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FAUT-IL MOURIR POUR AVOIR DES PAPIERS ?

Excusez les majuscules, mais comment ne pas CRIER quand les autorités - municipales, hospitalières, religieuses, préfectorales, gouvernementales - ne peuvent pas entendre qu'il n'est plus question d'ordre public ni de traitement administratif légaliste pour ces travailleurs étrangers à leur 66ème jour de grève de la faim?

Les appels en direction du pouvoir se multiplient, en vain. La visibilité médiatique reste très modeste, alors qu'ils sont encore une quarantaine en grève de la faim, selon La Voix du Nord. Ils ont commencé à plus de cent, ils persistent depuis le 2 novembre 2012.

Une infirmière membre du MRAP leur a rendu visite le 1er janvier 2013. Elle a l'habitude des grèves de la faim. Elle est revenue attérrée de ce qu'elle a constaté.

"La situation est catastrophique: le summum étant atteint par l'expulsion de deux grévistes de la faim dimanche matin (les billets d'avion étaient achetés avant la décision du jugement!!!) L'un d'entre eux est toujours hospitalisé en Algérie à Tizi Ouzou.

A ce jour, il y a une vacuité sanitaire incroyable: le suivi élémentaire n'est pas assuré sauf à coup de passage aux urgences hospitalières quand leur état apparaitrait trop dégradé: ils ont alors une perfusion d'électrolytes et ???. certains auraient été "renfloués" de cette manière et auraient eu la prise de sang après (avec donc de bonnes références après le remplissage par perfusion: ces résultats bio serviraient de référence aux autorités). Au final , une défiance s'est installée chez certains grévistes par rapport à cette prise en charge (!) médicale.

Aucun lien médical constant donc ni forcément aucun lien de confiance avec les "médicaux" (celà est fondamental dans un suivi)

Pas de surveillance quotidienne de constantes ni de vitamines B1 , B6, de sel, de potassium qui sont fondamentaux pour éviter des problèmes cardiologiques et neurologiques...

Ce matin, alors qu'il y avait un rayon de soleil dehors, nous avions froid, emmitouflés dans nos manteaux!!! Les grévistes, installés sous une grande tente de fortune avaient eux aussi froid (et plus que nous!! Pas de sanitaire à proximité avec verbalisation par la police municipale des ceux qui seraient surpris en train d'uriner. Un hotelier tunisien accepterait que les 5 ou 6 femmes utilisent les toilettes de l'hôtel.

Pas de possibilité de se laver le corps!!!!

Quand nous sommes arrivés un homme flageoleant sur ses jambes à l'extérieur de la tente avait des nausées et spasmes sans vraiment rien vomir. Il disait avoir 45 ans et en paraissait 10 de plus.

La tente n'est pas tellement protégée et les grévistes les plus proches de l'entrée exposés aux courants d'air et au temps.

Une femme qui a ses enfants placés pendant qu'elle fait le grève de la faim craquait à l'extérieur.

Les grévistes se plaignent du froid, sont très choqués par l'expulsion et nous demandent d'intervenir...

Trois femmes ont accepté d'aller aux urgences... pour sans doute revenir quand elles seront "retapées" à coup de perfusions!!!

Quoi vous dire de plus, sinon, alors que je connais la lutte des sans papiers et les grèves de la faim... je n'ai jamais connu une situation aussi dramatiquement fermée de la part du gouvernement."

Le 3 janvier les collectifs de sans papiers d'Ile de France occupaient par surprise le siège du PS à Paris, rue de Solférino, tandis que d'autres envahissaient pacifiquement la Mairie de Lille. Bilan, selon le Comité des Sans Papiers 92 (CSP92).

"Après des échanges très vifs (...), la délégation a réussi à faire accepter ses exigences qui sont les suivantes :

1 - la prise en charge immédiate des grévistes de la faim avec une Régularisation à Titre exceptionnel et Humanitaire de tous les grévistes,

2 - une Rencontre la semaine prochaine élargie entre  le mouvement des sans papiers et le Secrétaire Général du Parti  pour évoquer l’origine de toute cette colère en l’occurrence la fameuse  Circulaire VALLS,  sur ses contradictions et ses effets néfastes quant à son application à l’encontre de cette population faible et vulnérable des sans papiers.

