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Pierre Bourdieu et les conspirationnismes : roc et failles
Que dire des oppositions ou, à l’inverse, des affinités entre les écrits de Bourdieu et les conspirationnismes ? On trouvera ici quelques éléments de réponse à des questions posées par le site Conspiracy Watch (Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot).
Ce site anti-conspirationniste a fourni ses propres réflexions sur la question : "Pierre Bourdieu et le «gouvernement mondial invisible»", 3 juillet 2009 (à partir des réponses de la sociologue Nathalie Heinich et des miennes). Je mets ici à disposition mon court texte.
Le roc anti-conspirationniste de la sociologie de Bourdieu
On doit tout d’abord noter que la sociologie de Pierre Bourdieu fournit des instruments précieux (sur le plan théorique – avec les concepts d’habitus, champs ou violence symbolique -, épistémologique – dans la mise en cause des « philosophies du sujet » intentionnalistes -, méthodologique – dans le croisement des techniques d’enquête quantitatives et qualitatives - et empirique – la variété des matériaux d’enquête sur des terrains variés sur plus de quarante ans, ce qui correspond à des milliers de pages) contre l’intentionnalisme et le simplisme des schémas conspirationnistes. C’est ce que j’ai déjà mis en évidence dans une série de textes, qui distinguent nettement le regard sociologique de Bourdieu de la critique manichéenne des médias portée par Noam Chomsky ou Serge Halimi [1]. Il me semble que c’est le roc dont on doit partir, afin de ne pas faire de l’accessoire (quelques très rares formules à tonalité conspirationniste) le principal à la manière d’une figure stéréotypée assez répandue dans les approches journalistiques contemporaines de la réalité : le petit détail qui attire l’œil deviendrait le cœur du problème et finirait par invalider l’ensemble qu’on ne connaît d’ailleurs pas. On aurait là, dans un paradoxe qui n’est pas isolé dans les critiques ordinaires du conspirationnisme [2], un emprunt des anti-conspirationnistes aux schémas conspirationnistes : le goût du sulfureux étant susceptible d’emporter une part de la logique de l’argumentation rationnelle dans une généralisation hâtive et abusive.
Dans un livre fort utile contre les séductions des schémas conspirationnistes dans les outillages mentaux des gauches critiques, le sociologue Marc Jacquemain et le philosophe Jérôme Jamin [3] confondent, sur ce plan, deux choses à mon avis chez Bourdieu, sous la catégorie trop large de "théories de la manipulation" : 1) la manipulation intentionnelle de la vie socio-historique par quelques puissants dans l’ombre (les conspirationnismes proprement dits), et 2) les effets non-conscients d’"aliénation" (pour reprendre une notion marxienne) ou d’incorporation des logiques dominantes, tant par les dominés que par les dominants ("les dominants sont dominés par leur propre domination", répétait souvent Bourdieu), de structures sociales impersonnelles ; ce que Bourdieu appelait aussi "l’orchestration sans chef d’orchestre". Chez Bourdieu, il y aurait donc une "orchestration" objective débarrassée du primat conspirationniste de l’intentionnalité d’une élite. Cette mise en cohérence objective du monde social apparaît toutefois hésitante et contradictoire dans l’œuvre sociologique de Bourdieu : certes 1) la notion d’habitus est souvent chez lui un instrument de mise en cohérence objective du monde social dans la subjectivité non-consciente des individus, ce qui pousse à un certain ‘systémisme objectiviste’ (à distinguer nettement, contrairement à Jacquemain et Jamin, du ‘systémisme intentionnaliste’ des conspirationnismes) ; mais 2) avec la théorie d’une pluralité de champs sociaux autonomes et d’une pluralité de dominations spécifiques non intégrés, Bourdieu ouvre contradictoirement la piste de ce que j’ai appelé un "global pluriel", permettant de penser globalement sans intégration systémique ; et 3) si on distingue, avec Bourdieu, habitus de classe et habitus individuels, ces derniers nous permettent de traiter des singularités individuelles non intégrées dans un grand tout systémique. Ces pistes et contradictions de la sociologie de Bourdieu sont aujourd’hui un des points de départ pour penser, avec Bourdieu et contre Bourdieu, de nouvelles approches critiques en sciences sociales, tenant compte de la pluralité des logiques sociales (avec leurs spécificités et leurs contradictions non nécessairement intégrées systémiquement) comme des compétences des individus (appelant à se passer de la médiation d’une théorie de l’aliénation généralisée et totale) [4].
Á propos des très rares formulations à tonalité conspirationniste chez Bourdieu
Le site Conspiracy Watch a relevé quelques très rares formulations à tonalité conspirationniste dans des écrits politiques (et non pas proprement sociologiques) de Bourdieu. Il s’agit de passages des textes à tonalité militante réunis dans Contre-feux 2 – Pour un mouvement social européen [5] :
- "des leurres bien faits pour détourner des lieux du gouvernement invisible des puissants" (préface, 2000, p. 10)
- "de textes qui, produits dans le plus grand secret, délibérément obscurs et édictant des mesures à «effet retard», pareilles à des virus informatiques détruisant les systèmes de défense juridiques, préparent l’avènement d’une sorte de gouvernement mondial invisible au service des puissances économiques dominantes" ("Contre la politique de dépolitisation", non daté, p.69)
- "les instances du gouvernement mondial invisible" (ibid., p. 72)
- "un véritable gouvernement mondial invisible, inaperçu et inconnu en tout cas du plus grand nombre, dont le pouvoir s’exerce sur les gouvernements nationaux eux-mêmes. Cette sorte de Big Brother, qui s’est doté de fichiers interconnectés sur toutes les institutions économiques et culturelles, est déjà là, agissant, efficient, décidant de ce que nous pourrons manger ou ne pas manger, lire ou ne pas lire, voir ou ne pas voir à la télévision ou au cinéma, et ainsi de suite" ("La culture est en danger", septembre 2000, pp. 88-89)
- "Á travers le pouvoir presque absolu qu’ils détiennent sur les grands groupes de communication, c’est-à-dire l’ensemble des instruments de production et de diffusion des biens culturels, les nouveaux maîtres du monde tendent à concentrer tous les pouvoirs, économiques, culturels et symboliques qui, dans la plupart des sociétés, étaient restés distincts, voire opposés, et ils sont ainsi en mesure d’imposer très largement une vision du monde conforme à leurs intérêts." (ibid., p.89)
Il faut rappeler, une fois de plus, pour que le nez dans le guidon de ces citations ne nous donne pas une vue trop déformée de l’œuvre de Bourdieu, que ces quelques lignes sont exceptionnelles par rapport à une trentaine de livres et des milliers de pages. Leurs tonalités intentionnalistes et conspirationnistes, comme le constat proposé d’une fusion de "tous les pouvoirs", n’en sont pas moins manifestes et en contradiction avec les apports principaux de la sociologie de Bourdieu lui-même. Les convergences publiquement manifestées à la fin de sa vie avec les analyses de médias de Noam Chomsky ou de Serge Halimi, avec leurs tonalités conspirationnistes, pourraient aussi constituer des traces d’une même tentation assez localisée (dernière période davantage publiquement engagée de sa vie et dans des interventions plus proches du pôle militant que du pôle sociologique). Comment en rendre compte, sans pour autant surestimer le phénomène ? Quelques éclairages possibles :
- Bourdieu s’y efforce de pointer une "orchestration sans chefs d’orchestre" dans la contre-révolution néolibérale des années 1980-1990, mais s’adressant à des publics plus larges, non nécessairement dotés d’une culture sociologique minimale, il est conduit à simplifier, à trouver des images plus parlantes (comme "gouvernement mondial invisible", "Big Brother" ou "les nouveaux maîtres du monde"), qui tirent alors vers l’intentionnalisme et le "chef d’orchestre" pourtant sociologiquement récusé.
- Dans ces formulations, on peut relever une première médiation discursive et cognitive entre ‘systémisme objectiviste’ (qui constitue une des tendances de Bourdieu-sociologue) et ‘systémisme intentionnaliste’ (des conspirationnistes) : le thème de "l’orchestration" ; dans les deux cas ce n’est pas la même "orchestration" (objective pour l’un et volontaire pour l’autre), mais une sorte de glissement sémantique s’effectue entre elles dans ces quelques passages.
- On peut pointer une seconde médiation discursive et cognitive entre ‘systémisme objectiviste’ et ‘systémisme intentionnaliste’ dans ces passages : le thème du "caché" ; pour le premier plan sociologique, c’est le "caché" objectif, au travers des mécanismes impersonnels des champs et de l’inconscient social des habitus, et pour le second plan, c’est le "caché" de la manipulation volontaire ; là aussi il y a une sorte de glissement sémantique qui s’effectue entre les deux.
