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En défense d'Internet et de WikiLeaks (2): la question démocratique

En nos temps troublés et incertains, mêlant peurs et inquiétudes, l'extension des libertés est la seule garantie pour éviter aveuglements et démagogies, impostures et aventures. Or, au principe et au ressort de la démocratie, il y a le droit à l'information, condition d'une participation éclairée des citoyens aux affaires publiques.

La haine d'Internet est une haine de la démocratie, disais-je dans le billet précédent. Les polémiques soulevées par le feuilleton WikiLeaks l'ont illustré, parfois jusqu'à la caricature. C'est ainsi que l'on trouve, sur le site de la revue La Règle du jeu, dirigée par Bernard-Henri Lévy et récemment fêtée par elle-même, l'affirmation que «WikiLeaks n'appartient pas à la démocratie, mais à la dictature». Sous la signature de l'auteur de ce réquisitoire, l'écrivain Yann Moix, la démocratie a un drôle de visage, dans une inversion des valeurs toute orwellienne: loin d'être un partage, elle est un privilège; loin d'être une liberté, elle est une privation. Quand l'idéal démocratique originel, tel qu'il fut promu par les révolutions américaine et française, est celui de l'abolition des privilèges et de la souveraineté du peuple, voici donc, deux siècles plus tard, une pensée aristocratique, oligarchique et élitiste, en lieu et place d'une philosophie de la liberté.

Extrait, pour que chacun juge sur pièces, de cette pensée inégalitaire qui appauvrit la démocratie pour mieux la confisquer: en démocratie, selon Yann Moix, «j'accepte, pour mon bien qui est lié au bien d'une communauté nationale, de ne pas être en mesure, à titre individuel et privé, de bénéficier de toutes les ressources et informations – ce privilège, je l'ai abandonné (démocratiquement) au Président de la République et à son gouvernement. Je me cache à moi-même des choses par son intermédiaire – parce que j'ai choisi, accepté de le faire ; parce que j'admets, tacitement, qu'il en fera meilleur usage que moi, que nous tous rassemblés. Et surtout, je suis conscient que, dans cette part de secret, de voile, d'opacité, réside une valeur ajoutée (en terme de sécurité, mais aussi de démocratie) que le dévoilement, que la publicité mettraient à mal. WikiLeaks pose donc un problème grave : il rompt le contrat, celui de Rousseau, des Lumières. Il rompt le contrat social. Il est anti-démocratique parce que soudain, un homme, un organisme, un homme-organisme, décide de ne plus jouer le jeu, de quitter la farandole. Sans bénéficier des pouvoirs (ni la légitimité) de ceux qui nous dirigent mais surtout, mais essentiellement nous représentent, il se met en face d'eux, au même niveau, à la même altitude».

Comme en témoignent nos premières déclarations d'intention, Mediapart s'est fondé et construit sur la conviction inverse d'une démocratie qui, loin de se réduire à la délégation de pouvoir, suppose la circulation des informations et le partage des décisions. Lors de notre lancement, nous citions ainsi La haine de la démocratie, livre pionnier du philosophe Jacques Rancière qui, dès 2005, montrait combien l'idéal démocratique était désormais vécu comme une menace par les nouvelles oligarchies conquérantes d'un capitalisme vorace et rapace, sans freins ni limites. Il suffit de le relire pour trouver ample réponse à La Règle du jeu et comprendre que, décidémment, la question démocratique est devenue une véritable ligne de partage où se joue la question sociale: de la régression ou de l'extension des libertés et des droits individuels dépend le maintien ou le recul des inégalités et des injustices collectives.

Dès lors, l'information devient un enjeu décisif: sauf à user de la contrainte et de la force – ce qui n'est jamais exclu –, toute politique socialement régressive suppose, pour s'imposer et perdurer, un peuple qui soit le moins armé pour la contester, la démasquer et la réfuter. En d'autres termes, qui en sache le moins possible, privé de l'accès le plus large aux informations d'intérêt public et détourné des vérités factuelles par des diversions et des illusions, fictions idéologiques et déréalisations aveugles. C'est en ce sens que l'épisode WikiLeaks est un marqueur et un révélateur: tous ceux qui caricaturent en transparence totalitaire ce combat explicite pour le droit à l'information des citoyens laissent entrevoir, peu ou prou, leur peur de la démocratie, de son bouillonnement et de sa vitalité, de ses excès et de ses débordements.

Du coup, face à cette lassitude démocratique qui saisit nos élites ou prétendues telles, d'anciennes espérances énoncées par des esprits fort raisonnables semblent soudain des brulôts révolutionnaires. En nos temps de mensonges financiers et d'opacités économiques, il n'est pas inutile de se souvenir, par exemple, de ce qu'écrivait Pierre Mendès France (1907-1982) à propos de cette «fausse science» promue avec autorité comme un savoir économique: «Le plus difficile en réalité n'est pas de faire admettre certaines données fondamentales de l'économie. Le plus difficile est de percer le rôle des préjugés et de la fausse science que trop d'hommes acceptent docilement, passivement parce qu'il a été accepté pendant des siècles. Le plus difficile, c'est d'amener les hommes à penser par eux-mêmes, qu'ils peuvent, qu'ils doivent exiger des informations complètes constamment soumises au contrôle du débat public» (Pierre Mendès France et Gabriel Ardant, Science économique et lucidité politique, 1973).

Du même Mendès France, dans La République moderne (1962), cette définition ambitieuse de la démocratie qui ferait crier au péril fasciste les tenants de la vulgate Yann Moix: «La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus puis à se désintéresser, s'abstenir, se taire pendant cinq ans. Elle est action continuelle du citoyen non seulement sur les affaires de l'Etat, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l'association, de la profession. Si cette présence vigilante ne se fait pas sentir, les gouvernements, les corps organisés, les fonctionnaires, les élus, en butte aux pressions de toute sorte de groupes, sont abandonnés à leur propre faiblesse et cèdent bientôt, soit aux tentations de l'arbitraire, soit à la routine et aux droits acquis. La démocratie n'est efficace que si elle existe partout et en tout temps».

Nul hasard sans doute si ces deux citations se retrouvent au fil des pages du récent essai d'Arnaud Montebourg, Des idées et des rêves (Flammarion), lequel met en tête de ses «Propositions pour établir une nouvelle et puissante démocratie» l'impérative nécessité de «rendre l'information publique accessible à tous, la partager et la dépolitiser, en créant une Agence indépendante du gouvernement, "données.gouv", chargée de mettre en ligne la totalité des informations des administrations publiques», à l'exception de celles relevant de secrets règlementés (défense nationale, enquêtes judiciaires, vie privée). «C'est l'assurance, ajoute-t-il, d'une information non manipulable entre les mains des gouvernants et la garantie pour le citoyen d'une discussion publique basée sur des données transparentes».

D'une époque incertaine à l'autre, Arnaud Montebourg est au Parti socialiste l'un de ces Jeunes Turcs que fut au Parti radical Pierre Mendès France. C'était dans l'entre-deux guerres, quand le Parti radical était encore le pivot de la vie parlementaire et avant que la Troisième République s'effondre à l'été 1940. Si nous osons ce parallèle, c'est parce que l'insistance mendèsienne sur le partage de la démocratie n'est évidemment pas sans rapport avec cette épreuve. Toute une génération vit son monde disparaître et ses repères s'enfuir au spectacle de l'avilissement de la majorité des élites politiques, économiques et intellectuelles du pays dans l'armistice et la collaboration. Mendès France fut de la petite cohorte de ceux qui dirent spontanément «non» et sauvèrent l'honneur, tout comme un autre homme de principe, peu suspect d'aventurisme ou d'inconscience, Marc Bloch.

Historien, co-fondateur avec Lucien Febvre de l'Ecole des Annales, Marc Bloch (1888-1944) fut, à un âge déraisonnable, un résistant actif. Martyr assassiné par les nazis, il a laissé une réflexion douloureusement lucide sur l'effondrement national de l'été 1940. Or L'étrange défaite, écrit en août et publié après la guerre, contient, dans sa troisième et dernière partie, une vive mise en garde sur la question qui, ici, nous occupe: le lien consubstantiel entre démocratie et information, vitalité de l'une et liberté de l'autre. S'interrogeant sur les «causes intellectuelles» de la défaite, Marc Boch écrit ceci: «N'avions-nous pas, en tant que nation, trop pris l'habitude de nous contenter de connaissances incomplètes et d'idées insuffisamment lucides? Notre régime se fondait sur la participation des masses. Or, ce peuple auquel on remettait ainsi ses propres destinées et qui n'était pas, je crois, incapable, en lui-même, de choisir les voies droites, qu'avons-nous fait pour lui fournir ce minimum de renseignements nets et sûrs, sans lesquels aucune conduite rationnelle n'est possible? Rien en vérité. Telle fut, certainement, la grande faiblesse de notre système prétendument démocratique, tel, le pire crime de nos prétendus démocrates». Et Marc Bloch, après avoir critiqué la faiblesse informative de la presse française, alors l'une des plus florissantes au monde, d'ajouter ce verdict en forme de litote: «Le sage, dit le proverbe, se contente de peu. Dans le domaine de l'information, notre bourgeoisie était vraiment, au sens du sobre Epicure, terriblement sage».

