Sam.
20
Déc

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Article d'édition

FSM : un Espace climat hors des enceintes confinées des Nations-Unies

Jamais les défis climatiques n'avaient été aussi visibles et discutés au sein d'un Forum Social Mondial qu'à Tunis, occasion de montrer que le climat ne doit plus être seulement l'affaire des négociations de l'ONU.  

En plus d'avoir été un succès, tant en terme de participation que de son organisation, le Forum Social Mondial de Tunis a été l'objet d'une première. Jamais un FSM n'avait hébergé d'espace permanent dédié au climat et à toutes les problématiques que les défis climatiques soulèvent. Visant à « échanger sur les causes, les impacts, les luttes, les alternatives et les stratégies pour faire face au changement climatique »1, l'Espace climat, porté et soutenu par près d'une quarantaine d'organisations internationales2 parmi lesquelles Attac France, visait à regrouper les syndicats, paysans, femmes, indiens, migrants, organisations communautaires, indignés, mouvements Occupy, pour redéfinir une stratégie collective capable de renverser le cours des choses.

Avec un programme de 14 activités portant sur les énergies fossiles et la transition énergétique, la financiarisation de la nature et les biens communs, la souveraineté alimentaire et l'agroécologie, les migrations climatiques, les dispositifs REDD et la géoingéniérie, les « climate jobs » et la transition socio-écologique, l'eau et le rôle des multinationales, le bien-vivre et la décroissance, l'Espace climat a contribué à rendre visibles des thématiques et des enjeux jusqu'ici peu mis en évidence dans le processus des Forums sociaux mondiaux. Si le Forum social mondial de Belem avait permis de caractériser la crise économique et financière comme une crise civilisationnelle, tout en adoptant un manifeste pour la récupération des biens communs, jamais les défis climatiques n'avaient eu une telle résonance dans un FSM.

Des délégations associatives ou syndicales ont dépêché des militants suivre la quasi-totalité des activités, tandis que des participants occasionnels ont contribué à ce que l'Espace Climat soit bien plus suivi que ne l'attendaient les organisateurs. De nombreux Tunisien-ne-s, jeunes notamment, qu'ils soient chercheurs ou tout récemment impliqués dans des combats écologiques, sont venus prendre contact, exiger des précisions et des références, échanger des informations, et contribuer aux débats. Preuve que les pollutions marines ou terrestres, l'accès et la gestion de l'eau, les alternatives énergétiques, et bien entendu la mobilisation contre les gaz de schiste sont loin d'être perçus comme des enjeux secondaires et pourraient engendrer autant de de futures collaborations autour de la Méditerranée, prémices d'actions conjointes concernant les défis climatiques.

Pourtant, à l'échelon international, il n'est habituellement question de climat que lors des seules conférences annuelles de l'ONU. Ces conférences sont bien souvent l'unique occasion de l'année pour que les ONG, syndicats, réseaux internationaux et expert-e-s débattent et se confrontent publiquement au niveau international, que ce soit dans l'enceinte de l'ONU, ou dans des forums alternatifs. Dominent alors l'agenda des négociations officielles et la technicité des débats portant sur la réduction des émissions, l'adaptation, la déforestation ou les technologies. Il est difficile d'y faire entendre un autre son de cloche. Les négociations officielles et débats de la société civile apparaissent de plus en plus déconnectés de ce que vivent les populations touchées par les conséquences des dérèglements climatiques.

Le sommet des peuples de Cochabamba, organisée en avril 2010 juste après la conférence de Copenhague, était y compris en grande partie structuré en fonction des négociations de l'ONU. L'objectif était clair : construire un rapport de force international de nature à modifier profondément les négociations officielles. Une telle stratégie, souvent dénommée « inside – outside » a aujourd'hui trouvé ses limites. La tenue et la réussite de l'Espace climat au sein du FSM de Tunis démontre que le climat ne doit plus être seulement l'affaire des négociations de l'ONU. A Tunis, les GCF, MRV, CDM et autres acronymes et technicités incompréhensibles sont restés au placard pour laisser place à l'essentiel : revoir de fond en comble nos modèles de production et de consommation en laissant l'essentiel des réserves prouvées d'énergies fossiles dans le sol. Comme cela a été dit lors de l'Assemblée de convergence :

« la bataille principale se situe en dehors des négociations internationales sur le climat, et elle est plutôt ancrée dans les lieux où se déroulent les luttes contre l'exploitation de pétrole, de gaz, de minerais, contre l'agriculture industrielle, la déforestation, la pollution industrielle, la compensation carbone et les projets REDD, l'accaparement des terres et les déplacements de population ».

Bien-entendu, cet Espace climat n'est pas exempt de reproches. Les moments d'approfondissement et de travail collaboratif ont manqué. Le lourd programme et le nombre conséquent d'intervenants, qui reflètent par ailleurs la forte implication, auraient sans doute mérité d'être réduits. Prétendre que le foisonnement et la multiplicité des actions et des campagnes existantes ont été dépassés serait sans doute exagéré. Il a été néanmoins clairement annoncé que les défis du climat sont tels qu'ils ne peuvent se résumer à une campagne spécifique, une seule action ou proposition.

Au contraire, c'est dans la multiplicité des actions, dans notre capacité à renforcer toutes les luttes existantes sur le terrain mais aussi à irriguer tous les secteurs militants et campagnes en cours – contre les multinationales et les accords commerciaux par exemple – que nous serons en mesure de mobiliser de larges secteurs de la société pour faire face aux défis climatiques. A cette aune, la proposition visant à décliner la campagne « One million climate jobs » dans tous les pays, y compris en Europe, pourrait être une piste à creuser, notamment dans la perspective de l'Alter-Summit en juin à Athènes.

Il ressort de cet Espace climat qu'il n'est pas possible d'attendre « un nouveau sommet de la dernière chance » ou de placer ses espoirs dans un quelconque sauveur de l'humanité. Les luttes contre le réchauffement climatique sont celles du quotidien, que ce soit contre les gaz et pétrole de schiste, conte les grands projets d'infrastructure, ou pour la souveraineté alimentaire et la transition écologique, etc.

« Nous ne restons pas les bras croisés. Nous nous attaquons aux causes profondes du changement climatique en oeuvrant pour changer de système. Il est temps d'agir, pas de parler. »

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

Twitter : @MaximCombes

1http://climatespace2013.wordpress.com/2013/02/06/appel-a-rejoindre-lespace-climat-au-fsm-de-tunis-du-26-au-30-mars-2013/

2http://climatespace2013.wordpress.com/about/ et http://climatespace2013.wordpress.com/supporters/

Newsletter