Thématiques du blog
Migrants en marches
Des travailleurs étrangers sans droit au séjour marchent de Paris à Nice, d'autres quittent la marche de soutien au régime des retraites pour les marches de l'Opéra Bastille. D'autres encore mettent un pied dans la porte des ministères du travail ou des finances. Et, chacun à son pas, leurs soutiens autochtones marchent avec eux.
L'occupation par des travailleurs sans papiers des marches de l'Opéra Bastille pendant une semaine avant d'en être délogés le 3 juin, puis ensuite du parvis, a donné un certain écho à leur revendication de vivre ici en paix et en règle. On trouvera ici un témoignage sur la journée du 3 juin.
Les 43 étrangers interpellés le 3 juin lors de l'évacuation des marches ont été relâchés. Mais Juliette, qui avait eu le tort de pester contre des contrôles de police aux abords de la place alors qu'elle quittait le rassemblement en fin d'après-midi, a été mise en garde à vue au commissariat du 11ème. Elle en est ressortie le lendemain avec une convocation du procureur, pour "outrage et violence". Place de la Bastille, la présence continue des soutiens locaux a permis aux travailleurs interpellés de venir reprendre leur place, évitant ainsi la dispersion. Pendant ce temps, la grève ne faiblit pas et de nouveaux piquets de grève sont mis en place. Et la discussion avec le ministère du Travail avance sans hâte excessive, sous l'oeil du ministère de l'Immigration.
Les marcheurs de Paris à Nice sont arrivés à bon port fin mai. Ils n'étaient les bienvenus ni pour le maire ni pour les organisateurs du sommet, mais leur message aux participants du sommet Afrique-France, que l'on peut résumer par " chassés d'ici, pillés là-bas", a été relayé. Leur traversée d'une partie de la France a souvent permis une découverte mutuelle avec une population fraternelle, ainsi à Chalons sur Saône.
Pour marquer ce même sommet, un autre groupe a occupé passagèrement le haut Conseil de la Francophonie à Paris:
"Par leur présence, les sans-papiers veulent rappeler aux chefs d'Etat africains la politique française d'immigration qui est menée, et pour dire qu'il est important que le sort de milliers de sans-papiers qui vivent ici soit abordé, maintenant ou jamais : les milliers de sans-papiers qui vivent dans la peur constante et sous la menace de rafles, des centres de rétentions et des expulsions, et servent de main d'oeuvre bon marché à la merci des pires exploitations."
Les 17 et 18 mai dernier, des membres de syndicats du Trésor et de diverses associations d'aide aux sans-papiers avaient tenu des permanences fiscales pour aider les travailleurs sans papiers à remplir leur déclaration.
"Le 31 mai, dans le cadre de la campagne « Non au racket sur les cotisations sociales, non à l'injustice fiscale », 200 travailleurs sans papiers munis de leurs déclarations de revenus se sont rendus au centre des Finances publiques du 16ème arrondissement de Paris en exigeant d'être reconnus comme des contribuables à part entière.
Ce centre avait été choisi car il a la particularité de rembourser énormément d'impôts aux plus aisés grâce au bouclier fiscal.
A l'issue de cette action, les manifestants ont rejoint les grévistes qui occupaient les marches de l'opéra Bastille jour et nuit depuis jeudi 27 mai. (...)
Après deux heures de manifestation, Bercy a accepté de tenir dans les prochains jours une réunion technique sur la situation des travailleurs sans papiers au regard de la fiscalité."
Les travailleurs sans papiers luttent depuis avril 2008, et plus intensivement encore avec la grève entamée en octobre 2009, pour obtenir une politique du droit au séjour moins insensée. Les actions engagent des groupes différents, pas toujours d'accord les uns avec les autres. Bien des travailleurs n'ont cure des concurrences et vont d'un groupe à l'autre.