Quelques mois plus tard, en 1941, écrivant son Apologie pour l'histoire, ouvrage inachevé et également posthume, Marc Bloch enfonçait le même clou. Evoquant le matériau des historiens – témoignages, documents, traces, etc. –, il fustigeait les «deux principaux responsables de l'oubli ou de l'ignorance: la négligence, qui égare les documents; et, plus dangereuse encore, la passion du secret – secret diplomatique, secret des affaires, secret des familles qui les cache ou les détruit». «Notre civilisation, concluait-il, aura accompli un immense progrès le jour où la dissimulation, érigée en méthode d'action et presque en bourgeoise vertu, cèdera la place au goût du renseignement, c'est-à-dire, nécessairement, des échanges de renseignements.»

Telle fut, hier, la leçon de Marc Bloch. Telle est, aujourd'hui, notre exigence.

Lire ici la suite de "En défense d'Internet et de WikiLeaks": 3. La révolution numérique

Tous les commentaires

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"Tel est, aujourd'hui, notre exigence."

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"exigence" est du féminin. Tel est un adjectif, donc s'accorde. C'était ma participation qui sera rendue ridicule après la correction.

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jpylg

Non, non, le cours de grammaire comme unique commentaire à de tels propos était ridicule avant la correction, il le reste , bien entendu après.

(de la vacuïté des philosophes autoproclamés du 21eme siècle, de bhl à jpylg)

Moi je considère tel est comme une interjection, c'est à dire un mot invariable et jpylg ta plenelphobie nous fatigue ;

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Démocratie, tendance "participative", j'imagine ?

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jpylg

«j'accepte, pour mon bien qui est lié au bien d'une communauté nationale, de ne pas être en mesure, à titre individuel et privé, de bénéficier de toutes les ressources et informations – ce privilège, je l'ai abandonné (démocratiquement) au Président de la République et à son gouvernement.

Non, non et NON ! ça me sidère une telle phrase... :-((

Et merci Edwy pour ça :

Mediapart s'est fondé et construit sur la conviction inverse d'une démocratie qui, loin de se réduire à la délégation de pouvoir, suppose la circulation des informations et le partage des décisions.

Je suis fière d'être Médiapartienne quand je vous lis !

Mediapart s'est fondé et construit sur la conviction inverse d'une
démocratie qui, loin de se réduire à la délégation de pouvoir, suppose
la circulation des informations et le partage des décisions.

Je suis fière d'être Médiapartien quand je vous lis ! + 1 SourireSourireSourire

et moi aussi !

et bien ,il ne manquait plus que cela :

non seulement ils abandonnent un BIEN qui ne leur appartient PAS

mais en outre ils veulent nous l'IMPOSER !

CE n'est pas notre choix et pour cause car notre choix est aussi celui de la REPUBLIQUE et de la Constitution!

AUX VOLEURS§ils nous volent nos avis ,nos choix ,ils décident à notre place :ils nous tyrannisent!!

QU'is s'en aillent ,qu'ils se taisent surtout car ils disent des inepties ceux qui prétendent qu'en élisant un PRESIDENT nous nous sommes remis entre ses "blanches"!mains!et entre les leurs pour sûr!Où est-ce écrit ,ce chèque en blanc?

Heureusement nous avons appris à lire ,et Mr Plenel vous SAVEZ LIRE vraiment très bien!

Félicitations pour vos morceaux choisis!

 

Une chose à remarquer dans l'argument de Moix : la référence qu'il fait à Rousseau, celui du Contrat social. Il y a quelques années, Rousseau était considéré par les auteurs de "La Règle du jeu" comme une des matrices du totalitarisme - précisément parce qu'aucun décalage ne peut jamais exister entre l'individu et la communauté à laquelle il appartient.

Il est pour le moins curieuxde voir Rousseau ainsi recyclé.

Effacé

@elisa3

je suis comme vous, et comme Edwy Plenel, ébahie qu'un intellectuel puisse écrire que "le bien d'une communauté nationale" n'est pas de la responsabilité du peuple mais, exclusivement, de la responsabilité de ses représentants. Ceci revient à dire, qu'en cas de guerre, la victoire ou la défaite n'est pas celle du peuple, mais celle du chef d'Etat et de son gouvernement. Cette thèse remet en cause bien des discours de droite entendus sur la guerre de 39/40... Et donne raison à Marc Bloch et, finalement, à Edwy Plenel !

Bien à vous

Terrible et indispensable plaidoyer. Que la tentation d'un certain totalitarisme chez quelques-uns ! Merci

Merci pour ce billet!!Je vais offrir un abonnement de 20 euros à mon fils pour qu'il ait accès à ce billet!Il est bien sûr en plein "air du temps"!!Si nous n'y prenons pas garde, nous sommes en pleine "régression"!!Elisabeth Badinter en avait parlé, cette année, suite à un de ces livres, que j'ai lu et dont je ne me souviens plus du titre!!Heureusement que nous avons des "garde-fous" à condition de les côtoyer!!

Toujours avec plaisir de vous lire, cher Edwy Plenel!!

Suite au prochain numéro!!

Bonne fin d'Année, et à l'Année prochaine!!Bonne Fête!!

Cher Edwy Plenel,

Puisque vous citez Marc Bloch, je profite de l’occasion pour vous rappeler ou vous signaler cet autre mot (du même auteur et tiré du même ouvrage) : « Aussi bien que des individus, il a existé des époques mythomanes… ». Wikileaks ne nous donnerait-il pas des armes pour débusquer cette autre mythomanie, celle des « maîtres de l’archive » ? L’expression est d’un autre Marc : Nicharian. Lequel, « traitant de la vérité historique et du statut du témoignage » (dans la question arménienne. Voir : La perversion historiographique, Une réflexion arménienne, Léo Scheer, 2006), a accusé les historiens, autoproclamés « maîtres de l’archive » et « gardiens des faits », d’accorder dans leur conception de l’écriture de l’Histoire « la primauté de l’interprétation sur la preuve ». Primauté de la preuve sur l’interprétation : c’est bien en cela que WikiLeaks est d’utilité publique.

+ 1

 

On trouvera dans l'excellent " l'enracinement " de la philosophe Simone Weil , qui rejoint Londre, des analyses quant à l'affaiblissement du pays, à son effondrement en 40 et à la participation de ceux favorables à l'envahisseur.
Lorsque Mediapart et les siens sont insultés après réflexion gouvernementale d'être-des-fascistes, il en allait de la même rhétorique expéditive que celle qui condamne et vilipende Wikileaks.
Simple procédé souvent utilisé par tout colonisateur qui consiste à faire de la divinité du colonisé , le diable, et d'ailleurs, par la suite, le lui fait curieusement considérer comme tel.

 

 

Effacé

 

undefined"C'est ainsi que l'on trouve, sur le site de la revue La Règle du jeu, dirigée par Bernard-Henri

Lévy
et récemment fêtée par elle-même, l'affirmation que «WikiLeaks n'appartient pas à la démocratie, mais à la dictature»."

 

LOPPSI 2 Kézako ? "loi concernant la sécurité intérieure" 

 

Si ce n'est déjà lu, permettez-moi de recommander à tous, deux livres écrits par des chercheurs historiens américains. Ils ont un certain recul, ils ont une approche différente de la nôtre, ils ont un sérieux impitoyable si l'on en juge par le nombre de leurs références :

1°) "Les intellectuels contre la gauche" sous titré L'idéologie antitolitaire en France (1968-1981) de Michael Christorfferson

2°) "Mai 68 et ses vies ultérieures" de Kristin Ross,

 

tous les deux parus chez Agone, les éditeurs "parisiens" étant bien trop frileux c'est à dire pétochards pour affronter la bande à Lévy et consorts, qui en prend pour son grade.

C'est terrible la mémoire, les faits, les rappels historiques. Terrible. On s'y retrouve mis à nu, dévoilé," enfangé".

Ah ! L'Histoire .... Comme on aimerait que certains écrits, certains faits, certaines déclarations disparaissent d'un clic dans la poubelle.

C'est ce qu'il risque de se passer avec nos nouvelles technologies qui sont dès à présent, un cauchemar pour l'avenir de La Pléïade. Mais c'est un autre sujet.

Pour vous mettre en appétit, on y parle des agissements pas toujours glorieux de Jean Daniel, J-M Domenach, M. Foucault, F. Furet, A. Glucksmann, J. Julliard, Julia Kristeva, Claude Lefort, B-H Lévy, P. Rosanvallon, D. Cohn-Bendit...et j'en passe.

Bonne lecture ou relecture et bonne année 2011.

@Max,

Je n'ai pas lu, je prends merci pour les références.

En parlant de référence, je suis morte de rire en lisant les commentaires des internautes du Nouvel Obs sur l'article BHL auteur d'une nouvelle boulette Clin d'oeil

(ici)
Meilleurs voeux.Sourire

Mediapart nous a permis entre autre deredécouvrir une philosophe, dont nous avions lu distraitement dansles années 70 un livre sur le totalitarisme. Sans les papiers deThierry Ternisien, sans son livre Réinventer la politique avecHannah Arendt , nous n aurions sans doute jamais redécouvert larichesse de la pensée d' Hannah Arendt.


