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Du dégoût vis-à-vis du sarkozysme et des réponses politiques

« Il existe une sorte d'homme toujours en avance sur ses excréments. », notait René Char dans ses Feuillets d'Hypnos (1943-1944)...

 

Le poète-résistant captait depuis le maquis le dégoût susceptible de saisir l'humaniste ordinaire vis-à-vis de certains de ses « frères humains » au cœur d'un moment d'exceptionnelle barbarie. Dans une situation politique plus routinière, avec des conséquences beaucoup moins dramatiques, certains comportements politiciens actuels peuvent aussi appeler notre dégoût. Les usages à des fins étroitement électoralistes des thèmes associés de « l'identité nationale », de « l'immigration » et de « l'insécurité » par Nicolas Sarkozy sont de ceux-là. Mais quelles réponses proprement politiques pourrions-nous apporter ?

 

« Si on n'avait pas l'Identité nationale, on serait derrière Ségolène. »

 

On trouve une source flagrante de ce dégoût au cœur des dernières élections présidentielles. Dans son récit littéraire de la campagne du futur Président de la République, L'aube le soir la nuit (Flammarion, 2007), l'écrivaine Yasmina Reza fait état d'une intervention du candidat de l'UMP devant quelques partisans avant le 1er tour :

 

« Si on n'avait pas l'Identité nationale, on serait derrière Ségolène. (...) Si je suis à 30%, c'est qu'on a les électeurs Le Pen. Si les électeurs Le Pen me quittent, on plonge. » (p. 130)

 

Dans une logique de conquête de « marchés électoraux », tous les moyens semblaient bons à ce véritable « entrepreneur politique », sans la moindre « éthique de responsabilité » (au sens que le sociologue Max Weber a donné à cette expression dans sa célèbre conférence de janvier 1919 sur « La profession et la vocation de politique », c'est-à-dire d'une attention aux conséquences de ses discours et de ses actes sur la réalité).

 

Point besoin ici de chercher une cohérence idéologique On voit plutôt combien les différentes conjonctures sont propices chez lui à l'amalgame de matériaux idéologiques les plus contradictoires. Une logique de professionnalisation politique extrême, sécrétant une forme de cynisme corporatif, est plus à même d'en rendre compte. Mais le manipulateur est lui-même manipulé par les données historiques et les circonstances. Ainsi, marionnette des évidences néolibérales qui se sont consolidées parmi les Z'élites au cours des années 1980-1990, il ne peut, afin de faire remonter sa « côte de popularité » face à la crise financière du capitalisme, qu'en dénoncer « les excès », sans en remettre en cause la logique principale.

 

Clivage national-racial contre clivage de la justice sociale

 

Son « plan de carrière » présidentielle a aussi hérité d'un certain état au sein de la société française de la compétition entre le clivage de la justice sociale (représentation de notre société faisant de la répartition des ressources l'axe central) et le clivage national-racial (une représentation concurrente autour de l'opposition « français »/« étrangers », avec une vision ethnicisante des « étrangers » incluant des personnes juridiquement françaises). Á partir du début des années 1980, les brouillages intellectuels de la gauche et les désenchantements que sa politique a suscités, d'une part, et le travail politique de Front national, d'autre part, ont contribué à faire reculer le premier au profit du second. C'est dans cette dynamique que l'association « immigration »/« insécurité » a pu devenir un lieu commun dans une série de secteurs politiques et sociaux.

 

Le sarkozysme en a alors fait un usage électoral plus soft et électoralement plus présentable que le FN ; d'autant plus qu'il pouvait se targuer de faire reculer ce dernier. Une forme de xénophobie subliminale a ainsi pu cohabiter avec un anti-frontisme explicite dans les discours de la campagne présidentielle, en s'adressant de manière différente à des « segments » différents du « marché électoral ».

 

Nicolas Sarkozy et Éric Besson ont remis les mains dans ce cambouis électoraliste à la veille d'élections régionales difficiles pour l'UMP. La tribune présidentielle publiée dans Le Monde du 9 décembre 2009 (« L'identité nationale, antidote au communautarisme ») continue à se situer à la lisière des proclamations républicaines vertueuses et d'une xénophobie subliminale. « Communautarisme », accolé à « tribalisme », c'est encore une façon soft, sans avoir l'air d'y toucher, de stigmatiser les musulmans dans leur ensemble. La compréhension manifestée à l'égard du vote suisse quant à l'interdiction des minarets comme la mise en équivalence de « la civilisation chrétienne » et des « valeurs de la République » dans « notre identité nationale », constituent des clignotants subliminaux d'un type analogue.

 

Un mépris retors du « peuple »

 

Dans ce texte, d'autres traits particulièrement retors concernent « le peuple ». S'extirpant rhétoriquement et fictivement de sa position de chef de l'establishment, Nicolas Sarkozy fait mine de s'offusquer du « mépris du peuple » à l'œuvre « dans certains milieux médiatiques et politiques ». Mais, avec une incohérence logique habituelle chez les démagogues, ce « peuple » est lui-même vu de haut, de manière misérabiliste, comme un être passif, principalement fait de « souffrance », le rendant alors trop sensible aux « extrêmes ». Plus, implicitement, Nicolas Sarkozy semble nous parler d'un « populaire » spontanément mu, à cause de ses « difficultés » et de ses « souffrances », par des passions irrationnelles, voire dangereuses, s'il n'était pas « compris » par son paternaliste chef de l'État. « Compréhension » contrainte de faire quelques concessions aux penchants noirs du « peuple » pour en modérer les excès, propices aux « succès des extrêmes ». Ou comment le mépris élitiste d'un « populaire » fantasmé arrive à se présenter comme une critique du « mépris du peuple » ! Bravo l'artiste, serait-on tenté de lancer, si l'ignoble ne nous laissait de l'amertume dans la bouche.

