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Oct

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Article d'édition

Les médias alternatifs au Sommet des peuples : le processus est en marche

par Sophie Gergaud, Cedidelp-Ritimo. 

Plusieurs centaines de représentants des médias alternatifs se sont donnés rendez-vous à Rio de Janeiro afin de participer au Sommet des Peuples organisé parallèlement à la Conférence de l’ONU sur le développement durable. Le rôle de ces médias est essentiel, à la fois pour faire entendre la voix de ceux qui souhaitent faire avancer les questions de justice sociale et environnementale, mais aussi pour nous offrir d’autres perspectives et faire contrepoids à aux médias institutionnels qui se font trop souvent l'échos de l’expansion capitaliste et de la financiarisation des ressources naturelles et de la vie.

Au-delà de leur couverture médiatique du Sommet des Peuples qu'ils ont assurée tout au long de la semaine, ces acteurs de la communication alternative venus du monde entier ont également organisé des activités spécifiques au sein du Second Forum Mondial des Médias Libres (FMML) qui s'est tenu les 16 et 17 juin derniers, à l'Université Fédérale de Rio de Janeiro.

Une grande diversité d'acteurs pour une direction commune

Qu'ils se qualifient d'alternatifs, de libres, de communautaires, d'associatifs ou encore de citoyens, qu'il s'agisse de sites internet ou de revues imprimées, de radios ou encore de télévisions, les médias présents au FMML se reconnaissent avant tout dans leurs modes d'expression qui diffèrent énormément de ceux des médias institutionnels dominants. Au cours des deux jours du Forum, ils n'ont eu de cesse de réaffirmer leur engagement dans la lutte pour le libre accès à la connaissance et pour des alternatives aux modèles de communication impulsés par les monopoles et les pouvoirs économiques. Concevant la communication comme un droit humain fondamental, ils ont une nouvelle fois rappelé que la défense de la liberté d’expression pour tous - et pas seulement pour les entreprises spécialisées dans ce secteur - était une priorité.

Les grands axes du Second Forum Mondial des Médias Libres

Organisé selon un format ouvert avec des assemblées plénières et des ateliers organisées par les collectifs de médias, le Forum était guidé par des quatre axes thématiques : le droit à la communication, les politiques publiques, l'appropriation technologique et les mouvements sociaux.

Si le droit à la communication doit être garanti et respecté comme un droit humain, il est cependant systématiquement menacé de par le monde et fait même l'objet, dans certains cas, de répression d’une extrême violence. La liberté d’expression est aujourd’hui monopolisée par les grands groupes économiques, ce qui restreint les possibilités de participation de la société civile. De plus, les gouvernements craignant que la communication libre soit une menace à la sécurité ou au maintien de leur pouvoir, ils sont rarement prompts à défendre la liberté d'expression de leurs citoyens. Le FMML a ainsi saisi l’opportunité d'être au Brésil pour solliciter le gouvernement et lui demander d'étudier les différentes propositions de la société civile : assurer un nouveau cadre de régulation de la communication et de démocratisation du secteur, garantir aux radios communautaires une diffusion sans répression ou encore l'approbation par le Congrès du projet de Cadre Civil d’Internet (cadre légal qui établit des droits et devoirs dans l’utilisation de l’Internet au Brésil).

L'appropriation technologique ainsi que la protection des données personnelles via la création de connexions alternatives et de l’autogestion des réseaux indépendants ont également été les sujets centraux du 2e FMML. Le Forum a ainsi mobilisé des développeurs, des activistes du logiciel libre, des défenseurs de la neutralité du réseau, tous ceux qui souhaitent démocratiser l’accès à la technologie et assurer une appropriation des outils de communication. Tout un travail de réflexion sur l'élaboration d’un protocole ouvert pour les réseaux libres s'est ainsi mise en place afin de faciliter leur interconnexion sans pour autant menacer leur diversité fondatrice.

« Plus qu'une rencontre, c'est un véritable processus qui est en marche »

Pour Rita Freire, représentant le réseau Ciranda, ce deuxième FMML est d'avantage qu'une simple rencontre des médias alternatifs. C'est tout un mouvement qui s'est enclenché et se renforce pour modifier les modes d’organisation de la communication, ses approches et ses pratiques, de l’échelle locale à l’échelle internationale. En effet, le FMML s'inscrit dans tout un mouvement de réflexion sur les médias libres initié en 2001 lors du Forum Social de Porto Alegre et poursuivi au sein des trois forums qui se sont tenus ensuite au Brésil (Rio de Janeiro 2008, Vitória 2009 et Porto Alegre 2012). Deux rencontres préparatoires spécifiquement consacrées au FMML ont eu lieu en Afrique du Nord (Marrakech 2011 et Tunis 2012), faisant suite à une édition mondiale (Belém 2009) et à une Assemblée de Convergence au Forum Social Mondial (Dakar 2011). C'est durant cette dernière que la Déclaration pour le droit à la communication intitulée « Le droit d’informer et d’être informé » a été élaborée de manière collaborative et dans l'enthousiasme général des participants représentants une cinquantaine de structures de communication alternative issues des cinq continents. Pour Rita Freire, « les médias libres construisent petit à petit leur agenda, régional et global » et cette seconde édition mondiale du Forum à Rio de Janeiro, bien plus qu'une simple rencontre, apporte sa pierre à l'édifice et confirme qu'un véritable processus est en marche ».

En savoir plus sur les médias alternatifs : http://www.ritimo.org/dossiers_thematiques/information/information_intro.html

Lire la Déclaration de l’Assemblée pour le droit à la communication « Le droit d’informer et d’être informé » : http://www.rinoceros.org/article10235.html

Le site du FMML : http://medias-libres.rio20.net/2012/04/20/hola-mundo/ 

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