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Corbis-Sygma : le poids de Gates, le choc d’Aubert

Paris 26 mai 2010, bureau de Corbis SygmaParis 26 mai 2010, bureau de Corbis Sygma© Michel Baret / Gamma-Rapho

 

Le récit d’un dépôt de bilan peu ordinaire mettant en scène un « ex-photographe » français face à l’américain le plus riche du monde. 29 salariés quittent une agence de presse pour celle pour l’emploi. Des millions de photos patientent dans un bunker près de Dreux. Un gâchis ou une stratégie ?


Vendredi 21 mai 2010, à 9 heures du matin, le Comité d’entreprise de Corbis Sygma apprend la déclaration de cessation de paiement (dépôt de bilan) de la société et, l’inévitable licenciement du personnel. A 17 h22, un courriel avertit les clients de Corbis. Ce même vendredi, en fin d’après-midi, une dépêche « tombe » sur les fils : « L'agence de photojournalisme Sygma a été déclarée en cessation de paiement à la suite d'un contentieux juridique avec un ex-photographe, a indiqué à l'AFP le gérant de cette société. »

 

Paris 26 mai 2010, bureau de Corbis SygmaParis 26 mai 2010, bureau de Corbis Sygma© Michel Baret / Gamma-Rapho

 

Le nom de cet « ex-photographe » n’est pas cité par Stefan Biberfeld, gérant de Corbis-Sygma, mais il apparaît dans la dépêche : Dominique Aubert. Nous sommes la veille du week-end, c’est la Pentecôte et ses trois jours de congés. La machine à copier/coller l’AFP peut fonctionner sans heurt, toute la presse reprendra l’information telle quelle.

L’historique agence de photojournalisme Sygma, celle qui fut la première du monde pendant quelques décennies, qui mit en échec les agences américaines, ferme à cause des exigences d’un « ex-photographe ». Joli coup de communication !

La « com » chez Corbis, on connait. Cet art fait partie du cœur de métier. Pour bien enfoncer le clou le gérant de Corbis précise même à l’AFP que l'exécution du jugement « a entraîné la saisie de nos comptes bancaires, de nos biens immobiliers et de nos comptes clients ». Voilà un argument qui met dans la poche de Bill Gates tous les patrons de la planète. Pensez donc, un petit « french boy » qui bloque les comptes d’une société de l'homme, qui pour n'être plus le plus riche du monde, reste une grande fortune mondiale !

Avant d’aller plus loin, il faut donner la parole, non à ce pelé, ce galeux de Dominique Aubert, mais à ses amis et à ses avocats du cabinet Redlink. Dominique Aubert, lui, contractuellement avec son employeur actuel, ne peut pas parler à la presse. Dominique Aubert n’est plus photojournaliste. Il est aujourd’hui pilote de ligne et arpente la planète aux commandes d’un Boeing 777. Une bonne raison de donner son nom plutôt que ceux d’autres photographes également en procès avec la société Corbis-Sygma.

Que dit Maître Rabant du cabinet Redlink ?

« Il est indiscutable que c’est bien Corbis et Corbis seule qui a eu la volonté de partir en liquidation, et que Dominique Aubert n’y est pour rien. » En effet, selon nos informations, Corbis a commencé par faire une proposition pour le paiement sur une longue durée - compatible avec l’activité normale de la société - des sommes auxquelles le jugement du 8 avril la condamne. Dominique Aubert était prêt à accepter. « Les négociations entre avocats étant confidentielles, je ne peux rien dévoiler, mais l’actionnaire américain de Corbis en a décidé autrement et a choisi la liquidation… » explique Maître Rabant.

« Je peux dire également, poursuit Thomas Rabant que, vu le niveau des saisies effectuées pour le compte de Dominique Aubert, qui sont très inférieures au montant des condamnations, ce ne peut être ce fait qui a décidé Corbis à partir en liquidation, mais bien la volonté de Corbis de quitter la France et de se soustraire à ses obligations ».

 

L'avenir du bureau parisien de Corbis Sygma ?L'avenir du bureau parisien de Corbis Sygma ?© Michel Baret / Gamma-Rapho

Du côté de Corbis, Maître Bruno Grégoire Sainte Marie n'a pas jugé bon de répondre, ni aux appels téléphoniques, ni au courriel adressé dès le mardi 25 mai. (Dernière minute : ce 2 juin à 12h09 l'avocat de Corbis répond en envoyant une pièce : l'arrêt du 8 avril et l'attachée de presse m'annonce comme imminente la réponse du gérant de Corbis à ma demande d'interview formulée dès le 25 mai !) Toutefois, on trouvera plus bas les principaux arguments de Corbis-Sygma dans une assignation devant le TGI de Paris.