 

Rappelons plus modestement, en sociologue, que « le peuple » n'existe pas comme essence homogène et intemporelle, ni négative, ni positive d'ailleurs (n'en déplaise à certaines mythologies de gauche et d'extrême-gauche !). Il n'existe qu'une large diversité de pratiques populaires, plus ou moins contradictoires entre elles, observables et surtout, sur les scènes politiques, des controverses opposant différentes constructions possibles du « populaire ».

 

Du « Tout sauf Berlusconi » au « Tout sauf Sarkozy » ?

 

Face à ces relents nauséabonds du sarkozysme, la focalisation électorale sur un « Tout sauf Sarkozy » apparaît-elle comme une parade consistante ? Nos affects nous y poussent, mais serait-ce raisonnable ? Peut-être pas, si l'on se situe dans le cadre d'une éthique de responsabilité qui ferait le choix d'un horizon temporel plus large, n'imitant pas Nicolas Sarkozy dans son agitation prisonnière d'un présent perpétuel.

 

Car dans un autre contexte, doté cependant de quelques analogies, le « Tout sauf Berlusconi » a conduit en Italie à la victoire d'une coalition allant du centre à la gauche radicale en 2006. En 2008, alors que ce « centre-gauche » avait mené une politique intérieure et extérieure proche de celle d'Il Cavaliere, mais sans ses excès, ce dernier est revenu au pouvoir. La gauche en est sortie en miettes, la possibilité d'une alternative s'est éloignée, et on attend des juges anti-corruption et anti-mafia une hypothétique solution...

 

Une telle expérience nous invite à jouer sur deux temporalités en tension. Dans le court terme, il faudrait s'efforcer de bâtir les convergences les plus larges pour s'opposer aux politiques sarkozystes dans une floraison de luttes et d'expériences alternatives (la victoire du CPE n'est pas si loin). Puis il est possible de se rassembler aux deuxièmes tours des prochaines échéances électorales (Régionales, Présidentielles et Législatives) pour battre l'UMP et Nicolas Sarkozy dans les urnes. Certes sans illusions quant aux proximités effectives entre sa politique et celle de la gauche officielle. Mais une politique du pire, adossée à un « bonnet blanc, blanc bonnet » trop simpliste, ne laisserait pas les forces alternatives indemnes. En attendant qu'un hypothétique mieux n'émerge ne doit-on pas s'efforcer de se débarrasser du pire dans la situation (pas du pire en soi, car les slogans du type « Sarkozy = fasciste » ne comprennent pas grand-chose à sa situation de professionnel de la politique, certes un peu plus habile que d'autres, manipulant des affects racistes dans certains secteurs électoraux, avec en prime la bonne conscience de faire reculer l'extrême-droite) ?

 

Á moyen terme : une question sociale renouvelée et élargie

 

Cependant, à moyen terme, il s'agit de préparer les voies d'une alternative, non seulement aux excès sarkozystes, mais plus profondément à un capitalisme productiviste générateur d'inégalités sociales, de dérèglements écologiques et de mal-être individuel. Pour retrouver les sentiers aérés de l'émancipation individuelle et collective, ouverts dans un autre contexte par les Lumières du XVIIIème siècle. Mais aussi afin que des désenchantements successifs et qu'une dévalorisation corrélative de la politique ne fassent pas le lit d'une nouvelle entreprise démagogique, d'une nouvelle modalité du pire dans un contexte renouvelé. Refuser le piège des termes ethnicisants du débat gouvernemental sur « l'identité nationale », en ce qu'ils mettent au premier plan le clivage national-racial, suppose de lui opposer la construction patiente d'une figure renouvelée de la question sociale, prenant appui sur les injustices structurellement produites par la contradiction capital/travail, mais qui élargisse son cadre à :

 

1) D'autres discriminations (en interaction avec la logique capitaliste, mais qui ne lui sont pas réductibles) : sexistes, racistes et « postcoloniales » (affectant systématiquement les immigrés et les populations issues de l'immigration, avec des analogies avec la période coloniale), homophobes, etc. Or, avec une « identité nationale » faisant signe du côté du carré « intégration »/« immigration »/« menace islamique »/« insécurité », on cherche à nous entraîner sur un terrain qui prend en compte la situation des fractions immigrées ou issues de l'immigration des classes populaires, mais de manière principalement stigmatisante et ethnicisante. On récupère aussi la question de l'oppression des femmes et des homosexuels, mais uniquement dans le rapport à un islam caricaturé de manière homogénéisante (ce qui ne veut pas dire que des discriminations vis-à-vis des femmes et des homosexuels ne travaillent pas historiquement la tradition musulmane comme nombre d'autres traditions religieuses, dont la fameuse « civilisation chrétienne » chère à Nicolas Sarkozy).

 

2) Aux relations entre les risques sur la planète (climatiques, techno-scientifiques, pollutions diverses, biodiversité, etc.) et les inégalités sociales, en prenant au sérieux la contradiction capital/nature traversant le capitalisme. Ce qui est contraire à la borlooisation de l'écologie, comme rustine d'un capitalisme en crise.

 

3) La prise en compte des dégâts sur les individualités de la standardisation marchande et des défauts de reconnaissance produits par le néocapitalisme (avec des formes extrêmes comme les suicides au travail), stimulant d'un côté les aspirations à la réalisation de soi et d'un autre côté les frustrant, car les remixant dans sa logique de profit. Il y a là une véritable contradiction capital/individualité affectant le cours du capitalisme contemporain. Cela nous oppose à la réduction des désirs individualistes au processus néolibéral de la mise en concurrence des individus.

