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Édition : Bully Pulpit

Rick Santorum dégage la piste pour Mitt Romney

Rick Santorum en Iowa. Crédit photo : Gage Skidmore, flickrRick Santorum en Iowa. Crédit photo : Gage Skidmore, flickr

 

 

La seconde place de Rick Santorum n’a d’autre effet que d’installer la suprématie de Romney, gagnant incontesté des caucus de l’Iowa. Le suspense entretenu par les médias autour de la « poussée Santorum[1] » ne semble en effet pas justifié. Si Mitt Romney ne triomphe que de huit voix sur près de cent mille, M. Santorum n’a virtuellement aucune chance de rassembler assez de délégués autour de son nom lors de la convention d’investiture Républicaine[2]. Le score de l’ancien Sénateur de Pennsylvanie n’est toutefois pas sans effets : il aura dégagé la piste pour M. Romney. Newt Gingrich et avant tout Rick Perry sont désormais disqualifiés, sinon ridiculisés.

Fort de cette victoire de courte tête, mais victoire quand même, pour reprendre un titre du New York Times, Mitt Romney s’est engagé dans une démonstration de force au cours des dernières heures. Après avoir donné une conférence de presse dans son Boeing 737, il a recueilli le soutien du Sénateur John McCain (R-AZ), candidat malheureux face à Barack Obama en 2008. Pendant ce temps, M. Santorum trimballait péniblement femme, (nombreux) enfants et directeur de campagne dans un petit coucou, arrivant trop tard pour faire les JT. Mercredi soir, l’équipe Santorum se contentait d’annoncer la mise en place d’une structure de coordination entre ses équipes locales, visant en outre à fédérer la nébuleuse de la droite chrétienne soutenant sa candidature, renforcée par la défection de Michele Bachmann.

Censée être une déclaration de guerre d’un champion montant au combat, cette déclaration est plutôt révélatrice des faibles ressources à disposition du candidat Santorum : peu de moyens, petites équipes, faibles soutiens institutionnels. L’absence de fonds est un moindre problème : son score inattendu lui confère une bonne couverture médiatique (« free medias ») et attirera beaucoup de dons. Sa capacité à transformer son organisation sur une période très courte (1 à 2 semaines) est moins crédible. Voilà deux ans que Mitt Romney est engagé dans une stratégie « 50-state ». Machine de guerre à moissonner fonds et soutiens, la campagne Romney n’avait alors été égalée que par le Gouverneur du Texas Rick Perry. En quelques semaines, celui-ci avait amassé un trésor de guerre et des soutiens institutionnels nombreux, fort de sa position de Président de l’Association des Gouverneurs républicains qui l’a doté d’un réseau national. Ensuite, il a commencé à s’exprimer publiquement et sa candidature a fait long feu.

Mitt Romney a commencé hier soir avec John McCain, d’autres soutiens de poids pourraient être dévoilés dans les semaines à venir, venant asseoir sa candidature à la manière d’un Bush en 2000[3]. Cohen, Karol et Noel ont montré dans The party decides[4]l’importance de ces soutiens structurels dans les élections américaines. Ce n’est pas trop s’engager que de miser sur une très probable candidature de Mitt Romney. Pour les auteurs, se joue une primaire invisible entre caciques, une course auxendorsements, prenant le pas sur la primaire face aux électeurs. Si les structures partisanes sont rendues faibles par le système des primaires, les partis restent en réalité forts pour ce qui est de choisir les résultats.

L’importance des soutiens n’est d’ailleurs pas étrangère à ce résultat surprise : la veille du caucus, Santorum a été adoubé par Bob Vander Plaats figure locale du conservatisme religieux. Fortement médiatisé, ce soutien a été communiqué en boucle jusqu’au scrutin via robocalls. Mais moins que ce dernier coup de poker, la cause de sa réussite d’un soir nous semble plus relever de facteurs exogènes : l’électorat républicain le plus radical a cherché une alternative à Mitt Romney pendant des semaines. Des champions d’un soir sont successivement apparus : Bachmann, Perry, Gingrich, Paul et enfin Santorum.

La différence entre Santorum et tous les autres est que son moment sous les projecteurs est arrivé à quelques jours du caucus. Moins scruté par la presse, plus neuf, plus radical… Cela sera-t-il suffisant ? Rien n’est moins sûr. Mais peut-être que cette victoire à la hussarde le temps d’un caucus fera office de prophétie auto-réalisatrice[5]

 

NB : Ron Paul, que nous considérons comme un candidat de témoignage, a été volontairement ignoré dans cet article. Nous reviendrons sur son cas dans un article séparé.

 


[1]Il faut néanmoins toujours se méfier des poussées de Santorum : www.spreadingsantorum.com (NSFW)

[2]Voir notre article sur le fonctionnement des primaires :

[3]Sur ces questions, voir les articles de Nate Silver http://fivethirtyeight.blogs.nytimes.com/2011/11/25/romney-dominating-race-for-endorsements/ - more-19445et Seth Masket : http://enikrising.blogspot.com/2011/12/newt-win-would-be-very-surprising.html

Ainsi que les listes des soutiens de Rick Santorum et Mitt Romney

[4]COHEN M., KAROL D., NOEL H. The party decides: presidential nominations before and after reform. : University of Chicago Press, 2008. Voir ici.

[5]Jonathan Bernstein propose un scénario intéressant pour une victoire de Santorum : http://plainblogaboutpolitics.blogspot.com/2012/01/case-for-and-against-santorum.html

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