- La sociologie de Bourdieu nous fournit elle-même une hypothèse en nous invitant à réinsérer ces formulations dans leurs conditions socio-historiques d’énonciation. Ainsi, analogiquement, on pourrait relier notre problème à ce que Bourdieu écrit sur la contradiction objectivisme/subjectivisme dans les marxismes : "Dans la tradition marxiste, il y a une lutte permanente entre une tendance objectiviste qui cherche les classes dans la réalité (d’où l’éternel problème : «Combien y a-t-il de classes ?") et une théorie volontariste ou spontanéiste selon laquelle les classes sont quelque chose que l’on fait. D’un côté, on parlera de condition de classe et de l’autre plutôt de conscience de classe. D’un côté, on parlera de position dans les rapports de production. De l’autre, on parlera de «lutte des classes», d’action, de mobilisation. La vision objectiviste sera plutôt une vision de savant. La vision spontanéiste sera plutôt une vision de militant." [6]. L’intentionnalisme, avec de possibles tonalités conspirationnistes, serait donc plutôt attaché au registre du militant et "l’orchestration sans chef d’orchestre" au registre du savant. Notons toutefois que les accents conspirationnistes ne sont pas massifs et majoritaires dans les interventions politiques de Bourdieu [7], mais simplement qu’ils sont un peu plus présents (alors qu’ils sont complètement absents des textes sociologiques).
J’indiquerai pour conclure que ces infimes formulations conspirationnistes, ajoutées aux associations faites avec les analyses de Chomsky ou d’Halimi, ont pu faciliter les appropriations conspirationnistes de la référence à Bourdieu dans les milieux militants et sympathisants des gauches critiques. Mais ce n’est pas le principal, car ce sont les conditions socio-historiques de réception qu’il faudrait étudier ici. D’ailleurs, dans l’histoire, on a souvent vu des ressources savantes faire l’objet d’usages ordinaires fort éloignés des logiques affichées par leurs auteurs, et cela sans nécessairement que ces auteurs aient eu besoin de fournir eux-mêmes quelques formulations médiatrices.
Notes :
[1] Voir P. Corcuff, "La sociologie de Pierre Bourdieu", initialement publié sur le site Calle Luna en octobre 2004 sous le titre "De quelques aspects marquants de la sociologie de Bourdieu" ; republié sur Mediapart en deux parties, 16 juin 2009 : "(1) Une nouvelle critique sociale" et "(2) Le sociologue et le philosophe" ; ainsi que "Chomsky et le «complot médiatique» - Des simplifications actuelles de la critique sociale" (version longue d’un article paru dans la revue ContreTemps, n°17, septembre 2006, comprenant un "Post-scriptum à propos de deux articles parus dans la revue Agone"), initialement publié sur le site Calle Luna en septembre 2006 ; republié sur Mediapart, 12 juin 2009.
[2] Voir P. Corcuff, "«Le complot» ou les aventures tragi-comiques de «la critique»", initialement publié sur le site Calle Luna (http://calle-luna.org/, disparu) en avril 2005 ; republié sur Mediapart, 19 juin 2009.
[3] Dans M. Jacquemain et J. Jamin, L’histoire que nous faisons – Contre les théories de la manipulation, Bruxelles, Espaces de Libertés/Éditions du Centre d’Action Laïque, 2008.
[4] Voir P. Corcuff, Les nouvelles sociologies – Entre le collectif et l’individuel, Paris, Armand Colin, collection "128", 2007, 2ème édition refondue, et "Quelques défis épistémologiques pour la sociologie du XXIe siècle", postface à Marc Jacquemain et Bruno Frère (éds.), Épistémologie de la sociologie – Paradigmes pour le XXIe siècle, Bruxelles, De Boeck Université, collection "Ouvertures sociologiques", 2008.
[5] Paris, Éditions Raisons d’Agir, 2001.
[6] "Le paradoxe du sociologue" (octobre 1977), repris dans Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1980, p.90.
[7] Principalement réunies dans Contre-feux – Propos pour servir à la résistance contre l’invasion néo-libérale, Paris, Éditions Liber-Raisons d’Agir, 1998, Contre-feux 2, op. cit., et Interventions, 1961-2001 – Science sociale et action, textes choisis et présentés par F. Poupeau et T. Discepolo, Marseille, Agone, 2002.

Tous les commentaires
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Cher Philippe Corcuff Votre travail de dépistage des théories conspirationnistes est remarquable. Je le suis discrètement au fil de vos billets...Y apparaissent toutes les nuances et la rigueur, nécessaire à l'analyse de la complexité. Je tiens vraiment à vous en remercier
Itou. Les remerciements.
Merci pour ces deux encouragements, alors que ce sont des matières qui appellent si facilement les simplifications, les manichéismes et les passions idéologiques (comme le montrent les débats sur Mediapart). Le "penser contre soi-même" comme composante du difficile horizon du "penser par soi-même", héritage intellectuel de ce qu'il y a de meilleur dans les Lumières du XVIIIe siècle, est loin d'être stabilisé. Et une de mes préoccupations est de stabiliser cette posture dans les gauches critiques et radicales qui m'importent politiquement.
"stabiliser cette posture dans les gauches critiques et radicales qui m'importent politiquement."
Bon courage, y a du boulot...
Moi, qui suis de la "gauche critique et radicale", je hurle au complot et à la connivence. La preuve ? Ici même, au salon de thé Médiapart : - Ph. Corcuff, publie un nième billet sur sa phobie du complot chomskien (ou -kiste) : Mediapart le place aussi sec en Une avec 0 commentaire - Son camarade de NPA de la même gauche critique et radicale, ci-hébergé itou, s'échine à pondre des billets à la chaîne (43 contre 133) n'est signalé en Une de Mediapart, rarement, que lorsque ces derniers déclenchent des déluges de commentaires (j'y contribue du mieux que je peux). Alors ça ? C'est pas du "petit détail qui attire l’œil" qui inciterait à "penser contre soi-même" ?
c'est toujours aussi peu clair , mais vous faites ce que vous voulez, au final on ne comprend même pas de quoi vous voulez parler. - cela m'ennuie sincèrement pour la compréhension globale du monde qui m'entoure, vraiment.
. " Merci pour ces deux encouragements, alors que ce sont des matières qui appellent si facilement les simplifications, les manichéismes et les passions idéologiques (comme le montrent les débats sur Mediapart). " . Au risque de tomber dans la simplification dénoncée, je tiens à dire que, depuis sa conférence à Quimper sur la critique des médias (et les échanges qui ont suivi sur Médiapart), je considère Philippe Corcuff - sur qui, jusqu'alors, je n'avais aucun avis - comme un penseur farfelu et lui-même manichéen. . jpylg
quand à cela s'ajoute le mépris, la condescendance et la vindicte, on obtient même des " penseurs " vermoulus.
. " le mépris, la condescendance et la vindicte ..." . Si c'est Philippe Corcuff que ces remarques visent, je m'en désolidarise totalement. (Sous réserve qu'il m'apparaisse dans l'avenir sous un tel jour, ce qui n'est pas le cas actuellement). . Actuellement, il m'apparaît d'une naïveté tellement enfantine qu'on a presque envie de lui dire qu'on est d'accord avec lui pour ne lui causer aucune peine. . jpylg .
jusqu'à présent ses réactions m'ont paru plutot sectaires.
mépris : il lui semblerait que je sois un lecteur limité. - condescendance : frolant avec l'antisémitisme pour ne pas adhérer à ses thèses. - vindicte : il ne manque pas une occasion de replacer une petite pique , simplisme, manichéïsme, etc adressé à ses contradicteurs dont je pense faire relativement parti, ou de ceux qu'ils jugent presque comme simplets.
. Mon cher Jlamo, . Il y a quelque chose que je ne comprends simplement pas : . Il est évident que si vous êtes simplet, vous devriez faire partie de ses groupies. . jpylg
je ne serais pas aussi définitif, mais je n'aime pas cette façon en effet de balader les autres .
. " je ne serais pas aussi définitif, " . Je ne suis pas définitif non plus, cher jlamo: je pense qu'à votre contact, philippe a toutes les possibilités de s'améliorer... . jpylg
c'est trés gentil à vous, j'aimerais en effet être capable de penser que moi-même ou n'importe quel autre intellectuel ou non pourrait être capable de proposer de façon " brut de décoffrage " une méthode pour la morale, la politique, le vivre ensemble, une réflexion et donc une manière de proposer une action pour mettre en oeuvre cette philosophie. - cela peut se faire de façon " neutre " en écrivant une thèse , un livre, ou en souhaitant par ailleurs défendre une ligne philosophique et politique en prenant le risque de se confronter aux autres, ce qui peut par ailleurs mettre à l'épreuve et améliorer l'adaptabilité de votre méthode et des oppositions idéologiques que cette vision du monde ne rencontre.
. " c'est trés gentil à vous, " . c'est vrai... je suis comme ça... . jpylg
Actuellement, il m'apparaît d'une naïveté tellement enfantine qu'on a presque envie de lui dire qu'on est d'accord avec lui pour ne lui causer aucune peine. . - c'est peut-être en effet une option à retenir.