 

Au couple « identité nationale »/« intégration », il faudrait tenter de substituer un vocabulaire élargi de la question sociale autour des « inégalités » et des « discriminations », associé aux exigences écologistes (à ne pas abandonner à un capitalisme vert) et aux aspirations individuelles (à ne pas laisser au néolibéralisme). Cela constituerait des repères cardinaux tant dans les luttes et expérimentations à court terme que dans l'exploration d'un programme et d'un projet de société à moyen terme.

 

Mais pour tenir compte des ravages récurrents sur les espoirs de changement des mécanismes de concentration du pouvoir, des logiques de mimétisme institutionnel entre Z'élites de droite et de gauche comme de la hiérarchisation bureaucratique au sein des institutions étatiques existantes, il ne serait pas raisonnable de pas donner une tonalité libertaire à la construction politique de cette nouvelle question sociale. D'où l'importance accordée aux dynamiques d'auto-organisation sociale et citoyenne, aux dispositifs de démocratie directe et participative, au contrôle des représentants, à la réduction drastique du cumul des mandats (à un même moment et dans le temps), aux procédures de limitation réciproque des pouvoirs et à la transformation radicale des institutions actuelles.

 

Pour une indépendance des gauches radicales sans repli identitaire

 

Le PS demeure une force hégémonique électoralement à gauche, mais il continue à s'inscrire dans la gestion néolibérale et professionnalisée de la politique. Des différences existent bien entre le PS et l'UMP (quelques touches sociales et sociétales, une pointe de services publics en plus, une mise à distance non négligeable des aspects les plus choquants d'un point de vue éthique du sarkozysme), mais dans un cadre global similaire susceptible de générer de nouvelles déceptions. Le label Europe Écologie, en tant que produit d'un marketing politique s'efforçant de sortir les Verts français de leurs divisions internes, en amalgamant de manière confuse autour de « personnalités » des orientations « centristes » et des points de vue plus radicaux, un capitalisme vert et des critiques du capitalisme, n'offre guère d'alternatives crédibles au productivisme capitaliste ravageant aujourd'hui la planète et ses habitants. Par ailleurs, il renforce la logique de la professionnalisation politique, en renvoyant aux calendes grecques la « politique autrement ». Enfin le PCF, tiraillé entre ses proclamations « gauche de gauche » et les dépendances institutionnelles de son appareil vis-à-vis du PS, finit en général par choisir le second pôle, servant alors de « rabatteur » vers le PS.

 

Pour tenter de faire vivre une dynamique entre le court et le moyen terme, les gauches radicales et altermondialistes ont alors besoin de cultiver leur indépendance vis-à-vis de la gauche officielle : indépendance intellectuelle, indépendance expérimentale, indépendance dans les luttes, indépendance organisationnelle, indépendance stratégique. Afin de ne pas basculer dans les deux écueils qui les menacent : 1) le sacrifice du moyen terme au profit du court terme, en se laissant happer par les urgences électorales anti-sarkozystes et les illusions de « l'unité pour l'unité », en ne voyant pas plus loin que le bout de leurs affects les plus immédiats ; et 2) le sacrifice du court terme au profit du moyen terme, dans un repli identitaire abandonnant de fait une efficacité pratique sur la situation (malgré les grandes déclarations sur « la lutte des classes » et « la révolution » qui ne mangent pas de pain).

 

Quelle traduction en terme de stratégie électorale peut-on tirer de cette formulation du problème pour les forces proprement partisanes de la galaxie radicale et altermondialiste ? Clair engagement pour battre la droite sarkozyste aux seconds tours, d'une part, listes et candidats indépendant(e)s aux premiers tours et refus de participer à la gestion sociale-libérale/productiviste des collectivités locales et du pays, d'autre part : ce sont des garde-fous susceptibles de nous éviter, malgré les hésitations tactiques inévitables, d'abandonner en cours de route une des coordonnées principales de la période. Certes, la politique, si elle veut rester vivante, ne peut pas rompre avec les affects immédiats (et ici en particulier avec les affects anti-sarkozystes et unitaires à gauche), mais elle doit pouvoir les réinsérer dans un horizon temporel plus large et raisonné. La politique n'est-elle pas au mieux faite de paris raisonnés en situation d'incertitude relative, à partir de connaissances partielles, de valeurs et d'aiguillons affectifs ?

 

Fragilité politique, entre résistance et utopie

 

Cette perspective qui fait avec les fragilités humaines et les ambiguïtés inéliminables d'une situation ne satisfera guère ceux qui croient avoir des réponses définitives, soit immédiates (« Tout sauf Sarkozy » et/ou « L'unité à tout prix »), soit à moyen terme (« la Révolution », à l'aune de laquelle toute visée pragmatique serait une « trahison »). Ces porteurs de certitudes opposées pourraient d'ailleurs oublier, pour des raisons différentes, que le principal pour une nouvelle gauche radicale ne se situe peut-être pas aujourd'hui dans un jugement global (bienveillant ou méfiant) vis-à-vis de l'arène électorale, mais dans l'inventivité au sein des luttes sociales et des expériences alternatives, comme dans les modes d'organisation, les formes de militantisme et l'intelligence coopérative susceptible de s'y élaborer, mais également une inventivité à l'égard des campagnes électorales et du rôle d'éventuels élus. Cette inventivité pratique et intellectuelle sera le levain qui pourra faire réellement germer quelque chose comme une gauche radicale nouvelle, qui n'existe pour l'instant qu'à l'état de pointillés. Une gauche radicale parce que pragmatique et pragmatique parce que radicale. Or la morosité du climat politique risque de bloquer cette indispensable imagination en actes, en contribuant à ce que certains se focalisent sur un court terme électoral étriqué, envisagé de surcroît de manière traditionnelle, tandis que d'autres se transformeraient en sentinelles d'une pureté fictionnelle.

