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Pourquoi les Roms?

… Ces voyageurs, pour lesquels est ouvert L’empire familier des ténèbres futures.(Baudelaire, « Bohémiens en voyage »)

Pourquoi les Roms? Pourquoi, aujourd’hui, en France, s’en prendre à ces populations qu’on résume d’un nom – « les Roms »? La réponse, il ne faut pas la chercher de leur côté. On n’imaginerait pas d’expliquer l’antisémitisme par quelque propriété des Juifs. De même, ce ne sont pas les musulmans qui sont la clé de l’islamophobie, ni les homosexuels de l’homophobie, ni les femmes de la misogynie. Il ne faut pas prendre l’objet de la phobie pour sa cause. Comme toujours, l’explication de la politique est d’ordre politique.

 

 

 

La campagne contre les Roms, c’est justement un membre du gouvernement qui nous en révèle la logique. Le 29 août, lors de l’université d’été du Nouveau Centre, Hervé Morin, ministre de la défense, a en effet donné lecture du « texto d’un ami musulman »: « Après 50 ans de bons et loyaux services, c’est avec beaucoup d’émotion, mais il est vrai avec un certain soulagement, que les Français d’origine maghrébine, ainsi que moi-même, sommes très fiers de passer officiellement le relais aux Roms, comme boucs émissaires et responsables de tous les maux de la France. J’espère qu’ils seront et resteront dignes de cet héritage prestigieux. Bon courage à eux ! » Bien sûr, les Roms n’ont pas attendu l’été 2010 pour occuper en France la place du bouc émissaire. Sans remonter plus loin dans l’histoire, la logique qui se fait entendre aujourd’hui était déjà inscrite dans le discours du premier gouvernement Fillon.

 

 

Le 25 novembre 2007, Brice Hortefeux répondait ainsi à une question sur les Roms. Un journaliste de M6 l’interpellait sur la politique du chiffre : si la Roumanie et de la Bulgarie sont en train de rejoindre l’Union européenne, « on ne peut plus les expulser ! ». Celui qui était alors ministre de l’immigration et de l’identité nationale protestait pourtant : « Non, non, attendez, moi je ne laisse pas [dire] les choses comme ça. Je ne peux pas dire qu’on ne les expulse plus. Je veille à ce que ceux qui ne se conduisent pas bien soient expulsés ». Et le prédécesseur d’Éric Besson d’ajouter : « si vous rêvez d’une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes, propres… » La logique était claire : la politique du chiffre réclamait des expulsions ; et si les Roms entraient dans l’Europe, il devenait nécessaire, pour pouvoir continuer de les expulser, de ne pas les considérer comme des citoyens « propres » et « honnêtes ». La stigmatisation des Roms permettait de justifier leur expulsion en vue d’atteindre les quotas annuels.

 

La nouveauté, c’est plutôt que la logique implicitement inscrite dans l’action gouvernementale, explicitée par le ministre au détour d’un entretien, est devenue pendant l’été 2010 le cœur du discours présidentiel, et la vitrine de son action. On ne se contente plus d’une pratique discrète ; on revendique hautement, et l’on affiche de façon spectaculaire. Aussi le fameux texto, qui semble avoir circulé d’abord dans la « communauté musulmane », dit-il bien la vérité de notre actualité. La stigmatisation ne suppose pas un objet fixe ; au contraire, son efficacité passe non seulement par la répétition (parions que le gouvernement, entre la polygamie et la burqa, n’en a pas fini avec les musulmans), mais aussi par la démultiplication (avant ou avec les Roms, les musulmans, la « racaille » et tant d’autres « catégories de populations »).

 

Il y a donc bien une circulation rhétorique : le projecteur se déplace, au gré de l’actualité, entre ces « Autres » multiples, c’est-à-dire entre ces groupes sociaux « altérisés ». Pour rendre compte de ce fonctionnement, je propose de parler de « signifié flottant ». Je m’explique. Claude Lévi-Strauss inventait en 1950 le concept de « signifiant flottant » : le « mana » étudié par Mauss ne serait pas plus mystérieux que certains mots que nous utilisons tous les jours – comme « truc » ou « machin », dont le sens se renouvelle selon les contextes. Un même signifiant peut renvoyer à de multiples signifiés, au gré des besoins. « Simple forme », le signifiant flottant est donc « susceptible de se charger de n’importe quel contenu symbolique ».