Mais qui est ce mouton noir « ex-photographe » ?

 

1988 - Domnique Aubert en Aghanistan1988 - Domnique Aubert en Aghanistan© Don North

Dominique Aubert, « Dom » comme l’appelle ses anciens confrères restés amis, a commencé à photographier à 18 ans quand il était dans l'armée. Engagé dans un régiment de parachutistes, il s’est porté volontaire pour la mission de la FINUL (Forces Intérimaires des Nations Unies au Liban). Sa compagnie de combat, la 3ème du 1er RCP, est celle qui a été décimée dans l’attentat contre l'immeuble Drakkar à Beyrouth. Heureusement pour lui, il avait quitté l’armée quelques mois auparavant pour devenir reporter photographe pigiste.

« Dominique est un garçon très gentil, un peu speed, très volontaire, et qui est extrêmement blessé par l’accusation qu’on lui fait porter » déclare Xavier Périssé qui le connut à ses débuts à l’agence Keystone avant qu’il ne travaille pour Sygma en pigiste régulier. « 1987, Sygma est à son apogée. Gamma et Sipa nous suivent à quelques dizaines de millions de francs annuels » écrit Hubert Henrotte dans son livre de souvenirs « Le monde dans les yeux ».

Hubert Henrotte embauche le 8 septembre 1987, Dominique Aubert dans le « staff » de l’agence avec un minimum garanti sous forme de salaire de 10 000 Francs par mois et un intéressement de 25 % sur les ventes de ses reportages.

Il commence alors une vraie carrière de photojournaliste, réalise de multiples reportages en Afrique, retourne pour plusieurs séjours au Liban et au Proche Orient , « couvre » l'Afghanistan etc. « Dominique Aubert a fait partie des bons photographes qui ont fait Sygma » écrit dimanche dernier dans un courriel posté de Bangkok, le grand reporter Patrick Chauvel qui ajoute : « Alors je ne pense pas que son but avec ce procès était d'achever le moribond ! » Assurément, sinon pourquoi des photojournalistes comme Jacques Langevin, Thierry Orban ou un ancien rédacteur-en-chef de Sygma comme Gérard Wurtz auraient jugé de bonne confraternité de produire des attestations pour le Tribunal alors qu'ils sont encore diffusés par Corbis-Sygma. Interrogés par téléphone, certains sont curieusement aujourd'hui devenus muets.

Grand reporter, Dominique Aubert le fut également. Une carrière courte mais intense et reconnue par ses pairs : 1987 , prix du Presse club de France pour son sujet « Gordji à l’ambassade d’Iran », 1989, prix du World Press Photo pour un reportage au Pakistan, 1991, prix du World Press Photo pour « After the massacre, Jerusalem ». Il est invité au premier festival Visa pour l’image de Perpignan, « Mais pas qu'au premier ! précise Jean-François Leroy, je l'ai invité plusieurs fois car c'était un bon ! ». Il est primé au festival du Scoop d’Angers et le magazine Photo publie plusieurs fois ses images… Bref, c’est un « pro ».

Mais il a une autre passion, l’aviation !

Comme le dit Hubert Henrotte (voir billet précédent) avec Patrick Durand, un autre photographe de Sygma, ils décident d’apprendre à piloter. L’aide à la formation professionnelle est là aussi pour ça. Les deux « staffeurs » de l’agence obtiennent chacun 50.000 Francs du fond de formation professionnelle et obtiennent leur brevet de pilote privé.

Le 13 octobre 1995, Dominique Aubert est licencié, pour raisons économiques, par l’agence Sygma, qui n’est pas encore la propriété de Bill Gates. Un accord sur la gestion de ses archives est signé le 20 du même mois. Sa décision est prise, il va devenir pilote professionnel. Au terme duquel, il continuera à percevoir 25% sur les ventes de ses photographies.

Il emprunte 500.000 Francs et suit pendant deux ans, avec succès, une formation de pilote de ligne. C’est depuis son métier.