 

Dans un contexte de barbarie extrême, qui demeure fort éloigné des lâchetés plus ordinaires de nos politiciens actuels, René Char ne séparait pourtant pas la résistance immédiate face au pire et l'utopie d'autres mondes possibles. Dans l'introduction à ses Feuillets d'Hypnos, il avançait en ce sens :

 

« Ces notes marquent la résistance d'un humanisme conscient de ses devoirs, discrets sur ses vertus, désirant réserver l'inaccessible champ libre à la fantaisie de ses soleils, et décidé à payer le prix pour cela. »

 

C'est aussi un défi pour les temps gris, mais encore tempérés (ne nous la jouons pas trop « Résistance » avec un héroïsme de pacotille à destination de publics surchauffés sur internet : « l'affaire Tarnac », malgré l'augmentation de l'arbitraire étatique dont elle témoigne, n'a rien à voir avec la rafle du Vel' d'Hiv !), qui sont les nôtres. Modestement.

 

 

Pistes complémentaires 

* Voir sur Mediapart :

 

- Sur l'élargissement de l'anticapitalisme aux contradictions capital/nature et capital/individualité : « Renaissance de l'anticapitalisme en France », avril 2009

 

- Sur la politique comme pari raisonné en situation d'incertitude : « Actualité de la philosophie politique de Maurice Merleau-Ponty (1908-1961) », janvier 2009 : « (I) Politique et raison critique », et « (II) Politique et histoire »

 

* Voir ailleurs sur le web :

 

- Sur l'analyse de la victoire de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles : « Sur le "sarkozysme", le PS, la possibilité d'une gauche radicale et le tragi-comique. Contribution au débat post-présidentiel », juin 2007

 

* Autres lectures :

 

- Sur la compétition entre le clivage de la justice sociale et le clivage national-racial : P. Corcuff, « Clivage national-racial contre question sociale. Un cadre d'analyse socio-politique pour interpréter les progrès de l'extrême-droite en France », revue ContreTemps (1ère série, éditions Textuel), n°8, septembre 2003

 

- Sur la poésie de Résistance de René Char : P. Corcuff, « La résistance est antichambre d'utopies », dans La société de verre. Pour une éthique de la fragilité (Armand Colin, 2002, pp.209-220)

 

 

Tous les commentaires

« Il existe une sorte d'homme toujours en avance sur ses excréments. », notait René Char dans ses Feuillets d'Hypnos (1943-1944)...

Il voulait probablement parler des marxistes ,des staliniens , des nazis ,des pol potiens ,des maoistes ,des mussoliniens ,de che guevara etc ...des totalitaires qui se disent de droite ou de gauche .

 

 

Merci pour cette excellente analyse, du grand Mediapart. On mesure bien l'efficacité de la conjonction "entrepreneur politique+médias à sa botte"...

Un lien vers un billet un peu ancien qui me semble aller -bien plus modestement- un peu dans le même sens;

http://www.mediapart.fr/club/blog/camembert/241109/de-quoi-segolene-royal-est-il-le-nom

Al"cimes", comme vous êtes loin de celles qui vous entourent, et qui furent résistantes.

Je ne sais pas si les analyses et suggestions comme celles-ci suffisent à orienter et soulever les sociétés contre les systèmes politico-économiques quand il n'y a pas la rage de l'injustice subie.

En tout cas, ce travail de réflexion en donne l'armature intellectuelle.

Enfin, il faut bien commencer par là : penser et diffuser sa pensée ; dans ce registre, Philippe Corcuff est vraiment excellent !

Je suis intéressé.

Mais je ne vois pas quelle inventivité est à l'oeuvre dans le champ électoral. Pour ces élections non plus. Ce n'est pas très visible.

Sur la répression, certes nous ne vivons pas en dictature. Il reste que la situation faite aux immigrés, un arbitraire féroce, et aux jeunes, des contrôles incessants et des garde à vue banalisées, sont un fait nouveau, un fait politique. La mort des immigrés en Méditerrannée, les peines de prison qui pleuvent pour la moindre incartade, les prisons aux conditions de vie ignobles, la flambée xénophobe alimentée par l'Etat, ce sont des éléments nouveaux. A analyser pragmatiquement.

A quoi servent les élus d'une gauche radicale dans ce contexte? A témoigner plus qu'à être pragmatiques.

Chers Pascal B,

 

Les élections et les élus pourraient justement constituer un des points où l'inventivité pourrait se déployer (je n'ai pas ici des solutions, mais je pointe une zone d'inventivité qui serait utile). Or les gauches radicales tendent à se polariser entre un pôle pour qui les élections sont l'essentiel (mais dans un rapport traditionnel à l'élection et aux élus) et un pôle pour qui c'est "un piège à cons", et tendent à un repri identitaire, avec là aussi peu d'inventivité dans la façon de faire de la politique hors des élections. Il me semble que la logique d'une inventivité expérimentale serait transversale à cette opposition : 1) elle n'abandonnerait pas les élections, mais en n'en faisant pas le principal et en tentant de faire germer un autre rapport à cette sphère d'action, et 2) elle se déploierait aussi dans la contestation et l'expérimentation extra-institutionnelle, mais là aussi avec un effort d'inventivité.

Cher Philippe,

Merci de votre réponse. Mais il reste que la dialectique entre les élections et le monde de la propagande ( renommée communication) dans lesquelles elles baignent ne rendent pas facile l'inventivité. C'est une difficulté qui ne doit pas nous faire renoncer. Car renoncer à l'expression même dévoyée comme elle l'est du suffrage universel serait un renoncement.

