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MEDIAPART

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Mediapart dans L'Impossible: «La presse, quelle presse?»

Faisons l'Histoire! lance à ses lecteurs le numéro 4 de L'Impossible, en vente dans les kiosques. D'une presse à l'autre, de l'imprimé au numérique, cette dernière livraison du mensuel créé par Michel Butel s'ouvre sur un entretien autour de Mediapart, présenté comme le «laboratoire d'une presse citoyenne».

Soyez réalistes, demandez l'impossible! Défi historique plutôt que programme politique, cette ambition est récemment devenue journal sous cet étendard, L'Impossible justement, grâce à l'entêtement de Butel, inventeur de presse comme d'autres sont créateurs d'art, qui l'a fondé comme il avait inventé L'Autre Journal (1984-1992): à la manière d'une œuvre de vie, d'une œuvre-vie.

Nous cheminons différemment mais côte à côte, vers les mêmes horizons et dans la même quête. D'où cette longue conversation que nous republions ici avec son autorisation, en forme d'invitation réitérée (ici chez Dominique Conil, là chez Jean-Louis Legalery) à ceux de nos lecteurs qui le peuvent, pour qu'ils soutiennent cette aventure cousine et voisine (on peut l'acheter en kiosque au prix de 5 euros le numéro ou s'abonner en ligne sur le site de L'Impossible).

Michel Butel – La défaite de Sarkozy, était-ce quelque chose qui comptait au moment de créer Mediapart ?Est-ce une étape significative ?

Edwy Plenel – Il y avait deux raisons pour créer Mediapart. L’une, c’est évidemment la crise de nos métiers, de l’information, de la presse, du journalisme. Il fallait créer un laboratoire de recherche, un atelier de création, en expérimentant. L’autre raison, c’était : dire non.

Pas seulement à Sarkozy. Non à ce qui nous pourrit la tête, qui est au cœur de la crise spécifique de notre pays. Je ne parle pas de la crise économique ou sociale, celles-là ne sont pas propres à la France. Mais il y a une crise démocratique, dont le sarkozysme a été l’hubris, une sorte d’alerte, caricaturale, qui est ce que j’ai appelé le présidentialisme français. L’immense soulagement de son départ n’efface pas l’inquiétude. Car c’est une victoire courte, et d’autant plus fragile qu’elle aurait dû être massive face à une droite, xénophobe, islamophobe, comparable à la droite d’avant-guerre, antirépublicaine, maurassienne, barrésienne. Or, ce sursaut n’a pas eu lieu. On l’a viré, mais ça n’a pas été un sursaut.

Nous avons eu un président de gauche, François Mitterrand, qui était le mieux averti sur les excès de ce présidentialisme. Il en avait fait le procès. Mais il a été vaincu par les institutions. Il y a certainement d’autres causes, des causes personnelles, mais il a été vaincu. Quand il dit : ces institutions étaient dangereuses avant moi et elles le seront après, il nous lègue sa défaite. Accentuée par l’erreur, sous Jospin, de cumuler le quinquennat et la fameuse inversion du calendrier, qui aurait permis, si elle n’avait pas été faite, d’accentuer le parlementarisme, de rééquilibrer le système.

Ce défi est devant nous. Je ne dis pas : il est devant François Hollande. Je dis : il est devant nous, puisque François Hollande sera aussi ce que nous en ferons. Ça se joue tout de suite. Nous sommes dans un moment crucial : soit nous réussissons à renverser la machine, soit cette machine nous avale.

M.B. – Ça concerne le présidentialisme, qui est au cœur de la Ve République. Mais quand tu crées Mediapart, j’imagine que tu ne nourris aucune illusion sur ce qui a précédé : la tradition républicaine française, et les républiques qui ont abouti à ça, qui ont provoqué ça. Tu veux certes instruire les lecteurs, les citoyens, mais aussi refonder la presse.

E.P. – Les deux sont liés. Cette longue durée, qui a ramené la politique à un seul homme, à la personnalisation, à la dévitalisation, cela nous influence, cela nous conditionne.

