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01
Oct

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Article d'édition

Une galaxie rouge, brune et... verte

Après la polémique sur l'investiture de René Balme, animateur du site oulala.net, par le Front de gauche, David Samson (EHESS) rappelle qu'il s'est «effectivement constituée une galaxie “ rouge-brune ”, unie dans un même combat contre “ l'impérialisme américain ”, qui la conduit à soutenir des positions fascistes et conspirationnistes dont la cohérence intellectuelle est difficile à cerner» et qui va jusqu'au soutien aux régimes syrien et iranien.


 

 

En dénonçant la « ligne complotiste » et les « contenus nauséabonds » d'un site auquel participait René Balme, investi par le Front de gauche pour les élections législatives, Rue 89 a assurément fait son travail – n'en déplaise à celui-ci qui invoque la « liberté d'informer », ou à Marianne 2, qui suppute « un coup politique contre Mélenchon » et s'interroge sur le timing. A vrai dire, de telles réactions sont tout à fait hors de propos.     

Plus grave encore est l'interrogation de Marianne 2 sur l'usage de l'expression « rouge-brun », qui deviendrait « parfois un grigri agité par certains afin de discréditer toute pensée alternative à la mondialisation en l'assimilant à l'extrême-droite complotiste ». Non pas que de tels glissements n'existent pas : les pro-palestiniens sont familiers des accusations d'antisémitisme, de même que ceux qui se sont opposés pour des raisons très diverses à la loi sur le voile peuvent être traités d'islamistes. Le discours politique n'échappe pas à l'injure et à la diffamation, pas plus qu'à la mobilité des arguments.

Mais cela ne répond pas au problème de fond : il semble difficile, lorsqu'on a le cœur à gauche, de ne pas s'accorder avec le constat de Pascal Riché : cela n'est « pas conforme aux valeurs du Front de Gauche ».

On dira franchement : il est temps de faire le ménage ! Plutôt que de crier au « grigri agité » ou au « coup monté », la gauche doit simplement cesser de prêter le flanc à de telles attaques dont elle est seule responsable. 

Serait-ce plus facile à dire qu'à faire ? Il serait aisé de répertorier les innombrables lieux où des personnes tout à fait respectables ont côtoyé, à leur insu ou non, des personnages peu recommandables. Plutôt que de recenser ces participations communes à telle manifestation, à tel site, voire à tel colloque universitaire, il faudrait plutôt analyser ce phénomène troublant qui s'est cristallisé avec la guerre en ex-Yougoslavie puis avec l'opposition à la « guerre contre le terrorisme » lancé par George Bush. 

On ne dira certes pas que tous ceux ayant soutenu, sur ces différents événements, des thèses iconoclastes, sont des « rouges-bruns », à moins d'y inclure un Régis Debray, par exemple, ce farouche opposant à l'intervention en Yougoslavie, comme l'a rappelé avec quelque brutalité Le Monde en interviewant le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Néanmoins, il est tout aussi évident que s'est effectivement constituée une galaxie « rouge-brune », unie dans un même combat contre « l'impérialisme américain », qui la conduit à soutenir des positions fascistes et conspirationnistes dont la cohérence intellectuelle est difficile à cerner. Mais n'est-ce pas le propre du fascisme que de mélanger des positions inconciliables et de prétendre dépasser le clivage gauche/droite ?

Cette galaxie ne fait pas qu'agglomérer des individus comme Thierry Meyssan, qui soutient aujourd'hui la Syrie après Khadafi (voir la description complète sur le site antifasciste REFLEX). Elle inclut aussi des personnes naguère jugées respectables (quoique il fut un temps où le Réseau Voltaire l'était aussi), telles que l'ex-philosophe marxiste italien Costanzo Preve, qui a récemment déclaré voter Le Pen « si j'étais français » sur le site d'Alain Soral, Egalité et Réconciliation. L'amitié entre Preve et Alain de Benoist, le fondateur de la « nouvelle droite », montre que si une partie de l'extrême-gauche s'est tournée vers le « rouge-brun », une partie de l'extrême-droite a récupéré les thèses de Marx pour les habiller à sa propre sauce. Les attractions jouent dans les deux sens.

On peut aussi citer le physicien Jean Bricmont, récemment cité par Le Monde (« Le petit monde composite des soutiens au régime syrien ») en tant que proche du négationniste Faurisson. Bricmont était plus connu pour son rôle dans l'affaire Sokal, où il dénonçait l'imposture et l'obscurantisme prétendus du « post-modernisme » que pour la lettre sans appel qu'il écrit à Paul-Eric Blanrue en soutien de son film. Un Blanrue dont Wikipedia relaie, sources à l'appui, qu'outre participer à la revue Historia – ce qui montre l'influence de cette galaxie – il était présent à l'anniversaire de Faurisson ainsi qu'à l'ambassade de l'Iran pour les 30 ans de la révolution islamique.

Ce qui conduit à ce dernier point, rarement relevé par la presse : à savoir l'amitié du Front national, et notamment de son ex-leader Jean-Marie Le Pen, pour la République islamique d'Iran, signe d'une autre contradiction apparente venant d'un parti qui fait de l'islamophobie son fonds de commerce, mais qui s'explique, une nouvelle fois, par l'existence de cet « axe anti-impérialiste ». Et pourtant, la presse ne s'intéresse guère à cette amitié paradoxale du FN pour le régime des mollahs, puisqu'à part cette allusion du chercheur Sylvain Crépon sur France 24, on ne trouve dans aucun média traces de cette interview proprement stupéfiante de Jean-Marie Le Pen sur une chaîne iranienne...

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