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Trucage des résultats aux évaluations CM2?

Le ministère, via une pression sur les recteurs et les inspecteurs d'académies, inciterait à « transformer » les résultats. Cette accusation extrêmement grave est portée par le syndicat national des personnels d'inspection membre de la FSU (SNPI-FSU) sur son site. Xavier Darcos doit y répondre rapidement car c'est la crédibilité de son action qui est mise en cause.

Voici le communiqué :

 

« Des témoignages nous parviennent de toute la France faisant état de pressions directes ou indirectes des IA-DSDEN sur les IEN CCPD pour gonfler les statistiques des remontées des évaluations CM2. La plupart des instructions données l’ont été oralement, mais certaines instructions écrites nous sont parvenues et confirment les alertes qui nous ont été lancées.

Ces instructions consistent à demander aux IEN CCPD de transformer les fichiers des résultats renseignés par les directeurs d’école, notamment ceux qui ont intégré un code 2 validant des compétences partielles, ou bien à transformer les codes A en 0 ou en 1 pour faire remonter les scores.

Le SNPI-fsu appelle les inspecteurs à ne pas compromettre leur indispensable légitimité professionnelle au sein de leur circonscription, ainsi que la valeur de leur expertise institutionnelle nationale dans des opérations de manipulation des informations qu’ils ont à valider et à transmettre.

Ce genre de pratique déroge à l’évidence à la déontologie la plus élémentaire. Elle met à mal la neutralité du service public et la confiance des citoyens envers la fonction publique. Dans certains cas, les instructions délivrées par les IA-DSDEN s’apparentent à une demande de production de faux en écriture publique dénoncée par le Code de procédure publique et le Code pénal. Dans d’autres cas, les instructions sont accompagnées de menaces sur la carrière, voire sur la réussite au prochain oral d’un concours national de recrutement. Là encore, ce genre de pratique est dénoncée par la morale et les lois et il est susceptible de poursuites judiciaires.

Dans la plupart des cas qui nous ont été communiqués, la même légitimation de l’opération revient, comme l’expression d’une manipulation grossière : « l’académie (ou le département, selon les cas) est classée dernière dans la remontée des résultats des évaluations ; il faut absolument atteindre le niveau national, sinon les sanctions vont tomber (sous-entendu pour le recteur, l’IA-DSDEN, voire les IEN CCPD) ». Stupéfiante course à l’échalote !

Cette information doit être croisée avec les témoignages de plus en plus nombreux qui nous parviennent sur la gestion autoritaire et ouvertement menaçante par le ministère et l’administration centrale à l’encontre des recteurs et des IA-DSDEN. Le limogeage spectaculaire de l’IA-DSDEN du Rhône a été à cet égard l’élément de trop dans cette gestion archaïque, irrespectueuse et contraire aux valeurs de notre république et de la démocratie. Désormais, tous les IA-DSDEN craignent de se voir renvoyés à tout moment. Une rumeur, plus ou moins fondée, nous est très récemment parvenue faisant état d’une « prochaine charrette » (sic). Dès lors, on ne peut s’étonner que certains IA-DSDEN perdent leur sang-froid et se livrent à des pratiques inadmissibles.

Tout cela est le fruit d’une politique éducative inspirée par le culte absurde du résultat avec des chiffres manipulés, par l’autoritarisme et la personnalisation dans la gestion de la fonction publique, une politique qui vise à l’atomisation du service public national dont les relais territoriaux sont mis en concurrence sur le modèle des entreprises privées à but lucratif.

Le SNPI-fsu soutiendra avec force tous les IEN CCPD qui défendront la dignité de leur fonction et celle du service public en refusant de se conformer à des instructions manifestement illégales et de nature à compromettre gravement un intérêt public. De même, conformément à ses statuts, il soutiendra tous les IA-DSDEN qui se verraient menacés ou sanctionnés pour avoir défendu avec courage et lucidité les valeurs du service public. »

 

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Si ces faits sont vrais, nous aurions là une preuve tangible de la destruction du service public français. Ici, point de libéralisme ou de mise en concurrence des écoles et d'ouverture du marché de l'éducation; non, c'est bien plus grave. C'est la crédibilité de l'action de l'Etat qui est directement mise en cause. Si Xavier Darcos ne dément pas ces accusations, quel citoyen pourra croire à l'impartialité de l'Etat ? Comment être certain que ses droits seront respectés à l'avenir ? Par quels moyens les fonctionnaires pourront juger de leurs actions comme juste, si la "justice" n'a de critère que le caprice du Prince ? Seront-ils vraiment plus efficaces une fois tenues par la crainte ?

Enfin, du point de vu de l'école, comment croire que le niveau, mesuré par ces évaluations, est bas ou haut ? Comment croire que ce sera par l'action des réformes de Xavier Darcos que les résultats auront miraculeusement remonté dans deux ans ? Est-ce ainsi que l'on divisera par trois le nombre d'élèves en difficulté à l'entrée en sixième ?

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Le moment est grave. Xavier Darcos doit répondre rapidement de ces accusions, fermement les démentir et porter plainte contre le syndicat des Inspecteurs ou il doit démissionner. La crédibilité à venir de l'Etat en dépend. Il faut savoir prendre ses responsabilités car nous avons besoin de croire en l'action impartiale de l'Etat.

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PS : Il ne serait pas inutile que des journalistes de Mediapart interrogent le Ministère sur ce sujet.

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Auto-promo :

N'oubliez pas lire, si ce n'est déjà fait

L'école primaire : terrain d'un conflit asymétrique (1/4) Pratique d'un conflit asymétrique (2/4) 

 

Tous les commentaires

15/03/2009, 21:54 | Par Corinne N

Donc, pour résumer, il y a quelques temps le ministre a ordonné des tests dans les écoles primaires malgré les réticences argumentées des enseignants directement concernés ; maitenant, il veut truquer les résultats pour leur faire dire ce qu'il veut ; pour cela il est obligé de faire "pression" sur les personnes qui peuvent truquer les résultats, certains "ploient"... d'autres heureusement résistent !... une pétition pour demander la démission de M. Darcos ?! Merci de cette alerte ! espérons que cette tricherie organisée sera dénoncée par les médias, pour le moment, je n'ai rien entendu ou lu sur ce sujet...

15/03/2009, 22:03 | Par Sebastien Rome en réponse au commentaire de Corinne N le 15/03/2009 à 21:54

Si, à l'instant, sur mon blog !!!!

15/03/2009, 22:23 | Par Corinne N en réponse au commentaire de Sebastien Rome le 15/03/2009 à 22:03

Yep ! :o)

15/03/2009, 22:12 | Par DanN

Profitons d'internet pendant qu'il est encore en libre-accès ! l'information y est démultipliée. Que Darcos le démentisse n'induirait pas forcément, hélas, que ce "terrorisme" cesse. Mais si il y a moins d'élèves en échec scolaire [sic], quelle belle victoire ce serait pour cette politique dite réformiste !

15/03/2009, 22:13 | Par Fantie B.

Merci de votre fonction d'alerte, Sébastien. Espérons qu'il y aura une réponse ou du ministère, ou des écoles, ou des syndicats...
Si cela est confirmé, o on pourra dire que le ministère de l'EN n'arrête pas de franchir les bornes. D'abord avec ses évaluations pensées à la n'importe comment. Ensuite en n'admettant pas cette erreur mais en dépensant uen énergie absurde pour tenter de la camoufler. Attendons...

15/03/2009, 22:55 | Par Sebastien Rome

"Espérons qu'il y aura une réponse ou du ministère, ou des écoles, ou des syndicats..." Il me semble, mais peut-être que je me trompe, que le syndicats des Inspecteurs a des pièces à disposition pour étayer leur accusation. Peut-être peuvent-ils fournir une pièce (anonymée) à la presse ?

15/03/2009, 23:22 | Par Fantie B.

Je crois qu'on en est là : Comme dans d'autres affaires sarkoziennes (par ex. l'affaire Pérol, ou celle des déplacements de Sarkozy sous déploiement policieret menaces sur les hiérarchies), certains acteurs, fonctionnaires ou actionnaires ! , ont tout en main pour agir. Alors : leur avancement , leur carrière, et du laisser-faire. Ou bien, des actes citoyens. La question serait celle de la défense collective de personnes qui seraient ensuite soumises aux foudres sarkoziennes.