1 ) "Notons toutefois que les accents conspirationnistes ne sont pas massifs et majoritaires dans les interventions politiques de Bourdieu [7], mais simplement qu’ils sont un peu plus présents" Question : pour nous rassurer, serait-il possible de nous préciser en %tage la part des conneries conspirationnistes énoncées par Bourdieu par rapport à l'ensemble de l'œuvre vénérée par notre débusqueur de débusqueurs de conspitationnistes médiatesques ? Si possible sous forme d'un graphique-camembert, le qualificatif "infimes" (cf. infra) paraissant scientifiquement approximatif, sachant que le rapport quantitatif/qualitatif à partir d'un certain seuil critique peut valider ou invalider la totalité de l'œuvre en question. Merci. 2 ) "J’indiquerai pour conclure que ces infimes formulations conspirationnistes, ajoutées aux associations faites avec les analyses de Chomsky ou d’Halimi, ont pu faciliter les appropriations conspirationnistes de la référence à Bourdieu dans les milieux militants et sympathisants des gauches critiques." Questions : a) de ces propos de l'auteur, qui est lui-même officiellement de "ces gauches critiques", doit-on en déduire que les dites gauches, ont adopté une posture plutôt bourdivine (religieuse a-critique donc grosso modo cérébralement lessivée ) que bourdieusienne (implicitement dit : pensante) ? b) Y avait-il connivence conspirationnisante concertée entre Bourdieu+Chomsky+Halimi ou , les grands esprits se rencontrant, conclusions partagées sur constats/analyses séparés ? J'oubliais : 3) question subsidiaire : la journée médiatique mondiale Bambi post-mortem est-elle à mettre au compte d'un complot/conspiration médiatesque international ?
c'est quoi exactement Conspiracy Watch, "l'observatoire des théories du complot", ça ne parait pas être autre chose qu'un blog ? quelle légitimité dans l'observation et l'analyse? Qui est Rudy Reichstadt, il fait quoi , il est sociologue ?
A quelles conditions est-on légitime ?
Hihan, Grisounet, mon âne préféré ! Vaste question. Mais peut-être au moins celle de pouvoir être compris par ceux dont on espère une certaine légitimisation.
Corcuff c'est le roi de la référence, en anglais si possible. Il vous en balance des tonnes dans ses billets, desquels il extrait et copie-colle des éléments à sa convenance (démonstration faite depuis 2004 par Halimi). Ce qui présuppose que non-seulement vous ayez intégré les nombreux auteurs et sources référencés par lui, mais aussi que vous ayez vérifié la pertinence des citations adaptées à son discours. D'où l'hermétisme de ses billets pour qui n'est pas de son sérail. Je respecte sa "fonction" d'intellectuel, son travail d'universitaire que je ne connais pas, n'étant ni un de ses étudiants ni membre du NPA ni un adepte de sa théorie du complot chomskien, dont j'avais bien suivi la polémique à l'époque. Je pense qu'il se trompe complètement de lieu d'expression ("d'émission", pour parler comme lui) en larguant sur son blog de Médiapart de tels billets bourrés d'implicite mais néanmoins explicitement sentencieux. Je dis "se trompe", je pense que c'est un choix délibéré, comme on dit. D'autant que le blog ne permet pas le débat, j'en suis bien conscient, lui aussi, j'en suis sûr. Mais c'est bien son droit et personne n'est obligé de le lire. Pour ma part, je m'interroge beaucoup sur son intentionnalité (y a-t-il un intentionnalisme corcuffien ?) par rapport à deux points. 1) La polémique qu'il vient de relancer depuis quelques semaines quant à cette vielle "affaire" de vision conspirationniste chez Chomsky, Bourdieu et autres, relative aux médias. Pourquoi donc nous ressortir en particulier ses textes abscons sur cette "histoire" (narration-narration!) de 2003, 2004, sachant que le débat polémique avait fait rage à l'époque ? Est-il inquiété par l'édition récente (2008) de la traduction en français de "la Fabrique de Consentement" de Chomsky-Herman avec remise à jour par les auteurs ? Est-ce ... ? Est-ce ... ? Attention, je vais réveiller l'antisémite qui sommeille en moi. O pardon, je voulais dire le "conspirationniste". Ce que c'est que le tam-tam médiatique ! Pour moi ça vire vraiment à la farce. 2) Son choix de lieu d'émission (blog de chez Mediapart) pour les raisons ci-dessus exprimées. Mon petit doigt conspirationniste me faire dire qu'il en a strictement rien à fiche de tous nos commentaires sauf ceux qui le flattent.
Je crois que vous faites plusieurs procès d'intention. Il me semble qu'il y a une tentative pour saisir quelque chose, qui mérite à la fois d'être soutenue dans son principe et critiquée dans ses éventuels faux-pas.
Corcuff n'a que faire de certains de nos commentaires: c'est heureux pour lui.
Mais le sujet est difficile. La "fonction du réel" est très difficile à définir, ça .ne veut pas dire qu'on peut se dispenser d'essayer. Me semble-t-il.
Maintenant, s'il y a vraiment un antisémite qui sommeille en vous, chantez-lui une berceuse, ça vaudra mieux.
à Melchior Je m'interroge sur des intentions et une méthode de communication (pédagogie ). Quant à mon antisémitisme qui sommeillerait en moi, ce n'était qu'un lapsus calami, bien évidemment En effet, comme beaucoup je suis victime d'un certain tam-tam médiatique : à force de crier au loup certains en arriveraient à nous faire prendre nous-mêmes pour des bourriques enchaînées ! Au fait, si je puis me permettre, je recommande de Ivan Segré : La réaction philosémite (Ed. Lignes).
car bien entendu l'eg ou p corcuff créditent la thèse de la guerre du bien contre le mal suite au 11/09, c'est tout à fait logique. - quiconque rejette cette thèse devient complotiste, conspirationniste, ou antisémite.
. Je souscris à l'analyse de Laskaert. . Philippe Corcuff n'aurait d'ailleurs strictement aucun intérêt à mes yeux s'il ne représentait que lui-même. . Mais il est un symptôme de ce qui me semble être le néo-obscurantisme propagé par un bon nombre de nos intellos sévissant simultanément à l'université, dans l'édition et dans les médias. C'est pourquoi je pense qu'il est tout-à-fait à sa place ici. . Incidemment, il y a quand même une dimension personnelle qui fait qu'il est plus qu'un obscurantiste, mais une véritable caricature du néo-obscurantisme; c'est la raison pour laquelle je me réjouis du non-dialogue que j'ai envie d'avoir avec lui. . Last but not least : l'individu est sincère évidemment; aussi sincère qu'il est inconscient. . jpylg
L'Horloge gluante et moi avons posté ensemble. Je suis vraiment heureux... affligé, voire mortifié, veux-je dire, d'être encore une fois en désaccord avec lui.
. http://www.mediapart.fr/club/blog/jeanpaulyveslegoff/210509/c-est-rare-un-con-parfait-mediapart-en-un . jpylg
Hi hi hi han han ! (braiment jubilatoire)
. " Corcuff c'est le roi de la référence, en anglais si possible. Il vous en balance des tonnes dans ses billets, desquels il extrait et copie-colle des éléments à sa convenance " . Ce qui me semble important, en effet, dans les billets de Philippe Corcuff, c'est l'usage des références. . J'ai la profonde conviction que cette débauche est le moyen soit de cacher ce qu'il pense; soit de cacher qu'il ne pense rien. . Personne n'oblige Philippe Corcuff, pas plus que quiconque, à venir s'exprimer dans ce forum; mais s'il le fait, je pense qu'il devrait nous dire ce qu'il pense, s'il pense quelque chose, et arrêter d'essayer de nous amener à penser qu'il a beaucoup pensé à ce que, d'après ce qu'il pense, il faudrait que l'on pense. . jpylg
Pensez-vous !
j'ai relu le texte du blog au moins 4 fois, j'y comprend toujours absolument rien ... - pourtant j'ai vaguement compris la phénoménologie de kierkegaard, heidegger, husserl, hegel vers 15 ans. - je crois qu'il y a rien à comprendre.
si quelqu'un peut expliquer la thèse développée ici en quelques mots brefs et concis ... - par charité chrétienne, merci bien ...