Dépression sur la rue Lauriston

 

© Mark Nikolic

Au siège de l’agence Sygma, rue Lauriston à deux pas de la place de l’Etoile, depuis l’arrivée en 1996 de Jean-Marc Smadja, l’ambiance n’est plus celle de la grande époque. En juin 1998, Hubert Henrotte et Monique Kouznetzoff, les dirigeants fondateurs, sont remerciés, un an plus tard Bill Gates s’offre l’agence de presse Sygma en l’achetant avec la société Corbis qu’il a créée en 1989.Le 1er septembre 1999, à Visa pour l’image, Philippe Guerrier du Journal du Net interviewe Steve Davis, le PDG de Corbis, sur la part qu’il accorde au photojournalisme. « Tout d'abord, nous ne communiquons pas sur les revenus que nous tirons des ventes sur Internet…/... Tout dépend de la définition du photojournalisme ».Et les droits d’auteur ? « Nous voulons sérieusement aborder le problème des droits d'auteurs des photojournalistes de l'agence Sygma en prenant toutes nos précautions. Il y a beaucoup de facettes concernant les droits d'auteur et la diffusion en ligne. »

2001, Corbis-Sygma voit son chiffre d'affaires en baisse de 19% par rapport à l’année précédente, une inévitable restructuration s’annonce dont feront les frais principalement les photographes pour lesquels Corbis veut mettre en place « un nouveau statut de producteur indépendant »… Le 29 novembre 2001 Corbis-Sygma annonce le licenciement de 93 salariés dont 42 photographes sur un effectif total de 191 personnes ! C’est le choc.

Mais aujourd’hui, en 2010, il n’en reste plus que 29 à licencier du fait du dépôt de bilan. Tout ça à cause d’un « ex-photographe » nommé Dominique Aubert ? Il semble bien qu’Hubert Henrotte ait trouvé le bon qualificatif lors de l’interview accordée la semaine dernière : « c’est une farce ».

L’affaire Aubert contre Corbis-Sygma

 

 2010 - Le siège de Corbis à Seattle USA 2010 - Le siège de Corbis à Seattle USA© Mark Nikolic

 

Tout commence le 3 juin 2002, par une simple lettre recommandée où les avocats de Dominique Aubert constatent que le photographe a reçu irrégulièrement des relevés de publication. Il demande donc un état des publications réalisées pour son compte, un inventaire des photographies originales, et de la sélection des meilleurs clichés appelés communément « points rouges » dans la presse illustrée. Il s’étonne également, de n’avoir pas été informé de la diffusion de son matériel sur Internet alors que ce média ne figure pas dans son contrat de 1995. Cette lettre, comme la suivante, fort courtoises au demeurant, sont restées sans réponse.

Et, les choses vont s’envenimer au fil du temps.Le 13 mars 2003, le Tribunal de grande instance désigne Maître Marie Joseph Bouvet pour faire un état des exploitations et des archives du photographe. L’expert constate que des duplicatas sont présentés comme des « points rouges »… Le 24 mai 2004, le Tribunal de grande instance, à la demande Corbis-Sygma se déclare incompétent au profit du Tribunal des prud’hommes.

Le Conseil des prud'hommes condamne le 29 janvier 2008 Corbis-Sygma à payer la somme de 102 000 euros de dommages et intérêts à Dominique Aubert, qui épuisé par six ans de procédure, souhaite en rester là. Mais Corbis-Sygma ne l’entend pas de cette oreille et fait appel. Pourquoi ?D’autres procédures sont en cours, les dirigeants de Corbis espèrent ils faire baisser le prix à l’unité de la photographie perdue ou détériorée ?

Le jugement historique du 8 avril 2010

Le 4 décembre 2009, la Cour d'appel de Paris est en audience, et à son issue le Président déclare « Nous avons conscience de l'importance du dossier et nous tenons à prendre avec les trois magistrats de cette cour une décision collégiale. Nous vous communiquerons le délibéré dans quatre mois, soit le 8 avril 2010.

Ce 8 avril, la société Corbis-Sygma est condamnée à payer 978 375 euros en réparation du préjudice matériel subi au titre de la perte de 753 « points rouges » plus 150 000 euros en réparation du préjudice moral et à 399 000 euros au titre du préjudice subi du fait des actes de contrefaçon… Soit 1 527 375 euros.

Le 23 avril dernier, Corbis-Sygma contre-attaque. Une assignation devant le Tribunal de grande instance lui est signifiée.Corbis-Sygma demande à la cour de dire et juger, en substance :

  • que la société a l'obligation d'exploiter les reportages de Dominique Aubert jusqu'en 2025 et ce aux conditions du contrat : 75% pour l'agence, 25% pour le photographe.
  • qu'une agence a le droit de numériser les photographies argentiques qui lui sont confiées et que les photographes n'ont pas le droit de s'y opposer,
  • qu'en s'opposant à la numérisation, Dominique Aubert fait « abus de droit d'auteur.»,

Corbis-Sygma poursuit «Vu le montant indemnitaire complètement extravagant (ndlr: jugement du 8 avril) de plus de 5000 euros par photographie retenu par la Cour d'appel de Paris (chambre sociale du 8 avril 2010) » demande à la Cour de « Constater que l'arrêt de la chambre sociale a, sur la base d'une seule attestation.../... intellectuellement évalué à 1 milliard 450 millions d'euros les 290 000 photographies prises par Aubert et qui sont la propriété matérielle et définitive de Corbis Sygma. »

Et, finalement Corbis Sygma demande à la Cour de condamner Domnique Aubert à payer une provision de 2 000 000 d’euros et de surseoir à l'exécution de l'arrêt du 8 avril. Sachant que depuis cette assignation, la société a été mise en liquidation judiciaire, on comprend mal la défense de Sygma Corbis.