 

Inversons l’analyse : les Roms, les musulmans, mais aussi les « jeunes d’origine immigrée », les Noirs ou les « couples mixtes », sont les signifiants variables d’un même signifié flottant ; et c’est précisément le caractère hétéroclite de la liste qui en est le révélateur. Qu’ont-ils en commun ? À l’évidence, rien – si ce n’est que les uns et les autres se trouvent disponibles, si l’on ose dire, pour la rhétorique politique de stigmatisation actuelle. Quelles propriétés symboliques, et non pas sociales, les Roms partagent-ils avec ces groupes divers ? La réponse ne nous dira rien sur les causes de cette phobie ; en revanche, elle en éclairera le fonctionnement. Elle permettra de comprendre, non pas pourquoi, mais comment les Roms se trouvent pris dans la rhétorique gouvernementale. L’hypothèse qu’on voudrait développer ici, c’est que tous ces groupes stigmatisés sont à la frontière entre « eux » et « nous » – ni dedans, ni dehors, ou plutôt les deux à la fois. Le « problème », c’est qu’ils ont en même temps un pied dedans et un pied dehors.

 

Fin juillet, quand le gouvernement a mis en place sa rhétorique de stigmatisation, les critiques ont dénoncé « l’amalgame »: nos gouvernants n’étaient-ils pas en train de confondre les Roms étrangers avec les gens du voyage français ? Sans doute ; reste qu’un tel amalgame n’a rien d’accidentel ; il est essentiel. La dérive est inscrite dans le principe. Les populations qui posent problème, autrement dit, qui sont construites comme « problématiques », ce ne sont plus tant les étrangers que celles et ceux dont la situation remet en cause le partage, supposé aussi simple et évident que l’intitulé du nouveau ministère opposant l’immigration à l’identité nationale, entre « eux » et « nous ».

 

C’est vrai des musulmans. Songeons à la tribune du président de la République sur l’islam, à l’occasion du référendum suisse sur les minarets, dans Le Monde daté du 9 décembre 2009 – soit en plein « débat » sur l’identité nationale. Tout en les invitant au respect mutuel, il distinguait « ceux qui arrivent », les musulmans, de « ceux qui accueillent », présumés non-musulmans ; autrement dit, il faisait comme si l’islam était étranger à la France. L’amalgame est crucial : il revient à traiter en immigrés des populations constituées, pour une part, d’étrangers, et pour une autre, de Français.

 

Il en va de même pour les Noirs : certains, venus d’outremer, sont Français depuis de nombreuses générations ; d’autres sont issus de l’immigration subsaharienne plus récente. La stigmatisation des Noirs repose sur cette double position, à la fois interne et externe. D’ailleurs, c’est le même président de la République qui, lors d’un voyage officiel aux États-Unis, s’émerveillait le 6 novembre 2007 d’un pays dont les trois derniers responsables de la politique étrangère n’auraient pas été « canal historique » (autrement dit, « de souche ») : c’était considérer Condoleezza Rice, à l’instar de Madeleine Albright ou Colin Powell, comme immigrée ou issue de l’immigration – à l’évidence, parce qu’elle est noire.

 

La logique est double. D’un côté, constituer les étrangers en problème ne manque pas d’avoir des effets sur tous ces Français qui, d’une manière ou d’une autre, « ont l’air » étrangers – par leur origine ou leur culture, mais aussi, tout simplement, par leur couleur de peau ou leur patronyme. C’est bien pourquoi la fermeture en matière d’immigration ne saurait être compensée par quelque ouverture dans le registre de la diversité : c’est la fable, en guise d’avertissement, du loup de la xénophobie et de l’agneau de la diversité. D’un autre côté, en même temps, cette inévitable confusion entre frontières externes et internes, ou cette contagion inéluctable, des premières aux secondes, constitue la frontière, au moment même de la tracer autour de l’évidence supposée de l’identité nationale, en un lieu problématique : comment distinguer ceux qui ont l’air étranger, sans l’être, et ceux qui le sont, sans en avoir l’air ?