. " si quelqu'un peut expliquer la thèse développée ici en quelques mots brefs et concis ... " . Je peux ! . Il y a des salauds en ce bas monde ! Ce sont les conspirationnistes. (Simplistes et manichéens, par ailleurs). . jpylg
A-t-il dit salauds ? D'ailleurs, y a-t-il des salauds à Mediapart ?
je crois c'est pas tout à fait ça, je crois il soutient l'idée qu'il n'y a pas de complot mais des thèses conspirationnistes ( étant peut-être de mêche avec ce complot ), ce qui ne révêle en rien d'un complot. - mais que des thèses conspirationnistes servent à alimenter certaines lignes politiques, alors qu'il n'y a pas de conspirations, autre que celle inventée par justement les conspirationnistes. - les conspirationnistes ne faisant pas parti du complot, mais croyant à l'existence d'un complot qui en fait n'existe pas, sauf dans l'illusion de certains qui créditent donc tel que pour le 11/09 des thèses conspirationnistes délirantes. - mais c'est vrai que si on pose la question simple à l'auteur de ce texte si il y a ou pas complot selon lui ou simplement conspirationnisme souhaitant dénoncer un " complot ", il vous répondra simplisme et manichéïsme.
à Jlamo
Selon la conception que l'on se fait du monde, on est porté à croire à une quantité de petits complots, à un nombre moindre de moyens complots, ou bien à un grand et unique (mais gigantesque) complot. Corcuff ne croit pas à cette dernière hypothèse; il pense qu'y croire est malsain et n'arme pas bien les gens contre les complots réellement existants. (Mais je suis trop schématique; j'y reviendrai).
Corcuff serait éventuellement lisible/recevable - je répète ici - s'il ne se contentait pas d'une posture intellectualiste savante, consistant à polémiquer et gloser en s'appuyant sur ses références et connaissances érudites, pour aussi entrer dans le vif du sujet, c'est-à-dire la critique du réel (concrète) des fonctionnement/structures/contenus des médias dominants sur le plan idéologique hic et nunc. Rien, mais strictement rien de sa part - je l'avais déjà dit et répété précédemment - sur le corpus même du bouquin de Chomsky-Herman : précisément l'analyse de ces fonctionnement/structures/contenus contextualisés, qu'il évacue au bulldozeur sous le vocable de "narration". Facile. Ce n'est qu'un exemple. On reste donc dans l'interprétation ou l'intuition idéologique avec son cortège de références/citations et assertions , qui présuppose de fait l'adhésion à sa thèse. Pour un sociologue, cela me gêne beaucoup. Idem pour un "enseignant-chercheur engagé de gauche radicale altermondialiste" (membre du NPA, il se définit comme aussi un social-démocrate libertaire, plus ou moins ou plus du tout marxiste, je ne sais plus), dans le mesure où le néo-libéralisme fait de la maîtrise des médias dominants un enjeu majeur. A mes yeux, et par rapport à ce débat, Corcuff se trompe non seulement de lieu d'expression, ici, mais également de mode et de moment. Non pas que son questionnement (sa thèse plutôt) doive être tabou, mais parce qu'il est politiquement contre-productif voire récupérable. J'imagine la mine réjouie de certain(e)s de nos éminent(e)s "communicant(e)s" à la simple lecture de certains intitulés de billets récents de Corcuff ! La leçon de "chose" de Bourdieu chez Schneidermann a été édifiante en la matière (que j'ai un peu lu aussi ! ). Mais qu'on le veuille ou non, ces billets de Corcuff dont nous sommes ici nombreux à constater l'hermétisme car abstraits voire ambigüs, ont fait la Une de Médiapart et, sans être conspirationniste ni faire de procès d'intentions, on est en droit de se demander ce qui fait ce succès publicitaire.
. " ces billets de Corcuff (...)ont fait la Une de Médiapart et, sans être conspirationniste (...) , on est en droit de se demander ce qui fait ce succès publicitaire " . Il y a une bienpensance médiapartiste et pour cette bienpensance, Corcuff est bienpensant. . D'ailleurs, en fin de compte, j'en viens à me dire que les billets de Corcuff ont une certaine valeur d'explication, puisque j'en arrive à voir cette bienpensance comme le résultat d'une conspiration, conspiration dont - il faut que ceci reste entre nous - le comploteur en chef aurait pour initiales E.P. . jpylg
donc il n'y aurait pas de gigantesque complot ? et pourquoi pas ? - les thèses conspirationnistes seraient donc, à la fois pour dénoncer ce complot mais peut-être également une partie de ce complot. - les thèses du complot servent en partie, je le sais bien la réthorique de l'extrême droite, du modem en partie, mais également de l'extrême gauche, ( la domination du monde par des associations d'intérêts à l'échelle internationale , éventuellement dans certaines caricatures judéo-maçonnique , c'est un exemple, il ne sagit pas de ma pensée. ) - certes les thèses conspirationnistes peuvent servir à charmer et à faire croire à certains des choses qui ne sont pas vraies, et facilement abuser d'une certaine crédulité pour aboutir à des simplismes, mais peut-être comme en parle chomsky et bourdieu existe-t-il sans parler de complot qui sous-tend de mauvaises intentions , une forme de gouvernement invisible dont on peut éventuellement tenter de définir les contours et critiquer le fonctionnement, pour cela il faut dejà se mettre daccord sur cette hypothèse ou non.
Je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas de gigantesque complot. C'est comme l'existence de Dieu, on y croit ou pas. Je ne crois pas au mégacomplot, pour ma part, mais je me garderai bien de seulement essayer de prouver qu'il n'existe pas. D'abord c'est inutile, ensuite c'est discourtois.
vs dites que c'est ce que dit Philippe Corcuff, - " , ou bien à un grand et unique (mais gigantesque) complot. Corcuff ne croit pas à cette dernière hypothèse; il pense qu'y croire est malsain et n'arme pas bien les gens contre les complots réellement existants. (Mais je suis trop schématique; j'y reviendrai). " - je répond à ce que vs déduisez de ce qu'il pense ou penserait, pour ce que vs pensez cela semble relativement ambigu. - mais si c'est discourtois et inutile de s'interroger sur l'ordre du monde
Non. Corcuff c'est Corcuff et Melchior c'est Melchior. Ne confondez pas l'âne et l'hippopotame.
Vous avez bien raison de vous interroger sur l'ordre du monde, il n'attend que ça et ça lui fera bien plaisir.
ou bien à un grand et unique (mais gigantesque) complot. Corcuff ne croit pas à cette dernière hypothèse; il pense qu'y croire est malsain et n'arme pas bien les gens contre les complots réellement existants. (Mais je suis trop schématique; j'y reviendrai).
je confond pas, j'ai bien pris la peine de dire que c'est ce que vous expliquiez de ce que semblerait penser philippe corcuff d'aprés votre compréhension.
" Vous avez bien raison de vous interroger sur l'ordre du monde, il n'attend que ça et ça lui fera bien plaisir. " - j'aime pas trop votre vision ironique ...
Mais mon ironie vous aime bien. A côté de l'Horloge gluante, vous êtes vraiment rafraîchissant.
génial, vous avez les moyens de permettre de défendre mon projet politique ? - de quelle façon pourriez vous témoigner de cette preuve d'amour à mon égard ?
ah voila, question directe qui appelle une réponse directe et engagée ou un refus par principe, éventuellement un échange d'idées ... - et là, il y a plus personne, c'est clairement le blizzard, l'écho infini dans une plaine désertique ou ne ne survivent que les vautours et les hyènes.
" et là, il y a plus personne " . Il n'existe, mon cher jlamo, sur médiapart, qu'une fausse communication et une fausse réflexion. . C'est tout à votre honneur de ne vous en être pas encore aperçu. . jpylg
certes, je m'en doutais un peu, puisque c'est relativement pareil partout dans notre société. - mais il m'avait semblé croiser quelques militants politiques et différentes personnes engagées politiquement ou philosophiquement. - comme le disait jfk à la dernière de riposte, avec une réfléxion qui soit un peu juste et raisonnable tout est possible. -
sincèrement, j'aime beaucoup ce qui se passe ici, le débat dans l'ensemble est intéressant et démontre une volonté de changement, c'est décevant si nous sommes incapables de traduire ce changement sans attendre que cela se fasse par le monde politique auquel plus personne ne croit réellement.
ben c'est pas grave, bonne continuation aux discours creux sans idéologie et réelle ambition " utopique " un peu raisonnable d'un avenir plus serein. - ainsi qu'aux diverses lamentations sur notre modernité et économie en perdition pour lesquelles les solutions viendront sans doute dans un avenir plus ou moins proche via le G20 ou le sommet de copenhague. - on croise les doigts et on retient son souffle.
