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Comment réconcilier les sciences et la culture ? La France en 57ème position sur 57 pays pour la relation pratique/ théorie

J'écoutais France Culture en bruit de fond, lorsque mon oreille a été attirée par une information éminemment importante : la place des sciences dans la société. Il s'agit de l'émission "Questions d'époques". Les invités étaient : Pierre Lena, astrophysicien, professeur émérite Université Paris Diderot, délégué à l'éducation et la formation de l'Académie des sciences et Henri Korn, neurobiologiste, professeur honoraire à l’Institut Pasteur.
Le sujet de leur discussion en direct avec deux journalistes était: "Comment réconcilier les sciences et la culture ?"
La dernière enquête PISA menée en 2006 par l'OCDE - qui évalue 400.000 élèves de 15 ans dans 57 pays - révélait que la France était au 19ème rang pour l'enseignement des sciences. Elle est même au dernier rang - 57ème sur 57 - pour la compréhension des sciences dans la pratique par rapport à la théorie.

 

Ce que j'avais observé lorsque j'étais en Ile-de-France de 2000 à 2002. J'en avais touché quelques mots sur ce fil.

 

Voici d'ailleurs les résultats de l'étude PISA à ce sujet:

 

Ecart entre compréhension et théorieEcart entre compréhension et théorie© OCDE


La France y occupe la toute dernière place.

 

Et les invités de poursuivre. J'ai pris quelques notes au vol :

 

Dynamique plutôt négative, inquiétante et peut-être les racines d'un mal profond, celui de la transmission et de l'intérêt de la science dans notre pays. Comment expliquer cette difficulté française à transmettre la culture scientifique ?
La science est une école de la démocratie.


Je m'interroge sur les raisons pour lesquelles il y a une certaine dichotomie entre "culture" et "culture scientifique".
Si on demande au premier venu, le terme "culture" se résume à la littérature, la philosophie les beaux-arts.(Il suffit d'ailleurs d'écouter tous les médias). Les sciences et les techniques ne font pas partie de la "culture". L'expression même de "culture scientifique" le démontre.

 

La science sera généralement oubliée, oubliée aussi par les médias et les politiques.On se trouve devant deux conceptions totalement différentes de ce qu'est la société. Quelles en sont les raisons?
1) Parler de la science est difficile. Il est difficile de faire passer le fait que la science est une affaire technique certes, mais que c'est une affaire de passion, d'amour. Il n'y a que des scientifiques de grand talent qui puissent faire passer cela.
2) Dans la définition du terme "culture", il y a implicitement une référence au passé une forme de conservatisme.

Alors que la science elle-même est de toute autre nature, elle est critique permanente d'elle-même, remise en question, doute, elle est essentiellement quelque chose de l'ordre de l'incertain.
La science fait partie de la démocratie de l'égalite entre les êtres humains. Elle est un école de la démocratie.
Journaliste: "Il semble être difficile de se "cultiver" scientifiquement. C'est plus difficile pour la science que pour les autres disciplines. Quel est le rôle de l'école?"
Vous avez raison de mettre le projecteur sur l'Ecole.


La science contemporaine est une aventure comparable à l'escalade d'une très haute montagne. Les médias montrent des résultats fascinants sur les très hauts sommets avec des explications compliquées. On oublie simplement qu'en montagne il y a aussi des promeneurs, qu'on peut ne pas être Yehudi Menuhin mais jouer d'un instrument avec plaisir.
Notre travail à l'Ecole (La main à la pâte) est d'apprendre à tous, futurs citoyens, que les promenades de science peuvent se faire avec les phénomènes qui nous entourent, regardons le ciel, les étoiles, les tournesols, etc. Et nous verrons que la science est aussi à notre portée. C'est le rôle de l'Ecole.

 

La culture s'appuie sur le passé, la science aussi.

 

Mais il y a assez peu d'Histoire des sciences à l'école, on entend peu parler des figures scientifiques. Ne faut-il pas remettre de l'Histoire au coeur de l'enseignement scientifique?
Absolument exact. On manque d'Histoire de la science. L'Histoire de la science devrait faire partie de l'enseignement.


Le fait qu'on ignore l'Histoire des sciences, qui est un véritable humanisme en soi, a pour conséquences que le corps social a tendance à ignorer la beauté de la science, à ne pas comprendre les enjeux sociétaux.

 

D'où un résultat catastrophique, qui est une peur de la science. Il y a une ignorance et un catastrophisme de la part de nos contemporains.

 

Je crois essentiel dans la transmission de la science de faire percevoir qu'il s'agit d'une aventure humaine et pas seulement d'un corpus de connaissances abstraites. Il faut raconter comment les choses se sont passées.
Par exemple, la première mesure de la circonférence de la terre par Eratosthène il y a 25 siècles à Alexandrie. Comment a-t-il fait?

En mesurant la longueur de l'ombre. Et nous avons fait refaire ceci par d'innombrables classes de primaire.

Quand les enfants rentrent le soir et que les parents leur demandent "Qu'est-ce que tu as fait à l'école, est-ce que tu as eu de bonnes notes" et qu'ils répondent: "Oh, j'ai presque rien fait, j'ai mesuré la taille de la terre", ils sont fiers.

 

Journaliste:
"Les scientifiques sont peu représentés dans le monde politique. Est-ce un problème ?"


J'ai été longtemps en relation avec le monde politique (conseiller scientifique) et j'ai pu constater l'extrême difficulté à communiquer ce qu'est la science, sa nature, ses besoins avec le monde politique. Il y a deux langages qui ont tendance à s'ignorer et il est extrêmement difficile de surmonter ce fossé.


Je dis que c'est le cas en France, pas dans tous les pays.

 

Le gouvernement chinois actuel comprend plusieurs docteurs ou ingénieurs.

 

Et c'est vrai en Allemagne aussi. La Chancelière a fait des études scientifiques avancées.

 

Donc c'est une caractéristique de notre pays, on peut regretter que les élèves de l'ENA n'ait pas une introduction à la science.


Le métier d'ingénieur était le plus beau après la guerre, c'était un état d'esprit collectif. Actuellement un a eu un état des lieux des écoles d'ingénieurs. Les 3/4 des elèves se destinent à la finance et à l'administration. On est obligé d'importer en France des ingénieurs des pays en voie de développement.
Il y a une désaffection vers ce qui est l'objet de la science.



La science se définit aussi par l'industrie d'un pays.

A partir du moment où l'industrie est en train de mourir ça pose un problème dont on n'a pas parlé aujourd'hui et qui est un problème absolument essentiel et fondamental.