 

Les « couples mixtes » sont un des signifiants de ce signifié flottant, que définit son ambiguïté. En effet, pourquoi font-ils l’objet d’un soupçon systématique, que révèle l’obsession des mariages blancs, et même, depuis Éric Besson, des mariages gris ? Précisément parce qu’ils sont à la frontière entre « eux » et « nous » : par leurs amours, ces couples binationaux la remettent en cause. C’est pour la même raison que les Roms posent aujourd’hui problème : ils campent sur le seuil de l’identité, tant nationale qu’européenne. Cette situation liminale interroge en effet doublement nos frontières. D’une part, ils peuvent être français ou étrangers ; mais d’autre part, bulgares ou roumains, ils sont au seuil de l’Europe, sans en avoir encore tout à fait les droits. Ils pourraient reprendre à leur compte, en l’élargissant, la formule célèbre de Césaire : Européens à part entière, ou entièrement à part ?

 

Le seuil identitaire, signifié flottant dont les Roms sont actuellement un signifiant privilégié, les condamne-t-il sans rémission au rôle de bouc émissaire ? Le Parlement européen, qui a adopté le 18 juin 2008 la « directive de la honte », durcissant les conditions de détention et d’expulsion des immigrés, vient pourtant de voter, le 9 septembre 2010, une résolution qui s’inquiète de « la vague de stigmatisation des Roms et de dénigrement général des Tsiganes dans le discours politique », et invite la France à « suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms. »

 

Inconséquence, voire hypocrisie ? Peut-être. Il n’empêche. De même qu’en France, j’en ai fait récemment l’hypothèse, la xénophobie politique bute peut-être contre un « seuil d’intolérance », il se pourrait, hypothèse complémentaire, que l’Europe comprenne enfin que la phobie liminaire ne saurait toucher exclusivement les étrangers extra-européens. Tôt ou tard, les effets de cette politique retombent sur des citoyens européens. D’ailleurs, il en va de même, à l’échelle nationale, pour les Français suspects – des conjoints d’étrangers aux victimes du « délit de solidarité », en passant par celles et ceux qui peinent à renouveler leurs papiers, alors qu’ils se pensaient à l’abri. C’est justement l’effet du « seuil ». Et c’est pourquoi l’Union européenne se découvre une conscience de la « honte » : on croyait s’en prendre aux seuls non-Européens ; on comprend désormais que les Européens n’échapperont pas à cette logique phobique.

 

« L’empire familier » de la phobie, que les Roms, quelque nom qu’on leur donne, ou plutôt qu’ils se donnent, ont déjà subie naguère, augure-t-elle des « ténèbres futures » qui nous menacent ? Ou bien la « tribu prophétique », dont parle aussi Baudelaire, ne nous engage-t-elle pas en même temps à rêver que le pire n’est pas toujours sûr – et qu’il faut donc combattre sans relâche pour prévenir son résistible avènement, y compris en imaginant des renversements encore inespérés ?

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Ce texte a fait l’objet d’une intervention orale, samedi 11 septembre à Montreuil, à l’occasion de la journée « Roms, et qui d’autre ? », organisée par Cécile Canut et Cécile Kovacshazy (avec Thomas Lacoste).

 

Tous les commentaires

"Ou bien la « tribu prophétique », dont parle aussi Baudelaire, ne nous engage-t-elle pas en même temps à rêver que le pire n’est pas toujours sûr – et qu’il faut donc combattre sans relâche pour prévenir son résistible avènement, y compris en imaginant des renversements encore inespérés ?"

Salut - Merci

"un pied dedans, un pied dehors", le seuil comme signifié flottant. Vos concepts sont lumineux et me touchent particulièrement, moi qui ai "un prénom dehors, un nom dedans", et des aieux dans plusieurs continents.

Merci pour cette réflexion j'espère qu'elle essaimera largement !

 

En effet: aux limbes de la "normalité" , au purgatoire de la bienséance, candidats à apatride frappés du sceau infame de l'"étrange": la nation ne veut plus de nous.

Excellent billet, Merci.

Juste avant d'aller enfin dormir...