Enfin sur place, la Mairie de Lille a été saisie sur la situation dramatique des sans papiers au sein du CSP 59 dont elle a clairement fui sa responsabilité, nous apprenons qu’une Délégation du CSP 59 sera reçue au sein du Bureau de Mme Martine Aubry dans les heures qui viennent."

Puis le 4 et le 5 janvier 2013, plusieurs manifestations de rue à Lille et à Paris sont venues appuyer leur demande d'être traités de façon digne. En réalité, il ne s'est pas passé grand-chose, ni du côté de l'administration ni de celui des politiques.

Selon l'Humanité du 4 janvier 2012, "Régulièrement, des équipes du Samu entrent sous la tente pour emporter des grévistes affaiblis. Trois sont hospitalisés depuis plusieurs jours, les autres reviennent après quelques heures d’une hospitalisation compliquée… « On veut nous forcer à faire des perfusions, mais nous refusons, explique Saliha. Nous acceptons les soins, mais pas les vitamines. » (...) « Beaucoup ont perdu jusqu’à vingt kilos, les malaises sont quotidiens. Beaucoup vomissent. Les pancréas commencent à être touchés, ce qui provoque de grosses douleurs, d’autres ont des problèmes de vue. » Les soutiens organisent des roulements jour et nuit aux côtés des grévistes et appellent les secours en cas de besoin. Toujours dans la crainte d’un drame à venir."

Les Comités de Sans Papiers regroupent un peu partout des étrangers qui ont pris leur destin administratif en main, en dehors de la médiation d'associations ou mouvements militants. Ils partent de l'évidence de leur propre situation: ils vivent et travaillent en France depuis des années, il leur faut un titre de séjour. Logique imparable, qui met en pleine lumière combien la loi ignore les situations réelles. Mais qui peut conduire à des méthodes déroutantes. Alors, si sur le terrain de leurs luttes ils reçoivent le soutien de nombreux sympathisants, les organisations qui pourraient leur donner une visibilité plus large sont plus hésitantes. Quant à la presse, elle est souvent comme une poule devant un couteau...

Mais commence à planer l'ombre de Bobby Sands, ce républicain irlandais que le gouvernement de Sa Gracieuse Majesté a laissé mourir après 66 jours de grève de la faim en 1981.

Martine et Jean-Claude Vernier

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Tous les commentaires

06/01/2013, 17:16 | Par elisabethzucker

Nous avons évoqué ce sujet au CC (de la LDH )ce matin.

Le bureau a indiqué que La Ligue s'est toujours démarquée des grèves de la faim ou des occupations sauvages car elle s'inscrit dans un cadre institutionnel et juridique.
Noam

 

Jre crois qu'on ne pourrait inventer une tlle réponse

06/01/2013, 17:17 | Par elisabethzucker

Nous avons évoqué ce sujet au CC (de la LDH )ce matin.

Le bureau a indiqué que La Ligue s'est toujours démarquée des grèves de la faim ou des occupations sauvages car elle s'inscrit dans un cadre institutionnel et juridique.
Noam

 

Je crois qu'on ne pourrait inventer une telle réponse

07/01/2013, 02:14 | Par Naja en réponse au commentaire de elisabethzucker le 06/01/2013 à 17:17

"les organisations qui pourraient leur donner une visibilité plus large sont plus hésitantes."

De ces hésitations dépend la vie des grévistes. Et ces organisations hésitent !

Pas étonné, car j'ai été quatre ans durant adhérent et militant de la LDH. C'est une vieille dame frileuse. Les droits de l'homme en pâtissent.

06/01/2013, 17:42 | Par Fini de rire

Le mouvement « Faut-il mourir pour avoir des papiers ? » appelle à un rassemblement Lundi 7 janvier et tous les jours suivants jusqu’à la régularisation des sans-papiers de Lille devant le siège du Parti Socialiste à 18h00 – 10 rue de Solferino – Metro Solferino (Ligne 12) à Paris.

