WataYaga (avatar)

WataYaga

Abonné·e de Mediapart

334 Billets

2 Éditions

Billet de blog 30 mars 2012

WataYaga (avatar)

WataYaga

Abonné·e de Mediapart

Autour de la notion d'apparences : un conte russe : les trois grenades suite 1

WataYaga (avatar)

WataYaga

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le début de cette histoire commence là :

Autour de la notion d'apparences : un conte russe : les trois grenades

La suite, demain

Quelle question stupide pensa le charbonnier, bien évidemment que c’est le prince le plus beau ! Mais il se souvint juste à temps du conseil donné par le vieillard de ne pas se fier aux apparences. Il observa alors attentivement la scène et prit ainsi conscience que le prince dévorait la grenouille des yeux avec une admiration passionnée et il dit :

-          « aux yeux de celui qui aime il n’est rien ni personne de plus beau que la personne aimée. C’est donc la grenouille qui est la plus belle. »

Un hurlement monstrueux de douleur et de rage se fit alors entendre, la lumière fut brutalement soufflée, puis la grotte fut de nouveau illuminée. La grenouille avait disparue laissant place à une magnifique princesse, infiniment plus belle que le prince et qui rendait à celui-ci son regard passionné.

Le prince et la princesse expliquèrent alors au charbonnier qu’il y a plus de cent ans de cela, le puits n’existait pas. A son emplacement se trouvait une oasis au milieu de laquelle coulait une source d’eau fraîche. La princesse était allée y boire. Mais le génie de la source l’avait vue et était tombé éperdument amoureux d’elle. Il fit valoir à la princesse qu’ils étaient tous deux d’une égale beauté et la vie luxueuse qui serait la sienne si elle consentait à l’épouser. Mais la princesse refusa au nom du grand amour qu’elle éprouvait pour le prince et, pris de fureur, le génie la transforma en grenouille. Le prince le supplia de lui rendre sa forme première, puis voulut le combattre mais cela ne fit qu’accroître la rage du génie qui jeta un sort sur la source. Celle-ci se transforma en puits et le génie décréta qu’à toute personne qui viendrait chercher de l’eau, le prince devrait poser la question fatidique. Tous ceux qui avaient pénétré dans le puits avaient, jusqu’à présent, répondu « le prince » ce qui réactivait la colère du génie et leur avait valu d’être transformés en cailloux.

 Le charbonnier, par sa réponse, avait brisé le sort et le pouvoir de nuisance du génie.

Pour le remercier, le prince et la princesse lui offrirent trois grenades, lui recommandant instamment de ne les ouvrir que lorsqu’il serait de retour chez lui. Puis ils le conduisirent hors du puits.

Une fois qu’ils furent dehors, ils entendirent un craquement terrifiant et le puits s’enfonça dans la terre laissant place à une source d’eau claire de nouveau accessible à tous.

 Le prince et la princesse avaient disparu et le charbonnier se retrouva seul ne sachant quelle direction prendre. Soudain, sans qu’il l’ait ni vu ni entendu s’approcher un des caravaniers se trouva près de lui. Il expliqua au charbonnier que toute caravane qui passait par là embauchait une personne pour descendre dans le puits et y rester  car c’était la condition mise par le génie pour qu’ils puissent y puiser de l’eau. A chaque fois l’un des caravaniers restait là pendant trois jours espérant toujours qu’un de ces malheureux arriverait à sortir du puits. Il était très satisfait d’être celui qui n’a pas attendu en vain.

Ils rattrapèrent la caravane qui avançait avec une extrême lenteur.

 Le charbonnier fut accueilli comme un héros. Il dut raconter son aventure des dizaines de fois et chacun s’émerveillait de la subtilité de sa réponse : oui, ceux que l’on aime deviennent beaux à nos yeux quelles que soient leur apparence cependant…. tous reconnurent qu’à sa place ils auraient répondu : - « le prince, évidemment » ! Certains ajoutèrent même que si le génie avait considéré comme exactes les paroles du charbonnier c’est que lui aussi regardait la grenouille avec les yeux de l’amour car, pour eux, le charbonnier n’avait pas dit la vérité telle qu’elle se présentait réellement à ses yeux et ils trouvaient cela injuste pour tous ceux qui étaient devenus des cailloux (mais, bien sûr, ils n’en étaient pas moins soulagés en ce qui concernait le charbonnier !).

  Le chef des marchands prit le charbonnier à part et lui dit :

 -          « tu t’es acquitté, au-delà même de nos espérances, de la tâche pour laquelle nous t’avions embauché et nous comprendrions que tu nous en veuille pour le piège dans lequel nous t’avons fait tomber à notre grand regret. Je vais donc te remettre le triple de l’argent que nous t’avions promis, bien que ce que tu as fait n’ait pas de prix que l’on puisse évaluer en argent. Si tu veux tu peux retourner chez toi dès que l’on croisera une caravane sur le retour, sinon tu restes le bienvenu parmi nous en tant qu’hôte précieux. »

Le charbonnier décida de suivre la caravane jusqu’à sa destination. Il était devenu curieux de découvrir un peu du vaste monde et il aimait cette vie itinérante lui qui avait toujours été un sédentaire. Sa femme lui manquait énormément mais cette passion qu’il se découvrait pour les voyages fut la plus forte.

Sur leur chemin, ils s’arrêtèrent aux abords d’une ville cossue. Jamais le charbonnier n’avait vu un tel étalage de richesses variées et les habitants semblaient tous vivre dans le plus grand luxe. Il n’y avait aucun pauvre comme dans les autres villes. Tout était propre, lisse, ordonné, calculé. Le charbonnier parcourut la ville, admirant toute cette perfection affichée quand soudain il entendit des vociférations : « A mort ! Tuez-le ». Il se dirigea vers l’endroit d’où provenait ces cris et il vit une foule de gens aux visages défigurés par la haine trainant un homme vers un gibet où l’attendait la corde pour le pendre.

-          « Qu’a donc fait cet homme pour mériter un tel châtiment ? »

-          « C’est un voleur : il nous doit de l’argent et prétend ne pas pouvoir le rembourser. A mort ! »

Le charbonnier entrainé malgré lui vers le lieu de l’exécution et se souvenant alors du deuxième conseil du vieillard s’écria :

-          « Attendez combien cet homme vous doit-il ? »

La foule fit soudain silence et un homme ricana :

-          « A quoi cela te sert-il de le savoir ? Ta curiosité est déplacée ! »

-          « Ecoutez ! Si je suis en mesure de vous rembourser ce qu’il vous doit, le laisserez-vous partir ? »

Un bourdonnement fébrile monta alors de la foule réunie en conciliabule. Mais après un temps qui parut interminable au charbonnier l’homme qui l’avait apostrophé repris la parole :

-          « Si tu peux nous donner 1000 roubles nous laisseront cet homme partir mais tu devras quitter la ville avec lui car nous n’aimons pas les amis des voleurs. Sinon, tu lui tiendras compagnie sur la potence, pour cause de proposition mensongère. »

Suite et fin ici :

Autour de la notion d'apparences : un conte russe : les trois grenades suite et fin

watayaga@hotmail.fr

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.