Les soutiens se font de plus en plus nombreux, et ils sont divers. Ils ont leurs propres mouvances, leurs visions politiques, leurs modes d'action. Comme on est en France, ils ne craignent pas de s'entredéchirer à l'occasion. Mais le souci du destin des travailleurs sans papiers revient assez vite et assez fort pour que la marche ensemble continue. Les diverses manifestations de soutien se multiplient: projections de film, colloques, déjeuners sur l'herbe...
Martine et Jean-Claude Vernier
--
Les billets récents de Fini de rire sont ici et le sommaire complet est là.
Pour être informé par courriel de la mise en ligne des nouveaux billets, nous contacter là.


Tous les commentaires
Merci
Commentaire reçu hors Mediapart:
"Comme vous, je déplore la division du mouvement mais, j'espère et je crois, que la longue lutte des grévistes saura imposer un bon nombre de régularisations par le travail. Bien consciente pourtant que la loi ne changera pas, ni le cadre général des politiques de contrôle du flux migratoire ; c'est vrai que les "migrants en marche" poussent de partout et avec différentes stratégies plus ou moins heureuses, mais la somme de toutes montre une incroyable détermination et c'est cette détermination qui fait la force du mouvement aujourd'hui et que le gouvernement mesure."
Merci
PROCUREURS, PREFETS, et "OUTRAGE"
Ca commence à être un peu trop "tendance", cette utilisation quasi systématique de "outrage" et "violence" par des procureurs zélés et serviles à la "botte" d'un pouvoir qui use et abuse des exclusions, insultes, violences en tout genre: le Président de la République et Fadela Amara: "Karcher" pour parler des banlieues, le Préfet Rey pour le mot "rafle" à l'encontre de six citoyens qui lui ont envoyés de mails.
Dois-je rappeler les rapports qui s'accumulent contre l'abus des gardes à vues?
Devons-nous rappeler que lorsque le Président Nicolas Sarkozy commence son mandat en disant en toute impunité (c'est la loi Constitutionnelle et ses garanties d'immunités): "cass'toi, cass'toi, pauv' con" à un concitoyen, mais qu'un quidam le lui renvoie en bomerang sous forme de pancarte en carton sur son passage il s'est trouvé un magistrat poursuivre ce quidam et lui demander 30 euros d'amande?
Rappelons que M Brice Hortefeux, Ministre d'Etat, est condamné à payer 750 euros pour propos à caractère injurieux à l'encontre d'une partie de la population, par une cour de justice,mais que au lieu de s'excuser ou de démissionner (je sais: la peine serait "disproportionnée" et puis: "suivant que nous soyons puissants ou humbles", et puis "c'était à caractère privé" et puis "ce n'est pas si grave" (dixit un collègue juriste)....
J'attends autre chose d'un ministre, et plutôt que de faire des "blagues" de café du commerce, j'aimearis qu'il lise un ou deux passages de Gandhi, et qu'il essaie de méditer sur les millions d'être humains en souffrance, et qui pourtant coulent le goudron des autoroutes alors qu'ils n'ont pas de voitures de fonction, font le béton d'appartements dans lesquels ils n'auront jamais les moyens d'habiter, font la plonge dans des restaurants de Neuilly où ils ne pourront jamis commander ne serait-ce qu'un steak frites....bref: font tourner la boutique France...
Que ceratins procureurs zélés affirment leur indépendance vis-à-vis du pouvoir, et sachent raison garder.
Que les hauts fonctionnaires, en particuliers les préfets, se souviennent que dans des circonstances bien plus graves, un préfet nommé Jean-Moulin a agit dans l'honneur....
Enfin, à tous les hautsfonctionnaires: la devise de la République est: "Liberté, Egalité, Fraternité"
Avec tout mon soutien aux travailleurs sans papiers, mais pleins de la dignité que leur confère leur rôle de travailleurs, et surtout, le statut même ....d'être humains.
Mathieu Corrêa de Sa
Professeur, Faculté de Droit d'Orléans.
Merci