PISA 2006 a montré que parmi tous les pays testés, la France est celui où l'écart est le plus grand entre une partie très bonne d'une tranche d'âge et une autre partie qui est très mauvaise.


A la fin du collège nous avons trié 2 sortes de populations, les meilleurs qui deviendront ingénieurs, et un tiers ou un quart que nous avons abandonné.


La Finlande est l'exemple opposé.

 

Fin de l'émission...

 

C'est d'ailleurs ce que j'écris depuis deux ans. L'Europe du Nord, l'Asie, l'Allemagne, bientôt la Pologne et la Russie dépassent la France en matière scientifique - de loin...

 

Il est urgent d'en prendre conscience et de faire pression pour que les choses changent. Reprocher à d'autres pays d'avoir une industrie performante, de trop exporter, ce n'est certainement pas la solution.

 

Tous les commentaires

Je vous rejoins tout à fait, notamment sur la question de l'enseignement de l'histoire des sciences, qui permet de problématiser plus encore cet enseignement.

Quand j'étais lycéen, je détestais les sciences, je trouvais que c'était un pur savoir taxinomique [je disais pas ça comme ça à l'époque], où on me disait "il y a ça, il y a ça, et aussi il y a ça", que du savoir constitué et quasi figé. Du coup, je préférais les lettres et sciences humaines, qui selon moi faisaient plus réfléchir.

Bon, aujourd'hui, je pense quasiment l'inverse (en exagérant un peu)

YK

Autre chose : le fait que la science ne fasse pas partie de la "culture" est un truc hexagonal assez édifiant en effet.

On ose plus facileemnt dire "je n'y connais rien du tout" sur un sujet scientifique, alors que si l'on parle d'histoire, de politique ou de littérature, on a plus peur de passer pour un ignorant.

L'ignorance scientifique est beaucoup moins dévalorisante aux yeux de la mentalité française.

Merci Yann de votre commentaire.

Vous avez raison.

"L'ignorance scientifique est beaucoup moins dévalorisante aux yeux de la mentalité française. "

Mais ce que vous décrivez remonte très loin, à au moins 200 ans...

"La science fait partie de la démocratie de l'égalite entre les êtres humains."

La science, peut-être. Pas les scientifiques.

Remember Stanley Milgram.

Et sur le sujet traité, vous avez une opinion ?

Oui, je reprends à mon compte la formule de Boris Vian et l'essentiel de votre thèse. mais j'y rajoute la notion d'Autodidacte. La communauté scientifique Française est pour moi comme la classe politique : ossifiée entre légitimistes et bonapartistes, entre Sarkozys-Mandarins et Villepins en puissance. C'est pour ça que les "trouveurs" foutent le camp. Il ne reste plus que des "chercheurs", comme dans le sketch des Nuls.

Envoyez des sous. Plein. Pas à l'ARC, ils se sont fait choper, eux.

J'ajoute un détail vécu : hier un organisme public m'a accordé une subvention pour un brevet, et précisant que l'argument décisif en ma faveur était que mon dossier ne comportait pas une seule faute de français ni d'orthographe, ce qui ne se voit jamais, d'après eux. Ca vous réconforte ? ;-)

"'argument décisif en ma faveur était que mon dossier ne comportait pas une seule faute de français ni d'orthographe"

La forme prime sur le fond. Est-ce rassurant ?

Sujet(s) passionnants. Merci Etoile.

Une phrase, parmi d'autres me frappe et recoupe certaines discussions que nous avions eu : "La science est une école de la démocratie. "

En effet, science et démocratie sont basées sur la transparence, l'honnêteté et la recherche de la vérité. En sciences, on ne peut pas tricher. Les résultats de l'expérience sont ce qu'ils sont, et le scientifique honnête doit les reconnaître, même s'ils invalident son modèle. Le fait que notre démocratie soit en si piteux état a pour moi un lien évident avec le manque de culture scientifique. Un scientifique est avant tout quelqu'un qui doute, qui remet en question, qui "challenge" le modèle qu'on lui présente, qui ne confond pas "problème" et "solution", "corrélation" et "causalité", qui aime que la réflexion, le débat, soit basé sur des chiffres, sur des faits.... exactement tout le contraire de ce que nous servent quotidiennement les politiques et les médias francais.

En science on ne peut pas tricher ???????

 

Non. Par cette question, vous montrez que vous confondez la science et les scientifiques.

Clin d'oeil

Bonjour Etoile, d'accord avec votre billet. Je dirais qu'un des gros problèmes, assez général mais particulièrement aigu en France, est que seule l'élite scientifique hautement diplômée a voix au chapitre - et encore, pour autant qu'elle se soumette à la mode scientifique du moment.

"et encore, pour autant qu'elle se soumette à la mode scientifique du moment."

En France, particulièrement. Voir citation de Michel Serres plus bas.

 

L'accès à la connaissance pour toutes et tous (enfants comme adultes, merci notamment à France Inter) doit être une priorité pour toute démocratie! Et une réflexion profonde devrait permettre de lutter avec la plus grande efficacité contre les échecs des politiques menées.

Quand on sait que dans certains établissements scolaires, 70% des élèves qui arrivent en 6ème, ne maîtrisent pas 27% des outils de base pour lire, écrire et compter, les élus qui ont le pouvoir depuis 30 ans devraient être interpellés pour leur totale incompétence.

Ce ne sont pas seulement des échecs scolaires, ce sont des vies entravées, mutilées, une démocratie bafouée!

Merci à tous pour vos commentaires et particulièrement à Olivier - avec qui j'ai parfois des divergences - mais avec lequel j'aime débattre.

Je rentre à l'instant des obsèques d'un membre de la famille de mon compagnon allemand, du côté français. J'étais assise lors du repas qui a suivi les obsèques à côté d'une enseignante en lycée professionnel. Elle me disait être au bout du rouleau pour les raisons suivantes:

elle doit passer beaucoup de son temps - par rapport à il y a quelques années - à faie de "l'administratif".

Les élèves ont un niveau en-dessous de ce qu'était autrefois le Brevet, notamment en mathématiques, alors qu'ils ont le bac.

Je lui ai parlé du sujet dont parlait France Culture. Elle abondait aussi en ce sens et se disait catastrophée par ce qu'elle vit tous les jours.

Comme le confirmait Olivier "La science est une école de la démocratie."

Et là, on est mal barrés, avec un président qui fait les programmes TV et annonce sa nouvelle liaison avec une top-model lors d'une sortie chez Mickey...

Et avec des médias qui parlent de théâtre, de films, de littérature... en zappant totalement les sciences... qui n'intéressent plus grand monde dans notre pays.

Alors que ce n'est pas du tout le cas hors de nos frontières...

Il faut ici encore dénoncer notre système élitiste de sélection

Mathématiques abstraites pour les grandes écoles

droit et sciences politiques pour les politiciens

Pas d'élites scientifiques aux manettes

Je suis stupéfait de l'inculture scientifique des hommes et femmes politiques dans une société marquée par la pensée scientifique.

Christian, absolument d'accord avec vous.

J'ai transformé le tableau ci-dessus extrait du rapport PISA 2006 en tableau vertical, ce qui permet une meilleure lecture.

Le voici:

 

Ecart entre compréhension et théorieEcart entre compréhension et théorie© OCDE

 

Il est très intéressant d'analyser les résultats des différents pays où la France brille par le profond écart entre la théorie et la COMPREHENSION des choses, en dernière position parmi les 57 pays testés.

 

La Finlande est le pays où les deux sont les plus élevés parmi les enfants de 15 - c'est l'avenir du pays.

 

La Chine, l'Allemagne, se trouvent loin devant en ce qui concerne la compréhension.

L'équilibre entre théorie et compréhension étant le plus important au Japon, le pays de l'harmonie et du design...

 

Tout est une question d'EDUCATION.

 

Connaissant fort bien la différence d'Education à ce niveau entre la France et l'Allemagne - Axel pourrait parler de la Finlande - je constate que cela remonte à la période de l'enfant en bas-âge.

 

En Allemagne par exemple, il est éduqué par le JEU à s'intéresser aux phénomènes scientifiques dès son plus jeune âge, par des livres, vidéos, TV, école, entreprises, etc... Et les parents, eux aussi ainsi formés depuis leur enfance, jouent le jeu en ce qui concerne les sciences.

 

Alors qu'en France, on ENSEIGNE la théorie, le JEU (qui est le mode d'apprentissage de l'enfant) est totalement exclu de l'Education qui doit être une chose sérieuse... Comme le confirmait d'ailleurs "ray volte" dans

 

"Le livre promenade" - Qu'est-ce donc ? Une idée contre l'illettrisme et le fameux "échec scolaire"?

 

"Je constate qu'il utilise des mots et des concepts souvent bannis de l'école, tels que le PLAISIR, le JEU et le BONHEUR.

Effectivement, une fois j'ai souhaité à mon fils de 4 ans de passer une bonne journée et de bien s'amuser, je me suis fait reprendre par la maitresse. "Ici on travaille !". Donc , tous les matins, je souhaite à mon fils de bien s'amuser! Sourire"

 

Je me souviens d'une émission pour enfant, extrêmement bien faite, la Sendung mit der Maus, qui avait toujours une partie "scientifique" où étaient expliqués les phénomènes scientifiques aux jeunes enfants - avec des moyens à leur niveau.

 

J'en parlais également sur le même article avec Yolaine qui évoquait la pédagogie TV de la BBC:

"Il existe depuis plus de 40 ans la "Sendung mit der Maus", ici wikipedia en allemand et en français, extrêmement bien faite, j'ai toujours regretté qu'elle ne soit pas diffusée en France où je n'ai rien vu de pareil.
Je n'oublierai jamais l'explication de la fission nucléaire avec une salle de sport pleine de pièges à souris armés avec une balle de ping-pong.

Quelqu'un lache une balle de ping-pong sur un piège qui s'ouvre, la balle saute et tombe sur un autre, et toute la salle est pleine de balles de ping-poing qui sautent partout en l'air... je l'ai vue avec un de mes enfants, il y a plus de 25 ans..." et ne l'ai jamais oubliée.

 

 

C'est sur cette base que se construit ensuite l'enseignement théorique de l'école qui a toujours gardé une partie pragmatique et expérimentale, comme je l'avais mentionné il y a 2 ans dans ce commentaire.

 

Les conséquences, également au niveau recherche internationale, sont catastrophiques, car on n'y enseigne pas non plus les "compétences sociales". Voici d'ailleurs ce que je répondais à Olivier, il y a peu à ce sujet.

 

Pas de pratique sociologique, ni apprentissage démocratique au sein de l'école maternelle ou primaire, sans parler de la suite où c'est déjà trop tard. Pas de cours de sociologie d'ailleurs en France à l'école primaire ni au collège. En Allemagne tout se passe par le JEU, même en Collège.

Voici une page destinée aux enseignants sur l'enseignement de la sociologie que Google Translator a assez mal traduite en français, mais on peut y voir que tous les enseignements de toutes les matières ont une partie JEU en collège.

Voici d'ailleurs comment sont conçus ces jeux dans toutes les matières, les techniques et méthodes de jeu dans l'enseignement : jeux de rôles, jeux didactiques, jeux stratégiques et jeux de simulation, etc...

Même les adultes apprennent mieux par le jeu que par un enseignement théorique bourratif et abstrait.

 

Toute l'enfance est pourtant "l'anti-chambre" de la VIE - sociale, intellectuelle, scientifique, culturelle et professionnelle...

 

A suivre donc...

 

J'écoute à l'instant l'émission de France Culture sur la place de la philosophie en France après avoir écouté celle sur la place des sciences et de l'écologie... juste après mon retour de la piscine...

 

Absolument intéressant. Je vous tiendrai au courant.

 

Ceci confirme ce qui a été écrit et commenté dans cet article...

 

Entièrement d'accord Etoile.

Les scientifiques - pas tous loin de là, voir le regretté Charpack - sont souvent des handicapés dans la compréhension de l'homme. Et cela peut se vérifier dans l'enseignement. Ou bien dans les entreprises, où certains Polytechniciens à la tête de grands groupes sont à l'origine de situations sociales désastreuses.

Le philosophe Alain disait "on devrait enseigner aux enfants l'art d'être heureux". Et selon lui, l'esprit scientifique devait pénétrer partout, il ne disait pas "la Science" qui forme une masse qui écrase.

Et là, oui, nous revenons au jeu : apprendre à comment se reconnaitre dans le ciel, l'étude des machines simples... refaire le chemin des maîtres, Thalès, Pythagore, Archimède, Pythagore...

Encore faut-il ajouter à cet esprit des sciences, qui rencontre celui des arts, un fonds de valeurs authentiques, qui font qu'on sait pourquoi et comment on crée, on enseigne, on vit : la philosophie.