08/01/2013, 07:12 | Par Fini de rire en réponse au commentaire de Fini de rire le 06/01/2013 à 17:42

07/01/2013, 18:16 | Par Fini de rire

Communiqué du 4 janvier 2013 du Préfet du Nord

"Le préfet du Nord a proposé qu'une nouvelle rencontre avec le comité des sans-papiers (CSP) du Nord soit organisée pour faire un point de situation à la suite de l'examen des dossiers déposés en préfecture, le mercredi 9 janvier, à 14h30, en présence de la Ligue des droits de l’Homme.
La préfecture et l’Agence régionale de santé ont par ailleurs mis en place une maraude sociale, assurée par la Croix rouge, permettant le suivi sanitaire des personnes se déclarant en grève de la faim et occupant le parvis de l’église Saint-Maurice. Celle-ci a débuté le 3 janvier à 17h30.
Le préfet appelle à nouveau ces personnes à cesser ce mouvement qui met inutilement en danger leur santé et leur vie.
Il est en contact permanent avec les élus et responsables associatifs accompagnant les étrangers en situation irrégulière qui ont relayé ses propositions destinées à permettre aux personnes concernées de déposer en préfecture un dossier dans le cadre de la circulaire relative à l’admission exceptionnelle au séjour du 28 novembre 2012".

Remarquer la réticence du Préfet à s'adresser au collectif directement, sans le filtre des responsables associatifs.

 

Communiqué du Collectif, 7 janvier 2013

Le CSP59 déclare que :

Les sans papiers grévistes de la faim réunis en assemblée des grévistes, après avoir écouté la lecture du dernier communiqué dans lequel le préfet semble s’inquiéter de leur état de santé annoncent qu’ils, qu’elles acceptent de se faire perfuser en glucose, en sodium ou potassium selon les nécessités médicales.

Les sans papiers grévistes de la faim espèrent ainsi que l’esprit de dialogue dont le préfet parle permettra de prendre en compte leur situation de santé dans la perspective d’une régularisation à titre humanitaire.

Les sans papiers grévistes de la faim n’oublient pas leurs deux camarades grévistes de la faim expulsés au 59éme jour de leur grève de la faim.

Les sans papiers grévistes de la faim remercient l’ensemble des sans papiers, des soutiens qui se sont  mobilisés et continuent de le faire partout pour eux et elles.

Le CSP59 :

- invite le préfet, Monsieur Dominique BUR, à visiter les sans papiers grévistes de la faim sur le parvis de l’église Saint Maurice ;

- appelle les élus (députés, sénateurs, régionaux, départementaux, municipaux), les personnalités (des arts, du sport, de la culture, du cinéma, de la littérature, religieuses, des sciences, etc.) à parrainer les sans papiers grévistes de la faim ;

- appelle à la poursuite de la mobilisation solidaire avec les grévistes de la faim pour que justice leur soit rendue par la régularisation.

 

07/01/2013, 18:20 | Par Fini de rire

Rapport de visite médicale, rendu public avec l’accord des grévistes concernés.

Bruxelles, le 22 décembre 2012

RAPPORT DE VISITE

Je soussigné, Michel ROLAND, atteste que j’ai été appelé ce mercredi 19 décembre par Monsieur Eva LUMANISHA, président du Collectif Afrique (CA) et Monsieur Roland DIAGNE, porte-parole d’un groupe de sans-papiers français (CSP59), pour faire une évaluation de l’état de santé de plusieurs dizaines de personnes en grève de la faim à Lille, et ce depuis plusieurs semaines.

Leur appel à moi était motivé par leur connaissance d’expériences similaires en Belgique, en particulier à Bruxelles il y a quelques années. Je suis enseignant de médecine générale et de médecine sociale à l’Université Libre de Bruxelles, et j’ai été amené, avec plusieurs collègues à titre d’ « expert », à suivre plusieurs grèves de la faim sur le plan médical. Par ailleurs, je travaille pour Médecins du Monde, et j’ai l’expérience de la prise en charge de situations d’urgence humanitaire en Belgique. Nous nous sommes rendus à 3 médecins pour l’évaluation, moi-même et deux jeunes médecins assistants de mon département universitaire de médecine générale.

