Revenir en France n’avait pas été une mince affaire. Rentrant d’un long séjour professionnel dans un pays tropical, j’avais le teint très bronzé. Et, un peu par bravade, j’avais présenté mon passeport cambodgien (avec visa) plutôt que mon passeport français. Mal m’en prit.
Entrer en France, c’est d’abord et surtout franchir une frontière. Au sens où on l’entendait jusqu’au milieu du 20e siècle, c’est-à-dire franchir une barrière de séparation, un mur en quelque sorte.
Ne pas avoir le teint pâle, c’est être différent. Donc suspect. Surtout au pays où l’apéro saucisson-pinard entre « gens de souche » tient lieu d’identité nationale. Les cerbères qui m’interrogeaient en me tutoyant, dans un français à la syntaxe quelque peu approximative, n’y allaient pas par quatre chemins. Etrange comité d’accueil d’un pays qui se prétend la patrie des droits de l’Homme.