(pour une fois) d'accord avec Ujamaa. J'ai eu la (mal)chance de faire les classes prépas scientifiques. le programme est tellement chargé que quasiment aucun prof ne prend le temps de faire de l'histoire des sciences ou des mathématiques, qui est pourtant 10 fois plus intéressante que le le théorème final (qui n'est final que pace qu'il est au programme!)

Je conseille à chacun la lecture du "théorème du Perroquet", de Denis Guedj, grand mathématicien français qui nous fait découvrir, par ce roman, l'histoire des mathématiques. Absolument merveilleux. J'en ai presque pleuré de rage à la fin, avec une question : Pourquoi n'apprend-on pas cela aux enfants dans les écoles? Pourquoi ? Cela aurait tellement plus de sens que d'apprendre des théorèmes et des équations.

Olivier,

Comme vous avez raison. Le POURQUOI est justifié, mais raisonne encore comme dans un désert actuellement:

 

Absolument merveilleux. J'en ai presque pleuré de rage à la fin, avec une question : Pourquoi n'apprend-on pas cela aux enfants dans les écoles? Pourquoi ? Cela aurait tellement plus de sens que d'apprendre des théorèmes et des équations.


Je pense que ce n'est qu'en mettant le doigt dessus et en secouant fortement le cocotier que la conscience peut grandir et faire changer les choses. J'ai bientôt 60 ans et ai vu au début des années 70 comment les Verts ont commencé en Allemagne. Tout le monde se foutait d'eux. Mais c'est grâce à eux qu'il y a des énergies renouvelables, que le pays en est leader mondial et que tous les partis politiques et les gouvernements mondiaux sont maintenant sensibilisés à ces questions...

Un espoir donc Clin d'oeil de faire changer la vision des choses...

Je partage complètement ce commentaire. J'ai lu et relu le "théorème du perroquet" avec la même passion et je me suis dit que j'aurais aimé les sciences si on me les avait racontées ainsi. J'avais eu une première révélation quelques années auparavant, en écoutant au milieu d'une salle captivée, Albert Jacquard raconter comment Thalès en Egypte, voulant mesure la hauteur d'une pyramide, avait mis au point son fameux "théorème" à l'aide d'un bâton et des ombres. Cette histoire est reprise par Denis Guedj.

Encore faut-il ajouter à cet esprit des sciences, qui rencontre celui des arts, un fonds de valeurs authentiques, qui font qu'on sait pourquoi et comment on crée, on enseigne, on vit : la philosophie.

 

C'est un peu le sujet de l'émission évoquée plus haut:

En compagnie de Jean-Louis Fabiani, directeur d'études à l'EHESS et professeur à Central European University de Budapest, enseigne la sociologie historique des savoirs. Auteur de Qu'est-ce qu'un philosophe français ? paru aux éditions de l'EHESS

Mais surtout ce que dit Yannick Jadot et ses invités dans l'émission:

http://www.franceculture.com/emission-le-rendez-vous-des-politiques-yannick-jadot-depute-europeen-europe-ecologie-2010-11-27.html

 

confirme exactement ce que j'écrivais plus haut.

Je n'ai pas encore le temps de retranscrire ces émissions, mais elles contiennent des trésors à ce sujet.

Merci de votre commentaire.

pour moi, Si je peux me lancer dans le debat... Tout est une question de culture, ou plutot question de culture qu un pays se donne ou veux se donner, intentionellement ou non, culture dynamique ou statique/absorbante., quand J etais jeune mes parent avaient des amis a Karlsrue et j'aimais y aller , la tele Allemande diffusait des programes qui stimulaient ma curiosite, alors que j avais toujours l impression que la tele Fancaise etait une espece de magazine allegorique du parisianisme. Probablement la difference entre le centralisme et le federalisme. Etoile cite "Sendung mit der Maus", il n y avait rien en France de similaire a l epoque et je crois qu il ny a toujours pas grand chose au demeurant. Le choc est venu lorsque dans la trentaine j ai commence a vivre entre l Irlande, le Royaume uni et les Etats unis. avec une television qui a ses chaines educatives tel "the learning Chanel ", "discovery chanel" "history chanel" "PBS", "national geographic"des programes comme "myth busters" et j en passe. Ma soif de savoir a trouvee son compte, bien sur tout n est pas necessairement preci dans ces programes mais elles ont un role d eveil incontestable..

La France a embrasse une culture anglo saxonne des les annees 60, absorbant en vrac tous les element simplistes de celle ci ,mais refoulant tous le reste sous le pretexte de boyscoutisme et traine en derision. Nous avons deja debatu de la fausse idee que se font les Francais sur les societes Anglo/saxonnes, voir Allemande, ou tout est cliche alors que la verite est ailleurs. Et ne parlons pas des cliches sur le Japon qui arrive loin en tete du rapport PISA. on se rappellera d ' Edith Cresson qui avait traite les Japonais de fourmis, et les Anglais d homosexuels...tout est dit. Je reste persuade que nous avons ete sous attaque, et le sommes toujours, mais pour combien de temps encore, d un mercantilisme cible, nous avons cedes de gaiete de coeur a des lobbies commerciaux a des fins emancipatrices ( conjuration du complexe du Boy scout ) obliterant au passage toute tentative de developpement d une culture authentique, celle existante se trouvant ballotee entre une mode par ci, un interet commercial par la, et les besoin d ouvrir des marches . Une des plus belles abherrations culturelle etant l ouverture de Disney land pour creer des Emplois. le temps est loin ou l on construisait des tours Eiffel generatrices d' emplois et allegories de la science si il fallait. en meme temps percus comme une fierete nationnale. Loin de vouloir reinventer le nationnalisme, mais la seule celebration de l'esprit humain est considere dans notre pays comme une notion impudique.

"Tout est une question de culture, ou plutot question de culture qu'un pays se donne ou veut se donner"

Absolument d'accord.

 

"diffusait des programes qui stimulaient ma curiosite, alors que j avais toujours l impression que la tele Francaise etait une espece de magazine allegorique du parisianisme."

C'est tout à fait vrai. Il en est de même de toutes les radios "nationales" qui parlent des programmes parisiens...

J'en ai meme fait un article il y fort longtemps.

 

on se rappellera d ' Edith Cresson qui avait traite les Japonais de fourmis, et les Anglais d homosexuels...tout est dit.

 

Exact. Il y a une totale ignorance de ce qui se passe hors des frontières, il suffit de regarder les JT et d'écouter les gens "parler" les langues étrangères.