Un jugement qui tombe bien ?

2010 - Le hall du siège de Corbis à Seattle USA2010 - Le hall du siège de Corbis à Seattle USA© Mark Nikolic

Condamnée le 8 avril, Corbis-Sygma réunit une assemblée générale de ses associés le 17 mai. Qui sont ces associés ?

Ils sont deux : la société de droit français Corbis-France, et la société de droit américain Corbis Corporation. La réunion est vite organisée, les deux sociétés sont représentées par le même homme : James Mitchell ! Que décident James & James ? L’assemblée constate qu’elle a été avisée par un courrier du 7 mai 2010 de la démission des co-gérants Messieurs James Mitchell, Gary Shenk et Paul Richard Leston et confie la gérance au seul Stephan Biberfeld. L’heureux homme !

Stephan Biberfeld, gérant de Corbis-FranceStephan Biberfeld, gérant de Corbis-France© Corbis

Voilà donc Stephan Biberfeld, désormais seul maître à bord du navire Corbis-Sygma le lundi 17 mai. Le vendredi 21, il a une journée chargée : réunion du Comité d’entreprise, puis visite au Tribunal de commerce de Paris pour faire enregistrer l’assemblée générale et faire la déclaration de cessation de paiement !

 

Personne dans le monde du photojournalisme n’est vraiment étonné. Depuis l’an passé, beaucoup pressentaient que Corbis allait quitter Paris malgré les investissements en numérisation, car les fichiers informatiques appartiennent à Corbis Corporation...

En effet, si Corbis a énormément investi dans l’édition et la numérisation des archives de « 876 photographes » de Sygma (voir billet précédent), c’est que ceux-ci ont signé des contrats, ni avec Corbis-Sygma, ni avec Corbis-France, mais avec Corbis Corporation basée à Canson City. Contrats dont les royalties sont payées directement en dollars, sans qu’il soit possible de savoir où les ventes ont été réalisées. En France ? Donc réglées sans charges sociales d’aucune sorte… Aux USA ? Puisque les fichiers sont vendus via des serveurs basés outre-atlantique….

Un fait semble évident. Si, comme l’affirme le gérant de Corbis-Sygma, les pertes cumulées s’élèvent à des dizaines de millions d'euros, ce qui semble avéré par les chiffres déposés au greffe du Tribunal de commerce, cet « ex-photographe » qu’on a pris comme bouc émissaire en espérant le livrer à la vindicte de ses ex-confrères, n’est pour rien dans le dépôt de bilan de Corbis-Sygma et, encore moins dans le licenciement de 29 personnes.

C’est un peu trop facile Mr Bill Gates !

 

Paris 26 mai 2010, bureau de Corbis SygmaParis 26 mai 2010, bureau de Corbis Sygma© Michel Baret / Gamma-Rapho

En octobre 2009, Dan Perlet, directeur de la Communication « world wide » pour Corbis, interviewé via e-mail, pour ce blog, m’avait mis la puce à l’oreille en déclarant :. « Nous proposons également de centraliser nos activités marketing à Londres avec une équipe essentiellement dédiée aux activités de marketing en ligne pour toute l’Europe. Il est préférable de rassembler et consolider cette équipe dans le même bureau pour une meilleure collaboration et efficacité. »

A cette époque, Corbis Corporation, sa maison mère de Seattle, en était déjà au xème plan social et déménageait de l’immeuble Zeus du 12ème arrondissement de Paris, pour rejoindre le 62 rue de la Chaussée d’Antin à Paris 9ème en laissant déjà sur le trottoir la moitié de ce qu’il restait de son personnel.

 

Quelques mois plus tôt, le 15 mai 2009, Corbis avait bruyamment annoncé son « Open Sygma Preservation and Access Facility », c'est-à-dire selon Gary Shenk, le PDG de Corbis «La préservation et la facilité d’accès à la collection Sygma, ce qui est un témoignage de notre engagement à préserver cette collection extrêmement importante. »

On pouvait déjà, à ce moment, avoir quelques doutes sur l’avenir des salariés de la société Corbis Sygma. L’éditing de 876 photographes de premier plan était terminé. Six éditeurs ont travaillé sur ce fonds pendant huit ans. Les autres photographes ? Introuvables, disparus, morts avec des ayant-droits fantômes…

Ajoutons l’évolution du fameux marché… Dans l’interview citée plus haut, Dan Perlet répondant à une question sur le type de « contenu » auquel s’intéressait Corbis déclarait : « La demande tend vers du contenu bon marché, d’un bon rapport qualité prix, et de moins en moins vers du contenu premium haut de gamme.» Jusqu’alors « la collection Sygma » était présentée comme du « haut de gamme »…

A quelle sauce mange-t-on les « frenchies » aux USA ?