Une journée un peu chaude à Nîmes, je délaisse un moment Mediapart, et mon blog s'enflamme, avec souvent les mêmes, dans cette double tonalité envie/haine qui marque, selon Nietzsche, l'homme du ressentiment... Heureusement, j'ai pu me rassasier à une source d'émotions et d'intelligence qualitativement tout autre que les vaines excitations sur mon billet de Mediapart : le magnifique "Jaffa", de la cinéaste israélienne Kalat Hayam. L'intrication des rapports de domination, les tensions du tragique et de l'utopique, de l'enchaînement non intentionnel des circonstances, des structures d'oppression et de la fragile possibilité de l'amour, le caractère dynamiteur du métissage, le va-et-vient entre le plus singulier et le général...et sur le plan de la narration cinématographique un composé détonant de comédie sentimentale populaire à l'égyptienne et de drame shakespearien. Cela donne, sur le plan politique (qui ne constitue qu'une des dimensions du film), une conscience critique israélienne, bien à l'écart des bavardages des professionnels de la politique. Et si l'on revient au sujet du billet : une critique radicale d'un état de la société, qui n'emprunte en rien aux schémas conspirationnistes. Dans un genre tout autre, qui pourrait horrifier les intellos cinéphiles qui me suivrait sur "Jaffa", je signale tout l'intérêt, pour nourrir une réflexion non-conspirationniste sur le capitalisme et le combat contre le capitalisme, de "Terminatoir 4", auquel j'ai consacré un texte sur Rue 89 : "De «Terminator Renaissance» à la résistance au capitalisme", par P. Corcuff, Rue 89, 28 juin 2009, http://www.rue89.com/2009/06/28/de-terminator-renaissance-a-la-resistance-au-capitalisme (j'ai été en contact avec l'équipe de Rue 89 à ses débuts, avant la création de Mediapart, et j'ai continué de temps en temps à publier des textes, notamment sur le cinéma, sur leur site, qui participe, comme Mediapart - mais avec le recours à la publicité -, à un journalisme indépendant et à la diffusion d'expressions critique)
. " dans cette double tonalité envie/haine qui marque, selon Nietzsche, l'homme du ressentiment... . simpliste et manichéenne, cette double tonalité, cher Philippe, simpliste et manichéenne ! . jpylg
Précisions sur ce billet, clairement intitulé "Pierre Bourdieu et les conspirationnismes : roc et failles" (ce qui suppose une différence dès le départ entre le "roc" anti-conspirationniste et les "failles" conspirationnistes chez Bourdieu). Pour ceux qui ne lisent pas les billets qu'ils commentent : - Je n'avais pas l'intention, il y a encore quelques jours, d'écrire ce billet, mais j'ai été contacté par le site Conspiracy Watch (que je ne connaissais pas : le "complot" des anti-conspirationnistes a bien du mal à se formaliser...), suite à la vidéo de Quimper (qui a été mise sur leur site) et à la série de billets qui ont suivi sur mon blog : Chomsky, Bourdieu, complots. Ce site m'a demandé de réagir (pour un article qu'il préparait et qui depuis a été mis sur le site : indiqué ci-dessus en référence) à quelques citations à tonalité conspirationniste de Pierre Bourdieu, dans le recueil de textes politiques "Contre-feux 2"; ce que j'ai fait. C'est ce texte de réaction que j'ai mis sur mon blog. - J'avoue que je n'avais jamais tilté sur les citations qui m'ont été ainsi soumises, et qu'elles m'ont même surpris. Cela m'a donc conduit à mener une réflexion et à avancer des hypothèses pour partie nouvelles. - J'ai voulu avant tout rappeler le caractère infime de ce type de citations chez Bourdieu : 5 courts extraits d'1 ou 2 phrases sur des milliers de page (quelqu'un de beaucoup plus calé que moi en matière de radioactivité pourrait peut-être avancer que, analogiquement, cela correspond à des doses bien plus faibles que les doses scientifiquement "admissibles" en matière de radioactivité?). Je suis considéré comme un des bons connaisseurs de ces milliers de pages de la sociologie de Bourdieu, notamment parce qu'avec Alain Accardo, nous avons réalisé le premier choix de textes commentés de Bourdieu, ce qui nous avait demandé à l'époque de presque tout lire ou relire pour effectuer les découpages (et que j'ai ensuite rencontré Pierre Bourdieu pour avoir son avis et finaliser les découpages) : "La sociologie de Bourdieu - Textes choisis et commentés" (Bordeaux, Le Mascaret, 1986; 2° éd. augmentée 1989). - Ensuite, j'ai essayé de faire des hypothèses sur la présence de ces quelques phrases. - Et j'ai connecté cela à un certain usage conspirationniste de la référence à Bourdieu dans des publics se référant aux gauches critiques et radicales (en sachant que je défends un usage anti-conspirationniste de la référence à Bourdieu dans cette même famille politique, usage ne s'appuyant pas sur ces quelques phrases mais sur les milliers de pages de sa sociologie). Je suis admiratif du degré de patience argumentative et de flegme manifesté par notre ami Melchior Griset-Labûche dans ces échanges dominicaux. Mais, une fois de plus, il a du se confronter à cette énervante et difficilement dépassable contrainte sur Mediapart : ceux qui braillent le plus de manière la plus incohérente dans les commentaires ont besoin, narcissiquement, d'avoir le dernier mot et qu'il vaut mieux, à partir d'un certain stade de la non-discussion, leur laisser, si l'on veut éviter l'écueil d'être soi-même pris dans l'autocombustion propre au ressentiment.
mais c'est formidable tout ça mon bon monsieur corcuff , - vous vous êtes tapé tout bourdieu, sérieux chapeau. une petite dose de généreux pour faire passer tout ça, elle est pas belle la vie ?
. " Je suis admiratif du degré de patience argumentative et de flegme manifesté par notre ami Melchior Griset-Labûche dans ces échanges dominicaux." . Il a su faire face, effectivement, à la conspiration. . En grande partie grâce à vos lumineuses analyses, cher Philippe. . jpylg
Mon point de vue sur la question conspirationiste en assez nette opposition à celui de Philippe Corcuff ayant été suffisamment explicité sur son billet précèdent je voulais juste intervenir ici sur son article paru dans Rue89 sur "Terminator". Je suis assez d'accord sur la critique - positive - de Corcuff, ayant suivi de près cette série qui traite effectivement de la notion d'humanité confrontée à l'interpénétration de l'organique et du mécanique. Mais T4 ne fait que revenir sur une notion déjà entamée par T2: dans cet épisode la machine sait qu'elle est une machine mais développe néanmoins un comportement humain. Car elle est programmée pour d'une part, mais surtout car elle entre en relation avec des humains, dont elle apprend une manière de vivre et qu'elle doit protéger d'autres machines au prix de sa propre existence. La question de savoir dans quelle mesure une machine, aussi perfectionnée soit-elle, peut se faire passer pour un humain ne semble pas évidente. Le mathématicien Roger Penrose la traite par exemple dans "Shadows of the mind" et tend à démontrer que l'équivalence n'est pas possible, mais il existe aussi des points de vue inverses.
Pour en revenir à T4, Skynet est clairement un réseau philosophiquement anthropomorphique; tout y est à taille humaine, les machines comme les usines de fabrication, comme l'esprit retors (le piège tendu par Skynet utilsant d'une part une vraie information comme appât et un être bionique comme vecteur est tout sauf un esprit machiniste).
. " cette double tonalité envie/haine qui marque, (...) les vaines excitations sur mon billet de Mediapart : " . Cher Philippe, . Bien sûr, on ne peut exclure que vos opposants soient animés par la dualité'envie/haine (si bien dépeinte, d'après vous par Nietzsche) et se livrent à de "vaines excitations". . C'est une hypothèse parfaitement plausible, comme tant d'hypothèses. . Mais il y en a beaucoup d'autres et, en particulier une autre, que j'aimerais vous voir prendre en considération parce qu'elle n'est pas non plus a priori impossible, c'est que vos multiples références dont jamais le moindre de vos billets ne peut se passer soient le moyen de cacher que vous n'avez absolument aucun avis personnel sur les sujets dont vous traitez. . jpylg
soient le moyen de cacher que vous n'avez absolument aucun avis personnel sur les sujets dont vous traitez.
Est-ce que le propre du chercheur universitaire, dont la carrière dépends de programmes dont l'allocation se décide au sien d'une hiérarchie plus ou moins opaque, n'est pas justement d'éviter les opinions personnelles et de toujours caresser la bête dans le sens du poil? Question générale, non spécifique à ce billet.
