Ven.
24
Oct

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Article d'édition

La dosimétrie des neutrons, un problème dans le nucléaire

«Je suis chef d'équipe pour la société Westinghouse, en sous-traitance pour EDF. Je peux témoigner que la dosimétrie neutronique est un problème en centrale nucléaire.» Mediapart publie le témoignage inédit et anonyme d'un sous-traitant de l'atome.

-------------

puceinvite.jpgJe suis chef d'équipe pour la société Westinghouse, concurrent direct de Areva, en sous-traitance pour EDF. Je peux témoigner que la dosimétrie neutronique est un problème en centrale nucléaire. Je travaille sur l'ouverture et la fermeture de la cuve refermant les éléments combustibles ainsi que sur les différentes machines permettant la manutention du combustible. Ce qui nous demande de descendre en fond de la piscine du réacteur, une fois la cuve ouverte et vide (j'entend par là, la cuve sans combustible). Je suis amené à travailler sur plusieurs sites nucléaires français.
Afin de travailler en zone controlée, il est nécessaire d'avoir un « RTR » (Régime de Travail Radiologique) spécifiant les débits de doses individuelles et collectives maximales. Sur ces même RTR, il est précisé s'il y a un danger neutronique, c'est-à-dire si la tâche que nous avons à effectuer risque ou non de nous exposer à un rayonnement de neutrons. Edf, ou des soutraitants, établissent ainsi des cartographies des « points chauds » : ils repèrent à l'aide de dosimètres atmosphérique les endroits les plus irradiants à éviter. Il nous revient ensuite de suivre leurs instructions.
Ce qui nous étonne, mes collègues et moi, c'est que concernant les tâches que nous devons effectuer, les RTR affichent toujours un debit neutronique nul. Autrement dit, on nous affirme qu'il n'y a pas de risque d'exposition aux neutrons (alors qu'il est avéré que le combustible usagé peut-être très émetteur de rayonnement neutronique, voir ici l'article consacré à ce sujet sur Mediapart, ndlr). Nous avons demandé des explications, et des documents prouvant l'absence de danger, mais en vain. La réponse est toujours identique : « il n'y a pas de danger ».
Il existe également d'autre anomalie dans les relevés de dosimétrie dite « classique ». Lors d'une activité à proximité d'un point chaud (très irridiant), les mains des intervenants sont en contact direct avec ces points chauds (pouvant atteindre de très gros débit de dose de l'ordre de 50mSv/h et plus encore). Pour ce faire, il existe des bagues « dosimètre » afin de relever les doses prises par les mains. Elles sont utilisées quand un exécutant doit réaliser une opération à proximité d'un point chaud (supérieur à 2mSv/h). Le but étant de vérifier les doses prises par les mains au moment de l'activité. A ce jour, toutes les demandes de mes collégues ou moi même pour avoir accès à ces bagues sont vaines. Elles nous sont refusées pour cause de dépenses trop importantes.
Ces problèmes de dosimétrie neutronique sont un secret de polichinelle dans le nucléaire. Je n'en parle pas au médecin du travail car je n'ai plus vraiment confiance dans le système. Je ne suis pas syndiqué. A Westinghouse, nous sommes plutôt moins mal lotis que les autres, pour nos conditions de travail et de rémunération. Si je travaille un mois complet, je gagne environ 4500 euros (salaires + primes). Avec mes collègues, on se pose des questions mais on n'a pas non plus cherché plus loin.
Je crois qu'en général dans le nucléaire, les risques d'irradiation et de contamination exterieurs aux centrales sont faibles. Les conditions de sûreté me paraissent plutôt de bon niveau. Par contre, les règles de sécurité des personnes qui y travaillent sont parfois aberrantes. Par exemple, quand on travaille en hauteur, à proximité du vide, le harnais de sécurité ne comporte qu'une seule longe. Ce n'est pas normal. Avec une seule longe, pour se déplacer, cela nous oblige à être au-dessus du vide sans protection. Quand on bataille pour avoir un deuxième harnais, on l'obtient. Mais il faut batailler.

Newsletter