 

Paris 26 mai 2010, bureau de Corbis SygmaParis 26 mai 2010, bureau de Corbis Sygma© Michel Baret / Gamma-Rapho

« Nous avons demandé vendredi 28 mai à la direction de Corbis de respecter les engagements du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) signé en février 2002 et qui est applicable jusqu'au 31 décembre 2010. Le Comité d'entreprise a renouvelé sa demande lundi 1er juin, mais nous n'avons pour le moment pas de réponse, mais nous gardons espoir» déclare un membre du Comité d’entreprise.

 

« Ce PSE monté en janvier 2006, fait l'objet d'un accord de méthode entre la direction et l'Union économique et sociale constituée par le regroupement des comités d'entreprises et des délégués du personnel des sociétés Corbis-Sygma et Corbis-France. Le PSE prévoit des accords précis en cas de licenciements en matière d'indemnités. »

 

A suivre

 

Michel Puech

Issy-les-Moulineaux le mercredi 2 juin 2010 à 13h30

Reportage photographique de Michel Baret à Paris et de Mark Nikolic à Seattle pour A l'œil, blog du Club Mediapart et photographie d'archive de Don North.

 

A propos de documentation

  • Tous les billets d'A l'oeil sur Corbis
  • Les principaux jugements évoqués dans ce billet sont des documents publiques que tout citoyen peut se procurer auprès des greffes des Tribunaux. Ces documents portent l'adresse personnel de Dominique Aubert, et ils ont été exclus de l'édition. Dominique Aubert souhaitait le retrait de son adresse privée, j'ai préféré supprimer cette documentation. (Erratum du 23 aout 2010)

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« www.a-l-oeil.info » ?

« A l’œil » s'intéresse essentiellement au photojournalisme, à la photographie comme au journalisme, et à la presse en général. Il est tenu par Michel Puech, journaliste honoraire (carte de presse n°29349) avec la collaboration de Geneviève Delalot, et celle de nombreux photographes, journalistes, iconographes et documentalistes. Qu'ils soient ici tous remerciés.

Tous les textes et toutes les photographies ou illustrations sont soumis à la législation française, en particulier, pour les droits d'auteur. Aucune reproduction même partielle n'est autorisée hormis le droit de citation.

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Tous les commentaires

DERNIERE HEURE: Courriel de Menard, Coralie, attachée de presse de Corbis-Sygma, envoyé mercredi 2 juin 2010 14h 30 Voici les réponses de Stefan Biberfeld à vos interrogations : A propos des conséquences du dépôt de bilan de Corbis-Sygma, nous œuvrons de concert avec les autorités concernées en France pour faire tous les efforts possibles afin de minimiser l’impact pour les employés, les photographes et les clients. Nous avons communiqué le déroulement du processus à nos clients en France et prévoyons de continuer à offrir normalement nos services à nos clients des secteurs de la publicité et du marketing, ainsi qu’à certains clients des secteurs des médias et de l’édition.

Il n’y a aucun impact sur nos activités en dehors de la France.

Nous poursuivons également nos efforts de conservation des images, y compris l’initiative de Préservation et d’Accès Sygma. La grande majorité des images d'archives de la collection Sygma seront toujours disponibles sur le site www.corbisimages.com.Sygma est maintenant entre les mains d’un liquidateur judiciaire. C’est lui qui prendra les décisions nécessaires concernant les employés, les photographes et les clients de Sygma.Sur le procès Aubert/Corbis Sygma, vous trouverez en pièce jointe le jugement de l’affaire.

Bill gates c'est le fantôme de Christophe Colomb qui revient coloniser la vieille Europe. Hélas, ce fut une boucherie.

Merci M. Puech

Cher Lecteur,

Ce n'est pas parce que les européens ont colonisés jadis le "nouveau monde" en pratiquant des génocides, qu'il faut désespérer leur descendance. La preuve a été faîte en 1944. Par ailleurs, dans ce billet - déjà bien long - je n'ai pas narré tous les efforts fait par les sociétés de Bill Gates pour sauvegarder et exploiter les fonds photographiques.

Beaucoup, beaucoup d'argent a été dépensé pour numériser, indexer des millions de photos... Et, il faut rendre hommage à Corbis, d'avoir payer les salaires de personnes compétentes pour faire ce travail en France.

