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Oct

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Article d'édition
Édition : Bookclub

Il va y avoir Desports

Des préjugés tenaces voudraient contingenter, de manière étanche, littéraires et sportifs. Dépense cérébrale d’un côté, physique de l’autre. DesportsLe premier magazine de sport à lire avec un marque-page») devrait avoir la peau de ces représentations collectives.

Le premier numéro — qui sort demain — affiche clairement et hautement ses ambitions : renouer avec les plus riches heures du journalisme sportif : la tribune signée Adrien Bosc et Richard Robert, fondateurs et rédacteurs en chef de Desports, l’énonce dès son titre, ils sont « les Enfants de Blondin ».

 

Desports pourrait être un mook — néologisme forgé pour définir ces objets hybrides, entre livre (book) et magazine — mais ce serait lui faire injure. Couverture lourde et cartonnée, graphisme impeccable (qui faisait déjà la spécificité de Feuilleton, du même Adrien Bosc), papier épais, parfum d’encre, Desports s’annonce comme une encyclopédie en devenir des liens de la littérature, du journalisme et du sport.

Dans ce premier numéro, 296 pages qui nous font passer de la petite reine au foot, de grands textes du genre à des inédits, de reportages en interviews. L’équipe qui compose le numéro 1 est prestigieuse : DeLillo, Sepúlveda, Maylis de Kerangal, Denis Podalydès, mais aussi Zlatan, Pierre-Louis Basse, Denis Grozdanovitch, Bernard Chambaz et, dans le cahier central — première approche d’une «Archéologie de la culture sportive» — les vignettes Panini.

 

 

Lire ce premier numéro, c’est retrouver de grandes plumes, voir les disciplines sportives autrement, partir loin, jusqu’à sa propre enfance, les collections de joueurs, vignettes après vignettes. C’est le tennis avec Deleuze, le foot avec Pasolini, le water-polo avec Nanni Moretti ; mais aussi du basket, du hockey, Luz Long et Jesse Owens à Berlin en 1936 — des sujets attendus, d’autres surprenants, Beckett, Barthes. On apprend quels sont les liens du foot et de la poésie selon Sepúlveda, quels mots tout bon entraîneur doit trouver pour motiver ses troupes (DeLillo), on revient sur les pages les plus dures de l’histoire récente (les JO de 36, la ségrégation raciale avec le premier boxeur noir champion du monde, Jack Johnson, qui affronte à Barcelone Arthur Cravan, neveu d’Oscar Wilde). C’est aussi le sport automobile (grand portrait de Jean-Marie Balestre par Lionel Froissart) ou le plus décalé saut de chameau au Yémen ; la corne de taureau (lien de la beauté et du danger) par Denis Podalydès. Bob Dylan, à dada sur mon minerai, du cricket, les échecs. Etc.

 

 

Le sport est un roman du monde comme il va. Un spectacle qui, écrit, revient à analyser des cultures, des pratiques, un ethos. Un jeu sérieux. Adrien Bosc et Victor Robert disent, dans leur édito vouloir abolir « les frontières entre sujets dignes et futiles » : l’ambition est grande. Le pari totalement réussi. Pour avoir passé l’été à défricher ce continent pour les lecteurs de Mediapart, on mesure l’exploit. Et on attend avec impatience et gourmandise le prochain numéro, annoncé pour le 23 mai. A vos marques (pages), prêts, lisez !

 

Desports, n° 1, 296 p., 20 € (en librairie et maisons de la presse le 24 janvier 2013)

Disponible également par abonnement ou au numéro sur le site de la revue

Périodicité : 3 numéros par an — Prochain numéro le 23 mai 2013

Le numéro 6 de Feuilleton est sorti. Avec Philip Roth (Lettre ouverte à Wikipedia), William T. Vollmann (Enquêter, c’est apprendre à mourir), du Rap, du Hip-Hop et une nouvelle inédite de Francis Scott Fitzgerald.

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