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L'orthographe, l'illettrisme, contribution à la discussion

Et pourtant, c'est dans cette tranche de vie, la toute petite enfance, que se joue en grande partie l'avenir du futur adulte et aussi sa future maîtrise ou non de la lecture et de l'écriture et la compréhension de ce qui est dit et écrit.

 

Le propre du tout petit enfant, c'est le jeu. C'est par le jeu qu'il apprend et découvre le monde.

 

Le système de l'Ecole maternelle français me semble trop cloisonné et "scolarisé". On l'appelle d'ailleurs l'école maternelle. Alors que dans les autres pays, on appelle cela le "Jardin d'enfants". Je parle du Nord de l'Europe. C'est un concept différent, l'un est basé sur le scolaire, l'intellectualisation des apprentissages, l'autre sur le jeu libre, sans aucune pression.

Mais non seulement en Europe du Nord, presque dans le monde entier, on appelle cette "institution" "Jardin d'enfants" où on met l'accent sur l'apprentissage par le JEU :

en anglais: "Kindergarten" : "jardin d'enfants" (concept allemand repris), aux Pays-Bas "kindertuin" "jardin d'enfants", en Chine 幼稚園 "jardin d'enfants", au Japon 幼稚園 "jardin d'enfants", en Israel   "גן ילדים  "jardin d'enfants", en Russie Детский сад "jardin d'enfants", au Portugal : "Jardim de infância", en Pologne on utilise Przedszkole, ce qui signifie "avant l'école", etc...

Il n'y a que dans les deux pays latins qui nous entourent qu'on parle d'école. En Espagne: "Educación preescolar", éducation pré-scolaire, en Italie: "Scuola dell'infanzia", école de l'enfance où apparaissent les termes "école" et "éducation".

 

L'enfant ne doit pas "savoir". Je suis persuadée que l'enfant doit comprendre, appréhender par lui-même au travers du jeu, ce qui n'est pas du tout pareil. Il faudrait que dès l'âge de 2ans, les enfants découvrent le français par le jeu actif et l'écoute, sans aucune pression de type scolaire.

 

  • „Nicht Wissen kräftigt, sondern Verstehen.“
    ("Ce n'est pas le savoir qui rend fort, mais le fait de comprendre")
    Adolph Diesterweg
    (1790–1866)

 

Par exemple, un groupe d'enfants assis par terre autour d'un/e adulte qui leur lit un conte, une histoire. Et les enfants jouent ce qu'ils ont entendu, et en jouant ils parlent et le dialogue s'installe et l'adulte peut voir si les mots sont compris. Ou tout simplement en décrivant des images. Le but n'est pas de faire des "singes savants" mais de leur donner les mots, outils de la Pensée.


Voir l'article et les commentaires sur "Le livre promenade - Une idée contre l'illettrisme ?"

Et

"Face à l'échec scolaire on est en manque de travaux de recherche en France"

 

C'est là que naît ce que d'aucuns appellent la fracture sociale. C'est donc là qu'il faudrait commencer à la soigner, à la réduire.

 

Je souhaite partager avec vous quelques expériences vécues hors de France, non pas pour dire que c'est mieux, mais pour alimenter la réflexion et la remise en cause. Celle-ci est très difficile dans le milieu de l'Education nationale. Il se trouve que je le connais bien, mon frère est proviseur, après avoir longuement enseigné en collège, son beau-père ancien inspecteur d'Académie, une belle soeur enseigne le français en lycée, etc... J'ai pour ma part enseigné le français à des Allemands pendant plus de 15 ans à Hambourg. Je ne parle donc pas ici de choses que je ne connais pas.

 

Pour revenir au sujet. Je suis pour un jardin d'enfants ouvert à tous les enfants d'un quartier, où ils peuvent dès 2 ans, faire l'apprentissage du français par le jeu, sous l'oeil bienveillant d'éducateurs qui ne se considèrent pas comme des enseignants mais des accompagnateurs. L'extension du vocabulaire par le jeu est selon moi essentiel. Evidemment, certains ne voudront pas envoyer leurs enfants dans cet établissement.

 

Mais beaucoup d'enfants traversent le système scolaire sans comprendre ce qui est dit à l'école - des enfants de langue maternelle française, les enfants issus de familles étrangères encore davantage. Et les enseignants n'ont pas le temps de le vérifier ni d'y apporter de remède, car ils ont comme mission l'enseignement de toute une classe.

 

C'est donc avant l'entrée en CP - contrairement à ce que dit Darcos - qu'il faut mettre l'accent sur le développement et l'extension du vocabulaire de manière systématique. Je suis absolument CONTRE la proposition de Sarkozy sur le "dépistage précoce" de la délinquence.

 

Mais je vous fais part de ce qui existe en Allemagne, ce sont les pédiatres qui sont chargés de contrôler la maîtrise des acquis à chaque âge depuis la naissance jusqu'à l'entrée en CP. Les examens réguliers sont obligatoires et payés par la sécurité sociale.

Les examens sont obligatoires et les parents qui ne présentent pas leurs enfants sont invités à le faire s'ils ne respectent pas le délai prévu. Ainsi, très tôt sont décelés les problèmes de vision, d'expression, de développement intellectuel et physique pour y remédier immédiatement.

 

On pourrait imaginer une collaboration entre les pédiatres - qui malheureusement en France ne sont vus que comme médecins qui soignent le corps et non comme accompagnateurs du développement de l'enfant de sa naissance à sa scolarisation - et les jardins d'enfants pour un soutien systématique dès l'âge de 2 ans.

 

Je poursuivrai en ouvrant un autre fil sur le problème de la TV et des jeux vidéos dans l'apprentissage des mots nécessaires à la pensée et le creusement de la "fracture sociale".

 

Avant de finir cependant, une anecdote qui montre clairement ce problème. En discutant avec la fille d'une voisine de 11 ans, en collège, je me suis aperçue qu'elle ne comprenait pas les mots "béton" et "axe" d'une voiture, alors que mon fils de 6 ans le savait. Elle vivait dans une famille où la TV était allumée du matin au soir. J'ai demandé à sa mère si, petite enfant, elle ne posait pas de questions pour savoir les choses. Non. Bien sûr, puisque la TV marchait tout le temps. J'ai essayé de l'aider, nous avons lu ensemble des textes simples et je me suis aperçu qu'elle ne comprenait vraiment qu'une partie infime du sens, peut-être un tiers. Mais je ne l'ai constaté qu'en posant des questions, car elle, elle ne disait pas qu'elle ne comprenait pas, elle faisait comme si tout était clair.

 

Cette fille a quitté l'école tôt pour faire un apprentissage. Son monde de pensée reste très limité car tout un océan de mots lui restent inconnus. Elle a grandi devant la TV en guise de "précepteur", sa toute petite enfance en crèche. Si on projette cela dans la réflexion citoyenne, c'est grave... on peut manipuler beaucoup plus facilement.

 

C'est ainsi que des milliers d'enfants traversent l'école primaire, avec un vocabulaire très pauvre, ils ne comprennent pas de quoi parlent les profs, il est clair qu'ils ne lisent pas et ne savent pas l'orthographe des mots. Mais l'orthographe n'est que la pointe de l'iceberg.

 

150.000 quittent le système scolaire français sans aucune formation. L'illettrisme touche 10 % de la population du pays. Une honte pour un pays dit développé.

 

C'est pourquoi je pense que toute la discussion sur la simplification de l'orthographe pour réduire la fracture sociale ne part pas assez profondément dans l'analyse du problème.

 

La suite sur le prochain fil: http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/etoile66/191208/le-role-de-la-tv-dans-l-acquisition-des-mots-pour-penser

Tous les commentaires

Chère Etoile 66, Merci pour ce billet très intéressant. "Et pourtant, c'est dans cette tranche de vie, la toute petite enfance, que se joue en grande partie l'avenir du futur adulte et aussi sa future maîtrise ou non de la lecture et de l'écriture et la compréhension de ce qui est dit et écrit." Complètement d'accord avec vous. Cordialement.

Chère Etoile66, Le système des classes maternelles en France est plutôt excellent, en fait, et beaucoup de pays nous l'envient. Les enseignants de maternelle sont parmi les plus inventifs que je connaisse. Les trésors qu'ils déploient pour accompagner l'éveil des enfants sont magnifiques. Ils sont nombreux à avoir compris l'importance de la langue et des mots de la langue, à côté d'autres apprentissages fondamentaux. Nous avons également en France le système que vous décrivez pour l'Allemagne: dès la PMI (Protection Maternelle Infantile), des consultations sont mises en place pour vérifier que l'enfant se développe bien. Puis, la Médecine scolaire prend le relai. Des outils très complets d'observation ont été élaborés et validés, afin de permettre aux enseignants de maternelle de repérer quels enfants sont, ou risquent d'être, en difficulté. Notre problème en France vient de la non applicabilité des mesures édictées, qui sont souvent excellentes. On fait de magnifiques textes, de beaux décrets d'application, on crée sur le papier de magnifiques structures, mais l'intendance ne suit pas. C'est plutôt cela le drame, à mon avis. Bien cordialement.

Chère Art Monika, Je n'ai jamais dit que le maillage pour la garde des enfants en bas âge ne soit pas optimale en France. C'est un fait. Je parlais de la qualité de l'acquisition de la langue. Et là les conditions ne sont pas requises. Le tout est trop scolarisé, notamment dans ce qui est appelé la "grande section". Je le vois encore aujourd'hui, un de mes neveux étant maintenant en CE1... Il faudrait de petits groupes avec plusieurs adultes par groupe du moins pour les 2-3 ans. On en est très loin.

Chère Etoile 66, Le gros problème de la France en la matière est d'avoir été très en retard dans la prise en compte des difficultés de développement de la langue orale et écrite chez les enfants. Tout cela est resté longtemps pris (et l'est encore) dans la grande mélasse des hypothèses psycho-affectives. Du coup, en 2001, après la promulgation du premier Rapport officiel sur ces troubles, les écoles ont appliqué des recettes toutes faites venues des recherches anglo-saxonnes. On s'est mis à faire travailler les enfants de grande section sur la phonologie, comme si on n'avait besoin que de la phonologie pour lire. C'est une aberration, car sans l'approche lexicale et sémantique des mots, la phonologie n'est qu'un exercice formel. Nous sommes un certain nombre (professionnels, parents) à nous être impliqués pour faire bouger les choses au niveau scolaire. Mais cela reste très difficile. Et avec la réduction du nombre de classes et d'enseignants, les difficultés vont s'aggraver, hélas. On va à l'envers de ce qu'il faudrait faire. Cordialement.

Il faudrait, comme le dit Monika, que l'intendance suive les belles trouvailles du dépistage..; et qu'on ferme la télé. Imaginez, un bandeau, une pub régulière, qui passerait, comme pour le tabac et indiquerait, ce qui est une vérité d'évidence : . La télé nuit gravement au développement et à l'équilibre psychique des enfants. . L'abus de télé est déconseillé pour l'équilibre mental. A regarder avec modération

Alain, Absolument d'accord avec vous. Je vous invite à aller voir l'etude réalisee sur les enfants et la TV: http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/191208/le-role-de-la-tv-dans-l-acquisition-des-mots-pour-penser

Les deux adresses que vous proposiez (article de Vincent Truffy sur l’orthographe) :  http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/191208/l-orthographe-l-illettrisme-contibution-a-la-discussionhttp://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/191208/le-role-de-la-tv-dans-l-acquisition-des-mots-pour-penser ne débouchent pas sur votre blog. Est-ce dû à un défaut technique de Mediapart ? Je vous ai retrouvée tout bonnement par http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66 .

Mille mercis BJM: Les liens exacts sont les suivants: http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/191208/le-role-de-la-tv-dans-l-acquisition-des-mots-pour-penser-ecrire-et-s-expri http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/191208/l-orthographe-l-illettrisme-contribution-a-la-discussion En fait, j'ai modifié les titres après coup, car il y avait une faute de frappe dans l'un et j'ai rajouté une partie dans l'autre.

Etoile, je suis bien d'accord sur l'hyper-scolarisation de la maternelle (et du reste d'ailleurs) : ce terme je l'emploie pour souligner la forte pression évaluative en maternelle et ailleurs. Ca n'a pas toujours été le cas ; en maternelle, ces fameux livrets d'évaluation se sont mis en place environ vers 1990. Tout cela partait d'une idée "apparemment" bonne, suivre les progrès, remédier aux manques ....Evidemment cela est devenu le plus souvent un outil de classement, de constat de l'échec, et même si le suis un peu caustique, une "justification" a posteriori de l'échec. Il me semble qu'un des problèmes français (il y a bien autre chose aussi) vient de l'organisation très hiérarchisée de cette institution scolaire, avec des lieux de pouvoir jaloux (les inspections générales par ex.) ; les "idées" tombent du haut de la pyramide et l'application se fait à la va-comme-j'te-pousse ; et surtout, la critique de tout cela ne se construit pas par une démarche dialectique d'aller / retour théorie pratique etc ... De ce fait, tout est rigide, hyper-modélisant, et la créativité des personnes en prend un sacré coup ! Bien à vous Marielle Billy

M. Billy, vous avez exactement décrit la situation.

Je simplifie un peu pour être plus clair, mais il reste que, statistiquement parlant, un fils d'ouvrier sera à son tour ouvrier et un fils de médecin (exemple pris au hasard) à son tour médecin (ou équivalent socialement). Pourquoi l'école ne parvient-elle pas à corriger cette inégalité de naissance ? J'ai, bien évidemment, quelques petites idées là-dessus pour avoir moi-même enseigné quelques années. Mais j'aimerais connaître votre avis et celui de vos lecteurs. Pour ouvrir un peu des pistes je ferai ces deux observations concernant les handicaps liés au milieu social : 1) Un jeune enfant parle la langue de ses parents, "correctement" pour le fils de médecin, mais pas pour le fils d'ouvrier, lequel sera forcément (?) et fréquemment repris par l'enseignant, ce qui assez rapidement le détournera du goût de s'exprimer. 2) Le premier de ces deux enfants grandit au milieu de livres et de parents qui lisent ; l'inverse pour le second, qui a pour idole des parents qui déconsidèrent même parfois le livre par souci de leur image (et de leur perte d'autorité ?). Restent les handicaps liés (creusés ?) par les méthodes éducatives à l'école....

Etoile, veuillez m'excuser de m'exprimer ici avant vous. BJM, je me glisse ici pour vous donner un avis : il y a un travail énorme à faire dans l'école sur les "représentations" des personnes et sur la pédagogie afférente. C'est un débat compliqué qui a du mal à émerger dans l'institution ; j'y reviendrai sur mon blog. Pour dire vite, il me semble que lorsque vous articulez ce que j'ai dit ci-dessus dans mon message sur l'évaluation, avec la grande difficulté des gens à faire le lien entre : la nature de l'enseignement, la façon dont la transmission se fait /et / la réalité sociale des enfants (cf vos remarques)...vous avez des pistes pour analyser les échecs. Il y a tout un travail de déconstruction / reconstruction à mener sans cesse. C'est top long à développer. Bien à vous. PS : vous êtes de Banon ? ce lieu est pour moi très lié à sa superbe librairie "Le bleuet" ....

@ BJM: Si "l'ascenseur social" ne fonctionne plus depuis longtemps, c'est parce que l'Education nationale, je le sais car j'ai plusieurs membres de ma famille qui en font partie, a une vision totalement intellectualisée de l'être humain.

D'ailleurs, je me suis fait reprendre sur un autre site, l'enseignant ne considère pas l'enfant, mais l'élève, juste son cerveau, autrement dit. J'écrivais que je regrettais qu'en France, contrairement à ce que je connaissais en Allemagne, beaucoup d'enseignants passent d'une classe à l'autre - en fait ce sont les élèves qui doivent changer de salle - ils n'ont pas de relations personnelles avec leurs élèves - ils ne donnent pas leur numéro de téléphone privé, aucun contact hors de l'école - et ne savent donc pas tout ce qui se passe entre les élèves quand ils ont quitté la salle de cours ou dans la cour, ou sur le chemin pour rentrer...

Un enseignant m'a reprise et indiqué qu'il n'avait pas en face de lui des "enfants", mais des "élèves", ajoutant:

"Je trouve cela normal et sain. L'enseignant n'a pas à se substituer à la famille ni aux copains. Heureusement que l'enseignant ne sait pas tout ce qui se passe en dehors de sa salle de classe !" Je ne sais pas si c'est à l'IUFM que l'on enseigne ce genre de relation, mais pour avoir vécu autre chose, cela m'effraie. Pendant toute la scolarité de mon fils à Hambourg, nous avions le numéro de tél. des enseignants et il y avait toujours un échange humain entre eux et les enfants et eux et les parents.

L'enseignant français, d'après celui-ci, ne s'adresse qu'à l'intellect, à l'élève, tout le reste autour, l'enfant, lui est égal. Et on n'attache d'importance qu'à cette partie, négligeant totalement le travail manuel - qui est un art - le sport, l'art, la musique, etc...

Tout cela ne compte pas, ce n'est pas important et même on dit à ceux "qui ne sont pas bons" qu'ils iront en technique ou "feront un manuel".

Dans d'autres pays, comme l'Allemagne par exemple, le travail manuel est très bien vu et un proverbe dit "Handwerk hat goldenen Boden" ce qui traduit dit: "L'artisanat a le sol en or". Quand je suis arrivée à Hambourg, une grande partie de mes étudiants avaient fait un apprentissage avant. Comme cuisinier, mécanicien, électronicien, transporteur, dans le transport maritime, etc.. Leurs parents leur avaient dit "Si tes études ne marchent pas, au moins tu auras un métier."

 

Cette vision pragmatique et ce respect du travail manuel est totalement absente de l'Education nationale qui ne reproduit que les futures "élites". "Faire Normale Sup et l'ENA n'est pas à la portée de tout le monde et un tel cursus est révélateur d'une intelligence brillante, voire exceptionnelle." m'écrivait un internaute sur un blog. .

 

Voilà ce que j'entends partout en France, on s'écrase devant ces "élites" que l'on a bien fait pousser sur le terreau des familles déjà privilégiées Alors que dans d'autres pays, le vrai mérite dans son parcours professionnel, par son travail et ses compétences, permet d'arriver au sommet des entreprises ou de l'Etat, sans être passé par ce formatage à la pensée unique pratiqué en France. . J'ai partout rencontré ce genre d'émerveillement devant ceux qui ont fait l'ENA ou Sciences Po, ou toute autre "Grande Ecole" (il faut apprécier le terme choisi!) alors que l'Université et la recherche sont dans un état de désolation déplorable. .

 

Donc on a tout misé et mis le paquet sur ces cursus "élitaires" qui sont donc aussi financés par les familles de ceux qui n'iront jamais.

 

Quand on voit le classement - "ranking" - des "Grandes Ecoles" françaises au niveau international, on peut commencer à se poser les vrais problèmes... .

 

La dépense publique annuelle par étudiant en 2006 en France était de 9 370 € par tête et par an, ce qui place la France en dessous de la moyenne des pays de l'OCDE et masque une grande diversité puisque les chiffres varient de 7 840 € pour les universités à près de 20 000 € pour les « grandes écoles ». Presque le triple... .

 

La soi-disant "élite" se sucre de génération en génération sur le dos de la Nation et se reproduit de manière presque incestueuse, les fils et filles d'énarques et des classes aisées y étant beaucoup plus représentés que ceux des autres couches de la société, plus de la moitié. . Je vous invite à lire attentivement ces statistiques tout à fait officielles  ainsi que cet article sur wikipedia concernant la sociologie des Grandes Ecoles

L'Ecole et l'Université retransmettent ces formatages .

Situation socio-professionnelle des chefs de ménage des étudiants: .

Écoles normales supérieures, futurs "enseignants"

5% Agriculteurs
57% Cadres supérieurs et professions libérales
7% Professions intermédiaires
5% Employés
2% Ouvriers
5% Retraités ou inactifs
19% non renseignés .

En résumé: "Grandes Ecoles"
Cadres et professions intellectuelles supérieures 50,8 %
Employés et ouvriers 14,7 % .

"Écoles d'ingénieurs"

Cadres et professions intellectuelles supérieures 59,4 %

Employés et ouvriers 12,4 % .

"Écoles de commerce"

Cadres et professions intellectuelles supérieures 67,5 %

Employés et ouvriers 7,9 % .

 

Voilà comment se reproduit le système... . Voilà comment celui-ci "formate" le reste de la société: On met des barrières tellement infranchissables dans les têtes des gens, on les conditionne à se "coucher" devant les "élites" si "intelligentes" .

 

Et celles-ci pratiquent un lobbying incessant sur les députés et sénateurs pour bien maintenir le système par l'intemédiaire des lois et le rendre tout à fait légal. .

 

Quand on passe un certain temps à l'étranger et que l'on revient, cela frappe en pleine figure. . En dernier lieu, la formation professionnelle. Selon un rapport de l'ENA

"Plus de 50 % des cadres, ingénieurs et techniciens supérieurs bénéficient des plans de formation des entreprises chaque année, alors qu’ils ne concernent que 15 % des ouvriers non qualifiés" (page 34 du document) alors que ces derniers en auraient le plus besoin.

 

Aucune chance pour ceux qui ne font pas partie de "l'élite" qui formate tout pour que surtout le système reste en l'état. .

 

Je terminerai en citant l'étonnement, la stupéfaction, de mon fils, arrivé de Hambourg en classe de 1ère S en région parisienne. Dès la rentrée, leur prof principal leur a dit texto: "Vous êtes la future élite de la Nation, il faudra donc bien travailler"... La conséquence ? Ses copains de classe regardaient les autres lycéens en classes économiques, littéraires ou techniques, comme des imbéciles qu'ils allaient bientôt "dominer". 

 

Lamentable et révoltant. . Ce sont ces "élites" en tout genre, qui disposent de tous les réseaux et de tous les moyens d'information, en France bien plus qu'ailleurs, ils ont tout noyauté et formatent la pensée dès "l'école" maternelle.

Pour avoir pratiqué les techniques d'enseignement et la philosophie éducative de Célestin Freinet quelques décennies en arrière, je partage bien évidemment votre analyse. On ne peut qu'être las de voir que rien ou presque rien jamais ne bouge dans cette Education Nationale, dont les rênes sont encore trop souvent tenues par un encadrement forcément docile puisque jamais les rebelles ne sont écoutés, aujourd'hui moins que jamais sous ce régime qui donne la priorité à la réduction des moyens financiers et qui croit que les inégalités sont davantage d'ordre génétique que social. « Il (Sarkozy) nous parle ... d’une conception du monde qui affleure à chacun de ses propos, où le psychologique et le social se réduisent au biologique. Il n’y a pas de domination sociale ou de culture, il y a des forts et des faibles, des "malades" qu’il faut soigner ou, dans le cas de la pédophilie, enfermer, des races (chinoise), des ethnies (chiites et sunnites), des liens de sang, du déterminisme à tous les étages et l’homme fort (lui) qui va remettre de l’ordre dans tout cela. » (cf. http://www.betapolitique.fr/Nicolas-Sarkozy-la-genetique-l-00603.html )

Très intéressante discussion! Pour avoir travaillé 15 ans en PMI, je voudrais apporter une certaine pondération à l'ensemble un peu défaitiste des commentaires! Plusieurs consultations de nourrissons de PMI ont des accord avec des bibliothèques pour la mise à disposition des tous petits (dès qu'ils se tiennent assis) de livres, histoire de mettre dans la tête des mamans maghrébines (et des autres!) que le livre n'est pas sacré, qu'il peut (et doit) être mis à la disposition des enfants dès leur plus jeune âge! C'est déjà une porte ouverte sur le langage! D'autre part, Etoile66, je vous engage à examiner le contenu d'un carnet de santé français: vous y retrouverez tout ce que vous indiquez dans votre tableau concernant les stades d'acquisitions et du développement des enfants! Les pédiatres français sont parmi les meilleurs du monde en suivant l'école du célèbre Professeur DEBRE et se sont adaptés à l'évolution de la médecine en étudiant le développement psycho-affectif de l'enfant, en intégrant donc tout ce qui a trait aux aspects psychologiques et psycho-affectifs. Peu de pays disposent de l'équivalent du service de PMI français. C'est vrai, les moyens ne suivent pas toujours et, depuis plus de 10 ans, la pédiatrie est en train de mourir en France, faut de reconnaissance. Pourquoi choisir une spécialisation de 5 ans pour gagner moins bien sa vie qu'un généraliste? Avec les psychiatres, les pédiatres sont les seuls spécialistes qui gagnent moins bien leur vie que les généralistes! Certes, beaucoup de pédiatres se sont vus préférer le recours au généraliste en allant rarement à domicile. Et c'est de leur faute. Pour avoir constamment travaillé avec les enseignants de maternelle, je souhaite aussi dire que ces derniers sont très souvent excellents et ont en tête qu'il n'y a rien à voir entre un enfant de 3 ans et celui de 5 ans. Que ce travail autour de l'échange, autour d'un lieu de parole, comme lieu d'apprentissage du français, surtout pour tous ceux dont ce n'est pas la langue maternelle, est une préoccupation dans les ZEP (Zones d'Education Prioritaire)...mais pas toujours aisé à mettre en pratique avec une classe surchargée! Il y a un monde entre le bain du langage, de l'échange par le langage, de la mise à disposition du livre dans les classes sociales privilégiées et les plus défavorisées et cela explique beaucoup en ce qui concerne la suite. La discrimination existe dès la naissance, de par le milieu social. Au total, je ne suis pas du tout certain que le système français ait beaucoup à envier au système allemand. Il faut aussi tenir compte des facteurs culturels. Ce que "gagnent" en organisation les Allemands, les Français ne le récupèrent-ils pas en "imagination" par exemple? Il ne faut pas simplifier comme je le fais, mais il faut tenir compte de ces différences culturelles qui sont un FAIT! Toutes vos remarques, Etoile66, restent cependant très intéressantes et il y a toujours des progrès à faire! Bien à vous.

*** Sourire

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