La mise en accusation publique d'un ex-photographe est choquante, d’où le ton un peu sévère de mon "papier", mais cela ne doit pas occulter à vos yeux, le travail effectué; même si, les conditions d'exploitation peuvent être contestées.

 

Cordialement à tous.

MP

 

PS. Les lecteurs de ce blog qui souhaitent être averti des prochaines publications peuvent m'adresser un courriel, je les inscrirai dans ma "mailing personnelle".

L'image utilisée de la conquête des Amériques pour illustrer mon propos précédent.
L'a été car je sens très mal la culture "Américaine Orwellienne" et que je n'apprécie pas particulièrement ce Bill.
Bien à Vous M. Puech.

Un nouveau nom pour les French Fries..... Les Frenchies Fried! Ou encore Liberty to fry!

il ne semble effectivement pas sérieux de dire que c'est cette condamnation de 1.500.000€ qui a pu, à elle seule, entrainer le dépôt de bilan de cette société : je me souviens avoir lu à l'époque que son passif social était de l'ordre de 80.000.000€ !

Mais il ne faut pas - à l'inverse - sous-estimer le poids d'une telle somme (avec peut-être le risque de voir aboutir d'autres procédures basées sur le même grief ?) et les dommages collatéraux de blocages de comptes ou autres saisies. Une perte exceptionnelle se compense, soit par un apport des associés -et dans le cas présent- il ne semblait pas envisageable , soit par le bénéfice dégagé par l'activité. Or celle-ci était en perte , sans grande perspective de redressement !

Peut-être faudrait-il parler tout simplement de la (grosse) goutte d'eau qui fait déborder le vase ?

Ce que l'histoire ne dit pas, c'est si Aubert a pu récupérer quelque chose : dans le cadre de la liquidation, il est possible d'annuler tous les payements effectués durant la "période suspecte" (18 mois en arrière) au motif qu'ils ont avantagé un créancier chirographaire au dépends des créanciers privilégiés. S'il est clair que les sommes qu'il n'a pas reçues sont définitivement perdues, il n'est donc même pas certain de conserver celles qu'il aurait réussi à récupérer avant le dépôt de bilan.

@christian78 et tous,

Tout ce que vous dites est exact. Les pertes sont énormes, et Corbis Corp. a depuis dix ans renfloué... Cette fois non, car le jugement du 8 avril, si il n'est pas cassé, va faire jurisprudence... Et derrière, il y a d'autres procédures.

Par ailleurs, je pense que Corbis Sygma a réussi à signer 876 contrats entre des photographes et Corbis Corp. Donc, Corbis Corp. ne perdra pas tout, sauf, si les contrats en question présentaient, par exemple, des dispositions contraires aux lois françaises. A voir. Un interlocuteur pas encore abonné de Mediapart (ça existe encore), pointe la question.

Un cadre dirigeant d'une agence de presse à qui je demandais son avis sur mon billet me répond : Ah, Les méchants patrons contre les gentils photographes......

Il faudrait parler un peu des photographes qui attaquent leur anciens patrons et qui acceptent aujourd'hui de se faire payer par Getty ou Corbis en dollars sans aucune protection sociale et sans reverser de cotisations à la collectivité.

Il n'a pas tort sur la deuxième partie.

Par contre, on ne peut pas généraliser, il n'y a pas LES gentils patrons et LES méchants photographes, ou l'inverse, il y a des hommes et chaque affaire est un cas spécifique, même si il y a des lignes de forces que j'essaierai de mettre en lumière ultérieurement.

 

Merci de contribuer.

 