Question générale, non spécifique à ce billet. " . Oui, c'est une question très générale et je ne m'intéresserais absolument pas au cas de Philippe Corcuff s'il ne représentait que lui-même. . La question est de savoir si nos intellos jouent leur rôle d'éveilleurs de conscience, ou si, au contraire, ils planquent et participent, activement ou passivement, au formatage de l'opinion. . Après avoir constaté de nombreuses fois que Philippe Corcuff choisit l'hermétisme en le camoufflant sous une érudition-bidon qui est une esbrouffe destinée à réduire d'éventuels contradicteurs au silence, après avoir décrypté attentivement sa non-opinion sur la question des médias, j'incline fortement à penser qu'il participe à la démission générale de nos intellos, qu'il en est un spectaculaire symptôme. . Mais celle-ci n'est pas nouvelle : voir La Trahison des clercs, de Julien Benda dans les années 1930 (et beaucoup d'autres ouvrages du même tonneau). Nos intellos sont des profiteurs, et je suis poli. . L'intéressé peut transcrire cela en termes d'envie et de haine. C'est hors sujet et constitue plutôt une preuve de la réalité de ce que l'on peut reprocher à ces citoyens: la fuite, et je continue à être très poli. . Quand, en plus, de tels comportements s'observent chez un spécialiste de philosophie politique qui se prétend révolutionnaire, cela devient vraiment remarquable. Cela mérite vraiment qu'on se foute un peu de sa gueule, comme ça, en passant, avec piqûre de rappel, une fois de temps en temps. . jpylg
Poussons alors la question plus loin: la définition de ce qu'est un "intello" (dans le sens un peu péjoratif sous-entendu ici) n'est-elle pas quelqu'un capable, plus qu'un autre, de régurgiter un volume impressionant de citations et références créant ainsi un cadre autour d'u, propos? Plus fondamentalement encore, quelqu'un dont la compétence première est de créer a priori un cadre rationaliste (c'est-à-dire absurde mais logique par rapport à ses fondements) dans lequel doit s'inscrire, de gré ou de force, toute réalité? C'est en tout cas mon ressenti quand j'entend BHL, Finkielkraut & Cie...
. BHL et Finkielkraut n'assomment pas leurs auditeurs ou leurs lecteurs sous la masse des références qu'ils pourraient aussi facilement que Philippe Corcuff mobiliser. . Un intello, c'est effectivement, selon moi, quelqu'un qui est bardé de références; mais il ne les sort pas à chaque instant. Ces références sont la connaissance d'autres intellos qui se sont avant lui penchés sur plus ou moins les mêmes problèmes que lui. . Un intello c'est quelqu'un qui a de la culture et en fait profiter ses semblables à qui les circonstances de la vie n'ont pas fait le même cadeau. . jpylg
http://www.revue-lebanquet.com/pdfs/a_0000317.pdf?qid=null&code= - Philippe Sollers, écrivain fécond, tient une place remarquée dans la vie intellectuelle française en raison de ses prises de position retentissantes : on se souvient des remous qu'avait soulevés son article sur la « France moisie »2, qui dénonçait le retour en force du conservatisme chauvin, pudibond, xénophobe. Par ailleurs, Sollers intervient régulièrement dans une émission politique radiodiffusée3, et la télévision, elle aussi, le sollicite. Notre propos n'est pas ici de critiquer le personnage, mais d'essayer d'analyser le type de discours dont il fait usage, et quelle philosophie politique le sous-tend. Tentative étonnante, dira-t-on peut-être, au sérieux déplacé. Doit-on cependant récuser d'emblée une entreprise, qui, en quelque sorte, ferait trop d'honneur à son objet ? Ce serait, à notre sens, aller un peu vite en besogne. La critique doit être compréhensive, si elle veut toucher, à travers Sollers, des problèmes plus importants. Le dessein de la réflexion ici proposée est de mettre au clair un certain nombre d'enjeux importants eu égard au rôle politique de l'intellectuel, et de rappeler des distinctions trop souvent oubliées — pourtant indispensables, au moment où il importe, plus que jamais de « sortir de la confusion » 1604. La rhétorique du scandale Si, dans quelques décennies, une bande de sorbonnards devait se mettre dans l'idée de faire paraître une « Situation de la littérature française au tournant du XXIe siècle », il y faudrait absolument faire figurer le texte5 que Sollers a livré pour le numéro d'octobre d'Art Press : c'est l'objet d'étude rêvé, une vraie mine d'or pour qui aime à lire entre les lignes. Ce texte accompagne la parution de l'Étoile des amants 6, son dernier livre. Afin d'éviter une quelconque méprise, précisons que le propos n'est pas ici de juger de la qualité littéraire du roman, mais d'analyser la façon dont Sollers met en scène sa publication. En résumé : l'Étoile des amants, dit-il, est un livre scandaleux, une provocation envers une époque qui doit conspuer un tel écrit. Mais de quoi s'agit-il ? Quelle est la matière de ce scandale ? Réponse : « Ah l'amour ! Oh l'amour ! l'amour !… Et puis il y a aussi la nature, la poésie… Mais dites-moi, c'est dégueulasse tout ça, l'amour, la nature, la poésie, mais ça va me faire vomir, vite aux chiottes ! Ah oui, vraiment dégueulasse ce bouquin, à gerber7 » (sic). Voilà qui s'appelle une entrée en matière… Est-on bien sérieux ? Il semble que oui, puisque « l'ambition est de montrer que, dans l'achèvement du nihilisme où nous sommes, toute proposition formelle, positive, déclenche des ricanements, des murmures, des protestations ». À cette fin, Sollers échafaude une fiction 1 originale, une sorte de tribunal populaire, « cela en faisant surgir sur une scène où l'on imaginera que dans la salle se trouvent des gens de tous les âges et des contemporains, prêts à huer toutes les propositions positives qui ont été émises au cours des temps ». Cette machine à huer, Sollers va donc la faire fonctionner contre Hésiode, Aragon, mais aussi — voici le point intéressant — contre lui-même. Les objets de détestation de la foule ? L'idée de simplicité d'abord : « Tout ce qui apparaît comme pseudo-naïf, populaire, presque niais, tout ce qui coule de source me paraît bienvenu. Il pleut, il pleut (Hou ! hou ! c'est tout ce que vous avez à dire ? Dites-moi ça en charabia. Dites-moi ça en moins clair, sans quoi je ne vous respecterai pas) » ; ensuite l'idée d'un certain mystère des corps (le corps féminin en particulier) irréductible à la science. Enfin, l'idée d'un don de l'être comme grâce : « Peut-être que l'existence elle-même serait une sorte de don ? (Hou ! hou ! dans la salle). Une donation pour laquelle il y aurait lieu de remercier, une grâce… (Hou ! hou ! mais vous allez me faire vomir !) » Une opposition aussi féroce n'émeut-elle pas l'auteur de l'Étoile ? Être hué, conspué, vomi, n'est-ce pas un peu pénible ? Cela ne lui porte-t-il pas sur les nerfs ? Surprise : point du tout. Et même : cela l'« enchante ». Revenant sur les réactions qu'avait suscitées son article intitulé « La France moisie », il écrit : « C'est à énoncer de tels blasphèmes que je suis si souvent dénoncé, et de façon diverse, comme mauvais Français. […] J'aime assez être considéré comme le mauvais Français, cela m'enchante ». Il faut s'arrêter ici, et relever une sorte de coup de force, ou de tour de passe-passe. L'Étoile des amants contiendrait donc des « blasphèmes » du même ordre que ceux de la « France moisie » ? Voyons cela, en nous reportant à l'article de 19998. Rappelons que la « France moisie », c'est « la force tranquille des villages, la torpeur des provinces, la terre qui, elle, ne ment pas, le mariage conflictuel, mais nécessaire, du clocher et de l'école républicaine. C'est le national social ou le social national »9. Dans son article, Sollers dénonçait donc le retour des idées conservatrices, xénophobes, anti-progressistes. « Liberté surveillée »10, un article paru il y a peu dans le Monde, et qui poursuit dans la même ligne, insiste sur la présence d'une hostilité générale et sourde contre l'esprit de Mai 68, contre les formes de libération sexuelle, et contre la personne de l'auteur lui-même. Au tribunal de l'opinion populaire, prompte à embrasser l'idéologie sécuritaire et réactionnaire du moment, son attitude témoignerait d'une « désinvolture inacceptable ». Revoici donc Sollers le scandaleux, comme tous ceux qui « fument trop, boivent trop, ont une vie sexuelle secrète, se droguent parfois, lisent des livres et ont même tendance à en écrire certains », bref tous ceux qui par leurs « provocations répétées » seraient les « inlassables propagandistes du désordre immoral ». Tous ceux-là seraient l'objet du « ressentiment », de l'« esprit de vengeance » du « gros animal » (c'est-à-dire de l'opinion publique), toujours désireux de s'en prendre à tout ce qui « pourrait être contradictoire, nuancé, vif, informé, gai ». Il n'est pas difficile de mettre en évidence ici la reprise par Sollers du tableau brossé par Nietzsche de l'éternelle lutte des « forts » (c'est-à-dire de ceux qui sont capables d'inventer de nouvelles valeurs) contre les « faibles » (tous ceux qui suivent l'ordre commun, et ne peuvent s'affirmer qu'en exerçant leur ressentiment). Au terme de cette brève mise en perspective, il apparaît avec évidence que la 2 comparaison entre le « contenu idéologique » de l'Étoile des amants et celui de la « France moisie » ne tient pas du tout. Si le Sollers de l'Étoile des amants est scandaleux, c'est pour de tout autres raisons que celui de la « France moisie ». Mais alors, qui est dans la salle, prêt à le conspuer ? Il semble que ce soient tantôt les nouveaux réactionnaires de la « France moisie », ceux qui n'ont toujours pas digéré Mai 68 et la libération sexuelle (cette « indigestion » dont souffrirait la société contemporaine étant un des motifs récurrents de la réflexion sollersienne). Ceux-là huent la libération des moeurs, l'idée de liberté, etc. Tantôt on dirait que la salle est pleine d'ex-soixante-huitards, prompts à siffler des idées plus