La situation de ce jour peut être décrite comme suit. Le Parvis Saint-Maurice, devant l’église du même nom, est occupé par une soixantaine de personnes, couchées sous des bâches, en pleine pluie (particulièrement abondante aujourd’hui), par une température de 7° à 14 heures. Il n’y a évidemment aucun équipement sanitaire ou d’hygiène élémentaire. Des bénévoles de l’Ordre de Malte servent du café. Des bouteilles d’eau sont également disponibles, mais l’eau est très froide et difficile à ingérer.

La situation médicale collective peut être décrite comme très inquiétante. Aucune amélioration météorologique n’est à attendre, la pluie risque de continuer à tomber à verses, et le pronostic clinique est extrêmement sévère au cas où ces personnes passeraient la nuit au même endroit et dans les mêmes conditions, comme ils en expriment la volonté ou la nécessité, surtout au vu de leur état précaire de faiblesse engendré par leur situation de vie depuis plusieurs semaines.

Il s’agit ici de considérations d’ordre médical et clinique, et nullement de prise de position politique. Dans cette mesure, nous avons pris contact successivement avec la mairie de Lille (d’où une permanente a répondu mais sans vraiment être au courant de la situation ni pouvoir prendre de décision), la police municipale (d’où on nous a dit que la responsabilité de la gestion de cette situation ne leur incombait pas mais était du ressort de la Préfecture), au Samu Social 115 hébergement urgent (d’où on nous a dit que toutes les places étaient occupées, et que, de toute façon il fallait téléphoner soit à 8 heures du matin, soit à 20 heures du soir), puis à la Préfecture (d’où un responsable nous a dit être au courant de la situation, mais que les personnes en question n’étaient pas sans domicile, et que la décision de rester sur le Parvis en grève de la faim leur incombait au nom de leur autonomie et de leur liberté). Nous avons aussi rencontré le curé de la Paroisse de Saint-Maurice qui a déclaré avoir fait évacuer son église la veille au soir en raison de l’absence de sanitaires et de chauffage qui amène une température intérieure de 3°.

Cet ensemble de raisons rend donc compte de la situation que nous constatons, une situation humanitaire et médicale inacceptable.

Nous avons signalé nos constatations aux diverses autorités précitées que nous avons pu contacter pour les sensibiliser et les responsabiliser aux conséquences et aux dangers vitaux à court terme que la persistance des conditions actuelles pourraient causer aux personnes que nous avons vues et examinées pour une dizaine d’entre elles.

Les examens cliniques que nous avons effectués sont décrits dans l’annexe ci-jointe. Globalement et collectivement, les grévistes de la faim déclarent être en jeûne depuis le 02/11/2012, tous sont épuisés, lipothymiques, nauséeux, céphalalgiques, ont très froid, présentent des difficultés de boisson, une tension basse, un cœur lent, un arrêt des selles, des douleurs généralisées. Certains présentent des vomissements (constatés), des pertes de connaissance (ayant nécessité leur transport à l’hôpital), sont hypotrophiques et à la limite de la déshydratation.

Cette situation nous oblige, pour des raisons éthiques et déontologiques, à la signaler aux autorités responsables.

Charlotte PIGNON MD, Antoine VAN DAMME MD, Michel ROLAND, MD

09/01/2013, 10:39 | Par Fini de rire

Mardi 8 janvier, à 13h30, les militants des collectifs de sans papiers de la région parisienne et leur soutiens ont investi les bureaux de l'AFP à Paris.
Leur objectif : faire en sorte de développer l'information sur la réalité de la grève de la faim pour les 41 sans papiers Lillois qui jeûnent, aujourd'hui, pour le 68ème jour.

Selon ces collectifs, à la suite d'une entrevue l'AFP s'est engagée à :
"- Un suivi immédiat par l'AFP de la grève de la faim sur place, à Lille.
- Relayer les enjeux et résultats de la rencontre prévue demain entre le CSP59 et le préfet du Nord, Dominique BUR, notamment si une conférence de presse s'organise à la sortie de la rencontre.
- De prendre connaissance et en considération les examens médicaux des grévistes de la faim fournis par le CSP59."

 

Par ailleurs, le soutien aux grévistes de la faim se développe un peu partout en France. Une pétition nationale vient d'être lancée. Pour la signer: Faut-il mourir pour avoir des papiers?

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