Communiqué des avocats de Dominique Durant en date du 28 mai 2010


« Monsieur Dominique Aubert souhaite faire part de son point de vue sur la liquidation judiciaire de Corbis Sygma, celle-ci en faisant en grande partie porter la responsabilité sur son ancien reporter photographe, ce qui est contraire à la réalité des faits, ainsi que rétablir la réalité sur certains points.
Dominique Aubert, connu notamment pour ses reportages en Afghanistan et au Liban, et qui a remporté plusieurs distinctions du World Press Photo, cherche depuis 2002 à faire reconnaître par Corbis Sygma ses droits de photographe et d’auteur.
Contrairement à ce que soutient Corbis Sygma, Dominique Aubert n'a jamais demandé la "restitution" de son matériel photographique ou de son œuvre : il a simplement demandé l'indemnisation de la perte de plus de 750 photographies originales ("points rouges"), dont des reportages uniques en Afghanistan, perte qui interdit définitivement toute exploitation de son œuvre, et d'actes de contrefaçon résultant de l'exploitation sans son autorisation de plus de 1.000 de ses autres photographies sur Internet.
La perte de 753 photographies originales, la contrefaçon commise par Corbis Sygma sur plus de 1.000 autres images et le préjudice moral de Dominique Aubert ont d'abord été reconnus par le Conseil de prud'hommes de Paris, puis par la Cour d'appel de Paris (saisie par Corbis Sygma !), qui a confirmé le jugement en condamnant Corbis Sygma à une somme globale de 1,5 million d'euros de dommages et intérêts (plus de 10 fois la condamnation prononcée en première instance).
La Cour d'appel de Paris a rendu le droit après 8 ans de procédure, alors que Corbis Sygma déniait toute valeur au fonds photographique de Dominique Aubert aux termes d’un argumentaire dénigrant pour l'ensemble des photographes de presse.
La perte des photographies originales a donné lieu à une indemnité moyenne de 1.299 euros par photo, ainsi que de 199 euros par photo au titre du préjudice moral. La contrefaçon a donné lieu à une indemnité de 399 euros par photo numérisée et mise en ligne sans autorisation.
La décision de la Cour d’appel de Paris, au-delà de la situation particulière de Dominique Aubert, est donc importante car elle vient confirmer les droits des photographes, notamment pour ce qui concerne la numérisation et l’exploitation des images sur Internet.
Le litige avec Dominique Aubert ne constitue d’ailleurs qu'une affaire parmi d'autres, Corbis Sygma étant en contentieux avec de nombreux photographes et se trouvant en difficulté financière depuis longtemps (73 millions d’euros de pertes fiscales et 2 millions d’euros de perte d’exploitation sur la seule année 2009).
La liquidation judiciaire de Corbis Sygma – dont il faut souligner qu’elle a volontairement été demandée par Corbis Sygma, intervient donc de manière très opportune, alors qu'il s'agit d'exécuter une condamnation prononcée après 8 ans de procédure. Dominique Aubert, solidaire des photographes de presse, regrette évidemment cette liquidation mais rejette toute responsabilité à cet égard.
Corbis Sygma, qui ne recule devant rien pour échapper à ses responsabilités (Dominique Aubert ne percevra quasiment rien des condamnations prononcées), vient de surcroît d’assigner ce dernier devant le Tribunal de grande instance de Paris, le 21 mai 2010, pour demander sa condamnation à lui payer 2 millions d'euros de dommages et intérêts pour "abus de son droit d'auteur". Monsieur Dominique Aubert ne saurait donc accepter sans réagir les procès d'intention à son encontre. »
Thomas RABANT
Avocat à la Cour / Attorney-at-law
RedLink Associé / Partner

@ Tous, vous pouvez lire le témoignage de Jean-Louis Atlan, photographe, j'ai été membre du staff de l'agence Sygma de 1976 a 1992, dans les commentaires du site de Jean-François Vibert

> Dominique Aubert ne percevra quasiment rien des condamnations prononcées

Le pauvre petit minet touchera quand même un "quasiment rien" proche de 500 000 euros, de quoi faire agrandir sa piscine et laissé songeur les 29 salariés de Corbis-Sygma. On peut se faire une idée de l'état d'esprit de certains photographes en allant consulter la page facebook de Thierry Orban, par exemple, qui, m'a t-on dit, répand, ou bien reprend, à son compte des rumeurs infondées, prétendant que les images des photographes pourraient devenir libre de droit (le million d'Aubert fait tourner la tête du petit homme). C'est évidement complètement faux.

Voilà pour la mise en bouche. J'espère avoir le temps de revenir commenter votre billet un peu plus dans le détail, cher Michel, durant le week-end

Cordialement,

 

A Floreal Meneto:

Merci de votre commentaire, toutefois, il me semble que les termes de "petit minet" n'apporte rien à votre point de vue; de même que je vous engage à ne pas rapporter de "m'a t on dit", invérifié par nature, surtout quand vous citer nominalement une personne... La rumeur contre la rumeur, n'apporte rien au débat.

Comme j'apprécie votre blog, j'attend avec impatience vos commentaires plus sérieux, et vos précisions concernant la somme "proche de 500 000 euros".

 

Cordialement

Vous avez mille fois raisons Michel. C'est que très très concerné par la liquidation de Corbis-Sygma, je l'avais un peu mauvaise en lisant les pleurnicheries des avocats. Je connais la somme exact qui lui a été versée, mais j'ignore jusqu'à quel point je peux en causer. Je reste donc évasif et faux-cul (disons-le franchement) pour me préserver.

Concernant Orban, je n'ai pu vérifier de mes yeux n'ayant pas de compte sur facebook. Chacun pourra aller voir et infirmer ou confirmer ce que d'autres m'ont dit avoir vu.