15/03/2009, 23:49 | Par Marie Lavin

Très intéressant mais pas du tout surprenant. En même temps je ne vois pas comment on peut "renvoyer" un IA/DSDEN, le muter oui, le mettre "sans affectation" aussi, mais le "renvoyer" là cela me semble impossible. Donc s'ils veulent refuser ce sale boulot ils peuvent parfaitement le faire sans risquer autre chose que leur avancement. A eux de voir ce qui prime, leur carrière ou l'honneur.

16/03/2009, 08:00 | Par claude lelièvre

Le "Café pédagogique" avait signalé dès le 13 mars le communiqué du SNUPI-FSU. Et le SIEN-Unsa-éducation, le syndicat majoritaire parmi les Inspecteurs de l'Education nationale, confirme:"Sous couvert d'ordre aux origines souvent nébuleuses, l'autorité hiérarchique locale n'hésite pas à solliciter les IEN pour des manipulations curieuses, discutables ou franchement malsaines".

16/03/2009, 12:26 | Par Francis Marx

C'est une première : c'est la première fois que des documents officiels présentent ce type de remarque; d'habitude la technique est beaucoup plus floue ,discrète, et sophistiquée : tout se combine au niveau du barème ; les sujets sont normalement difficiles, parfois même pointus et il faut une attention soutenue pour démasquer la supercherie; si on n'est pas soi même correcteur, les sujets apparaissent comme normaux, dans le cas contraire on se rend compte qu'il faut souvent de la bonne volonté pour ne pas atteindre le niveau requis. J'étais professeur d'économie et de gestion; dans des écritures comptables (où il y a deux parties indissolubles), si une des parties était juste le candidat obtenait la moitié des points; c'est un peu si comme dans une équation où on a : x+y = z, l'élève qui met x+y = obtient la moitié des points puisqu'il a retranscrit la moitié de l'équation, sans faute.De même si dans un développement structuré , des mots importants apparaissent, c'est signe que l'élève a compris, même s'ils sont employés à contresens, ou sans aucune signification. Effectivement, le moyen le plus sûr et le plus économique pour faire monter le niveau est de manipuler les résultats, (de façon plus feutrée avant, mais après et donc plus grossièrement et de façon plus visible,si la première opération a échoué)

16/03/2009, 17:50 | Par Pescaloun

Francis Marx, sauf que là il me semble que c'est l'inverse qui est prévu: un élève qui a 7 réponses de justes sur 8 questions a zéro...

16/03/2009, 18:19 | Par Pescaloun

Si je poursuis le raisonnement que F.Marx présente (on manipule questions et résultats afin d'exagérer le taux de réussite), sachant que là il s'agit d'exagérer les taux d'échec, on peut en déduire deux choses: 1) tout comme, avec votre système (où on peut assurer que les élèves ont "compris" même s'ils n'ont pas compris), ici même s'ils ont compris on pourra assurer, statistiques à l'appui, que nos enfants n'apprennent rien à l'école. 2) dans deux ans, on pourra faire une série de tests tout aussi manipulés, avec des questions différentes et des méthodes de calculs différentes, et le ministre pourra dire "regardez, grâce à moi, les enfants réussissent mieux!"

16/03/2009, 19:20 | Par remyrem2 en réponse au commentaire de Pescaloun le 16/03/2009 à 18:19

CQFD

16/03/2009, 18:10 | Par Pescaloun

16/03/2009, 20:26 | Par Sebastien Rome

Louise Fessard m'a signalé que Jean-Louis Nembrini a répondu à ces accusations dans le figaro : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2009/03/13/01016-20090313ARTFIG00539-evaluations-des-cm2-les-resultats-publies-fin-mars-.php Elle avait essayé de prendre contact toute la journée de vendredi. Le directeur général devait la rappeler mais il a préféré Le Figaro... Ce qui ne l'a pas empêché de faire un bon papier...http://www.mediapart.fr/journal/france/160309/evaluations-de-cm2-petits-arrangements-avec-les-statistiques

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