La mission sociale du journalisme, c’est d’apporter des informations d’intérêt public. Commenter, débattre, n’est pas le privilège des journalistes, et avec la révolution numérique tous les citoyens peuvent le faire, parfois avec autant de talent que nous. Notre métier, c’est : apporter ces informations d’intérêt public. Et évidemment, les informations qui sont le plus d’intérêt public, ce sont les informations qu’on ne connaît pas, celles que le pouvoir, quel qu’il soit, nous cache, celles qui vont nous permettre de comprendre, d’être libres et autonomes dans nos choix. Si ce journalisme suscite tant de polémiques dans notre pays, c’est à cause du manque de culture démocratique. Quand on regarde l’évolution de notre métier, on voit comment des genres journalistiques sont liés à cet affaiblissement de la culture démocratique. Par exemple, l’intrusion du portrait, qui est un genre magazine, un genre pour une presse qui n’est pas du côté de l’information d’intérêt public, mais du côté de la proximité avec le consommateur, de l’utilitarisme, etc. Dans la presse quotidienne, le portrait est venu ramener la vie publique à la personne privée.

Avec Mediapart, il y avait l’idée d’illustrer ce que doit être une refondation démocratique à travers le cas spécifique de la presse, qui n’est pas une question marginale, mais une question au cœur de la vitalité d’une démocratie. C’est ça qu’on a voulu faire. On peut prendre d’autres exemples. En France, on n’a pas l’équivalent d’un Freedom of Information Act : une loi fondamentale sur l’accès à tous les documents d’intérêt public, alors que ça existe aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, dans d’autres grandes démocraties. Accès direct, avec le moins d’entraves possible. Nous sommes un pays où il n’y a pas de loi authentiquement démocratique sur le secret des sources. En Belgique par exemple, le secret des sources est protégé comme le cœur de l’alerte citoyenne. Nous sommes un pays où le conflit d’intérêts est généralisé dans les médias. Autant que je sache, il n’y a pas d’autre démocratie européenne où des marchands d’armes, de BTP, du luxe, de l’import-export, etc., sont propriétaires de médias.

Nous ne sommes que des petits poissons qui, face à de gros requins, nagent dans une mer polluée. Alors, il faut d’urgence dépolluer la mer ! Car cette corruption essentielle du système médiatique a des conséquences politiques désastreuses sur les contenus, sur les programmes, sur cette éducation ordinaire qui passe par la télé. Les gens qui ont voté pour la droite extrême, ce peuple un peu « perdu », un peu « égaré », quel est son lieu d’éducation politique sinon le spectacle télévisuel ? Le soir du premier tour, sur France 2, parmi les invités experts pour commenter le débat, il y avait Bernard Tapie ! C’est dire…

Bref, la question des médias est totalement imbriquée à la question démocratique, à l’urgence d’un sursaut démocratique. On va voir quelle sera la diversité à l’Assemblée nationale. Est-ce que le nouveau président de la République va accepter que l’Assemblée nationale ne fonctionne pas selon la loi de la majorité présidentielle, c’est-à-dire selon le désir du Président ? Est-ce que le parti socialiste va accepter la diversité : le Front de gauche, Europe écologie, pour que de nouvelles idées surgissent ? C’est une opportunité décisive, puisque c’est la première fois depuis l’après-guerre que la gauche peut être majoritaire dans les deux assemblées. Donc elle n’a plus aucun prétexte pour ne pas réformer. Si elle veut réformer la Constitution, il lui suffit désormais d’une majorité des trois cinquièmes des deux assemblées. Donc elle a la possibilité de créer cette dynamique parlementaire. Si elle ne le fait pas, ce sera de sa responsabilité.

Pourquoi cette petite musique d’alarme ? Parce que les délais sont courts. Ça se joue tout de suite. Si ce sursaut démocratique ne se produit pas, on se retrouvera avec Marine Le Pen au second tour en 2017. Cette extrême droite, marginalisée depuis 1945 – elle était là, elle pesait, mais c’était un adversaire idéologique minoritaire, une famille intellectuelle qui a toujours eu des penseurs talentueux. On est étonné par l’itinéraire d’un Renaud Camus, mais Maurice Barrès lui-même venait de la gauche, avant de faire l’éloge de la terre et des morts, et d’être candidat à Neuilly… avec une brochure qui s’appelait « Contre l’étranger ». Le fonds commun de cette idéologie, c’est l’anti-égalitarisme. C’est le refus de l’égalité, d’où découle son refus de la démocratie. Leur idéologie profonde, et il y aura toujours des gens pour penser ça, c’est que les hommes ne naissent pas égaux. C’est leur cœur idéologique. