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Les CRA, ça craint

CRA: centre de rétention administrative, où sont enfermés des étrangers sous le coup d'une décision d'expulsion; outil quotidien d'une "politique de l'immigration" qui consiste à tenter d'expulser le plus de monde possible. Parmi les cibles de la semaine: neuf lycéens et collégiens d'Amiens arrachés à leur foyer de l'Aide Sociale à l'Enfance.

 

Mardi matin, ces mineurs étrangers ont été cueillis dans leur foyer au sortir de la douche et conduits par les forces de l'ordre dans divers CRA.

Le RESF de la Somme s'insurge: "Ces jeunes lycéens et collégiens ont été reçus à Amiens dans le cadre d’une classe d’accueil pour y apprendre le français. Leur motivation et leurs bons résultats scolaires confirmés par leurs professeurs autorisent de réels espoirs d’intégration. Á cette heure, ils attendent, dans des centres de rétention, avec une profonde inquiétude l’aboutissement des procédures qui risquent de les reconduire à la frontière de pays qu’ils ont cherché à fuir et dans lesquels ils n’ont plus ou peu d’attaches".

Le RESF les a localisés: 5 au CRA de Oissel (près de Rouen), 2 au Mesnil-Amelot, 1 à Vincennes, on cherche le neuvième. A suivre...

 

La discussion du projet de loi Besson sur l'immigration suit son cours: la commission des lois de l'Assemblée nationale vient d'annuler les quelques assouplissements votés par le Sénat; en particulier le report de deux à cinq jours du délai d'intervention du juge des libertés et de la détention (JLD). Saisi par les avocats d'irrégularités dans les conditions de l'interpellation et de la privation de liberté, le JLD peut ordonner la libération de l'intéressé avant que les autorités n'aient pu organiser son expulsion. Qui se fait plus aisément en cinq jours qu'en deux.

 

Début février 2011, alors que le projet de loi était an discussion au Sénat, les membres de la Cimade présents au CRA du Mesnil-Amelot ont voulu décrire une semaine presque ordinaire au centre de rétention, "pour que personne n’oublie ce qui est en jeu dans le vote du nouveau projet de loi sur l’immigration et que l’enfermement des personnes n’est jamais quelque chose d’anodin". Ils dénoncent l'escalade des violences - automutilations, refus répétés d'embarquement - enfermement/expulsion de personnes blessées ou vulnérables, arrestations déloyales et convocations-pièges. Au passage, cependant, des réactions de commandants de bord ou de passagers des avions empêchant ponctuellement une expulsion. Actuellement, la durée maximale de rétention est de 32 jours. Avec la nouvelle loi, elle passera à 45 jours, alors qu'il est de notoriété publique que l'expulsion, si elle peut se faire, intervient généralement dans les deux premières semaines.

 

Comment vit-on dans ces CRA, où l'on se retrouve enfermé à la suite d'un contrôle d'identité, sans avoir commis aucun crime, arraché à une vie normale de travail et, souvent, de famille, et promis à l'expulsion? Des groupes d'observation se sont formés autour des centres de rétention. Ils recueillent le témoignage de personnes retenues. Voici quelques extraits du témoignage d'une personne qui a passé la fin de l'année 2010 au CRA du Mesnil-Amelot. Le Mesnil-Amelot est un village de Seine et Marne, tout proche de l'aéroport de Roissy.

"Au centre on devient comme des animaux, on a les cheveux, la barbe... On a demandé pour avoir un coiffeur, mais ils veulent pas. Les rasoirs qu'ils nous donnent tu peux pas te raser avec, ça rase pas la barbe et tu te coupes le visage. Ils nous donnent ceux que t'achètes sur le marché les 100 pour 1 euro. Ma famille, quand ils sont venus me visiter ils m'en ont ramené, des rasoirs bien, de marque. Mais ils ont pas voulu. Je leur ai dit que s'ils voulaient pas que je les garde moi, ils pouvaient les mettre à l'endroit où on demande les rasoirs, pour que tout le monde les utilise, mais ça non plus, ils ont jamais voulu".