propres à une pensée conservatrice que progressiste : l'éternel féminin, l'être comme grâce et l'intemporalité de l'existence (bien éloignée de toutes les théories marxistes ou post-marxistes). Que penser de cette confusion sollersienne de deux fronts de scandale, confusion d'autant plus troublante qu'il faut renoncer à faire état de toute évolution chronologique (les deux positions étant contemporaines). Simple inconséquence ? Ce serait faire trop bon marché de la conscience aiguë, de la revendication même de la contradiction chez Sollers. Il faut, pensons-nous, y voir plutôt l'effet d'une conception politique originale, où l'écrivain se retrouve seul en face de la société, le discours de la contradiction devenant alors le dernier recours pour préserver de la barbarie ambiante une communauté de semblables. La communauté des catacombes Il y a tout un ensemble d'intellectuels français11 qui croient à la montée d'une puissante forme de régression dans la civilisation. Phénomène planétaire, inexorable, lié au nivellement des différences, à la prostitution à l'argent, à la mondialisation du festif. Il n'y aurait plus rien à faire, sauf à tenter de rendre coup pour coup à la Société. La métaphore du « gros animal » est significative : contre le gros animal, il n'y a plus à argumenter, mais à se défendre. D'ailleurs, le gros animal ne pense pas et ne connaît qu'un seul affect : la jalousie, qui anime toutes les institutions. Ainsi, la jalousie est « l'Organe Central, le Substrat Ovale, la Mecque, le Temple, l'Église, le Conseil d'administration, le Syndicat, la Secte, le Parti12. » Un tel animal ne mérite guère qu'on lui parle. On doit juste le fatiguer, lui faire perdre la tête, et s'amuser de sa confusion. Il n'est pas très difficile de faire en sorte qu'il « fonce, comme un taureau, dans la muleta des désirs ». Il suffit d'agiter de temps en temps quelques chiffons rouges, propres à l'énerver. La « France moisie » était un de ces chiffons, et le discours à double, triple entente, l'ironie perpétuelle de Sollers ne sont que des « passes », pour exciter l'ire de l'animal, « par ricochet, irradiation, insinuations subtiles »13. Distraire : il est possible qu'aux yeux de Sollers cet impératif se trouve investi d'une importance toute particulière et que la distraction ne soit que l'autre nom de la vengeance contre l'esprit de vengeance. Car, même s'il en rit volontiers, que peut faire l'intellectuel des Temps Obscurs sinon distraire l'animal, c'est-à-dire le faire dévier sans cesse de sa trajectoire pour lui faire manquer sa proie ? L'animal lui, est toujours là, et l'écrivain-torero n'a pas vraiment d'autre solution que de ruser avec lui. Le sourire figé de l'acrobate de cirque masque peut-être le visage sans doute plus grave de celui à qui a été donné de tenir le dernier rôle politique de l'intellectuel, rôle dérisoire et (rires dans la salle) sublime : celui d'être le Protecteur d'une communauté secrète, le Bouc émissaire, et — pourquoi pas ? — le Sacrifié. Puisqu'en effet, « tout le monde 3 est décidément petit, mesquin, rampant, étroit, ridicule, sauf nous »14, il n'y a plus rien à attendre de ceux qui ne font pas partie de la communauté des catacombes. Que les Autres donc se déchaînent, ce n'est pas grave, pourvu qu'il y ait un ou des gardiens qui défendent l'accès du Paradis perdu, du Royaume, qui veillent, comme le narrateur de l'Étoile des Amants, — Tu rôdes la nuit ? — Je veille. — Sur moi ? — Sur toi, sur moi, sur eux. — Sur nous ? Sur tous ceux qui seront comme nous ?15 La fonction politique de l'écrivain est donc justifiée par la nécessité d'une sorte de lobbying secret. On connaît la fortune du concept de communautarisme dans la philosophie politique16. On pourrait, sans trop forcer le trait, dire que la position de Sollers est celle d'un communautarien cryptique : tapage, publicité, clinquant au dehors, silence, secret, vigilance au dedans : « cachez-vous bien, frères et soeurs de la côte. Ne signalez pas votre position. Virez quand il le faut, mentez, masquez-vous, taisez-vous, ne faites confiance à personne » 17317. Sollers se rapproche sur ce point de l'analyse de M. Henry qui, dans la Barbarie, prophétisait l'apparition d'une « culture de l'underground », seul refuge possible contre la modernité dévoyée. L'échange auquel donnait lieu la culture serait « entré lui aussi en clandestinité : ce sont de brefs propos, des indications hâtives, quelques références que des individus esseulés se communiquent l'un à l'autre lorsque, au hasard des rencontres, ils se reconnaissent marqués du même signe » 17418. Du bon usage de la contradiction C'est, nous semble-t-il, en fonction de cette vision politique tout à fait particulière qu'il faut juger ce qui nous était apparu comme une contradiction chez Sollers. Plutôt qu'une simple inconséquence, il s'agirait alors d'une intention ferme et délibérée, mieux, de la revendication d'un « devoir » inspiré de Baudelaire19 — « faisons notre devoir, exprimons avec beauté n'importe quoi » — ce qui ne va pas sans faire bon marché des contradictions, des inconséquences, des raccourcis, etc. lesquels, comme on l'a dit, ne seraient que des procédés destinés à affoler le « gros animal ». Mais l'intellectuel peut-il vraiment dire n'importe quoi ? Dans son dernier article du Monde, Sollers rappelle qu' « en France, vient de déclarer le chef de l'État aux académiciens Goncourt, un écrivain peut écrire librement, mais un intellectuel " ne peut pas dire n'importe quoi ". Voilà qui est sage. Sois écrivain et tais-toi. On attend avec intérêt la liste des " n'importe quoi " qu'il ne faudra pas dire »20. Ici, et malgré toute la sympathie que l'on peut porter à Sollers, il faut bien reconnaître qu'il répond d'une façon tout à fait insuffisante à une question fondamentale. Il se contente de brandir le spectre de la censure, comme si l'idée que l'intellectuel ne puisse effectivement pas dire n'importe quoi menait nécessairement à l'inquisition moralisatrice. Or, il est ici nécessaire de distinguer des ordres de problèmes différents. Si pouvoir « dire n'importe quoi » signifie la possibilité de soutenir n'importe quelle position, alors il faut reconnaître que c'est effectivement une revendication très légitime, et que toute restriction apportée à cette liberté porte 4 véritablement à conséquence. D'où, à notre sens, le problème extraordinairement grave de la censure, dont nous ne débattrons pas ici. Cependant, l'impératif prend un autre sens, qui touche directement, cette fois-ci, au rôle politique de Sollers. Reprenant à son compte l'impératif baudelairien, il l'entend autant comme une revendication de licence morale que de licence logique. Quand Sollers fait profession d'« exprimer avec beauté n'importe quoi », le résultat est moins un discours condamnable du point de vue des moeurs (Sollers d'ailleurs avoue son mépris pour la littérature pornographique) que du point de vue des simples lois de la pensée. Et c'est tout autre chose. Qu'on nous pardonne de rappeler de (très) vieilles évidences : il n'y a pas de dialogue, pas de discussion possible là où la contradiction mine le discours. Mais Sollers recherche-t-il la discussion ? On peut en douter, si du moins ce que nous avons dit est vrai, c'est-à-dire si le discours sollersien est moins une argumentation qu'une arme, dans un jeu où tous les coups sont permis. Je et On Du reste, que critique Sollers ? Quel est son objet ? Quel est son ennemi ? Le On indistinct, le « gros animal », bref tout à la fois tout le monde et personne. L'écrivain est seul au milieu de la masse. L'éthique individualiste et anarchiste de Sollers aboutit au solipsisme littéraire (« à part moi, notre époque est muette »21), et à la déconsidération de la sphère politique au profit d'un « Royaume » qui, pour être de ce monde, n'en est pas moi absolument étranger à la société. Cela apparaît en effet de façon frappante dans l'article du Monde : de quoi devrait-il y être question ? De la montée du conformisme intellectuel, de la confusion, du statut des intellectuels opprimés par une nouvelle forme de répression idéologique. Mais en réalité, qu'y lit-on ? Encore et toujours la mise en scène du Moi, qui s'enfle d'une opposition imaginaire, et joue jusqu'à la dernière phrase de tous les faire-valoir22. Alors que le monde connaît des mutations considérables, grosses de menaces que l'on ne fait qu'entrevoir, que devant elles l'homme du commun se trouve désemparé et tenté de se raccrocher à des dogmatismes stériles, alors que l'intelligentsia semble traverser une grave crise d'identité, au point de se demander s'il existe encore une vie intellectuelle en France23, l'égotisme impénitent de Sollers paraît dérisoire, voire néfaste. Si ses prises de position peuvent être considérées comme telles, ce n'est pas parce qu'elles dérangeraient l'ordre établi (elles sont trop vagues pour gêner quiconque), mais qu'elles entretiennent le climat de confusion intellectuelle qu'elles prétendent cependant dénoncer24. C'est tout particulièrement net dans son dernier article, qui abonde en formules assez indéterminées, en catégories pour le moins indécises. Aveu involontaire : l'auteur rapproche sa formule : « la France moisie » de son analogue : « la France d'en bas ». Et certes, de part et d'autre, la même imprécision, le même vague… Bref un simple mot et rien moins qu'une analyse politique. Faut-il donc en appeler à de vieilles évidences, propres à l'« esprit de sérieux » dont Sollers fait si peu de cas — que le genre politique et le genre romanesque ont leur logique propre, que le discours politique demande au moins de viser à l'objectivité, d'argumenter en faveur d'une thèse pour rentrer dans l'espace public de la discussion, que le rôle du penseur politique est d'apporter la clarté 5 du concept dans la zone vague de l'opinion publique ? C'est pourtant tout cela qui nous manque le plus cruellement.