 

 

 

AH oui je l avais oublie celle la, le revelateur le plus cruel, celui d un Francais qui parle, ou veut parler une langue etrangere, tous les cliches s'entendent, pour l italien il a besoin de se faire l incarnation d Aldo Macione, pour l'Anglais il veut, avec une maladresse acablante, imiter un voyou du Bronx, quand il parle Allemand il a des accents de Nazi de television. le pire c est quand il s' essaye a l Espagnol. Resultat d une culture televisuelle de "cerveau lavage " depuis que la tele existe. Mais d'eveil que neni.

Je passe des journees a demontrer a mes collegues de travail, que le "the" de l anglais est plus proche phonetiquement du "D" que du "Z", mais non, meme en ecoutant les collegues anglo/saxons et donc avec preuve a l apui, ils insistent et persistent, en pretendant que le Lycee leur a appris cette prononciation ( donc cela doit etre juste...) exemple de plus que les profs. hexagonaux en caractere, "national egocentriques ", ne font pas l effort d aller juste ouvrir leurs oreilles pour s assurer du bien fonde de leur enseignement.

Etoile, vous nous dîtes à travers ce billet et bien d'autres :

- Osons nous regarder en face.

- Aimons apprendre des autres.

- Ayons une attitude de compréhension.

- Arrêtons de vivre dans un système fermé.

- N'ayons pas peur de donner du jeu, de l'espace, de responsabiliser.

- Essayons de voir ce que nous ne voyons pas.

Sujet universel sur la difficulté de la compréhension.

Un message d'amour, parfois mal compris.

Merci Ujamaa, effectivement vous avez tout si bien résumé.
Je lisais cet après-midi l'entretien de Michel Serres dans Marianne.

Il parle également de ce sujet. J'y reviendrai...

Voici donc un extrait de l'entretien que Michel Serres a donné à Marianne:

 

Marianne:
Un des fils rouges de vos travaux semble avoir été votre ambition de dépasser la coupure des sciences huaines et des sciences dures. Cette entreprise a-t-elle porté ses fruits ?

Michel Serres:
La coupure entre sciences humaines et sciences dures est en réalité un phénomène très récent.

Il y a un peu plus d'un siècle, elle n'avait pas encore pris forme.

D'apparence plus abordables que les sciences dures, les sciences humaines devaient conduire les philosophes à s'adresser beaucoup plus à leurs pairs et aux différents spécialistes de sociologie, de psychologie ou d'histoire quà leurs collègues physiciens ou chimistes...

 

J'ai choisi pour ma part le dialogue continu avec la nouveauté scientifique, au risque de situer mon travail dans une anticipation permanente, qui limite forcément sa réception, en France tout au moins.


En 1970, quand j'ai publié Hermès, j'anticipais le passage d'une société de production... à une société de consommation....

Je me condamnais ainsi ipso facto à être à l'écart du débat qui faisait rage alors entre marxistes et antimarxistes au sujet des enjeux de production.

 

Dans Hom inescence, j'ai analysé la façon dont l'homme est en train de changer son rapport à soi...

J'analysais aussi dans ce livre les trois grandes révolutions - celle de l'écriture, celle de l'imprimerie et celle de l'ordinateur - à chacune desquelles a correspondu un statut du savoir différent.

L'émergence de l'écriture a été contemporaine à l'invention de la géométrie.

A la naissance de l'imprimerie, la physique mathématique a été inventée.

Et maintenant, grâce à l'informatique les savoirs circulent à pleine vitesse sur l'ensemble de la planète.

Les débats contemporains sont toujours organisés autour de thèmes déjà explorés. C'est l'éternel retour du même et des mêmes...

A l'heure où les nouvelles technologies apportent un indéniable élargissement mental, pour un professeur ou pour un chercheur, la question n'est nullement où il enseigne.

La question est plutôt de savoir comment il doit enseigner en Afrique du Sud, en Asie, au Japon ou au Canada... Désormais, sur tous les points du globe, on n'enseigne plus qu'à des publics mélangés.
Avec le téléphone portable qui contient une messagerie e-mail, c'est l'idée traditionnelle que nous nous faisons de la domiciliation et de l'adresse qui est chamboulée.

Les adresses traditionnelles se réfèrent à une géométrie cartésienne, précédemment inaugurée par Euclide...

Je peux accéder à n'importe qui, à n'importe quel moment, où je me trouve. Je peux accéder à n'importe quelle information et, ensuite, à n'importe quel lieu du globe.

Cela équivaut donc à un changement fondamental d'espace.

Nous sommes sortis de l'espace référé à des objets pour ne plus nous mouvoir que dans un espace de voisinage.

Mais qui tire les conséquences d'une nouveauté aussi radicale ?

 

Je trouve qu'il pose des questions essentielles, il constate lui aussi qu'en France la séparation entre sciences humaines et sciences dures. Il constate en outre que la France n'est pas réceptive aux avancées scientifiques et que les gens dits "cultivés" se plaisent à débattre constamment entre eux sur des sujets déjà explorés.

Tout simplement, parce que les responsables politiques et culturels le veulent ainsi, par pure paresse intellectuelle et parce que la population dans son ensemble, par l'intermédiaire des médias et de l'Education nationale, pilotée d'en haut, n'expliquent plus les sciences dès l'enfance.

Car ils ne s'y intéressent plus eux-mêmes. Seul l'argent compte dans une société "disneyisée" pour ne pas dire "abrutie" depuis son sommet. C'est tragique, ce qui place notre pays en dernière position des pays examinés par l'OCDE en ce domaine, la pire des "performances" étant la compréhension de la terre qui nous porte.

 

Et si l'on enseignait aussi la sagesse, et pas seulement le business du savoir ? Ce qui pourrait d'ailleurs servir à réduire le nombre de docteurs Folamour, vu les complexes dilemmes éthiques que posent les nouvelles technologies.

À ce sujet un article dans dans le South China Morning Post, le 30 novembre 2010 :

LA SOMME DE CONNAISSANCE

Une formation universitaire qui développe l'esprit vaut beaucoup plus que sa valeur de marché

par Anthony Cheung

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme l'enseignement supérieur devient plus populaire pour sa valeur marchande, et l'investissement dans le capital humain un sujet d'attention, l'éducation est aujourd'hui souvent assimilée à la préparation professionnelle.

En conséquence, un certain nombre d'universitaires de renom ont sonné l'alarme.

Le Professeur Steven Schwartz, vice-chancelier de l'Université Macquarie en Australie, a déploré aujourd'hui que les universités sont trop axées sur l'acquisition de connaissances et non sur la sagesse. Vivant à l'ère de l'argent, les universités modernes font de leur mieux pour s'yadapter, dit-il, à tel point que l'enseignement universitaire est réduit à la formation professionnelle. Il a exhorté les universités à se "déniaiser".