"La bouffe, elle est dégueulasse (…). Les barquettes ils mettent du bromure dedans. (…) Le bromure, ça a deux effets : ils l'utilisent dans les casernes pour enlever l'envie de... Et aussi le deuxième effet : ça fait dormir. Après chaque repas on s'endort tous. Tout à l'heure après le repas du midi, je me suis endormi. Ils font ça à tout le monde, dans toutes les barquettes. Comme ça, ça calme et pour eux, les policiers, c'est tranquille. (…) Comme les gens ont protesté, y'en a qui voulaient tout casser et mettre le feu, mais y'en a d'autres qui leur ont dit que c'était dangereux, qu'on pouvait aller en prison et qu'il fallait plutôt faire une pétition. Là, les policiers, ils ont assoupli un peu. Y'en a un il a fait de la prison à cause du Mesnil-Amelot, il était à Fresnes et il a peur pour les autres, que eux aussi ils aillent en prison. Les policiers ils sentent que c'est tendu. Alors la nourriture elle s'est un peu améliorée. Normalement on mange à 18h et à 19h c'est fini. Là ils laissent jusqu'à 20h, 21h. Ils font ça pour calmer les gens".

"Le soir où je suis arrivé, c'était y'a à peu près trois semaines, y'a eu deux évasions. Ils sont passés par derrière, ils ont coupé leurs draps pour faire des cordes, ils sont montés, ils ont passé les grillages puis ils ont rampé sur le sol. Il y avait des gens qui les attendaient en motocross et ils sont partis. (...) Le consul de l'Algérie les avait reconnus, ils allaient se faire expulser. (...) On m'a dit aussi qu'en septembre il y a eu deux personnes qui se sont évadées de Cité. Le mec, c'était en sortant du tribunal, je sais pas comment il a fait mais comme il était fort et très sportif et tout alors il a poussé les policiers et il a réussi à s'enfuir. La meuf c'était quand ils l'ont emmenée à Pantin voir le consul. Elle a réussi à s'enfuir, elle est rentrée dans une cité, elle a frappé à une porte, on lui a ouvert et ils l'ont cachée".

"L'autre jour y'en a un, un jeune (policier) de 1988 ou 87, il a accusé un vieux monsieur, qui a 50 ou 60 ans, de lui avoir jeté son café dessus. En fait il a juste jeté son gobelet vide par terre. Le policier, il a porté plainte contre lui, il va passer en procès pour ça, alors il a pris un avocat. Y'en a un autre, ils lui ont cassé le pied. Un matin ils sont venus le réveiller mais comme il était drogué à cause des médicaments, alors il se levait pas. Il l'ont tiré pour le faire sortir du lit et il est tombé, mais il était en haut sur un lit superposé; en tombant il s'est cassé le pied et il les a insultés. Il voulait porter plainte contre eux ils sont venus le voir pour lui dire que s'il le faisait alors eux aussi ils porteraient plainte contre lui. Du coup il l'a pas fait, devant un juge la parole d'un clandestin contre trois policiers, ça vaut rien ! Lui, il sortait de prison, il a fait six ans à Fleury-Mérogis".

"Ils regardent toutes tes réactions, c'est pour ça qu'il y a des caméras partout, et quand tu vois le consul aussi des fois y'a des caméras. Y'a aussi des caméras à côté des cabines (téléphoniques), pour voir ce que tu racontes. De toute façon tout est contrôlé. Même ton portable quand tu arrives ils l'ouvrent, ils enlèvent la puce et ils notent tous les numéros, c'est pour t'écouter. Ils regardent aussi les numéros dans le répertoire pour voir quels pays, pour trouver ta nationalité. (...) Mais eux ils t'interdisent d'avoir un téléphone avec appareil photo, c'est pour pas que tu filmes à l'intérieur. Ils savent que c'est tellement la merde ici qu'il faut pas que ça se sache dehors, il faut pas qu'on montre tout ça. Alors quand t'arrives ils prennent ton téléphone et si y'a une caméra, ils la cassent. Moi j'avais un i phone, ils voulaient le casser, je leur ait dit non. C'est dommage quand même un portable si cher alors ils l'ont mis dans ma fouille et ma famille elle m'en a rapporté un vieux.".

"Pour éviter l'expulsion, y'a de tout : y'a des gens qui se lacèrent le corps avec des lames de rasoir. Moi aussi quand j'étais en Espagne je me suis ouvert les veines, ils m'ont emmené à l'hôpital et je suis sorti. J'ai fait deux fois 45 jours là-bas. Y'en a qui avalent des pièces de monnaie ou des lames de rasoir, le temps qu'on les emmène à l'hôpital pour laver l'estomac, leur vol il part. Y'a un mec, y'a pas longtemps, il a mordu quelqu'un. Il avait déjà refusé une fois l'embarquement, alors cette fois-ci ils l'avaient attaché, menotté et tout. Il a été calme, alors quand il a été dans l'avion, il a demandé qu'on le détache pour boire de l'eau, les policiers ont accepté et tout de suite il s'est jeté sur un passager et il l'a mordu. Et ça a marché : ils l'ont débarqué de l'avion ! Y'en a un autre il s'est fait caca dessus, du coup ça puait la merde dans tout l'avion. Imaginez, les passagers qu'ont payé super cher leur billet Air France, ils veulent pas voyager avec l'odeur de merde ! Alors ils l'ont sorti. Y'a plein d'histoires comme ça. (…) C'est marqué dans le centre sur un tableau, qu'à partir du mois de mars ça va passer à 45 jours... pfff...".

