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Article d'édition

Kraa de Benoît Sokal

La voix de Kraa s’élève au dessus de la plaine. Sa lucidité est à la mesure de son incompréhension. Le monde qu’il survole est fait de drames, de choix terribles, de fraternité, d’instincts et de peurs primaires.

Avec Kraa, Benoit Sokal quitte pour un temps la bande dessinée anthropomorphe et rigolarde (avec les enquêtes de l’inspecteur Canardo) pour nous plonger dans un monde sombre, cruel, où la mort est une naissance et la vengeance la seule raison de vivre ; dans un far-west moderne, aux confins d’une vallée encaissée. Terre promise pour les uns, ancestrale pour les autres.

© Sokal / Casterman 2010

Au travers du destin de Yuma, jeune Indien revenu dans sa famille, l’auteur explore les sentiments humains les plus divers, des moins nobles aux plus purs. Ainsi, ces prospecteurs, dont le chef de file est un certain Monsieur Klondike, assistés d’ingénieurs mais aussi d’hommes de main sanguinaires et frustes. Ainsi, ces Indiens qui n’aspirent qu’à vivre en paix sur leurs territoires de toujours. Yuma est fasciné par l’aigle Kraa, narrateur et fil conducteur de ce western crépusculaire. Au fond de lui, Yuma sait qu’il possède un lien particulier avec l’animal. Son grand-père le met en garde contre sa fougue, les légendes ne vivent que parce qu’elles se perpétuent dans l’ignorance. Autour d’eux, le monde change, le modernisme est en marche et le sage grand-père sait que rien ne dure vraiment.

« Ici, rien n’est éternel !

- …Il y a les rochers, les pierres et la rivière…

- … Pas même les rochers, les pierres et la rivière… »

© Sokal / Casterman 2010

Kraa est un récit à la force brute. Le lecteur verra le destin de Yuma basculer, sa vie désormais intimement liée à celle de l’aigle magnifique dont la seule raison d’être est la survie dans ce monde hostile et changeant. Une relation fraternelle, chamanique, va naitre suite au massacre de la famille du jeune garçon, grâce à l’instinct de l’animal. Ils ont désormais besoin l’un de l’autre, puisqu’ils sont les derniers de leur peuple.

Kraa est une histoire dans la veine des romans populaires ayant pour toile de fond l’avidité des chercheurs d’or et leur cruauté parfois, Benoit Sokal brouille les pistes en effaçant tout repère géographique réel et en mettant en scène ce monde inconnu, sans passé. Et peut-être sans avenir. L’auteur dit avoir pensé à London ou Curwood et son imagination a fait le reste. Côté graphisme, Sokal a travaillé sur papier (et non sur ordinateur), avec un trait appuyé dans les dessins des personnages et de grands crayonnés pastels dans les décors et les grands espaces. Le registre chaleureux est superbement exploité, les couleurs dominantes sont grises, brunes, ocres, et la sauvagerie qui semble régner sur ce monde éclate parfois en longs traits rouges. Sans gratuité aucune, la violence visuelle prenant au contraire tout son sens au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans le récit.

La Vallée perdue est le premier tome d’un diptyque sombre et dramatique. – D. B.

Kraa, La Vallée perdue , Benoît Sokal, Casteman, 18 €

A découvrir, les trois premières planches :

© Sokal / Casterman 2010


© Sokal / Casterman 2010
© Sokal / Casterman 2010
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