@Pascal b,

A quoi servent les élus d'une gauche radicale dans ce contexte?

Méfiez vous, on pourrait pousser le raisonnement un peu plus loin: A quoi sert la gauche radicale dans ce contexte?

Dans le contexte actuel de crise du capitalisme, les groupes militants de la gauche radicale (y compris anarchistes) servent à faire apparaitre une possible solution à cette crise par leurs actions militantes multiples et résolues.

Je m'interroge sur la marge de manoeuvre des élus de la gauche radicale, de la part de la gauche radicale qui participe aux élections, sans pour cela avoir une réponse définitive. Je pense pas qu'ils soient inutiles, je crois que le bilan se fait au cas par cas.

Je commençais mon militantisme au PSU, ce parti rejoignit l'Union de la gauche lors de municipales, en 1977 je crois. Presque tous les militants actifs devinrent élus. Ils rejoignirent le PS et ne militèrent plus guère.

Les questions qui se posent quand on est élus sont très différentes de elles qui se posent quand on est militant sans être élu. C'est une difficulté. Ce n'est pas une incompatibilité.

Largement d'accord! L'expérience du PSU est à méditer (comme pour moi celle de ma famille politique d'origine : le CERES). C'est pourquoi l'invention pragmatique de nouveaux rapports aux élections et aux élus ne va pas sans lucidité libertaire vis-à-vis des mécanismes d'institutionnalisation et de professionnalisation politique.

 

C'est à mon sens la faiblesse stratégique principale (le fétichisme de l'élection dans le cadre des institutions actuelles comme principal modalité de la politique) du Parti de Gauche (ne tenant pas compte de l'expérience sur ce plan), en plus de sa faiblesse tactique de coller au PCF et partant de coller indirectement au PS, le parti qu'ils ont pourtant quitté. Pour beaucoup de politiques et de militants qui croient tenir dans leurs mains "la politique sérieuse", la réflexion anarachiste constitue un folklore au mieux sympathique; Alors que les impasses et les écueils des expériences passées en font plutôt une composante à intégrer dans un cadre plus large (ne diabolisant pas nécessairement "l'Etat" et les institutions comme le font souvent les anarchistes).

 

Bel effort de synthèse intellectuelle pour une gauche unie. Mais peut-être un peu trop idéal (intello) pour être sociologique. Car précisément, une des raisons du succès du sarko-lepenisme est d’être populaire. Et comme toujours, une réponse à ce discours doit reposer quand même sur des réalités, c’est-à-dire des analyses exactes, ici sociologiques.

 

Il est faux de dire: «Á partir du début des années 1980, les brouillages intellectuels de la gauche et les désenchantements que sa politique a suscités, d'une part, et le travail politique de Front national». Car sur ces questions, ce n’est pas le FN qui a commencé, mais le PC avec le saccage au bulldozer d’un foyer d’immigrés à Vitry (1980) qui suivait une campagne, quelques années auparavant sur « Achetez français! ». Le FN est seulement le produit du même calcul que Sarkozy, mais fait par Mitterrand pour diviser la droite, car la gauche n’est pas majoritaire sans ça, sauf en 1981 (voir tableau: http://www.exergue.com/h/2007-06/tt/bilan-2007.html).

 

Le pb sociologique réel est le fait de jouer sur la concurrence des immigrés pour les travailleurs français (et aujourd’hui les délocalisations). C’est un repliement sur la métropole après environ un siècle d'anticolonialisme (qui servait d’ailleurs d’argument à Merleau-Ponty dans Humanisme et terreur - sur lequel nous nous sommes opposés). J’ai démontré que la gauche questionnante ne sait pas quoi répondre alors que la réponse existe (voir point n°7 sur: http://www.mediapart.fr/club/blog/jacques-bolo/031209/pourquoi-je-ne-signe-pas-la-petition-de-mediapart-appelant-ne-pas-part). Et la gauche de la gauche s’est bel et bien alliée avec l’extrême droite contre le traité constitutionnel européen sur le thème du plombier polonais et de la Turquie. Je parle des électeurs, pas des intellos (sociologie, pas morale).

Ainsi les électeurs se seraient "alliés". Amusant concept.

Au fait, inscrivez-vous Fabius, entre autres, dans l'extrême gauche ?

Le "plombier polonais" a été une création du hobereau du Puy du fou. Jamais, la gauche opposée au TCE ne s'est emparée de ce thème xénophobe. Renseignez-vous !

Dernier point sur ce sujet en total décalage avec l'objet du billet de Corcuff: toutes les études ont montré que sur les 55 % de NON au TCE, plus des 2/3 se réclamaient de la gauche et étaient pro-européens - mais pas de l'Europe de la finance et des multinationales qui semble avoir votre préférence...

Pauvre con

 

Il aime pas con le con tredise , le Bolo.

Même si je partage les questionnements de pascal b, ton billet m'amène à t'attribuer une citation bien connue et que je tords à dessein: Il y a un message de justice dans chaque phrase que tu écris ("dans chaque balle que tu tires").

Bien d'accord, encore, pour substituer (à la mièvre moralité du tout sauf Sarkozy) "un vocabulaire élargi de la question sociale autour des « inégalités » et des « discriminations », associé aux exigences écologistes (à ne pas abandonner à un capitalisme vert) et aux aspirations individuelles (à ne pas laisser au néolibéralisme). Cela constituerait des repères cardinaux tant dans les luttes et expérimentations à court terme que dans l'exploration d'un programme et d'un projet de société à moyen terme. "

 

La question, non subsidiaire, est celle du "mouvement", au-delà de petits cercles de reflexion, susceptible de mettre (justement) en mouvement cette exploration tant souhaitable.

La gauche radicale (dont il convient "d'exclure" le PCF et ses satellites) n'a-t-elle pas raté une "fenêtre de tir" avec une mise sur orbite d'un NPA par trop étriqué ?

Velveth,

 

Le théâtre d'ombres électoral a tendance à plonger conjonctuellement les militants du NPA et leurs sympathisants dans une certaine déprime, qu'ils surévalent les processus électoraux ou qu'ils préfèrent s'en tenir distance (dans la tentation d'un repli identitaire). Ce qui a un effet de compression de l'imagination politique. Et, dans ce cadre, on se préoccupe davantage de ce sur quoi on peut faiblement peser (le processus d'isolement électoral du NPA à cause de la double attraction institutionnelle du PS sur le PCF et du PCF sur le PG) que ce sur quoi on pourrait fortement peser, dépendant davantage de nous : explorer des formes renouvelées d'action, de militantisme, d'expérimentation et de langage politiques, en conribuant à rendre plus désirable l'engagement dans la forme parti à une échelle plus large. Or, sur ce plan qui est davantage à notre portée, on se cale souvent trop rapidement sur des routines (organisationnelles, langagières, de modes d'intervention, de choses à faire, etc.), ce qui renforce l'idée chez ceux qui pourraient être intéressés à faire un petrit bout de chemin avec nous que militer "c'est chiant", "compliqué", "obscur", etc. A l'observation sur le terrain, c'est une tendance qui explique beaucoup plus la perte relative de militants du NPA (estimée aujourd'hui, en fonction du récent vote interne sur les élections régionales, à un peu moins de 2000 personnes sur les un peu moins de 10000 du congrès constitutif de février dernier) que des divergences politiques (assez faibles dans ce que j'ai pu oberver), contrairement à ce qu'on peut entendre dans les médias.

 

Ces faiblesses du NPA sur le plan du renouvellement des pratiques militantes ne constitue pas un problème venant du sommet de l'organisation, mais aussi et surtout des militants à la base, car fort peu de contraintes organisationnelles les empêchent d'innover sur le terrain. Bref c'est notre problème collectif; problème crucial, mais pas abordé dans les "grands débats" internes focalisés sur les divergences quant à la tactique électorale.

 

Quant à "la fenêtre de tir" de la création du NPA, c'est vrai qu'elle a été loupée par beaucoup dans les gauches radicales, mais c'est difficile de lever d'un coup des strates des méfiance accumulées au cours du temps pour de bonnes et de mauvaises raisons (vis-à-vis des organisations politiques en général et/ou de la LCR, initiatrice, en particulier). Il y a eu aussi du côté des "personnalités" anti-libérales des hésitations tactiques constantes pour savoir quel était le bon cheval pour faire la course en tête plutôt que d'assumer la part d'incertitude inévitable d'un pari politique raisonné (je pense, par exemple, à Clémentine Autain). Ici la création du PG, qui est apparue dans un premier temps comme une bonne nouvelle du point de vue de la recomposition d'une gauche issue de la famille socialiste, a constitué une interférence écornant fortement la dynamique ressentie lors de l'annonce même de la création du NPA. Finalement, pour l'instant, la création du PG s'avère même globalement décevante, voire contre-productive, pour les gauches radicales, car finalement pour ces élections régionales le PCF a continué à servir de "rabatteur" vers le PS et le PG vers le PCF (et donc indirectement vers le PS).

Globalement d'accord avec ta réponse...

Totalement en désacord avec vous deux !

D'abord, je ne vois rien d'exceptionnel dans l'article de P. Corcuff, sinon une prose littéraire qui, sur le plan politique, ne me paraît pas faire avancer le schmilblick.

Par exemple, êtes-vous convaincus que les gens se sont mis à voter FN parce que ce sont des racistes qui s'ignoraient, ou simplement parce que la réponse proposée les faisait dériver d'une aspiration à la justice sociale vers une réponse ethniciste ?, sous-entendant par là que le peuple (même si le terme est un raccourci, il a une signification sociale, ce que ne veut pas voir P. Corcuff, préférant jouer les nuances là où, à mon sens, il n'y a pas plus d'enjeu que cela) voit son message dévoyé ?

Personnellement, je trouve que la FN est apparu pour ses électeurs comme une structure qui pouvait les protéger socialement, ce que ne faisait plus les autres (gauche radicale compris, évidemment).

J'observe que parmi vos préoccupations "nouvelles" (fin de l'article), il n'y a rien sur l'Europe, ce qui me fait dire que je ne suis pas sûr que vous ayez bien réfléchi les problèmes posés aux citoyens français.

Par exemple, faire dépendre le déblocage de la situation en France avec l'évolution antilibérale de l'Europe, comme le fait la gauche anticapitaliste ou antilibérale, est une façon inconsciente, à mon sens, de donner matière au FN de continuer mieux que d'autres à incarner la protestation.

Par ailleurs, expliquer que l'apparition du parti de gauche est finalement un acte contre-productif, par rapport à la vocation d'émergence d'une gauche radicale indépendante de la gauche "officielle", c'est vraiment continuer de se prendre pour le nombril du monde.

Le peuple de gauche vous déplaît, vous proposez d'en créer un autre : le vôtre !

En matière syndical, cela donne un nouveau syndicat : Sud, et évidemment un nouvel émiettement des forces, là où les batailles devraient être menées dans les grandes confédérations pour éviter qu'elles dérivent.

Tout cela, malheureusement, n'est pas neuf, cela fut l'objet de controverses depuis longtemps.

Comme vous le comprenez, à bien des égards, je ne partage pas vos analyses.