"un pied dedans, un pied dehors"

Issue de tant de cultures que parfois je me cherche moi-même, depuis Barcelone, je vous remercie pour ce billet.

ps spirit...on se suit, ils vont croire à un complot... Tranquile

C’est nous, les Roms.

Qui avons découvert que la Terre est plutôt ronde.

Qu’on ne peut se fixer nulle part, que la vérité est vagabonde.

Qu’on ne vit et meurt jamais seuls, si on épouse chaque seconde.

Que l’éternel détour signifie qu’il n’y a pas d’arrière monde.

Nous tenons à cette caravane dans laquelle nous faisons le tour du monde.

Avec nos misères et nos chimères, nous faisons table ronde.

Ce que nous désirons par-dessus tout, c’est la fin du monde.

Nous y serons, parce que nous brûlerons après tout le monde

Cessez de nous chasser et de vous prendre pour le centre du monde.

Avec 300 euros, nous avons juste assez pour vous trouver immondes.

http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20de%20Roms

Les causes de cette phobie, comme de toutes autres, sont évidemment d'ordre psychologiques.

Le mépris de la différence s'enracine dans la frustration de son amour propre.

Qu'a t'il été transmis de leurs pères à ces fils comme silences, critiques, doutes ou violences quelles qu'elles soient pour que ces hommes en viennent à ne pas s'aimer eux-mêmes. A courir vers une reconnaissance institutionnelle pour attirer des considérations manquées. Combattre l'invisible, créer l'adversaire pour finalement ne pas aimer l'autre.

Le plus terrible est finalement que le mépris donné crée de l'échec et génère donc un nouveau mépris...Un mépris prenant de multiples formes.

Voici un communiqué montrant une autre forme de mépris institutionnelle et liberticide :

 

"Les Alternatifs des Alpes-Maritimes expriment leur solidarité avec Henri Rossi, président de la section cannoise de la Ligue des droits de l'homme, convoqué au commissariat de police de Cannes sur ordre préfectoral à la suite de l'interdiction du rassemblement cannois du 4 Septembre contre la politique sécuritaire du gouvernement, la xénophobie et le racisme d'Etat.

Cette volonté d'intimidation, couplé à la grave atteinte aux libertés publiques que constituait l'interdiction à manifester sur la voie publique, traduit une volonté de mise au pas des résistances suscitées par la droite sarkozyste, de plus en plus sensible aux sirènes de l'extrême-droite.

Les Alternatifs des Alpes-Maritimes exigent que la liberté de manifestation soit partout respectée.

Partie prenante du combat pour l'élargissement des droits humains, ils s'opposent fermement à toute tentative de criminaliser l'action de ceux et celles qui défendent la démocratie et les libertés fondamentales contre la dérive autoritaire incarnée par Nicolas Sarkozy et, dans notre département, par Christian Estrosi et Eric Ciotti."

pour la coordination départementale des Alternatifs

Marcelle Monzeglio, Bruno Della Sudda, portes-parole

 

le 11 septembre 2010

 

Magnifique intervention, merci. La "tentation du mur" (Edouard Glissant) toujours presente.

@oliv92

Merci de rappeler ce titre et ce concept de Glissant "la tentation du mur"...

Il y a toujours tentation de construire un mur entre le présent et l'avenir, ce qui nous fait peur, nos frayeurs et nous, un mur entre pauvreté et richesse, nord et sud, l'autre et soi, le passé et le présent, un mur qui est toujours non seulement une honte mais un fantasme, mur de Berlin, mur d'Israël. Avec d'un coté ce qui est mien et de l'autre ce qui est "autre"...quoi de plus normal ? Si l'on évacue l'idée que le mien, ce qui est mien a été aussi "volé " "récupéré" sur l'autre..que la propriété c 'est du vol... ou du moins une sédimentation de valeurs marchandes circulantes, une accumulation primitive.

Personnellement , j'ai trouvé votre article tres interessant

Mais "un pied dedans , un pied dehors " d'accord

Néanmoins , ne jamais oublier qu 'au fond , il y a d'abord et initialement un refus de l'autre différent .

"Un pied dehors, un pied dedans" la formle a fait mouche.

Mais ,sans reprendre Mao, il y a toujours deux en un , toujours.

