’absence - à créer un événement unique en son genre (1977, 1981, 1997, 2002, 2005, 2007…). Une élection, c’est rare. C’est précieux.

Et si la démocratie était-là, dans l’abstention comme désir frustré de rareté et dans ce refus d’être pris pour des cons par les apparatchiks « business class » ?

2007 : c'est le néolibéralisme.« Travailler plus pour gagner plus ». On perd son humanité. « Ton compte d’exploitation n’est pas bon, dégage ». Il y a un lien entre l’abstention et l’absence d’alternative à ce problème de « l’homme nouveau » hier purement prolétarien aujourd’hui purement entrepreneurial. Le détestable homme nouveau du troupeau bringuebalé dans un train, un bus ou des embouteillages, entre banlieue et banlieue, centre ville, cluster d’affaire ou commercial voir même cluster culturel ou sportif, perches de téléski, 4X4 et soirée télé.

Régionales 2010 : l’abstention comme une grève

Tous les commentaires

31/03/2010, 15:08 | Par Luciole Camay

Lucidité des oppressés : vous voulez plutôt dire "opprimés", non ?... Quoique les opprimés souffrent aussi comme des asthmatiques oppressés !

La traduction du terme anglais "oppressed" semble s'éloigne de son sens premier, même les sous-titrages de films y viennent.

Pourtant, être oppressé signifie qu'on a la respiration gênée, être opprimé qu'on est accablé par abus de pouvoir ou violence.

Comme "être en charge de" quelque chose, un dossier par exemple, passé aujourd'hui dans le langage courant = la déformation anglaise de "to be in charge of "... Il y a quelques années, on aurait dit "avoir en charge tel dossier"...

Par ailleurs, l'abstention que vous jugez légitime, à juste titre, froisse par l'ouverture qu'elle laisse à l'abus de pouvoir : concernant les régionales, je comprends aisément que les électeurs de droite se soient abstenus, ils n'allaient quand même pas avouer leur désamour, la honte d'appartenir à une majorité divisée, pas leur genre... Mais je déplore l'abstentionnisme des autres, centre-gauche et gauche, car l'inertie, alors qu'on a d'autres choix possibles, l'occasion de dire son mot, peut coûter cher (à la collectivité actuellement lésée) sur le long terme !

 

Les situations à forte abstention glissent subrepticement vers des régimes verrouillés, totalitaires, fascistes. L'Histoire en regorge...
 

C'est complètement inconscient de ne pas voter quand on est franchement opposant au régime politique en place (aucune pression n'étant faite dans ce domaine à l'heure qu'il est !). S'abstenir au prétexte qu'aucun candidat "n'est assez bien", c'est un truc d'enfant gâté pourri ! Avec le culot de venir récriminer si le gouvernement en profite tel que le système le permet, qui ne loupe aucune ficelle pour s'imposer, c'est se placer en individu d'avance surexploité.

 

 

01/04/2010, 00:28 | Par Michel Yvernat en réponse au commentaire de Luciole Camay le 31/03/2010 à 15:08

Vous avez tout à fait raison, je voulais dire "opprimés" mais voilà, le doigt a glissé. Je laisse la coquille car après tout ça manque d'air aussi...

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