http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/BOOK/milner-jean-claude/existe-t-il-une-vie-intellectuelle-en-france,1486509.aspx - à la question : existe-t-il une vie intellectuelle en france ? l'auteur répond résolument : non. la vie intellectuelle n'est pas une donnée naturelle à la france, comme chacun semble le croire. bien au contraire, la société française lui est hostile, toute à ses rêves de clocher. quand d'aventure, une vie intellectuelle y trouve accueil, c'est par exception et à la suite de décisions guidées le plus souvent par un simple calcul d'intérêt. un épisode historique autorise une vérification quasi expérimentale : la troisième république. ce fut un des rares moments où la vie intellectuelle fut reconnue pour une chose d'importance. cela suivait d'une nécessité politique ; il fallait établir un régime républicain dans un pays qui n'en voulait pas. face à une société réticente, la machinerie politique jugea opportun de rechercher un appui auprès des gens d'étude - savants, artistes, écrivains. en échange, elle leur proposa quelques libertés et même quelques refuges ; sa provisoire bienveillance alla jusqu'à ne pas leur demander s'ils étaient ou non des français de souche. de cela, à ce jour, il ne reste rien. tout simplement parce que la société s'est habituée à la forme républicaine et en a fait un clocher de plus. du coup, la vie intellectuelle ne sert plus à rien. jean-claude milner analyse les trois scansions qui ont jeté bas les dispositifs par quoi l'intellectuel pouvait se croire chez lui en france : la catastrophe de vichy, la rupture de la guerre d'algérie et le triomphe de la conception faible de la démocratie comme reflet inerte de la société. " là où la société règne, toute pensée s'éteint. ".
@ jlamo . Ces deux références me semblent particulièrement bienvenues. . Une petite critique, cependant : elles sont peut-être un peu longuettes.... ? . J'ai, je dois l'avouer, un fort parti pris pour l'expression synthétique. . J'aurais donc tendance, pour ma part, à dire, tout bêtement: . Nos intellos d'aujourd'hui, c'est de la merde ! . Mais peut-être que cela paraîtra à certains un peu simpliste, voire manichéen ? . jpylg
certes, j'aurais put raccourcir l'interview de sollers, mais je trouvais cela intéressant , la totalité de l'interview dit des choses parfois pertinentes - le livre de jean claude milner est incontestablement une référence pour comprendre l'évolution de la société française. - il répond en partie à votre perception des intellectuels, " l'intelligence " n 'a que peu de place dans notre monde contemporain, je retiens parmis les "intellectuels " pour ma part certains qui ne sont pas inintéressants : - mais leur message est difficile à faire passer de nos jours : essentiellement pour ma part de rosnay , sur l'homme symbiotique qui fait le prolongement d'une penseé sur l'évolution de l'homme, virilio éventuellement, sollers bien sure , quignard ... et il y en a d'autres, pas du niveau de sartre à son époque certes , ou de voltaire ou diderot, edgar morin n'est pas inintéressant, ils sont pour bcp français notamment, pas qu'il n'y a ait pas d'intellectuels à l'étranger, sloterdjik par exemple ou fukuyama, il est cependant difficile de concevoir le cadre dans lequel doivent s'exprimer l'intellectuel aujourd'hui.
L'un des meilleurs atouts du financier, c'est le temps que vont passer les intellectuels à disséquer et analyser ses actions. Et à ce jeu là, le financier a non seulement un coup d'avance, mais également des réserves presque illimitées pour capter chaînes de télés et tout autre média. à sa convenance et selon sa propre stratégie . Et c'est donc toujours très "à postériori" que l'on découvre des affaires telles, le WaterGate, l'Irangate, la CIA et l'argent de la drogue avec les Contras en Amérique du Sud, Karachi DCN/France, Pasqua et le pétrole Iranien, et bien d'autres joyeusetés. Selon la fameuse théorie de Marx une première ou plusieurs intentions malveillantes rencontrent forcément d'autres intentions, se croisant ainsi fatalement au hasard de champs distincts (Bourdieu), et le tout s'annulant très souvent par rapport à l'intention première, ou bien se trouvant légèrement détourné ou modifié de sa motivation originelle, ce qui annule en tout ou partie la cohérence de la conspiration. Première observation, ni Marx, pas plus que Bourdieu n'ont vraiment été confronté aux vastes phénomènes de regroupement et de concentration des champs économiques qui ont réellement débuté en 1990 depuis la chute du mur de Berlin et la consécration de la globalisation sur-galopante. Deuxième observation, quelle que soit l'affaire dont il s'agit, la peine et les amendes encourus in fine ne représente même pas le cinquième ou le dixième du bénéfice en ayant été retiré, donc le jeu en vaut bel et bien la chandelle. Pourquoi se gêner. Réponse d'un journaliste du Groupe Lagardère à Nicolas Dupont-Aignan qui sollicitait une interview lors de la campagne des Européennes : "pourquoi vous inviterais-je ?? vous êtes contre nous (Ump)" (sic)...... Effectivement on l'apprend après coup, mais il est ici manifeste qu'un petit candidat a bel et bien été empêché de s'exprimer dans une démocratie, grâce à des manoeuvres accomplies par des puissances financières, et le bénéfice en a donc été obtenu au vu des résultats du scrutin. @ +NEO-
Racontez-nous encore, grand-père, comme le monde était beau avant la chute du mur de Berlin...
Première observation, ni Marx, pas plus que Bourdieu n'ont vraiment été confronté aux vastes phénomènes de regroupement et de concentration des champs économiques qui ont réellement débuté en 1990 depuis la chute du mur de Berlin et la consécration de la globalisation sur-galopante. - c'est tellement vrai, bourdieu, marx, tourraine, sartre éventuellement anonçaient ou ont prévu sans doute ce qui se passe actuellement, mais l'analyse se doit d'être radicalement différente au sein d'un monde dont le fonctionnement mondialisé ET globalisé est complétement différent.
Le conspirationnisme est à la conspiration ce qu'est la rumeur à l'information.
Comment formulé la question de la conspiration de but en blanc perd en interêt ou en sens si on ne distingue pas au moins deux postulats: - infirmer ou identifier d'un phenomène de théorie complotiste determiné style: Louis Amstrong n'as jamais marché sur la lune, Ils viennent de Mars ... affectant la valeur scientifique de tel auteur. -ou montrer ou démonter les soupcons d'une corruption d'une théorie par une sorte de "biais cognitif"(voir wiki) c'est à dire un mouvement non volontaire qui serait dans l'hypothèse un "comspirationisme" auto justifiant la cohérence du travail(par éxemple) . Si on défend l'idée que il y a un aspect conpirationniste chez un tel ou le contraire il faut se demander à quel erreur on à faire et si elle est identifiée la confondre bien qu'elle peuvent aussi se confondre. Chomsky fait de la conspiration un moteur des médias, voilà son analyse; ventiler une idée irrationel(+ ou -) pour mettre sur le nez des braves gens des informations, (eventuellement) rationnel alors les braves gens ont un moyen critique et ce avec l'économie d'une démonstration(domination symbolique) ou de convaincre(collusion).Peut-on parler de contre-feux..?
Ni Louis ni Lance. Neil, peut-être.
C'est de agit prop pro-noir* d'ailleurs il aurait dit: " What a wonderful world!" Tiens à ce propos il y aurait une proportion représentative et une affirmative action? J'ajoute que de qualifier les médias de partial/impartial possiblement outil démocratique ou de reproduction, par un scientifique ou philosophe et autres chercheurs même si on s'appelle Chomsky ou Bourdieu c'est dangereux. *et maintenant anti drogué anti républicain et anti speculateur sur le cancer.