"Même pour le 31 décembre, ils voulaient pas qu'on fasse la fête, mais nous on a forcé et du coup on a pu se mettre dans la salle. On a tous rapporté tout ce que nos familles nous avaient apporté au parloir et on a partagé, on a fait la fête. Les policiers, ils étaient dégoutés parce que eux ils étaient là alors que nous on faisait la fête ensemble. Après il y a eu des gens du village d'à côté qui sont venus faire un feu d'artifice pour nous, on est sortis, on les a vus et on a crié, on était très contents. Là, les policiers sont arrivés et ils nous ont gazés avec la lacrymogène".

 

Le CRA du Mesnil-Amelot, qui alimente les vols au départ de Roissy, est très actif. D'autres CRA peuvent se retrouver en chômage technique pour diverses raisons.

Ainsi, celui de Nîmes, où les retenus ont été mis en quarantaine pendant quatre jours, suite à une suspicion de gale. Quatre jours privés de contact avec leurs avocats et l'association chargée de les aider à exercer leurs droits: le JLD a ordonné leur libération! Le RESF du Gard raconte toute l'histoire.

Et à Hendaye, le centre de rétention tourne à vide: les avocats ont invoqué avec succès l'application de la directive Retour de l'Union Européenne, qui comporte quelques dispositions plus protectrices que la loi française.

 

Martine et Jean-Claude Vernier

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Tous les commentaires

17/02/2011, 18:21 | Par magninyb

Merci,
continuez - continuons, indignés tranquilles, solidaires,
"au train" de cette course de fond,
Frères de toutes les Plaza de Mayo,
pairs des hommes,
vibrants, vivants,
fraternels
ensemble
A suivre...

18/02/2011, 06:52 | Par elisa13

Ignoble politique de merde de ce gouvernement. France tombée bien bas.

18/02/2011, 13:27 | Par guydufau

Martine et Jean Claude continuez votre croisade, à rassembler les Nouveaux Justes.

18/02/2011, 17:05 | Par johnloulou

ignoble, comment et il possible d,avoir une mentalité aussi pourri que sa;sais policiers sont pourtant des hommes commes tout le monde ils ont une famille des parents des enfants

le parrallele avec les allemands qui ont tuer dans les camp tant d,etre humains et possible !

18/02/2011, 17:12 | Par 403

 

L'hospitalité française et les kapos...

La patrie des droits de l'homme qui arrête des enfants au sein de l''école de la République...

Nous sommes tous salis!

18/02/2011, 17:17 | Par 403

 

C' EST A LA UNE QU'IL FAUT METTRE CET ARTICLE SOUS CELUI DE F. CASSEZ!

20/02/2011, 10:14 | Par Fini de rire

Le 17 février, après une manifestation à Amiens, une délégation de quatre soutiens (le maire adjoint de la ville d’Amiens en charge de la jeunesse, une professeure de ces élèves au Lycée R.Rolland d’Amiens, un élève délégué élu pour l’ensemble du lycée et un militant du RESF Somme) ont été reçus par le secrétaire général du préfet de la Somme. Remise de signatures (de plusieurs centaines d’élèves et de citoyens), débat sur ce qui s’apparente à une chasse et à une course aux chiffres après ce « coup de filet » sur ces neuf jeunes scolaires venus d’Afrique, manque d’humanité vis-à-vis du droit d’asile, rien ne fit revenir en arrière le représentant du préfet, qui a seulement concédé qu’il ne ferait pas appel des décisions du juge des Libertés et de la Détention ou des Tribunaux administratifs (appelés à statuer sur les « Obligations à Quitter le territoire Français » de chacun des neuf jeunes interpellés).

06/03/2011, 12:19 | Par Fini de rire

Les neuf jeunes d'Amiens ont été libérés les uns après les autres sur décision de justice. Pour le dernier, Christian, c'était hier, 5 mars 2011: http://www.educationsansfrontieres.org/article34830.html

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