La liberté d informer, la liberté daccéder à l information et la fin ou la limitation de la morale dusecret sont indissociables, comme l écrit Hannah Arendt dans lesorigines du Totalitarisme.:

« La philosophie politique de labourgeoisie avait toujours été totalitaire; elle avait toujourscru à une identité de la politique, de l'économie, et de lasociété, au sein de laquelle les institutions politiques n étaientque la façade des intérêts prives, » a propos de lafascination et du ralliement d'une grande partie de la bourgeoisiedurant l entre deux guerres aux mouvements totalitaires et enparticuliers nazis. Elle poursuit. « la dualité de la moralebourgeoise, sa distinction entre vie publique et vie privée, étaitune concession à l'état nation, qui avait désespérément essayéede maintenir les deux sphères séparées. »


Ce à quoi nous assistons aujourd'huila fascination d une partie de l élite « autoproclamée »pour la droite extrême, son parler fort et cru, cet appel voilée àl autoritarisme correspond bien à l attitude de BHL, de la Règle dujeu et aux propos d Yann Moix. La démocratie mais réservée à uneoligarchie qui seule est capable de comprendre les petits secrets desdominants et donc de justifier la limitation de leur diffusion. Vivement le retour a la démocratie censitaire, celle du XIXemesiècle, où seuls ceux qui ont réussi dans les affaires, quidisposent du seul vrai et légitime pouvoir , celui de l'argent severront conférer le droit de vote, le droit d'exercer tout lepouvoir, le pouvoir total celui de l argent et de la politique, enconservant le pouvoir sur l information. Ce que disent de manière à peine dissimulée BHL et les intellectuels de l air du temps,c est vivement le retour de la bourgeoisie totalitaire.

+ 1

à jean Bachelerie

modestement

je constate qu'avec beaucoup plus de savoir que moi vous rejoignez l'un de mes posts!

ouf!!!soulagement pour mon ego!sur l'article concernant les élus issus du fontionnariat/

Je ne peux qu'approuver cet excellent billet d'Edwy PLENEL.

Je continue néanmoins de penser que Wikileaks (ou de futurs sites semblables) est à la fois un outil au service de la conscience démocratique mais aussi de l'inconscience démocratique, selon qui utilise les informations mises à jour ou selon qui le manipule (ou manipulera les futurs sites semblables).

Quoi qu'il en soit, ce qu'a écrit Yann MOIX est vraiment consternant et atterrant, et pour le coup plutôt maurrassien que républicain.

Bonnes fêtes Edwy PLENEL !

Depuis l'aube de l'humanité les outils ont leur part de bon et de mauvais: voir l'exemple du simple couteau. Refuser l'outil c'est nier l'homme.

Les propos de Yan Moix sont à vomir. Mais pouvait-on raisonnablement en attendre autre chose, de ce pauvre Yan Moix ?! Ce n'est pas un penseur politique, ce n'est même pas un écrivain, c'est rien, une forme typiquement moderne du néant.

 

La liberté de l'information est une noble cause. Mais suffit-elle à garantir la démocratie ? A Marc-Bloch, j'aurais envie de lui dire qu'en 1934 est paru un article dans un magazine populaire Lecture pour tous sur le camp de Dachau. Qui l'a lu ? Qui parmi nos intellectuels de l'époque en a pris connaissance ? Qui a compris qui était Hitler en dépit de toutes les informations dont on pouvait bel et bien disposer sur la politique de l'Allemagne de cette époque ? Comment était-il possible d'ignorer qu'il existait en Allemagne des camps de concentration où on enfermait les responsables politiques alors que la presse allemande en parlait ? Le premier à Oranienburg dès 1933, où le propre fils du président de la République de Weimar fut interné avec d'éminents responsables socialistes et où l'écrivain Erich Mühsam fut torturé et pendu par les S.A. en 1934. Qui pouvait l'ignorer ? Il suffisait de lire. Qui a lu ? Qui a écouté ce que disaient les réfugiés allemands, les juifs ou les écrivains comme Klaus Mann ? Très peu de monde, très très peu de monde. L'aveuglement et le désir de ne pas savoir, même parmi les juifs, ont fait le reste et font aussi partie des données de l'information dans une démocratie.

+++

C'est exactement là ce que se situe ce qui menace la démocratie!

Cette soirée au Flore, telle que le rapporte le petit film, a je ne sais quoi de profondément désespérant, de décadent et de terrible. Il y a là un concentré de toute la misère intellectuelle de notre époque.

Et la "petite dame" qui nous rapportait ça avec délectation semblait toute fière d'en "avoir été".

Dérisoire....

 

 

Des festivités ,des mots ,de la "gloire", encore de la "gloire" ,toujours de "la gloire" ,the best of du TOUT PARIS....

Des combattants?

"De tous les partis ,le seul parti que je veuille prendre c'est MON PARTI"

COCTEAULa difficulté d'être

Effacé

"Je continue néanmoins de penser que Wikileaks (ou de futurs sites semblables) est à la fois un outil au service de la conscience démocratique mais aussi de l'inconscience démocratique, selon qui utilise les informations mises à jour ou selon qui le manipule (ou manipulera les futurs sites semblables)."

à l'instar de Michel Pitavy, je ne puis me résoudre à m'engouffrer dans cette apologie unanime de Wikileaks, bien que je sois partisan d'une recherche citoyenne de la transparence.

Il y a une chose que la jubilation ambiante occulte : le risque de banalisation du très grand cynisme qui transpire de ces données divulguées par Wikileaks.

Tout comme le discours sécuritaire et ultralibéral de l'UMP au plan national.

Jacques.

Merci Monsieur PLENEL,

Il y a des hommes qui sont les phares de notre conscience politique. Vous êtes de ceux-là. Exactement le contraire (à 180 °!!!) de chacun des participants de ce cocktail bling-bling. Je suis fière de POUVOIR vous lire.

Un voeu : Qu'Internet et ceux qui travaillent à travers cet instrument pour nous informer, puissent continuer à nous éclairer sur "LA PREUVE PLUTOT QUE L'INTERPRETATION". Que l'on ne puisse plus jamais dire après une catastrophe : "Qui pouvait l'ignorer ? Il suffisait de lire. Qui a lu ?" (cf. "Qui se souvient du génocide arménien ?" prononcé par Hitler, en 1936, je crois)

Bravo pour votre courage !

 

Meilleurs Voeux pour votre combat plus que courageux, je veux dire ESSENTIEL !

 

Merci pour tout

@Edwy PLENEL

Bonjour,

Vous écrivez:

Nul hasard sans doute si ces deux citations se retrouvent au fil des pages du récent essai d'Arnaud Montebourg, Des idées et des rêves (Flammarion), lequel met en tête de ses «Propositions pour établir une nouvelle et puissante démocratie» l'impérative nécessité de «rendre l'information publique accessible à tous, la partager et la dépolitiser, en créant une Agence indépendante du gouvernement, "données.gouv", chargée de mettre en ligne la totalité des informations des administrations publiques», à l'exception de celles relevant de secrets règlementés (défense nationale, enquêtes judiciaires, vie privée). «C'est l'assurance, ajoute-t-il, d'une information non manipulable entre les mains des gouvernants et la garantie pour le citoyen d'une discussion publique basée sur des données transparentes».

D'une époque incertaine à l'autre, Arnaud Montebourg est au Parti socialiste l'un de ces Jeunes Turcs que fut au Parti radical Pierre Mendès France.

 

Je trouve la comparaison osée et je ne la partage pas. Dans le paysage politique actuel, Arnaud Montebourg apparait plutôt comme un "jeune loup" ayant choisi le PS par facilité, ou par confort, ou par opportunisme.

Il se sert du PS comme le PS se sert de lui, et il n'aura jamais le courage d'un Mendès France, parce que c'est avant tout un carriériste.

Les deux très récents épisodes de "mises sur la touche" de sa compagne sont assez révélateurs pour que personne ne s'y trompe.

Alors que cette femme s'est débattue avec brio pour faire valoir l'injustice, voire l'ineptie des décisions qu'elle subissait (dommage qu'elle n'ait pas saisi la HALDE), curieusement Arnaud Montebourg s'est gardé de tout commentaire. En termes plus feutrés, ça s'appelle un "largage". Je ne suis même pas sûre qu'Audrey ne l'ait pas déjà compris...

Mais au-delà de cette attitude, ce qu'il faut y voir est bien qu'Arnaud Montebourg n'a rien d'un révolutionnaire, rien d'un réformiste, et surtout RIEN D'UN DEFENSEUR DES LIBERTES OU DE LA DEMOCRATIE au sens où vous et moi l'entendons. Moyenant quoi, il s'intègre donc parfaitement dans le paysage politique actuel. Il est tout aussi endoctriné que les autres, mais espère bien sortir du lot non par idéal, mais par calcul personnel. Et je ne miserai pas un kopec sur sa résistance à retourner sa veste si un candidat PS venait à être élu en 2012 !

 

Mis à part ce paragraphe, votre billet est excellent !

