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Une mémoire qui ne passe pas
Six français devant le tribunal de Pau pour avoir fait savoir au préfet des Pyrénées Atlantiques que certains traitements infligés aux étrangers sans titre de séjour faisaient remonter des souvenirs franco-français vieux de 70 ans. Une opinion interdite d'expression?
En juin 2008, la capacité d'hébergement du Centre de Rétention Administrative (CRA) de Hendaye, dans les Pyrénées Atlantiques a été doublée, passant de 15 à 30 places destinées à accueillir les étrangers en voie d'expulsion. Il faut nourrir la bête, et pour cela trouver le plus possible d'étrangers à expulser. C'est ainsi que parfois, comme nous le mentionnions dans un précédent billet, on fait flèche de tout bois. Selon la Cimade, "Plus de la moitié des personnes interpellées sont des pèlerins se rendant à Lourdes ". [On trouve en rétention] des personnes en transit, certaines munies d'un billet de ferry ou d'avion pour rentrer dans leur pays d'origine. (...) En général, ces gens ne comprennent pas pourquoi on les retient en France pour ensuite les reconduire à la frontière alors que leur intention était de partir et qu'ils avaient payé pour cela... ".
A vrai dire, pour le préfet du département, tout le monde n'est pas le bienvenu au CRA. C'est ainsi qu'en décembre 2009 le président de la Cimade, l'association chargée du soutien juridique des personnes retenues en vue de leur expulsion, s'en est vu interdire l'accès.
Ainsi que le raconte la Ligue des Droits de l'Homme de Toulon, "en juillet 2008 la famille Kuka, les parents de nationalité albanaise et leurs deux enfants de cinq et sept ans, qui vivait à Pau depuis deux ans, était mise en rétention à Hendaye - Arselio et Anisa ont été les premiers enfants à occuper les locaux de ce CRA. Ils devaient bénéficier d’une libération au bout de quelques jours après une forte mobilisation citoyenne. A la suite de cet épisode, le préfet des Pyrénées Atlantiques a porté plainte contre cinq des citoyens qui lui avaient adressé des courriels en faveur de cette famille". Cette famille, qui était alors demandeuse d'asile, a depuis obtenu le droit de vivre en France.
En fait, ils sont six. Six citoyens et citoyennes de 45 à 68 ans d'un peu partout en France, qui ont tenu à dire leur désapprobation de cet enfermement d'enfants, en des termes jugés insultants par le préfet. Ils parlaient de rafles, de souvenir d'enfants embarqués dans des trains, de méthodes de la Gestapo, d'une obéissance aveugle de sinistre mémoire,...
Comme le souligne Miguel Benasayag, "dans l’histoire, comme aussi dans la vie, comparaison n’est pas raison. (...)
Les six inculpés d’aujourd’hui ont évoqués une corrélation historique et ont comparé certains faits, cela dans le but de déclencher une alarme. (...)
Je tiens à souligner que dans le livre sur RESF écrit avec Angélique Del Rey «La chasse aux enfants» nous exprimions clairement notre désaccord avec la comparaison qui est aujourd’hui en question. Mais personne ne peut en France prétendre que l’on devrait condamner quelqu’un parce que des événements graves d’aujourd’hui lui évoquent les catastrophes du passé".
A l'approche de l'audience, fixée au 10 juin 2010, les soutiens se sont organisés autour des "six de Pau", dans le Val d'Oise, à la FSU (Fédération Syndicale Unitaire), à la FCPE (fédération de parents d'élèves), au RESF, au PS, au PG, ...
A l'audience du 10 juin, le procureur a requis une amende de 1000 euros avec sursis pour chacun. Le jugement sera connu le 12 août.
Martine et Jean-Claude Vernier
P.S. Mercredi 9 juin en soirée, le ministre de l'immigration voulait assister à la représentation de La Walkyrie, de Wagner, ... à l'Opéra Bastille, dont le parvis est occupé par les travailleurs étrangers qui persistent à demander des règles claires donnant droit au séjour. Pour échapper à la confrontation, selon les Inrockuptibles, le ministre est entré dans la salle par une entrée dérobée.
Les plaisanteries plus ou moins amères vont bon train: on rappelle le goût des nazis pour les mythes wagnériens, ou bien on souligne que ce n'est pas l'Opéra de quat'sous de Berthold Brecht et Kurt Weil que l'on donnait ce soir-là .
Pour notre part, nous osons un détournement des Plaideurs de Racine: "Wal-qui-rit mercredi dimanche pleurera", début d'un monologue qui se conclut par "Pour dormir dans la rue on n'offense personne".
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Au procès de Pau, selon Le Figaro.fr :
Pour Me Maripierre Massou dit Labaquère, "c'est un délit d'opinion politisée. Il est hallucinant de ne pouvoir faire référence à une partie de l'Histoire".Ci-dessus, Miguel Benasayag : "personne ne peut en France prétendre que l’on devrait condamner quelqu’un parce que des événements graves d’aujourd’hui lui évoquent les catastrophes du passé".
Est-ce seulement pour le pouvoir d'évocation des mots qu'on condamne leurs auteurs ? Il faudrait s'interroger sur les actes qui motivent ces mots évocateurs.