Le redécouvrir avec émerveillement ne justifie qu'on en fasse un concept opératoire pour comprendre ce qui se passe.

Nous sommes, chacun, est à la fois jeune et vieux, du terroir mais aussi parisien, dominant mais aussi dominé, femme à tendance masculine, homme à tendance féminine, socialiste tendance dsk ou Melanchon etc... pour ne rien dire de nègres élevés en France et retournés au pays, ou des métis. Nous ne sommes jamais, individuellement, qu'un compromis entre passé et avenir. Nous ne sommes jamais, collectivment, qu'un moment. Toute tentation de penser les choses, les classes, les individus, les ethnies comme unité conceptuelle pure est vaine et fausse dés le départ. Voire dangereuse.

Nous savons pour citer Duvignaud « qu'un peuple n'est jamais prisonnier de lui-même » qui ajoute « si isolé qu'il soit par la géographie, si isolés que soient ses membres ».

Or l'Occident qui s'estime plus ou moins « pur », est lui-même largement, profondément métissé. Dans les arts visuels le premier métissage, le premier choc des cultures et des civilisations peut remonter aux premiers siècles de notre ère quand les arts romains bousculèrent les arts celtes et goths, quand l'épure et l'équilibre prirent le pas sur la bigarrure, la volute et l'inventivité, se continuer aux 7 et 8 éme siècle par l ‘apport arabe via l ‘Andalousie et l'Espagne (chacun sait que Averroès -Abu Walid ibn Rochd cordobes dit Averroès cordubensis-joua un rôle éminent dans la création de l'Université de Paris vers 1190) aux 13ème et 14ème quand l'Italie renaissante - pleine des influences byzantines- rencontre, en France, les primitifs flamands ( voir Panofsky). Enfin que dire des japoniaiseries découvertes par Van Gogh, des arts africains par Apollinaire et Picasso, des influences orientales de Rothko dans les années 1950 ? Penser que l'occident est un monde sorti de lui-même qui se serait enfanté lui-même et nourri de ses propres œuvres est une vision particulièrement fausse.

L'autre c'est un nous que nous voulons renier.Le roms roumains un devenir possible et un passé quasi certain...car la France, le Paris de la fin du XIXème, celui de Hugo et des misérables ou de Notre Dame de Paris, le Paris de Zola et de Gervaise était bien, ce me semble, composé de roms, c 'est à dire de gens venus d 'ailleurs ( la Province) sans formation, parlant à peine le français, paumés, mendiant, et faisant du larçin son mode quasi unique de vivre...survivre.????

Et plutôt que de dire que certains sont

Vous exprimez avec brio, ce que j'essaie d'exprimer depuis un certain temps. Je prends souvent comme exemple le fait que, lorsque l'appareil d'Etat créé un lien de causalité entre immigration/étranger et délinquance, au fond ce n'est pas pour stigmatiser les étrangers qui n'auraient aucune raison de commettre des délits vu que le but de leur immigration était de trouver une vie meilleure en France, mais bien les français ressemblant à des étrangers. Ceux qu'on voit à 20h à la télé. Mais ce phénomène existe depuis très longtemps. On dit toujours que les immigrés ressemblant à des français de souche s'intègrent mieux. En effet, visuellement parlant ils s'intègrent mieux. Si demain je me fait agressé par un blanc, je ne vais pas me demander s'il est roumain, polonais ou portugais, mais si je me fait agressé par un noir ou un basané, le couple "étranger-délinquance" va ressurgir tel un conditionnement pavlovien. La propagande médiatique sert donc à construire des conditionnements pavloviens: "barbu+basané-terroriste", "juif-argent", "noir-violence", "rom-voleur","banlieue-violence", et j'en passe.C'est ce qu'on appelle communément des clichés. Seulement, ces clichés ressurgissent très souvent: lorsqu'on se fait agressé, lorsqu'on doit embaucher, lorsqu'on doit louer un appartement, ou lorsqu'on doit faire une guerre. Il faut donc entrainer notre cerveau à casser ces liens de causalité factices, tâche pour le moins très difficile mais primordiale.

Merci en tout cas à M. Fassin pour cet article fort éclairant.

Excellente intervention, Eric. Je retiens le concept, très utile, de "signifié flottant".

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