 

 

"Alors que cette femme (Audrey Pulvar) s'est débattue avec brio pour faire valoir l'injustice, voire l'ineptie des décisions qu'elle subissait (dommage qu'elle n'ait pas saisi la HALDE), curieusement Arnaud Montebourg s'est gardé de tout commentaire. En termes plus feutrés, ça s'appelle un "largage". Je ne suis même pas sûre qu'Audrey ne l'ait pas déjà compris..."

Je trouve au contraire leur manoeuvre très habile : double pub et posture de présidentiable reconnue pour Montebourg puisque déjà traité comme tel ! Je les crois suffisamment intelligents pour avoir évalué la meilleure stratégie...

L' étrange défaite n' était étrange que pour ceux qui ne voulaient pas savoir.

Après 1936, la bourgeoisie voulait une revanche (payer des congés à des ouvriers était une couleuve qui ne pouvait pas passer) , elle l' a eu sa revanche mais pas exactement comme elle l' espérait.

Mis à part la monstruosité qu 'était l' anti sémitisme d'état, il est possible de faire un parallélisme avec l' époque des années 30: la bourgeoisie et l' oligarchie financière a préféré un régime totalitaire plutôt qu' un régime démocratique.

Nous y sommes. Le rôle des journalistes des média dominants depuis les années 80 y est tout autant prédominant.

Merci monsieur Plenel (et votre équipe) pour votre courage.

+ 1

"Quand l'idéal démocratique originel, tel qu'il fut promu par les révolutions américaine et française"..?...heu la démocratie en réalité, est un mot vide de sens, car n'existant pas...sauf sur du papier..?..Des quantités de gens tentent depuis ces révolutions, de nous donner des explications sur ce mot...en pure pertes et contradictoires pour donner aux peuples, un sens a leurs politiques dévastatrices..!...La démocratie, c'est le père noël...les livres sur les religions...l'auberge espagnole...!..Il serait temps que les "HUMAINS" se réveillent de cette arnaque internationale?...mais j'en doute..!

Merci Edwy Plenel pour toutes ces mises en perspective faisant référence à des penseurs-acteurs qui ont marqué notre récente histoire.

Quand on regarde la vidéo réalisée au Flore, on ne peut que penser à l'expression "Flore intestinale..."

Y être ou ne pas y être, comme dirait Chèque à spires...

Défendre Wikileaks, c'est bien. Défendre Internet, c'est mieux. J'espère que dans une éventuelle 3ème partie, vous évoquerez LOPPSI, cas concret d'un bond en arrière dans notre démocratie.

Cher chafikbr, bien sûr! LOPPSI 2 a été évoqué dès le premier billet de cette petite série en forme de plaidoyer pour Internet. C'est même mon point de départ. Prenez le temps de le lire, merci: c'est ici. Bonne lecture sur Mediapart!

Les propos de Y Moix sont révélateurs de ces intellectuels qui rêvent d'une "renaissance de la pensée" et s'attachent à la "rénover " dans une révolution de bac à sable qui témoigne d'une paresse intellectuelle: ils ne connaissent pas l'engagement réel qui est épuisant car la démocratie est exigeante comme le souligne P.M.France," Elle est action continuelle du citoyen non seulement sur les affaires de l'Etat, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l'association, de la profession".

Merci à Médiapart de contribuer tellement à notre information.

Meilleurs voeux à vous Mr Plenel et à toute l'équipe talentueuse de MP.

 

 

De la Démocratie, Yan Moix en a le fumet, mais pas le goût ! C'est un " gâte-sauce "......N'oubliez pas son prochain ouvrage:

- Le gâteur de goût, où le Laquais philosophe-

Deux choses par rapport aux inepties proférées par Moix :

- la transparence ne dégénère en dictature que lorsque qu'elle s'introduit dans la sphère privée des individus. Or, l'État d'une République est tout sauf une personne privée, mais bien plutôt son opposé : le lieu public où s'élabore et se discute les lois les plus à même, de par leurs facultés à s'universaliser, de coordonner les différentes volontés et jugements en présence et de garantir le bien commun. Il est ainsi le lieu de la moralité objective.

 

- le vote n'est pas là pour établir un gouvernement autonome et confiscatoire, régnant sur un peuple vassalisé. Si les lois de la cité s'appliquent chaque jour aux actions du citoyen, alors chaque jour celui-ci se doit de veiller au-bien fondé des actes engagés par le gouvernement. La souveraineté n'appartient qu'au peuple en tant que peuple collectif, elle s'exerce parallèlement aux lois dont elle soutient l'exercice, c'est-à-dire de manière continue. C'est la condition même de la citoyenneté.

 

Merci à Mediapart qui chaque jour réactive cette citoyenneté.

Si Mr Moix avait lu Rousseau, et notamment le Contrat social,il saurait sans doute que pour lui la notion de représentant du peuple n'a pas de sens puisque "le peuple ne peut être représenté que par lui même". Et quelle ironie de présenter Rousseau comme un ennemi de la transparence, alors que sa pensée a été critiquée fréquemment par des libéraux qui ont voulus y voir abusivement l'expression d'une volonté de transparence pré-totalitaire. Moix nous parle d'un Contrat social des Lumières, expression qui n'a aucun sens, car il ya des théories du contrat social, irréductibles les unes aux autres. Le modèle du Contrat social dont se réclame Moix se rapproche de celui de Hobbes (celui dont se réclame les néoconservateurs américains), modèle qui fait de l'Etat et de lui seul l'incarnation du peuple, alors que c'est précisément ce modèle de Contrat que Rousseau a toujours combattu.L'ignorance a décidemment de beaux jours devanr elle.

+ 1 000, cependant l'influence de Hobbes sur Rousseau est considérable malgré tout...

 

La citation de ROUSSEAU quant au passage où il définit ce qu'il entend par "contrat social" simplifie la situation !

Merci, Mr Plenel, pour cet article passionnant.

Il est numéroté, ce qui sous-entend qu'il y aura une suite: je l'espère bien!

Oui, nous avons l'obligation de nous informer et, à ce titre, WikiLeaks est une bonne chose.

Oui, la démocratie se vit à chaque instant et pas seulement au moment du vote.

Mais n'est-il pas un peu utopique de penser à une société dans laquelle chaque citoyen serait à tout moment en mesure de juger de la valeur ou pas d'une "direction" prise par ses représentants démocratiquement élus?

En d'autres mots, la notion que je souhaite introduire (et sur laquelle j'espère vous reviendrez!) est celle de CONFIANCE .

Bref, comment concilier cette notion de confiance (indispensable pour ne pas passer son temps à des discussions sans fin) et notre impératif d'attention portée à la chose publique?

J'attends la suite! Meilleurs vœux!

 

Florence Aubenas dans libé d'aujourd'hui pour ses confrères Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière .

 

 

 

 

Cher Edwy,

J'aime vos articles, car ils sont argumentés, comme ceux de Laurent Mauduit au niveau économique.

Je ne suis pas toujours d'accord avec vous, mais j'aime le débat d'idées.

Je répondrai donc à votre article en en citant quelques parties pour y ajouter les pensées qu'elles ont suscitées à leur lecture.

Je rajouterai à la fin de cet "exercice" un commentaire que je vous avais écrit sur votre premier article et auquel vous n'avez pas répondu à ce jour.

Vous écrivez:

"La haine d'Internet est une haine de la démocratie"
Je suis absolument d'accord avec vous, mais j'aurais aimé que vous expliquiez assez clairement ce que vous entendez par ce mot "Démocratie".

Il est un peu fourre-tout à lire certains.

Tocqueville parlait en son temps - dans son contexte soumis au religieux bien entendu - de la "tyrannie de la majorité".

Dans son livre "Tocqueville et la nature de la démocratie" l'éditeur de Pierre Manent écrit à la page de couverture, entre autres: "Nous croyons savoir ce qu'est la démocratie puisqu'elle est, depuis plus de deux siècles, notre régime politique. Or nous ne le savons pas, ou ne le savons qu'à moitié. Et cette demi-ignorance des amis de la démocratie n'est pas moins dangereuse que l'aveuglement de ses ennemis déclarés..."

 

Votre définition
"Quand l'idéal démocratique originel, tel qu'il fut promu par les révolutions américaine et française, est celui de l'abolition des privilèges et de la souveraineté du peuple"

est bien trop succinte, car elle élude un tas de situations et de questions comme "qu'est-ce que la "souveraineté du peuple" et "comment s'exprime-t-elle?"

Notamment dans un pays comme le nôtre - unique en Europe dite "démocratique" par la confiscation de tous les pouvoirs à 85% par les mêmes personnes, par une presse soumise aux pouvoirs - nationaux et locaux (donc UMP et PS) - que RSF classe 44ème au niveau mondial, derrière la Tanzanie et la Papouasie Nouvelle Guinée...

 

Le livre de Tocqueville "De la démocratie en Amérique" décrit en couverture:"La gloire de Tocqueville n'est pas seulement celle d'un analyste politique exceptionnel ; c'est aussi, depuis la récente redécouverte de son oeuvre, celle d'un philosophe politique qui serait en même temps un classique de la sociologie, et qui pourrait aider à comprendre les problèmes qui se posent constamment dans les démocraties modernes. L'égalité des conditions, l'individualisme, le « despotisme » démocratique, les relations entre maîtres et serviteurs, l'esprit de liberté et l'esprit de religion, autant de notions qui dessinent aujourd'hui encore les contours d'une philosophie de la démocratie."