Ces actes inadmissibles ont des auteurs, comme les mots en question. De là à penser que les auteurs des actes sont aussi condamnables que les auteurs des mots… il y a l'épaisseur d'un ensemble de lois. Qui sont une catastrophe du présent.
"Wal-qui-rit mercredi dimanche pleurera", début d'un monologue qui se conclut par "Pour dormir dans la rue on n'offense personne". Selon le terrifiant vocabulaire: mort de rire !
L'un des "six de Pau" a adressé aux signataires de la pétition de soutien un court message. Il précise qu'il ne s'agit pas d'une analyse construite et réfléchie, mais d'une réaction à chaud dont l'objectif essentiel est, d'abord, de remercier et de tenir au courant les signataires de la pétition. "Salut à tous, Quelques nouvelles: Procès très dur : cinq heures de débat avec un procureur très brillant, mais des avocats et des grands témoins pas moins brillants. Un procès, soit disant "pédagogique", mais qui se confirme être un procès politique par personnes interposées. Où l'on apprend que comparer à Vichy contribue à banaliser les crimes nazis...que les négationnistes font aussi usage de leur liberté d'expression et j'en passe... Décision mise en délibéré au 12 Aout. Réquisition : 1000 euros avec sursis....( mais dépens élevés probablement ) : une sanction sans doute symbolique mais qui vise à intimider, à affaiblir l'action citoyenne. Même symbolique, c'est une condamnation de nos personnes, mais aussi de la cause que nous défendons et de la liberté d'expression plus globalement."
Petite revue de presse Republique Pyrénées - Sud Ouest - FR3 Bearn C'est une histoire à suivre de près, même si le 12 août c'est le creux de l'été...
"Selon la Cimade, "Plus de la moitié des personnes interpellées sont des pèlerins se rendant à Lourdes ". [On trouve en rétention] des personnes en transit, certaines munies d'un billet de ferry ou d'avion pour rentrer dans leur pays d'origine. (...) En général, ces gens ne comprennent pas pourquoi on les retient en France pour ensuite les reconduire à la frontière alors que leur intention était de partir et qu'ils avaient payé pour cela... "."
Au sujet de ces personnes interpellées et conduites en rétention alors qu'elle quittaient la France, je me permets de signaler un billet de mon blog Mediapart où j'ai fait le récit de choses vues et entendues au CRA de Cornebarrieu (Toulouse) en 2008.
http://www.mediapart.fr/club/blog/naja/111109/nul-ne-peut-dire-je-ne-savais-pas
Et cela continue, à plus grande échelle…!
Merci.
Il faut que ces infos circulent, encore et encore.
"Ils" n'aiment pas, mais alors pas du tout, que l'on sache ce qui se passe.
D'où la pertinence de l'une des techniques du RESF: téléphoner aux commissariats pour avoir des nouvelles d'un gardé à vue, faxer des demandes de grâce aux préfets expulseurs, juste pour leur dire : "Vu!".
La mobilisation en soutien aux "six de Pau" se poursuit jusqu'au 12 août, jour de l'annonce du verdict du tribunal.
Quelques uns des« Six de Pau » condamnés. La lutte continue. Le tribunal de Pau vient de rendre son délibéré.
Nous étions nombreux à refuser d'y croire : le tribunal est entré en voie de condamnation de cinq parmi les « six de Pau ».
Certes, les peines sont symboliques, mais le juge a suivi le raisonnement liberticide du pouvoir. Il serait interdit de penser à une époque historique du passé quand on se trouve face à une situation qui y fait irrésistiblement penser, et de le dire. Certaines allusions sont autorisées. D'autres ne le sont pas.
La situation qui a produit ces réactions, elle, est la même et elle est scandaleuse.
On se rappelle que Monsieur le préfet des Pyrénées-Atlantiques s'était senti outragé par la simple expression par des citoyens de leur indignation devant l'arrestation de familles étrangères pour la simple raison qu'elles étaient en situation administrative irrégulière, et encore plus devant la rétention d'enfants.
Ces personnes avaient exprimé de la façon la plus spontanée que ces situations leur faisaient penser à des périodes historiques douloureuses de notre pays.
Le fait même de penser à cela ne pouvait être toléré par le gouvernement qui a demandé à tous ses préfets de poursuivre celles et ceux qui le disent.
Il s'agissait donc bien d'un procès politique destiné à impressionner les défenseurs des libertés et plus particulièrement ceux qui refusent de voir des enfants enfermés, fussent-ils étrangers.
Il s'agit de tenter de décourager l'expression de la solidarité. Cette solidarité qui est d'autant plus nécessaire à cause des décisions scandaleuses prises début juillet par Monsieur le président de la République à propos des gens du voyage et des étrangers, considérés a priori comme des fauteurs de trouble et des auteurs de délits.
C'est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas accepter sereinement ce verdict. Nous ne pouvons pas accepter de nous laisser impressionner.
RESF 64 adresse son salut le plus amical aux « six de Pau » et reste à leur côté pour les soutenir dans les décisions qu'ils vont prendre. RESF 64 souhaite vivement que les procès semblables suivants aboutissent à une relaxe entière.
Plus que jamais, nous serons là pour défendre les enfants des familles étrangères venues trouver refuge ou asile chez nous, et pour faire vivre les traditions de solidarité de notre peuple et de notre République.
RESF 64, Pau, le 12 août 2010