Petites clarifications quant à mon propos :

 

- C'est notamment un appel à s'émanciper d'un point de vue essentialiste, qui verrait dans "le peuple" (ou "le peuple de gauche") une "essence" homogène et intemporelle, qu'on la considère comme négative ("le peuple" comme lieu de "basses pulsions", vision qui orientait implicitement nombre de lectures médiatisées du "non" au TCE, dans un racisme de classe patent) ou positive ("le peuple bon par nature mais trompé par les élites", mythologie active à gauche et à gauche de la gauche); de ce point de vue le type de mise en perspective proposé relève moins de "la prose littéraire" (j'aimerai bien, mais je me trouve souvent en-deça dans cette perspective! il suffit de comparer les extraits magnifiques de René Char que je cite - comme le relève Humaro - et ce que je peux écrire : il n'y pas photo, et même on n'est pas du tout dans le même univers d'écriture!) que d'un rapport au monde forgé dans la pratique des sciences sociales.

 

- C'est un appel à prendre au sérieux l'incertitude dans la vie politique, à travers une quadruple hypothèse : 1) il y aurait ce que Pierre Bourdieu appelait des "luttes de classements sociaux" dans la façon de se représenter politiquement le clivage global le plus pertinent dans une société comme la nôtre (ici, dans la conjoncture analysée, la compétition entre clivage de la justice sociale et clivage national-racial; mais à d'autres moment, on pourrait pointer la compétition entre une représentation binaire - type "ouvriers/patrons" ou "peuple/élites" - et une représentation ternaire - par exemple, la vision défendue par VGE à la fin des années 1970 : quelques riches-une immense classe moyenne-quelques pauvres); 2) les "coups" tactiques des professionnels de la politique, comme celui de "l'identité nationale" joué par Sarkozy-Besson, ainsi que les réponses à ces "coups" (par exemple, accepter ou pas de participer au "débat" gouvernemental sur "l'identité nationale"), dans la dynamique de leur compétition, contribueraient à consolider tel ou tel clivage; 3) des hésitations dans la population vis-à-vis du clivage qui rendrait le mieux compte de sa situation à tel ou tel moment alimenteraient elles-mêmes le cours politique fluctuant de cette "lutte des classements sociaux"; et 4) la dynamique globale de ce processus échapperait largement à la maîtrise des divers protagonistes qui y interviennent.

 

Pour le reste, les divergences sont tout à fait légitimes, si elles ne sont pas assénées sur le mode de certitudes (si on revient à l'hypothèse merleau-pontienne de la politique comme au mieux - du point de vue de l'héritage des Lumières - un pari raisonné basé sur des connaissances partielles et probabilistes dans une situation d'incertitude relative.

N'ayant pas lu les divers ouvrages de sociologie auxquels vous faites référence (Bourdieu, Merleau-Ponty, etc.), je ne peux que me rapporter à votre synthèse du paragraphe 2 de votre réponse.

Si vous voulez dire par là que la conscience des individus, dans la période de ressentiment social, et d'incertitude politique, du fait qu'ils ne trouvent pas de réponse claire à leurs attentes, est instable. Et qu'il est bien difficile à tous (gouvernement, partis politiques, etc.) de jouer une partition claire, subissant eux aussi le cours de la globalisation, oui…

And so what ?

Le peuple, par ailleurs, est en effet un mot-valise. Lors du TCE, les anticapitalistes européïstes ont ainsi voulu voir dans les 55 % de "non" leur signature.

Je crois qu'ils se trompent : ce vote allait au-delà en tous cas des formulations gauche-droite. C'était un vote des victimes de la mondialisation.

1) Je trouve l'analyse du sarkozysme remarquable, avec le sentiment que pour ce qui concerne la conception du métier de politicien, Sarkozy est dans la lignée de Chirac; la phrase suivante, extraite du billet, me semble pouvoir s'appliquer aux deux: "Point besoin ici de chercher une cohérence idéologique On voit plutôt combien les différentes conjonctures sont propices chez lui à l'amalgame de matériaux idéologiques les plus contradictoires. Une logique de professionnalisation politique extrême, sécrétant une forme de cynisme corporatif, est plus à même d'en rendre compte. Mais le manipulateur est lui-même manipulé par les données historiques et les circonstances."

2) pour ce qui concerne les perspctives, me sentant à distance des gauches radicales, j'en prends connaissance avec recul; mais parmi les voix venant de ce côté, celle-ci me semble parmi les plus audibles, une de celles que tout citoyen ancré à gauche a intérêt à entendre;

3) merci pour la citation de René Char, qui est magnifique:

« Ces notes marquent la résistance d'un humanisme conscient de ses devoirs, discrets sur ses vertus, désirant réserver l'inaccessible champ libre à la fantaisie de ses soleils, et décidé à payer le prix pour cela. »

Pour les réponses politiques :

Ce qui par exemple personnellement fait que je ne m'investis plus dans des mouvements organisés, c'est excatement ce que dit Philippe Corcuff dans un commentaire plus haut :

Ces mouvements - surtout politiques (le syndicalisme, c'est - un peu- une autre affaire) ont "fort peu de contraintes organisationnelles les empêchent d'innover sur le terrain."

Et cependant ils ont des pratiques quasi inchangées depuis des époques très différentes de la nôtre.

Et ils sont sourds à l'impact de cette organisation non réfléchie (juste, transmise) sur leurs pratiques politiques.

 

Ce problème est essentiel, surtout pour des mouvements ou partis qui ne se satisfont pas d'un rapport électoraliste interne dyu type base/sommet.

Mais comme le note aussi Philippe Corcuff, ice problème n'est "pas abordé dans les "grands débats" internes focalisés sur les divergences quant à la tactique électorale."

 

Un point annexe peut-être - ou pas- abordé déjà dans quelques discussions sur mediapart, celui des "permanents" - personnes qui vivent partiellement ou complètement de la politique - économiquement ou symboliquement.