 

Peut-être pourriez-vous "éclairer" les lecteurs de Mediapart en proposant à la réflexion commune une étude de ce qu'est réellement la "démocratie"?

Je constate personnellement que sa pratique en est toute différente en France et dans les pays scandinaves par exemple.

Je vous en remercie.

 

Le personnage Yann Moix que vous citez est réellement typique du "dressage" auquel ont été soumis nos compatriotes par différents canaux depuis des décennies. Je l'ai si souvent rencontré en discutant avec des inconnus sur les marchés tant en Lorraine qu'en Charente-Maritime. Donc ce doit être une opinion assez répandue, un abandon total de la citoyenneté, où les "citoyens" ne sont vus que comme "électeurs", n'étant guère organisés pour faire respecter ce qu'ils appellent "démocratie".

 

Vous écrivez:
"combien l'idéal démocratique était désormais vécu comme une menace par les nouvelles oligarchies conquérantes d'un capitalisme vorace et rapace, sans freins ni limites.
"

 

Puis-je vous faire remarquer que vous oubliez toute une partie du monde, notamment les "oligarchies" se justifiant de leurs actes pour le bien de tous, celles qu'ont connus nos amis est-allemands, polonais, russes, tchèques, slovaques, etc... pendant des décennies.

Soutenues dans leur aveuglement par des intellectuels français comme Yves Montand et autres... alors que mouraient des millions de gens dans les camps et aux frontières qu'ils voulaient fuir, privés de toute liberté.

Et ce qui se passe en Chine ou en Corée du Nord n'est guère "mieux" en cette année qui prend fin.

La menace contre la "démocratie" vient tout autant de la droite que de la gauche, dans leurs excès. Il conviendrait de ne pas l'oublier. Je vous en remercie.

 

"de la régression ou de l'extension des libertés et des droits individuels dépend le maintien ou le recul des inégalités et des injustices collectives."

C'est une belle phrase, mais je doute qu'elle résume le tout. Je rappelle juste l'élection, en toute liberté, d'un personnage comme Hitler. Car liberté et presse forte vont de pair. La liberté sans réelle information ni formation à la démocratie est meurtrière.

 

Là où je vous donne raison, c'est dans la citation de Pierre Mendès-France:

"Le plus difficile, c'est d'amener les hommes à penser par eux-mêmes, qu'ils peuvent, qu'ils doivent exiger des informations complètes constamment soumises au contrôle du débat public... Elle est action continuelle du citoyen non seulement sur les affaires de l'Etat, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l'association, de la profession. Si cette présence vigilante ne se fait pas sentir, les gouvernements, les corps organisés, les fonctionnaires, les élus, en butte aux pressions de toute sorte de groupes, sont abandonnés à leur propre faiblesse et cèdent bientôt, soit aux tentations de l'arbitraire"
Dois-je juste rappeler qu'il n'y a pratiquement aucune "action continuelle du citoyen" organisée en France ?

Et que tous les lobbies ont libre accès aux "élus" eux-mêmes non spécialisés, qui votent des lois en toute ignorance.

Cette présence vigilante est quasi-inexistante en France, même pas dans les médias, dont Mediapart est une belle exception, quoique souvent assez "partiale" (les articles de Marine ou Stéphane par exemple). Et la formation citoyenne à l'école primaire est aussi inexistante, c'est pourtant là que se prennent les habitudes.

Il existe pourtant un contrôle démocratique actif et puissant dans d'autres pays européens. Pourquoi ne pas les relayer ici ?

 

Vous louez le "récent essai d'Arnaud Montebourg". Certes, le personnage m'est également sympathique. Mais n'avez-vous pas relevé un profond écart entre ses paroles, belles et démocratiques, ses discours et écrits, et ses actes? Notamment concernant le cumul des mandats: il est député à l'Assemblée nationale depuis 1997, président du conseil général de Saône-et-Loire depuis le 20 mars 2008.

Et un mouvement de pensée qu'il a combattu en public lors du Congrès de Reims, mais approuvé en privé, tout comme Martine Aubry d'ailleurs.

 

Je terminerais en vous réitérant ma demande faite sur votre premier article sur wikileaks:

"Merci Edwy de cette initiative.
J'aurais aimé cependant que wikileaks ne tape pas juste sur les Américains et les Occidentaux, mais mette aussi en lumière tout ce qui se passe réellement dans le monde, asiatique, musulman, israelien, africain, russe, bélarusse, ukrainien, etc... avec la même "attention"
.
Nous en sommes encore assez loin.

Ou est-ce que je me trompe ?

Si c'était le cas, cela mettrait une partie du monde dans une situation de faiblesse - justifiée à mes yeux car l'injustice et le mensonge sont inacceptables - mais ce serait aux dépends d'autres parties du monde qui sont encore plus injustes et qui profiteraient de cette situation, la nature ayant horreur du vide...

Votre avis m'intéresse...

 

démocratie peut-être le terme définitif et figé qui désigne un régime politique où les dirigeants sont élus par le peuple. Puis basta ! (comme tendent à devenir nos états aujourd'hui)

mais la démocratie peut tout autant être le degrè de liberté d'expression que les peuples exigent, la propension de ce peuple à contester le monopole de la parole aux médias officiels et/ou à une élite, même bienpensante (une peu comme sur médiapart.

Il est vrai que wikileaks, en faisant exploser le verrou de l'entre-soi des girons des pouvoirs, oeuvre pour cette recherche de démocratie.

Le problème c'est que dans ce cas précis, c'est à double tranchant. Car ce n'est basé que sur des fuites qui, même si la véracité des informations qu'elles divulguent est vérifiée, sont motivé par des volontés de nuir. Ils doit y avoir des arroseurs arrosés et des arrosés arroseurs....

Jacques.

chère etoile 66

si vous me permettez!

il me paraissait jusqu'ici évident et simple de séparer les modes et types de votes (à discuter bien sûr quant à leurs répercussions inévitables ,certaines plus démocratiques que d'autres)

de la DEFINITION de ce qu'il est coutume d'appeler Démocratie où chaque citoyen (et non électeur) a valeur potentielle égale avec chaque autre!valeur de principe ,mais d'un principe à valeur absolue!

valeur de DROIT individuel inaliénable (sauf par un jugement privatif d'exercice/

iL évident aussi que l'exercice d'un droit agit sur celui qui l'exerce .Je crois que les femmes n'ont pas à regretter d'avoir obtenu le droit de vote en 1946 sauf erreur de ma part!ce n'est qu'un exemple pour illuster la longue marche qu'est celle de le pleine reconnaissance et du plein exercice à l'EXPRESSION et à l'action démocratique des citoyens et pas seulement des électeurs.

et une fois que l'on est informé, on fait quoi?

Excellente question, à laquelle d'autres démocraties ont répondu depuis longtemps. J'en avais touché quelques mots ici et là.

Mais en France PERSONNE n'est intéressé.

J'avais aussi indiqué cet ouvrage: "Pas de démocratie sans nous"

Vous avez raison.

Mais il ne faut pas condamner trop vite la masse et s'en extraire, sinon l'on tombe vite dans le happy-few des courants contestataires minoritaires et finalement contents de l'être. Cela a un côté tellement romanesque.

Jacques.

Pourriez-vous expliquer?
Où voyez-vous une "condamnation" de "la masse"???

 

Etoile66

Ben vous reprochez aux français de ne faire que râler...sans les actes.

Vous avez vraiment l'impression que la situation sociale est meilleure dans les pays anglosaxons ?

S'il est clair que les scandales y éclatent de manière plus fracassante (il suffit parfois que cela se situe au-dessous de la ceinture) et qu'un Sarko n'y ferait pas de vieux os, il me semble que les citoyens y sont bien plus résignés à la dictature du marché.

Jacques.

 

Je ne "reproche" rien du tout, je constate.

Chacun est libre de faire comme il l'entend.

Quand on prône en pratique le "chacun pour soi" et la pratique de la démocratie en déposant un bulletin dans l'urne une fois tous les 5 ou 7 ans, on obtient le résultat de sa "mise".

Sans plus, je n'ai RIEN dit d'autre...

Je suis tout à fait d'accord avec vous Etoile66... seulement il n'y a pas de solution existante...encore moins dans les pays où le libéralisme est une valeur.

Tout reste à inventer

Jacques

C'est justement là, le danger de banalisation... (voir autre commentaire plus haut)

 

après les publications de wikileaks, pas de marée humaine dans les artères des grandes villes américaines...

c'est Noël, il faut sa dose de surconsommation.

Jacques.

 

@ Edwy,

suite à mon commentaire ci-dessus, auquel vous n'avez sûrement pas encore eu le temps de répondre, je viens d'écouter sur France Culture, une excellente contribution de Monique Chemillier-Gendreau à laquelle je pourrais adhérer presque entièrement.