 

 

Je viens de recevoir une invitation à participer aux débats de Mediapart. Je vous en fais part:

 

nous vous invitons
le lundi 6 décembre 2010 à la Maison des Métallos, à 19h00
Thème du débat :
"Peut-on dire que l'Ecole française est l'une des écoles les plus inégalitaires ?
En quoi, pourquoi ?
"

Avec :
Catherine Chabrun, responsable de rédaction des publications pédagogiques de l'ICEM - Pédagogie Freinet
Claude Lelièvre, Historien de l'Education, Professeur à l'Université Paris Descartes
Patrick Roumagnac, Secrétaire général du Syndicat des Inspecteurs de l'Education Nationale (SIEN-UNSA)

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Ceci est un sujet éminemment important pour toute la société française. Si ce n'est LE plus important, l'enfance étant l'antichambre de l'âge adulte.

Voici ma réponse par mail à Mediapart:

 

Bonjour,

Evidemment, ce débat m'intéresse, vu les articles que j'ai publiés sur mon blog. Mais cette réunion a lieu à Paris et il ne m'est pas possible d'y participer.
Pourquoi n'organisez-vous pas une retransmission par vidéo-conférence pour permettre aux spécialistes hors réseaux formatés parisiens de donner leur expertise et leur opinion ?

Quand je vois les 3 intervenants, je doute qu'il en sorte quelque chose de vraiment pragmatique.

Ils ont une vue franco-française du sujet. Ils ne peuvent s'en extraire pour avoir une vue plus élargie.

 

Vous auriez dû inviter des experts finlandais, suédois, danois, allemands, et plusieurs asiatiques, sans parler de Peter Gumble... ce qui donnerait une rencontre fructueuse qui servirait à formuler des diagnostics clairs et des propositions concrètes.

Là, on va tourner en rond dans un bain bien franco-français, si ce n'est parisien.

Je vous donne quelques liens d'articles sur l'Education publiés sur mon blog mediapart:

Comment réconcilier les sciences et la culture ? La France en 57ème position sur 57 pays pour la relation pratique/ théorie

Le "Livre promenade" qu'est-ce donc ? Une idée contre l'illettrisme?

Face à l'échec scolaire, la France est en manque de travaux de recherche

Un enfant de 6 ans rentre à l'école: "J'espère que la maîtresse ne va pas nous gronder"

De jeunes enseignants lâches devant les élèves sans AUCUNE formation

Quelques réflexions sur la formation des maîtres

Apprentissage de la démocratie à l'Ecole ?

Une école sans grilles, sans portail d'entrée, sans surveillants ni carnet de correspondance... Reportage-photo

Toute violence verbale à l'égard des personnels entraînera une procédure disciplinaire
Certains n'ont que 20 mots pour s'exprimer...

Un violon ou un violoncelle en CP, comment est-ce possible?

A la base de toute société, son école. Qui est le 3ème enseignant?

Les enfants français n'aiment pas l'école. Pourquoi?
Les enfants français n'aiment pas l'école. Est-ce étonnant?

Une triste cour d'école transformée en paradis. Engagement citoyen

Pourquoi les gens sont différents dans les différents pays?

Infantilisation de toute une population

Infantilisation


et 2 vidéos:
Infantilisation d'un enfant de 12 ans, la ministre lui parle comme à un débile.

Vidéo: Les enfants français sont malheureux à l'école

Je pense que l'étude PISA 2006 de l'OCDE donne d'exellentes pistes de réflexion. Il est typique du système français d'avoir refusé de répondre à certaines questions, de sorte que la France n'apparaît pas sur des points critiques. La politique de l'autruche.
Je vous recommande la lecture attentive de cette étude pour la préparation de cette réunion-débat. Elle indique toutes les pistes à creuser. Et notamment celle sur les sciences, qui ont une influence sur l'industrie, l'emploi et la démocratie:
http://www.oecd.org/dataoecd/10/45/39777163.pdf

comme l'indiquent les invités de France Culture dans l'émission:
http://www.franceculture.com/emission-questions-d-epoque-l%E2%80%99enseignement-des-maths-comment-reconcilier-les-sciences-et-la-culture-

Je reste à votre écoute.
Cordiales salutations

La machine inégalitaire de Bourdieu reste une très bonne analyse. J'ajouterai que consciemment ou non les enseignants souscrivent à ces valeurs dont ils font profiter leurs enfants.

pour mémoire (Wikipédia):

La reproduction de l’ordre social passe, pour Bourdieu, à la fois par la reproduction des hiérarchies sociales et par une légitimation de cette reproduction. Bourdieu pense que le système d’enseignement joue un rôle important dans cette reproduction, au sein des sociétés contemporaines. Bourdieu élabore ainsi une théorie du système d’enseignement qui vise à montrer :

  1. qu’il renouvelle l’ordre social, en conduisant les enfants des membres de la classe dominante à obtenir les meilleurs diplômes scolaires leur permettant, ainsi, d’occuper à leur tour des positions sociales dominantes,
  2. qu’il légitime ce classement scolaire des individus, en masquant son origine sociale et en faisant de lui, au contraire, le résultat des qualités innées des individus, conformément à l’« idéologie du don ».

Dans La reproduction[41], Pierre Bourdieu, avec Jean-Claude Passeron, s’efforce de montrer que le système d’enseignement exerce un « pouvoir de violence symbolique », qui contribue à donner une légitimité au rapport de force à l’origine des hiérarchies sociales.

.

La France pays de culture agicole et riche est toujours très conservatrice

 

Ce qui est terrible en France, j'en suis de plus en plus convaincu, c'est l'opposition cachée entre le principe, je dirais presque l'idéologie "égalitaire"... et la réalité, qui est, bien évidemment, que les classes dominantes veulent le rester. S'est donc mis en place tout un tas de facons hypocrites et cachées de trier, sélectionner, privilégier certains aux dépens des autres. Mais comme cela ne peut se dire officiellement, les dominants recourent à tout un tas de réseaux et strategème :

* grandes écoles / grands corps

* franc-macons

* copinage

et autre

Olivier, absolument d'accord avec vous.

Maintenant, il convient de réfléchir sur la trilogie "Liberté, Egalité, Fraternité" en vogue depuis la Révolution.

Ces termes ne sont qu'un leurre. La Révolution a vite mis en place l'Empire !

