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Oct

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Article d'édition

Pacte productif (7): Promouvoir la démocratie partout

Promouvoir la démocratie partout, dans l'entreprise comme dans toutes les institutions de la Cité, constitue le septième principe, à caractère de synthèse, d'un pacte productif pour la France. L'ensemble des principes que nous avons proposés trouve une expression et une condition synthétique dans le développement de la démocratie.

Mettre un terme au déclin industriel de la France est un enjeu majeur et transversal, dépassant de loin la seule production de biens manufacturés sur le territoire national. Une telle perspective implique et signifie un changement de paradigme et une démocratie renouvelée. C'est à cette double condition que la relation essentielle de l'homme à la nature pourra évoluer en profondeur, la nature cessant d'être le lieu d'un butin que l'on prélève.

Le nouveau paradigme qui doit s'imposer, afin d'éviter l'enlisement dans une situation où les crises seront de plus en plus rapprochées et de plus en plus graves, est de nature politique. Il doit articuler mutation industrielle, travail, démocratie et prospérité.

Le Demos contre la doxa 

La crise actuelle n’est ni d’abord ni même centralement financière (1). Il s’agit bien d’une crise globale, à la fois économique et sociale, financière et, in fine, politique.

Plutôt que d’attendre passivement que, de façon improbable, les États se mettent du côté de la démocratie, que des partis ou de la classe politique naisse spontanément un nouveau projet, il convient que la société des citoyens - le demos - s’autorise à ne plus se cantonner à la seule sphère privée, et investisse de façon permanente l’administration économique et politique du système.

Mettre en société  le système politique et économique

Combattant l'individualisme érigé aujourd'hui en culte, la société des citoyens, loin de nier les aspirations individuelles (l'individualité), s'enrichira de celles-ci et de la confrontation des points de vue. L'individualité et la reconnaissance de la singularité, loin d'être des obstacles ou les ennemis de la démocratie, contribuent à renforcer celle-ci car l'apport de chacun à la diversité est nécessaire à la construction collective des biens communs.

Les élections sont un moment important du débat et de la vie d'une démocratie. Mais elles ne sont qu'un moment et une modalité, là où l'intervention du demos doit être permanente et doit pouvoir s'exercer dans la durée sans médiation. Non pas la nationalisation de l’économie donc, mais une mise en société du système politique et économique. C'est le peuple citoyen et non l'État qui est le "maître des horloges".

Le peuple citoyen doit se considérer comme l'acteur constitutif direct qui élabore le contexte normatif et les conditions de fonctionnement de l’économie. C'est au demos qu'il revient d'élaborer progressivement le nouveau paradigme dont nous avons esquissé les principes en choisissant de privilégier la ligne de force que constitue le développement des activités productives et celui de l'industrie, en particulier.

Le peuple citoyen doit constituer une vaste et puissante alliance des forces sociales autour des producteurs, alliance ayant comme commun dénominateur le temps long s'opposant - comme nous l'avons écrit - à celui de la finance.

Une réappropriation de l'État

Un changement de paradigme et une démocratie renouvelée permettront une réappropriation de l'État sans laquelle la nécessaire réorientation de la politique économique dans son ensemble et de la politique industrielle, en particulier, serait impossible.

Aujourd'hui, loin de constituer le lieu d'expression des contradictions qui traversent la société et le lieu d'élaboration des compromis que celle-ci élabore, l'État est confisqué à la fois par une classe politique qui s'est arrogée le "droit" de faire la politique, et par une multitude de lobbies et autres groupes de pression, au premier rang desquels les acteurs du monde de la finance et les grands groupes.

Confisqué, l'État (comme les candidats à la magistrature suprême) est envahi par une multitude de hauts fonctionnaires et assiégé d'experts partageant peu ou prou la même doxa, la même idéologie ou représentation dominante. En permanence, nous croisons cette doxa lorsqu'est évoquée la question de la compétitivité, celle-ci était souvent réduite à la compétitivité prix ou coût et confondue avec la rentabilité. Nous la rencontrons encore dans l'usage de certains termes : "charges" sociales, par exemple, et non "cotisations" sociales capital" pour désigner aussi bien les compétences humaines (capital humain), les rapports entre les hommes en société (capital social), la nature (capital naturel), etc.

Un processus global à inscrire dans le temps

Changer de paradigme constitue une démarche globale, un processus qui prendra du temps. Comme démarche globale, chacun des principes du renouveau que nous avons analysés a sa signification mais c'est articulés entre eux que ces principes trouvent leur cohérence. Il s'agit d'un processus à inscrire dans le temps long et non d'un changement qui s'apparenterait à un "grand soir". L'inscription dans le temps de ce processus ne signifie pas qu'il n'y ait rien à faire de façon immédiate. Tout au contraire. Il faut déclarer sans tarder l'urgence industrielle et commencer à réfléchir aux moyens de la mettre en œuvre de façon effective. 

  (1) Gabriel Colletis, Une crise qui n’est ni d’abord ni principalement une crise financière : Pour une nouvelle donne économique, sociale, financière et politique, Blog Mediapart, billet du 26 février 2010. Texte draft, octobre 2008.

 

Texte en large partie issu du livre de l'auteur paru le 24 janvier 2012: «L'urgence industrielle!» aux Éditions Le Bord de l'Eau.

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