J'attends que ce journal de 12h30 soit podcastable pour en mettre l'entretien en ligne et le soumettre à votre sagacité.

Voilà une chercheuse, qui pense la démocratie au niveau mondial et fait des propositions intéressantes, qui incluent internet...

c'est autre chose que facebook, outil dangereux à mon avis...

c'est autre chose que facebook, outil dangereux à mon avis..

Pourriez vous expliciter cette dangerosité?

Je n'y vois qu'une mode (comme twitter) basée sur un fond de narcissisme, qui ne me menace aucunement.

facebook est un instrument de contrôle des individus pire que la CIA ou tout autre service secret.

Le pire, c'est que les gens s'y inscrivent et écrivent bénévolement tout sur leur propre personne.

Une mine...

Si vous voulez vous désinscrire de facebook, c'est certes possible, mais le système garde vos coordonnées. Essayez, vous verrez.

Même Obama a dit aux enfants : "Attention à ce que vous postez sur Facebook"

Cette naïveté observée sur le net, fait mal aux tripes, tant les gens donnent bénévolement des informations qu'ils ne pourront plus jamais effacer du net... le "cache" enregistrant tout pour toujours. Il suffit juste de copier.

Même ceux qui ont effacé leur blog de mediapart se retrouvent sur le net. Comme par exemple l'excellent article de Ujamaa sur le savoir-faire effacé depuis quelque temps de son blog... Je constate qu'il vient de rééditer son excellent article sur l'homme de ménage, effacé lui aussi à l'époque...

 

Ce que vous dites est juste, mais je ne vois pas clairement le lien avec le "contrôle de l'individu". Sans être moi-même sur Facebook ou twitter, ma participation à de nombreux fora fait que je me retrouve fréquemment sur le net, sous mon nom ou mes divers pseudos, c'est un choix que j'assume.

L'avers de la médaille, c'est la puissance du net qui est le contrepoids à toute tentative de contrôle de l'individu.

Je vois personnellement beaucoup plus de menaces dans la demande sécuritaire pour lutter contre le terrorisme, car il n'y aura jamais de retour en arrière à ce grignotage (consenti par la population) de nos libertés.

 

Facebook : La saturation d'informations est aussi efficace, sinon plus, que le secret.

Une preuve ? 11/09/01

@ Etoile66

Je viens d'écouter comme vous, Monique Chemillier-Gendeau qui malheuresement n'a pas pu "faute de temps" développer son propos. Les notions d'échelles et de rapport à l'engagement démocratique, d'opposition et de construction des instances de pouvoirs ; toutes ces analyses sont vraiment bienvenus.

 

Merci Abdella,

Dès que l'entretien est podcastable, je pense à partir de demain, je le mettrai en ligne sur cet article pour permettre une discussion sur ce qu'elle a eu le temps de dire et que je trouve extrêmement important pour la réflexion.

Après ce déluge de tartufferie florinesque, dont la vision soulève le coeur, les propos vomir, nous savons de quel côté nous devons nous tenir...Et ne rien céder devant cette abjection pseudo intellectuelle mais authentique servilité au pouvoir...

Le détail le plus épouvantable est le portrait de Sakineh disposé au-dessus de l'enseigne du Flore...et ça c'est monstrueux!!!

Merci à vous Edwy de poursuivre votre réflexion sur la démocratie...

Merci Edwy Plenel pour cet éclairant article. La pensée de BHLne m'a jamais convaincue. Voici encore une nouvelle raison de lire et soutenir Mediapart. Je vais me plonger dans le gros pavé de Zeev Sternhell "les anti-Lumières" dont Yann Moix est certainement un de ses farouches représentants.

Marie-Luce

Yann Moix a écrit un livre concernant l'affaire Polanski, La meute, je crois. Assange a aussi une meute à ses trousses, mais il réagit tout différemment. Les intellectuels - je ne pense pas à lui mais à d'autres qui nous ont offert le même prêt-à-penser - ont bien souvent le défaut de réagir en fonction d'un kit de concepts (totalitarisme, transparence...) qu'ils maîtrisent mal plutôt que de réfléchir en fonction d'une situation.

 

oui

tout à fait car c'est plus facile de ressortir des "clichés"

CELA m'arrive aussi mais "réfléchir c'est comprendre qu'on n'avait pas compris " du moins souvent et là alors le risque est de se sentir tout petit ...d'où l'évitement!

tant qu'on considère un pouvoir qui maltraite la démocratie comme légitime c'est diffficile de le combattre .

Légitime parce qu'élu démocratiquement, en revanche totalement illégitime du fait qu'il n'a tenu aucune promesse et qu'il agit maintenant contre l'opinion.

"sans mandat"

 

Jacques.

Je voulais dire qu'un pouvoir jugé illégitime mais que l'on continue de combattre comme si on était toujours en démocratie. Par exemple ; je ne vois aucun député qui refuse ce système: ils participent toujours même en votant non , en quelque sorte ils le cautionnent . Aucun n'a démissionné ;

Cette fourmillière qui s'est réunie au café de Flore me fais penser à Cornéluis Castoriadis :

On ne gagne pas parce qu'on a de la valeur, on a de la valeur parce qu'on a gagné

ça m'fait chier de voir Higelin au Flore...

même s'il dit "je n'sais pas ç'que j'fous là", il y est !

En même temps, cette punaise de BHV, c'est une vraie pieuvre ! Et c'était un peu "the place to be" !

Jacques.

Qui est La meute ?

Les mêmes bourgeois qui ont défendu un pédophiles en cavale condamnent un citoyen coupable de désobéissance civil qui s'est rendu à la justice ?!

Si la honte paralysait ces défendeurs du bourgeois gentilhomme, il y aurait une belle poignée de statue au Flore et pas des plus hideuses et des moins charmeuses -l'habit ne faisant pas le moine- et si l'ignorance liquifiait on aurait pu assister à une cru dans la rue de ce noble établissement car combien des invités étaient venus pour les toasts arrosés au champagne et les caméras et combien s'inquiètaient des courants de pensées de leur hôtes. Combien ?

 

Cher Monsieur Edwy Plenel,

J'avais supprimé mon abonnement à MDP, à la suite des deux articles de désinformation et d'influence sur Wikileaks, signés "La Rédaction" !

...

Vos deux billets changent la donne. Je reviens et ne repartirai qu'après avoir longuement protesté, si une position provoque ma désapprobation, puisque, apparemment, un grand nombre de protestations est suivi d'effet.

Car en effet, MDP représente l'avenir, même si, comme je l'ai écrit à G. Delacroix, je pense qu'il y a encore une étape à franchir.

J'avais écrit une longue réponse enthousiaste sur le fond de votre premier billet. J'ai été, opportunément, coupé de téléphone, d'internet et de 3G !

Y aurait-il collusion avec FT ?

Je respire mieux, merci.

Cordialement

PM

 

En tout cas Yann Moix n'a rien compris au Contrat social. Il confond législatif et exécutif et jamais Rousseau n'a dit abandonner quoique ce soit à l'exécutif bien au contraire. Moix redéfinit la féodalité, la vassalité et l'esclavage pas la démocratie.

Higelin passant au cours d'une vie de la cour de la Sorbonne au Flore en si mauvaise compagnie, c'est à mes yeux le symbole de la dérive de toute une époque qui s'achève comme dans une farce grotesque.

Merci à tous d'acheter le livre "Indignez-vous" de Stéphane Essel qui dit, ici au sujet de l'information et de la liberté, la même chose que l'auteur, cela fait 60 ans qui le répète, et il le crie encore à 93 ans, nous sommes déjà 650 000 à l'avoir entre les mains, si vous ne l'avez pas courrez pour ne pas mourir idiot avant lui

Cela va bien au dela des 40 000 de Médiapart, 650 000 à la recherche de repères tracés au sortir de la 2° guerre mondiale et qui sont entrain d'être étouffés, par la finance, et surtout par notre trouille de vivre et de mourir !

Chapeau bas M.Essel, vous avez ranimée la flamme, puisse celle-ci embrasée à nouveau notre pays et donner un nouvel espoir en 2011 à tous ceux et toutes celles qui feront vivre cette année.

Ne pas avoir la pensée de ce Monsieur à portée de main c'est déjà faire partie de la prophétie d'Orwell !

Bonne lecture à tous.

La prophétie d'Orwell est justement rendue impossible par Internet ET "Wikileaks" (générique). J'ai offert "Indignez-vous" pour noël à mes enfants, avec cette dédicace : il n'y a pas d'âge pour s'indigner ... Je doute que ce "cadeau" ait provoqué leur enthousiasme.

J'ai acheté le livre "Indignez-vous" de Stéphane Essel qui s'inscrit dans un mouvemnet absolument essentiel !!!

Merci d'en faire de la pub SourireSourireSourire

Merci Mr Plenel pour cet article !

