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Article d'édition
Édition : Revues & Cie

Les métamorphoses d'Eucharis

L’album numérique des Carnets d’Eucharis de Nathalie Riera s’enrichit dorénavant d’un volume annuel, décliné sous forme papier. Le premier numéro vient de paraître, centré sur la figure et l’œuvre de Susan Sontag.

Même si nombre de revues (à l’instar d’Europe, mais aussi bien Les Hommes sans épaules de Christophe Dauphin, entre autres exemples) continuent de dédier leur espace exclusivement au texte, et ce indépendamment de leurs préoccupations, la revue est sans conteste un lieu privilégié pour interpeller, « mimer les arts voisins » selon la formule de Michel Deguy.

Revue numérique, n°36, hiver 2013Revue numérique, n°36, hiver 2013

Cette interrogation sur la matière, les enjeux qui sous-tendent la représentation en propre d’une pratique artistique, peut se traduire dans des approches de revuistes clairement revendiquées comme « transdisciplinaires » (ainsi que le promeut par exemple la revue Gruppen).

Format numérique, multimédia oblige, les publications essaimées par Nathalie Riera ont fait leur miel de ces pratiques croisées : poésie, fiction, réflexion s’offrant à d’autres tracés, à d’autres formes aux contours d’une même réalité, mais métamorphosée par le dessin, la photographie, la peinture, voire la traduction.

De même, ce premier numéro papier des Carnets d’Eucharis fait plus que la part belle à la photographie (Virgil Brill, Patricyan), à la peinture (Bruno Le Bail, Pierre Alechinsky).

Sans doute, le désir de tenir en main le volume de ces Carnets s’est-il manifesté dans le continu même, l’accompagnement fécondant de l’hommage qui est rendu à Susan Sontag. Dans le dossier qui lui est consacré, une phrase liminaire de Michaël Glück pourrait valoir pour l’ensemble du projet éditorial des Carnets d’Eucharis : « Tout, dans l’univers, existe pour aboutir à une photographie. » On y découvrira autour de Nathalie Riera, attachées « au désir d’émancipation totale » de Susan Sontag, de fortes contributions (Sylvie Durbec, Angèle Paoli...).

Dans cet ensemble qui requiert bien plus le sens de la métamorphose que celui essentialisé et clivant de la métaphore, on suivra « au pas du lavoir » les découvertes d’un riche cahier poétique scandé notamment par Béatrice Machet, Claude Minière, Georges Guillain, Gérard Cartier, Gilbert Bourson :

Des Tziganes sur la terrasse de l’aube
vont et viennent chaussés de rythmes

avec des pas naufrageant les marches de l’hôtel
qui flamboie sous son emplâtre de brouillard

qui peu à peu se dissipe et disperse le bruit
des tracteurs invisibles du monde

le matin jubile pour celui qui ouvre
sa chambre fermée avec la clé des mots

au mail-plus-loin des voix tendent leur épiderme
où stagnent en épis les roulottes des joies

qui peu à peu occupent le grand silenciaire
de la nostalgie

cependant que partout

le monde se déplie comme un billet de banque

(Gilbert Bourson)

Les Carnets d’Eucharis, 2013, 208 p., 17 €.

Correspondance : L’association l’atelier les Carnets d’Eucharis, L’Olivier d’Argens, Chemin de l’Iscle BP 44, 83520 Roquebrune-sur-Argens.
Courriel : [email protected]

Le site : http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/

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