Un "Empereur" qui a laissé sa trace sanguinaire dans toute l'Europe, sans parler du Proche-Orient.

Et on a fait croire au bon peuple que tous seraient égaux.

Or c'est un leurre profond et en outre un mensonge. Car les êtres humains ne naissent pas égaux, même pas génétiquement.

Nous avions hier un ami charentais - nous sommes en Charente-Maritime actuellement - qui nous expliquait qu'ils avaient élevé leurs 2 fils exactement pareil, mais qu'ils avaient pris des chemins différents.

C'est un leurre de penser ainsi. Les enfants naissent avec une personnalité et les relations avec les adultes - parents ou autres -ne sont que de l'interaction, avec action et réaction. D'EGALITE, point.

Pour avoir enseigné pendant des années, j'ai bien constaté que l'égalité n'existait pas du tout, même au niveau intellectuel, sans parler du niveau social, interpersonnel, émotionnel, artistique, etc. etc...

La course à l'égalité est un leurre et une maladie française mise dans la tête des gens - et des enseignants - par une évolution historique jamais remise en cause.

Il vaudrait mieux accepter que tous les individus sont différents et proposer à chacun une évolution qui corresponde à ses points forts.

Le système français sanctionne les "fautes" sans encourager les "forces".

Or, devenir artisan est une force, on dit aux enfants français qui ne sont "pas bons" dans les matières pour futurs énarques: "On en fera un manuel"...

Je pense qu'il y a beaucoup de choses à revoir dans la façon dont est conçue cette idéologie d'Egalité.

La Fraternité ayant totalement disparu de notre horizon sémantique et pratique.

En fait, de cette fameuse devise, il ne reste plus que la Liberté, ce qui est la raison du plus fort. Car seuls ceux qui sont plus forts peuvent se "payer" la Liberté. Dans le pays de la Révolution idéologique, on en est en fait revenu au "chacun pour soi".

Mais chut, il ne faut pas le dire trop fort...

 

L'égalité des chances, bien sûr. Mais sans pharisaïsme :

 

Il faut sortir l'homme, en règle moyenne, de la misère physiologique et sociale pour qu'il accède aux valeurs supérieures ; et il faut dénoncer le pharisaïsme qui lui reproche de délaisser les valeurs quand il ne lui donne pas les moyens d'en avoir même l'abord.

Emmanuel Mounier.

L'égalité c'est l'égalité des droits et devoirs cette affirmation a représenté un grand progrès politique à la Révolution Française.

Que l'égalité des droits soient contournés c'est une évidence pas seulement dans l'éducation et c'est typiquement le combat politique de la gauche de faire respecter ces droits.

Malheureusement ce combat s'inscrit dans une éthique terriblement absente aujourd'hui.

Les remédiations à l'inégalité scolaire sont nombreuses simples ou complexes efficaces ou cosmétiques. Sans une volonté politique claire elles sont inefficaces.

Vous dîtes : - dans une éthique terriblement absente aujourd'hui.

Coeur du sujet. Coeur du sujet national. Au coeur des prochaines élections.

Que faire selon vous ?

Rester Ethique, choisir l'ethique se méfier des média qui ne le sont guère.

l'agitation politique qui ne va pas manquer de s'installer et avec elle la comédie médiatique. De ce point de vue MDP est une source d'infos assez fiable c'est l'un de ses grands avantages

Mais quoi pour avancer politiquement et imposer plus d'éthique ?

"Mais quoi pour avancer politiquement et imposer plus d'éthique?"

 

Moi perso, j'aimerais tant qu'on réaffirme enfin qu'il y a un Jeu avec des Règles du Jeu, et que c'est en Jouant le Jeu (sans tricher) qu'on est,

1) plus heureux

et

2) qu'on peut alors simplifier et bonifier les règles du Jeu, dans une sorte de cercle vertueux incessant.

 

Le slogan électoral donnerait dans qqch comme "Jouer le Jeu, fatigués des Tricheurs" ou autres déclinaisons...

 

J'aurais donc besoin d'autre part, qu'on ouvre les yeux pour s'apercevoir à quel point nous ne sommes pas heureux dans l'illusion frénétique actuelle,

qu'on se dise hé, stop, ne voulons-nous pas être heureux, et cette comédie actuelle à base de "crise" et de banques, à base de frénésie à l'obésité consumériste, est-ce qu'elle me rend heureux?

D'accord ! Bonnes idées de slogans autour du jeu. Ah, si un politique pouvait être conscient de ça.

Ah la politique au service du bonheur une révolution...Ca me rappelle mon premier blog sur Médiapart.

 

 

 

J'ai pas mal travaillé ces temps-ci sur l'idée de jeu, condition indispensable pour qu'un système vive et se développe : famille, entreprise, pays, tribu de singes...

Alors bien sûr les slogans d'Axel ne me laissent pas indifférent. Le manque de jeu entraîne l'apathie avec comme exutoire la violence. Dans les bureaux, les écoles, des millions de Dilbert (et d'abstentionnistes) sont ainsi fabriqués chaque jour.

C'est la volonté du gain à court terme, et la peur de l'humain qui entraînent des comportements de harcèlement, surveillance. Les études (Frederick Herzberg, théorie de l'hygiène et de la motivation) dans l'environnement de travail montrent que la surveillance et la réglementation sont les premières sources de stress. Et qu'elles n'engendrent que de pauvres résultats sur le plan de la productivité. Pourtant, par ignorance, peur ou cupidité, on s'acharne à continuer dans cette voie.

Donner du jeu par exemple au travail, c'est bien traiter la personne (soit l'hygiène du travail ) et donner de la motivation. Cette motivation ne se développe que lorsque la personne a la capacité (d'où les question de formation-éducation) et l'opportunité de l'exercer.

Ces notions peuvent être transposées dans tout groupe, activité.

http://www.mediapart.fr/club/blog/ujamaa/070810/fred-herzberg-acte-i

http://www.mediapart.fr/club/blog/ujamaa/070810/fred-herzberg-acte-ii

 

 

Le jeu c'est aussi l'organisation du lien social civilisé où les enjeux ne sont qu'un jeu.

Lorsque le jeu a des enjeux qui font qu'il n'est plus un jeu on change un peu de dimension on entre dans des choses plus fortes qui font intervenir l'éthique et la sanction.

Ce sont les règles qui font le jeu. Le mot "règles" intègre sanction, éthique.

On joue au bridge, à ,la marelle on ne joue pas avec la vie des gens.c'est cette nuance que je voulais exprimer.

Oui vous avez raison, il ne faut pas confondre ces jeux-là avec le jeu qui consiste à donner de l'espace, de la liberté.

