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Article d'édition

«Nous ne pouvons rester sans rien faire!» par Stéphane Hessel

Stéphane Hessel,diplomate,est l'un des créateurs de la Déclaration universelle des droits de l'Homme. Dans un courrier adressé au forum Enfant aujourd'hui, Citoyen demain du 27 mars à Montpellier, il appelle à faire revivre les valeurs du Programme du Conseil national de la résistance. «Résister, comme l'a dit Raymond Aubrac sur le plateau des Glières le 17 mai 2009, c’est reconnaître une injustice et décider de ne pas en rester là. D’agir contre cette injustice. C’est plus ou moins dangereux selon les gestes, les époques, mais c’est tout à fait comparable.»
Madame, Monsieur,
Ce samedi 27 mars, j'espère que vous serez nombreux à Montpellier, à participer au forum pour une école publique, laïque et populaire, intitulé « Enfant aujourd'hui, Citoyen demain ». C'est une initiative citoyenne, sérieuse et généreuse, qui aborde une question essentielle : comment faire d'un enfant d'aujourd'hui, un bon citoyen de demain ?
C'est là un débat bien plus important que celui, actuel, sur l'identité nationale avec lequel il est pourtant en lien. La génèse de notre école publique s'inscrit dans la dynamique humaniste des plus belles périodes de notre histoire. Et elle repose sur le socle commun de l'égalité et de la solidarité.
L'importance de ce débat tient à ce que l'éducation d'aujourd'hui conditionne la société de demain. Et d'après moi, nous avons besoin de citoyens responsables et éveillés, impliqués dans la collectivité avec conviction et honnêteté. L'urgence de ce débat tient à ce que les valeurs fondamentales d'égalité et de solidarité sont aujourd'hui bafouées, tout autant que nos libertés individuelles et collectives, à l'école
comme elles le sont dans toute la société.
Nous ne pouvons rester sans rien faire !
A une autre époque, lorsque je me suis engagé dans la Résistance, en plus de l'occupant que je voulais chasser du territoire, j'espérais aussi une société plus juste et, au travers du programme du Conseil National de la Résistance, c'est ce que nous avons voulu bâtir. Les résistances d'aujourd'hui sont d'une toute autre nature mais restent importantes, lorsqu'elles défendent l'intérêt commun. Et même si elles peuvent parfois être illégales, les résistances actuelles n'en sont pas moins légitimes, en regard de notre pacte républicain et des droits universels de l'homme. Le légal n'est pas toujours légitime et le droit ne se réduit pas à la loi !
Redonner à notre pays des perspectives au service de tous et d'abord des enfants, s'appuyer sur « des hussards » convaincus et investis dans leur mission d'éducateurs au service des valeurs de paix, redonner toute sa place à l'héritage du programme du Conseil National de la Résistance sont des nécessités dans la situation de crise que connaît notre nation.
C'est d'ailleurs en ce sens que nous avions lancé l'Appel des Résistants aux jeunes générations du 8 mars 2004. Et c'est dans cette même optique que j'ai personnellement accepté de parrainer l'association « Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui » et de participer au rassemblement des Glières.
Vous l'aurez compris, j'aurais souhaité être parmi vous aujourd'hui mais je puis vous assurer de tout mon soutien optimiste et vous témoigner mes encouragements enthousiastes.

 

 

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