A lire un article qui concerne la condamnation de Yann Moix dans l'affaire Utopia. http://blog.mondediplo.net/2010-10-29-Yann-Moix-et-Le-Figaro-condamnes

A propos de la "Meute" :

Quel beaux crétin ! Oui le crétinisme peut toucher même à la beauté et se vêtir de suffisance savante. Un beau spécimen de la meute des crétins savants. Un crétin méchant qui plus est, obligé d'insulter, de choquer, d'invectiver pour attirer les sunlights sur sa joli face sereine. Ah cet homme salit tellement tous mots qu'il prononce, déforme jusqu'à la laideur toutes phrases prononcées, qu'il me donne l'envie d'écrire encore et encore. D'écrire sans fin jusqu'à en devenir écrivain ou encore poète et ne plus perdre l'amour des mots, retrouver la virevoltante farandrole des phrases, m'étaler dans la joyeuse folie de la pensée.

...chose incensée: il a réussi à me faire apprécier Zemour...

Une information qu'on ne risquait pas de trouver sur "mediapart" :

http://www.thecubablog.com/uncategorized/staff/the-us-has-a-way-to-shut-down-wikileaks-the-infamous-sdn-list/

beaucoup plus intéressant en ce moment de suivre Julian Assange sur Tweeter, et les wikileaks qui n'apportent soi-disant rien de nouveau selon nos futurs prix Pullitzer de "mediapart"

Bonjour à la censure, au passage.

Cordialement

 

Merci Clin d'oeil

J'attends toujours une réponse à ce que j'adressais à Edwy Plénel.

L'espoir meurt en dernier...

Et la traduction ?

Haine de la démocracie, mépris du peuple des "pauvres cons" qui n'ont pas besoin de comprendre, d'apprendre et de savoir.

Je trouve l'article de la Règle du jeu consacré à cette soirée d'anniversaire aussi obscène que le statut facebook d'un adolescent tapotant sur son clavier le compte rendu d'une soirée de beuverie :

"Emmanuelle Mottaz et Arielle Dombasle échangent quelques secrets."

"Vincent Daret et Elie Top n’en reviennent pas qu’on s’amuse autant au pays des intellos."

" Patrick Bouchitey plane."

" Patrick Rambaud boit de tout"

" Jacques de Gainsbourg est saoul"

Que la rédaction de la Règle du jeu puisse ainsi se comporter en indic de la Stasi fait froid dans le dos. Et ces photos blêmes ? Nous sommes bien dans l'enfer de la transparence. On attend une réaction de Yann Moix. Ces gens ne mériteraient-ils pas plus d'intimité, d'indistinction, d'indifférence, d'oubli ?

@ Edwy Plenel,

Monsieur,

j'ai dit plus haut ma satisfaction pour ces 2 articles, après votre ...durable réflexion. Une remarque cependant :

Nul ne doute de votre culture ; tous admirent, moi aussi, vos qualités littéraires. Cependant, écrire des articles truffés de références, justifiées évidemment, vous rattache inexorablement à la caste des "Intellectuels français" (ce n'est pas un compliment).

Est-il possible, en France, de penser par soi-même et d'être entendu ?

La réponse est non, à l'évidence.

Cher pmabec,

Merci de votre question. Et je comprends bien que l'on puisse trouver, parfois, que des références ou des citations créent une distance entre l'auteur et le lecteur. Mais on peut aussi, à l'inverse, défendre résolument un partage des cultures, des savoirs et des expériences qui ne soit en rien intimidant ou pédant. C'est aussi un idéal démocratique que le numérique nous permet de réaliser: celui d'une éducation permanente où nous échangeons et transmettons, sans hiérarchies élitaires ni autorités imposées, ce que nous avons appris, ce que nous savons, ce que nous apprécions.

Cet idéal est vieux comme la presse démocratique qui, à ses débuts de la fin du XIXe siècle et du tout début du XXe, fut contemporaine de la naissance des Universités populaires où les ouvriers pouvaient avoir accès à un savoir jusqu'alors réservé à un monde diplômé marqué par une forte sélection sociale. Pardon donc si mes références, comme vous dites, vous ont semblé créer une distance avec le lecteur, vous ou un autre. Tel n'était aucunement l'objectif, mais tout au contraire celui de partager un raisonnement appuyé sur des connaissances. Tout comme chaque abonné de Mediapart, j'apprends moi aussi à la lecture de son Club, tant cette presse participative nous propose une "autodidaxie" permanente où nous nous enseignons les uns les autres. Ici, peu ou prou, nous sommes tous des autodidactes qui apprenons des expériences et connaissances partagées.

Bref, je ne suis pas d'accord avec votre image d'une "caste des intellectuels français". Sans doute y a-t-il un petit monde de lettrés qui accompagnent l'oligarchie dominante. Mais nous connaissons tous des "intellectuels" anonymes et discrets qui travaillent, enseignent, recherchent, écrivent, transmettent, éduquent, etc., et auxquels nous sommes tous peu ou prou redevables. Il y a même, savez-vous, parmi les cohortes de diplômés qui sortent de nos universités des "intellectuels précaires" qui, malgré leurs années d'études, n'arrivent pas à trouver d'emploi viable ou durable.

Merci de m'avoir lu, et bonne lecture sur Mediapart!

Au contraire de pmabec, je vous remercie, Edwy Plenel, d'étayer vos écrits de références et citations. Nous venons tous de "quelque part", culturellement aussi, et dire "penser par soi-même" (argument souvent entendu) me paraît illusoire et même, oserais-je dire, un poil prétentieux ? Pour me déplacer, devrais-je réinventer la roue ?

Je vous remercie d'autant plus que je m'enrichis chaque jour à la lecture de Médiapart. Aujourd'hui, hormis le présent billet que j'approuve entièrement, qui alimente ma réflexion, et conforte mon instinctive méfiance envers toute tentative de limiter notre libre arbitre, ...

Aujourd'hui donc, j'ai particulièrement apprécié les références littéraires de l'article d'Antoine Perraud et découvert le savoureux pamphlet de J. Swift (http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/291210/sarkozy-linnommable-devenu)

Encore merci

Courage et Bonne Année à tous

 

@Edwy Plenel

Monsieur,

Je ne vous reproche certainement pas vos citations, comme je l'ai écrit ci-dessus, parfaitement justifiées. Je remarquais simplement un danger, que vous signalez vous-même ci-dessus : la mise à distance.

J'ai une fille (auteur d'une anthologie sur "Le bonheur"), très cultivée (trop même comme disent les tchadiens), avec laquelle j'ai renoncé à discuter : elle vous envoie à chaque phrase une série de citations ...

Mais je conteste que tous les "Intellectuels Castés" "accompagnent l'oligarchie dominante", il y en a aussi à gauche, voire très à gauche (autrefois RD, pe, que je "surveille" depuis 1967).

Très cordialement

PM

@ pmabec

Votre réflexion, bien qu'elle ne soit pas bien appropriée s'agissant du journal Médiapart et de Monsieur Edwy Plenel, est surement sincère et mérite d'être posée.

On peut se demander, effectivement, s'il est "possible, en France, de penser par soi-même et d'être entendu?" Dans votre question il y a une double interrogation.

La première interrogation à savoir "qu'est-ce que penser par soi-même?" est aussi vielle que l'histoire de la philosophie.

Qu'est-ce, en effet, que penser par soi-même, c'est-à-dire sans que ses idées, ses arguments ne prenent leurs consistances des autres, sans que nos réflexions ne soient "truffés de références?". Cette interrogation rencontre un premier élément de réponse. Réfléchir par soi-même n'est pas impossible. Le problème se pose de savoir à partir de quel moment, de votre réflexion, vous vous êtes mis à "penser par vous même", sans l'adjonction d'un référent, où d'une sollicitation qui n'appartienne à personne, ni suscité par la conférence d'un autre? Serait-il fantasmatique. Cependant que vous utilisez un langage compris de vous même, qui a vocation d'être entendu de personne, il y a de bonnes chances que penser en vous même soit le fait de ce que vous entendez, plutôt que toutes les sensations auditives qui peuvent être comprises dans ce sens. Au lieu de quoi, dans le cas contraire, autant dire qu'il est impossible de penser par soi-même.

Réfléchissez bien à ce que pourrait être quelqu'un qui pense par soi-même, sous entendu indépendemment à tous "autres". Que ce soit des proches, de ses contemporains par leurs voix où l'intermédiaire de leurs écrits comme de ceux qui ont été laissés par l'histoire et qui nous servent à présent de relais, justement, pour penser, pour que nous ne retrouvions pas à penser en rond, mais prenant renfort de cette source perpétuelle de rénouvellement, de ces antécédentes pensées, par la familiarité de leurs contact, malgrés le temps, nous nous aidions mutuellement à penser en dialogue avec elles, autres pensées...

Bien que votre question soit interressante, il est aussi invraissemblable de penser par soi-même que de croire qu'il puisse y avoir que des personnes similaire partout dans le monde. Penser par soi-même me fait penser à cet épisode du "Doctor Who" dans lequel un personnage réussit a dupliqué l'ensemble des être humains à son image. Penser par soi même, rencontre ce risque de ne penser que pour soi-même.

La seconde interrogation était de savoir s'il est possible d'être entendu : Peut-on être entendu, en France, et notemment quant on pense dans un dehors absolu aux institutions comme aux références "littéraires"? La réponse est, pratiquement non!