Mais en fin de compte... tous les jeux quand ils sont "vraiment" joués sont toujours sérieux. Sinon : ce n'est pas du jeu.

Take your pleasure seriously, disait Charles Eames.

Le jeu qui permet à la Personne de se développer, s'exprimer.

"Le jeu qui permet à la Personne de se développer, de s'exprimer."

(avec aussi les échanges avec Christian)

 

Oui.

On est aux antipodes, on est dans le négatif total, de ce dont on nous a gavé jusqu'à n'en plus pouvoir avec "le ludique", le "il faut que ce soit ludique", le "on est dans le ludique" etc, qui lui, n'était qu'un équivalent marketing des calmants et diverses drogues, n'était qu'une ènième couche de grosse peinture mercantile.

Pour continuer cette discussion, je vous recommande de lire le troisième billet de Bernard Elman, "L'école, la science et l'effet Saint Matthieu, dans son blog.

http://www.mediapart.fr/club/blog/bernard-elman/280810/six-effets-pour-une-approche-du-lycee-autogere-3

Les autres billets valent aussi le coup d'être lus.

Et merci à Etoile66 pour ses très belles contributions à la réflexion sur le système scolaire.

 

Merci Chantal pour cette publicité. Peut-être que vous serez intéressé par le petit film que j'avais monté, où l'on voit et entend Denis Guedj.

Nous avions organisé ensemble une soirée au lycée à propos de Mai 68.

http://www.dailymotion.com/video/x5qml6_denis-guedj-1_webcam

http://www.dailymotion.com/video/x5qn3c_denis-guedj-2_webcam

Mais cela a-t-il un quelconque rapport avec l'enseignement des sciences ?

 

J'ajoute mon grain de sel à la discussion : de prétendus marxistes ont attaqué une enseignement "expérimental" dans un ouvrage intitulé "Le poisson rouge dans le perrier". Cela a eu pour effet de faire disparaître la belle collection d'ouvrages dirigés par R. Tavernier, aux éditions Bordas, et pour effet plus tardivement de placer un prix Nobel en position d'initiateur (après tout, pourquoi pas. Il faut toujours des parrains. Ce qui m'agace, c'est qu'il voulait que l'on relance la construction de surgénérateurs. Et que peu de gens se demandent ce que l'on fabrique dans l'institution scientifique). Il arrivait après tout le travail coopératif produit par l'école Moderne pédagogie Freinet, qu'il ne faut pas oublier, voir la collection : Bibliothèque de travail. Et il y a tous les inconnus pour qui l'expérimentation est chose nécessaire, vitale, et qui existent même si l'on n'entend pas parler d'eux. Qui se souvient des travaux scientifiques expérimentaux ?

Je signale l'existence dans les années soixante-dix d'un mouvement qui s'appelait "survivre et vivre", mouvement critique de l'institution scientifique, fondé je crois par Claude Chevalley, Pierre Samuel et Alexandre Grothendieck. Denis Guedj en avait fait partie.


 

 

 

 

 

Merci à Chantal et à Etoile66 pour cette lecture stimulante. Cela me donne envie d'écrire sur le sujet.

Encore un petit mot.

L'univers réel (au sens, classique, naïf) auquel font référence les mathématiques de la maternelle à la terminale, c'est notre environnement à trois dimensions (quatre si vou voulez compter le temps, mais a priori ce n'est pas une dimension de l'espace, sauf pour les mystificateurs). À partir de là, il y a fort peu de raisons pour que les mathématiques soient incompréhensibles. La tradition ? l'incompétence ? Et si les enseignants, voire les mathématiciens eux-mêmes ne comprenaient pas ce qu'ils racontent ???

Quatre exemples à méditer :

-la proportionnalité remise à l'honneur par Xavier Darcos !!!

- les fractions

-les nombre relatifs (euh, les entiers rationnels ?)

- les logarithmes

Il suffit d'expérimenter, c'est-à-dire de leur poser la question.

Je n'en dirais pas autant de la physique, qui nous parle d'entités que nous ne pouvons percevoir !!!

 

Merci à tous pour vos contributions Rire qui font avancer la réflexion.

Pardon, Bernard, mais je ne comprends pas exactement ce que vous voulez dire dans votre dernier commentaire.

Mon ancien prof de géo répétait tout le temps, ce qui nous énervait mais que je n'ai jamais oublié, "tout ce qui se conçoit bien, s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément"...

Dans la compréhension, il y a celui qui reçoit (et qui parfois ne comprend pas comme moi ici) et celui qui émet.

Il suffit juste qu'ils soient sur la même "fréquence" Clin d'oeil

Amicalement

Ce matin le Nouvel Obs publie un article ayant pour titre:

 

La France est sous la moyenne des pays de l'OCDE en matière de santé.
Elle se classe à l'avant-dernière place pour les résultats scolaires.
 

La Finlande est en pointe pour l'Education, l'UNICEF confirme donc les résultats de l'étude de l'OCDE mentionnée plus haut et s'y réfère.

 

 

Il s'agit des enfants pauvres, ce qui confirme bien dans quel système élitiste d'élimination et de sélection nous fonctionnons.

Alors qu'un pays comme la Finlande est probablement au premier rang aussi en ce qui concerne l'équilibre réussi entre les plus bas (jamais trop bas) et les plus hauts (jamais trop hauts) revenus.

Tout se tient.

Voici le graphique qui le prouve:

La Finlande est en pointe pour l'Education, l'UNICEF confirme donc les résultats de l'étude de l'OCDE mentionnée plus haut et s'y réfère.
Voici la partie concernant l'édude de l'UNICEF sur les inégalités de l'enfance face aux sciences dans les pays de l'OCDE.
Pour chacun d’entre eux, la longueur de la barre représente l’écart entre le pays et la moyenne de l’OCDE-24 (sur la base, là encore, des écarts-types).
Ceci permet ainsi de voir quelles sont les forces et faiblesses de chaque pays:
 

© UNICEF

 

Ici, la France est en avant-dernière position, les mathématiques étant le plus gros problème.

Le pays qui se vante souvent de ses excellents mathématiciens, n'avoue pas que cet élitisme, ce tri, se fait au détriment de tout le reste de la société.

 

Claude Lelièvre publie ce jour l'article Le ''PISA'' nouveau est arrivé suite à la publication du nouveau PISA 2010 se basant sur une analyse réalisée en 2009.

 

La situation de la France a encore empiré...

 

Il faudrait commencer à regarder les choses en face.

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