Voilà, vous avez raison sur mes vilaines manières, mais j'ai des (mauvaises) raisons de les avoir.

Bien cordialement,

Monsieur,

Décidément je n'aime pas vos manières dans vos deux derniers commentaires !

D'une part, parce que j'ai un compte sur Facebook et que je n'ai rien vu sur le profil de la personne que vous incriminez nominalement, aussi je vais demander à la rédaction de Mediapart d'intervenir pour enlever ce nom qui n'a rien à faire sur cette page ou toutes les informations sont vérifiées.

D'autres part, je trouve tout a fait déplorables de qualifiés le travail d'un avocat de "pleurnicheries", d'invoquer le fait que vous êtes concerné sans rien en dire.

Bref, si j'avais le pouvoir de valider les commentaires - ce que d'une façon général je réclame - je le ferai.

 

Néanmoins cordialement

Vous me voyez sincèrement désolé de vous déplaire au point de vous mettre en colère de la sorte. Il convient donc, que je vous fasse publiquement mes excuses.

Concernant T.O. j'aurais bien moi même corrigé si j'avais pu avoir la main ("modifier") sur mon commentaire précédent. Pour preuve de ma bonne foi, je vous prie de noter tout de même que j'ai donné à ce que je rapportais quelques précautions en précisant bien son caractère de "on dit", indiquant dans le commentaire suivant que je n'avais pu le vérifier et que vous même avez infirmé mon assertion. Pour le coup, l'honneur est sauf et c'est moi qui passe pour un mufle. Tant pis, je n'avais qu'à faire attention.

Pour ce qui est de ma réserve, en revanche, vous comprendrez, j'espère, que mon choix de rester ici discret m'appartienne.

Veuillez encore une fois accepter mes excuses pour vous avoir froissé, ça n'était aucunement mon intention et soyez assuré qu'à l'avenir j'essaierai d'être plus prudent.

Bien cordialement,

Cher Floréal,

Je crois avoir de mon coté, évité le piège de la colère, n'ayant nul intérêt - contrairemnt à vous - avec aucune des parties.

Pour les parties en présence, vos excuses et l'explication de votre opportement leur fairont comprendre qu'il n'y avait, de votre part, pas d'intention de nuire. Personnellement, je vous crois sur parole.

 

Mes réponses étaient sans doute, directe; mais, et vous le comrendrez aisément, il n'est pas aisé de "débloguer" sur son propre milieu professionnel. Bien que n'ayant plus aucun lien salarial, ni autres (actionnariat-partenariat) avec aucune agences, ni publications de presse ormis quelques trop râres piges, je tiens ce blog, es-qualité de journaliste.

J'essai donc de transmettre le maximum de faits en particulier écomiques, concernat le photojournalisme, le journalisme et la presse. Cela implique une grande précision, et je suis toujours attentif aux critiques.

 

Mon blog "A l'oeil" n'est pas dépourvu de commentaires, ni d'opinions. Dans la mesure du possible, j'essai de ne blessé parsonne. Et chacun est libre d'être d'accord ou non. Je vous remercie donc sincérement pour votre participation, comme je remercie tous ceux qui enrichissent mes billets de leurs commentaires et leurs informations.

 

Bien cordiaement votre cher Floréal, et au plasir de faire votre connaissance...

 

Randy Taylor m'écrit... "Randy ?" me répond un de mes confrères, "C'est un "vieux de la vieille" Randy a comnencé sa cariere de photogarphe aux USA; et ensuite à Paris (70/80) chez Associated Press (AP). De rtour aux USA il devient correspondant de Sygma a Miami.

Il passe plusieurs années chez Sygma, trés bon photographe. Ensuite la valse: BlacksStar, Gamma, etc... Il se met a son compte. Arrete la photo. Bricole des moteurs de recherche, et à créé site sur le copyright."

Que dit Randy ?

"Je tiens à vous remercier pour vos efforts à faire rapport sur Gamma et Sygma Corbis. J'ai utilisé vos rapports à transmettre cette information aux États-Unis. Il est très utile à la communauté photo. Dans mes observations les plus récentes, je mentionne vos sites et lien vers vous. Encore une fois, je vous remercie pour vos efforts inlassables.ation in the United States. It is very helpful to the photo community. In my most recent comments, I mention your sites and link back to you. Again, thank you for your tireless efforts."

 

Merci Randy pour une confraternité pas toujours évidente. Combien de journalistes et/ou de blogueurs "oublient" de citer leurs sources.

En plus j'ai découvert un site interessant, que je recommande aux concernés.

 

Au plaisir de vous lire toutes et tous.

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