Cependant, c'est en quoi Médiapart est une bonne nouvelle, c'est le double enjeu d'un journal comme Médiapart, tantôt de conquèrir un lectorat majeur, qui s'émancipe des effets assourdissants de la production des pouvoirs quels qu'ils soient, tantôt de l'apparition d'un public qui prenne la parole et de ce fait crée un travail de réflexion, coopératif qui doit se substituer aux "sociétés d'intellectuels" que l'on voit émerger içi et là comme substitue à la parole collective, à la réflexion et finalement à la décision démocratique...

Que l'on s'interroge, à ce propos, sur le pédigrée des nouveaux "intellectuels" réunit en société d'experts qui se trouvent dans ces think tank, véritable succédanée à la réflexion démocratique, lui substituant en lieu et place d'une pensée libre : autodidacte, une "pensée" sous contrôle d'expertise.


@Abdella KHALDI


 

Qu'est-ce, en effet, que penser par soi-même, c'est-à-dire sans que ses idées, ses arguments ne prennent leurs consistances des autres, sans que nos réflexions ne soient "truffés de références?".

Chaque être vivant, du plus simple au plus « évolué », est une histoire, autant, sinon plus, qu'un génome. Donc nous sommes tous « truffés » de références. Mais on peut les citer, ou pas.

Réfléchir par soi-même n'est pas impossible. Le problème se pose de savoir à partir de quel moment, de votre réflexion, vous vous êtes mis à "penser par vous même", sans l'adjonction d'un référent, où d'une sollicitation qui n'appartienne à personne, ni suscité par la conférence d'un autre? Serait-il fantasmatique.

Telle que vous présentez la question, ma réponse est non ; sans aucun doute, il est impossible de penser « par soi-même », comme vous le définissez ci-dessus. D'ailleurs, vous le démontrez ensuite.

Telle n'était donc pas mon propos.

La seconde interrogation était de savoir s'il est possible d'être entendu : Peut-on être entendu, en France, et notamment quant on pense dans un dehors absolu aux institutions comme aux références "littéraires"? La réponse est, pratiquement non!

Cependant, c'est en quoi Médiapart est une bonne nouvelle, c'est le double enjeu d'un journal comme Médiapart, tantôt de conquérir un lectorat majeur, qui s'émancipe des effets assourdissants de la production des pouvoirs quels qu'ils soient, tantôt de l'apparition d'un public qui prenne la parole et de ce fait crée un travail de réflexion, coopératif qui doit se substituer aux "sociétés d'intellectuels" que l'on voit émerger ici et là comme substitue à la parole collective, à la réflexion et finalement à la décision démocratique...

C'est en effet le grand mérite de l'innovation fondamentale qu'est MDP. Mais 1 je pense qu'il y a encore une ou deux étapes à franchir (voir sur mon blog ma réponse à un commentaire), 2 deux articles « salement » et insidieusement critiques de Wikileaks signés par « La Rédaction » ont précédés ces deux articles d'EP que je trouve tardifs, excusez-moi.

Que l'on s'interroge, à ce propos, sur le pédigrée

Je souligne le mot : On peut penser sans sortir ses parchemins et citer à profusion, c'est une manière de sortir ses parchemins … (sortir ses quartiers de noblesse)

des nouveaux "intellectuels" réunit en société d'experts qui se trouvent dans ces think tank,

Merci de votre commentaire

@Abdella

J'ai déjà rencontré dans d'autres commentaires cette "remise en place" à peine polie qui engage le posteur à "penser par lui-même" au prétexte qu'il a cité quelque auteur un peu trop longuement, ou a collé trop de citations au goût du critique.

J'ai répondu à peu près ce que vous dites ici, en moins bien, mais l'idée y était... Sourire

Il m'arrive de préférer citer un texte du passé pour illustrer le présent ; ajouter mon "opinion" juste parce que ce serait ma pensée personnelle me paraît souvent superfétatoire quand j'ai lu la pléthore de commentaires qui ont précédé.

"Le soi est une donne chromosomique sur laquelle sont accrochées des fictions. Donc : pas deux soi identiques (même avec le clonage), car pas deux séries de fictions identiques."

@ livia

Il n'était pas question pour moi de "remise en place" à peine polie! de EP, pour lequel j'ai trop d'estime, dont la culture et les qualités littéraires m'inspirent le plus grand respect ; d'ailleurs EP lui-même montre bien dans sa réponse qu'il a compris mon propos.

Je critiquais seulement le phénomène de caste spécifique des "Intellectuels Français" qui conduit progressivement à l'autisme. Mais, évidemment, on peut refuser de le constater.

"EP lui-même montre bien dans sa réponse qu'il a compris mon propos."

Vous en avez de la chance !

J'attends toujours une réponse à mon "propos" ci-dessus ainsi qu'à celui-ci un peu plus bas.

Serait-ce cohérent d'attendre encore ou aucune réponse ne viendra ?

 

 

 

Effacé

Ouh lala !

J'en ai bien pour trois jours à répondre !

Déjà que mes chevilles enflent terriblement : C'est la première fois que M. EP répond à un de mes commentaires.

Ça m'apprendra à poser deux "bonnes" questions en une seule phrase !

Mais je répondrai, après réflexion(s) !

12h plus tard : Non, finalement, je n'ai rien à ajouter.

1 Penser c'est observer et "manipuler" le monde "avec" sa propre histoire, avec toutes les rencontres entre soi et le monde (chaque rencontre sera un choix, involontaire et inconscient, et continuera l'histoire).

2 Citer : deux risques : mettre à distance, ou montrer son "incertitude", sa peur.

3 Être entendu, sans avoir à montrer ses parchemins, ou sans être "casté", possible, sur Mediapart, (et c'est son premier mérite, plus que "le scoop"), et sur le WEB, mais cela n'en sort pas, pour le moment. Mais cela en sortira, bientôt, et c'est la cause des réticences des "puissants" de tous bords, ici et ailleurs.

Moix vient d'adresser une réponse à Edwy Plenel

http://laregledujeu.org/moix/2011/01/03/476/reponse-a-edwy-plenel/

Franchement, sans vouloir vous vexer aucunement, ce lien était inutile car je crois que ce crétin à eu suffisament de publicité. Et vous serez d'accord avec moi que lorsqu'on l'a lu une fois on comprend qu'il a dit tout ce qu'il avait à dire et qu'il n'a plus rien à dire.

Vous comprenez qu'il jubile à l'idée se retrouver confronté à des penseurs reconnus (ce qu'il n'est pas encore) car il sait très bien que c'est l'image de l'autre qui lui collera à la peau dans la mémoire collective médiatique. En quelque sorte il deviendra un penseur reconnu par procuration. Cela c'est produit avec BHL, ne recommençons pas, par pitié !

Vous ne me vexez aucunement rassurez vous. Je suis bien d'accord avec ce que vous dites. Simplement je n'avais spécialement l'intention d'être utile en donnant ce lien.

Bonjour,

j'ai lu avec attention les argumentaires qui opposent Mr Plenel et Mr Moix sur Wikileaks et plus généralement sur les notions de démocratie et de liberté.

Je serai très bref et synthétique, mais pour moi les réflexions de ces deux protagonistes ne se situent pas dans la même dimension :

Mr Moix, vous vous inscrivez dans la théorie, dans l'utopie, voire dans l'idyllique description de la démocratie; en confiant (même temporairement) une parcelle de notre liberté et de notre pouvoir à nos représentants (pouvoir exécutif, pouvoir législatif) qui sauront bien sûr en faire bon usage (protections des libertés individuelles, maintient de la paix, etc., ...) vous condamnez trop vite ceux qui peuvent révéler les turpitudes et les excès de tous ceux qui en nos noms n'agissent plus pour l'intérêt commun.

J'ai remplacé un mot sur une partie de l'article que Mr Moix a écrit, c'est sans doute un procédé trop excessif, mais il fallait s'y attendre :

"j’accepte, pour mon bien qui est lié au bien d’une communauté nationale, de ne pas être en mesure, à titre individuel et privé, de bénéficier de toutes les ressources et informations – ce privilège, je l’ai abandonné (démocratiquement) à ""

....... HITLER .""

"Je me cache à moi-même des choses par son intermédiaire – parce que j’ai choisi, accepté de le faire ; par ce que j’admets, tacitement, qu’il en fera meilleur usage que moi, que nous tous rassemblés. Et surtout, je suis conscient que dans cette part de secret, de voile, d’opacité, réside une valeur ajoutée (en terme de sécurité, mais aussi de démocratie) que le dévoilement, que la publicité mettraient à mal"

Voilà, les Allemands ont confié démocratiquement le pouvoir à Hitler, on a malheureusement constaté comment la situation en termes de liberté et de paix a évolué ...

 

Il y a alors la vision beaucoup plus pragmatique, plus réaliste de Mr Plenel qui nous alerte sur la très rapide dégradation de nos libertés (justifiant la première phrase d'introduction de son article), et du fossé de plus en plus grand qui nous sépare de nos gouvernants : en ce sens, il défend Wikileacks, s'en sert aussi, pour combler ce fossé et redonner au peuple le pouvoir qu'on veut lui ôter.

L'histoire nous ayant appris à plus nous méfier des représentants du peuple, que du peuple lui-même.

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