Face à un «incroyable système népotique et clientéliste», le «collectif d'adhérents de conviction» RenouveauPS13 demande la «garantie d'un scrutin démocratique» dans la fédération.
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Les recommandations de la commission Richard sont une gifle pour tous les adhérents de conviction du Parti socialiste des Bouches-du-Rhône et au-delà. La direction nationale disposait de toute la matière pour adopter les mesures permettant de mettre fin à un incroyable système népotique et clientéliste. Elle ne l'a pas fait: l'abus est patent (lire l'article du 5 juillet 2011).
Dans un rapport circonstancié, curieusement adouci et lesté de caricatures sudistes, les faits établis et reconnus par la commission d'enquête demeurent pourtant effarants. Jugez plutôt.
Concernant les sections, la commission reconnaît que les plus importantes d'entre elles ont un ratio adhérents/habitants «entre 5 et 16 fois supérieur à la moyenne nationale», que nombre d'adhérents sont mus par la «reconnaissance d'un service rendu», que l'aide financière aux communes et aux associations détenues par les conseillers généraux «explique l'influence de ces élus sur les sections locales», qu'il est «matériellement impossible d'organiser les votes de sections de plus de 500 membres» (alors que leurs résultats sont en revanche bien pris en compte), que la mise en dépendance économique d'adhérents est une pratique suffisamment massive pour poser la question de leur libre arbitre.
Concernant les pratiques développées à la tête du système, la commission reconnaît que les statuts ont été violés à deux reprises, que l'ancien président (sic) devenu ensuite premier fédéral «pèse dans la durée sur l'accès des uns et des autres aux responsabilités», mais aussi que «l'intimidation» est employée pour mettre au pas les récalcitrants. Rien d'autre finalement que ce que nous dénonçons!
A contrario, on peut relever l'évidence, sur certains sujets, des impasses et des contre-vérités affichées par la commission. Citons pour ce qui est des impasses, les faits avérés d'attribution de logements sociaux au profit de personnes utiles au système. Au chapitre des contre-vérités, citons le bilan électoral du PS dans les Bouches-du-Rhône, puisque la commission va jusqu'à qualifier de «succès» nos récents échecs aux élections municipales à Marseille, comme la perte de deux cantons de gauche aux dernières élections cantonales.
A l'évidence, l'interrogation demeure de comprendre pourquoi, face à cet ensemble de faits établis et reconnus, la direction nationale n'a pris aucune sanction et a même poussé le cynisme jusqu'à confier aux responsables du système, le soin d'en gommer les aspects les plus voyants.
Le cycle d'Epinay, entamé par la création du parti socialiste en 1971, s'est construit sur les ruines fumantes de la SFIO, parti mort de son incapacité à épouser la décolonisation et à s'être progressivement transformé en parti d'élus locaux. La question était cruelle hier, elle le reste aujourd'hui: quel est au fond l'intérêt d'un grand élu local à ce que le Parti socialiste remporte des élections nationales, alors que le fait d'être dans l'opposition constitue une prime incontestable pour conquérir et conserver le pouvoir local?
Le Parti socialiste souffre aujourd'hui des mêmes maux que feu la SFIO. Il perd son âme alors que son programme affiche l'exemplarité et les valeurs morales, comme un guide pour l'action. Il plie devant des «faiseurs de rois», quelques patrons de quelques puissantes fédérations, souvent adversaires mais toujours solidaires, dès lors que l'un d'entre eux est attaqué sur les pratiques qui leurs permettent d'asseoir leur pouvoir personnel au plan local.
Ainsi, face aux dérives anti-démocratiques constatées dans notre fédération, le Parti ne se donne pas les pleins moyens de recréer un lien durable avec des adhérents de conviction noyés par des tombereaux d'adhérents poussés en dépendance.
N'existerait-il donc aucune marge de manœuvre pour réagir ?
Le Parti socialiste demeure pourtant le grand parti de la gauche, le seul aujourd'hui à avoir la possibilité de représenter une alternative aux droites. Il n'est donc pas question de le quitter, mais bien de le transformer. C'est le droit élémentaire de chaque adhérent.
Pour l'heure, l'actualité politique nous commande d'agir dans le cadre du calendrier de notre fédération. A commencer par la décision de procéder précipitamment à l'élection d'un premier secrétaire fédéral dans les prochains jours.
L'adage méditerranéen dit qu'il faut raccompagner le menteur jusqu'à sa porte. Nous posons donc les questions suivantes à notre direction nationale :
- Comment pourrait-elle garantir un scrutin démocratique interne dans les Bouches-du-Rhône, alors que les faits établis par la commission Richard démontrent que ce scrutin serait perverti par la participation de milliers d'adhérents d'intérêt ou obligés ?
- Comment organiser un scrutin où une candidature unique et des votes unanimes dénoncés par la commission Richard ridiculiseraient un peu plus le Parti quand tout le monde connait par avance le nom de celui qui est alors intronisé ?
- Comment enfin espérer que notre fédération s'engage dans un travail de rénovation réelle, alors qu'elle resterait contrôlée par ceux là même qui n'ont jamais su faire de la politique autrement qu'en créant des relations de vassalité dont ils sont eux-mêmes le pur produit ?
Nos questions appellent des réponses. Pour y parvenir, dépassons les postures d'un débat en trompe l'oeil où les protagonistes directs se sont précipités, alors que l'usage voudrait qu'un débat serein soit organisé en leur absence. Il est temps qu'un prochain bureau national de notre Parti apporte des réponses aux questions de ses adhérents de conviction. A l'image des comportements que nous appelons de nos voeux, nous souhaitons qu'elles soient exemplaires.
Le blog du collectif RenouveauPS13: http://renouveaups13.blogspot.com/