Et qui peuvent donc être tentées de favoriser leurs intérêts professionnels particuliers, ou de groupe, en tant que permanents ou semi-permanents.

Sans oublier les intérêts symboliques qu'il y a à diriger ou à représenter.

Ni le croisement de tout ceci avec la notion de "pouvoir".

 

 

Ce type de faiblesses et d'imperfections effectives de la forme-parti, on en trouve aussi des traces dans d'autres formes organisées (syndicats, associations, expérimentations alternatives, etc.), avec certes des degrés plus ou moins développés selon les cas (ce qui n'est pas rien). Et ce type de faiblesses et d'imperfections font écho à certaines de nos propres faiblesses et imperfections individuelles. Or je crains que la tendance à la stigmatisation unilatérale de la forme-parti aujourd'hui se constitue un bouc émissaire trop facile de problèmes plus larges et profonds.

 

C'est pourquoi (c'est seulement une des possibilités, qui s'est dégagée après de nombreuses explorations et de multiples tâtonnements, des échecs et des impasses, des joies et des bonheurs...) j'essaye pour ma part d'"équilibrer les contraires" (selon la formule de Proudhon qui doit beaucoup à Montesquieu), entre mon individualité composite et les diverses formes organisées et collectives (dont la forme-parti) auxquelles je participe plus ou moins (et qui sont plus ou moins en tension entre elles).

Et heureusement que certains le font ! (s'investir dans des partis).

Je me sens plus à l'aise dans des mouvements de forme réseau, mais c'est aussi une question de fatigue personnelle, à une certaine étape de ma vie.

Et je me suis rendue compte je partage quelque chose avec les personnes que je rencontre dans les "réseaux" - quelque chose que j'ai aussi envie d'approfondir.

Mais, partis et réseaux, ces formes sont pour moi complémentaires.

L'analyse du sarkosysme me semble pertinente. La seconde partie sur les perspectives politiques me semble justement souligner le manque de perspectives offertes par la gauche radicale, pas tant au niveau du "fond" (même si il reste certainement beaucoup de travail) mais en terme de stratégie de mise en oeuvre.

La question stratégique (le niveau du "comment" du moyen terme entre le court terme de la tactique - dans les luttes sociales, les élections, les expérimentations ici et maintenant etc. - et le long terme de l'exploration d'autres mondes possibles dans un cadre non-capitaliste) apparaît effectivement comme un des gros points aveugles des gauches radicales.

Dès lors que la phrase en exergue nous rappelait ces mots de René Char, le ton était donné, nous étions dans la merde. 

Philippe Corcuff nous l'a dit doucement, ou suggéré, en traitant du "sarkozysme".

René Char ne connaissait pas Sarkozy. Par contre, Philippe connaît bien les hippopotames.

Ces gros animaux, c'est bien connu, font leurs petites crottes dans l'eau en survolant les fonds, ce qui fait le bonheur des poissons qui le suivent, qui se faisant engraisser, s'en trouvent bien. Ainsi va la vie.

Mais quand l'hippopotame fait demi-tour, il se retrouve nez à nez avec son avenir et avec ses excréments. Comme l'Autre. Ou plutôt comme nous, à cause de ce qu'il nous fait avant de faire ses crottes.

Mais encore, voyez où va se nicher la dialectique (celle de Hegel, idéaliste, cédant la place à celle de Marx qui est mouvement de la matière...), il se penche aussi sur son passé décomposé, comme l'Autre, car il pète plus haut que son cul, aujourd'hui plus qu'hier mais bien moins que deux mains.

Mais enfin, ne serait-ce pas faire injure aux hippopotames que d'y mêler le "sarkozysme"?

(la suite sur mon blog)

http://www.mediapart.fr/club/blog/raphael-jornet/221209/histoire-deau-et-de-crottes-cest-mon-ami-lhippo-qui-la-dit-ce-matin

D'accord avec ce programme. Donc, ce que devraient faire à mon avis les partis, plutôt que s'entredéchirer en se renvoyant mutuellement la faute des échecs à la grande satisfaction de l'UMP, c'est assurer le SMA, Service minimum antisarkoziste, et bâtir, non une nouvelle union de la gauche depuis longtemps décrédibilisée, mais un nouvel humanisme dont le but serait de recréer une société démocratique en France que le Sarkozisme déstructure et sape jusque dans ses fondations tous les jours un peu plus.

 

Vos propos sont pratiquement inverses de ceux exposés dans le billet de Philippe Corcuff...

Ce n'est pas de la faute de Sarkozy si les prolos votaient FN. Ou si, comme l'a écrit Pierre Bourdieu dans "la misère du monde", "l'ouvrier aime avoir l'Arabe en-dessous de lui" (ce qu'on retrouve également dans la difficulté pour les partis politiques ou journaux soi-disants de gauche d'avoir un personnel représentatif de la diversité française).

c'est en tout cas de sa faute de leur avoir dit qu'ils avaient raison, et que lui maintenant mettrait en application ce que Le Pen avait dit sans réussir à le faire. Voilà pourquoi les prolos qui votaient Le Pen votent aujourd'hui Sarko, fiers de pouvoir dire tout haut que "l'Arabe est au-dessous d'eux" alors qu'ils étaient obligés de le dire tout bas ce que Le Pen le disait tout haut..

Je me souviens d'avoir fréquenté au milieu des années 90 les séminaires donnés par Toni Negri au quartier latin. A l'époque Berlusconi triomphait, et le contraste entre le peuple votant pour Berlusconi par défiance envers les partis traditionnels, et cette faune d'extrême-gauche prétendant parler pour le peuple, m'avait frappé.

 

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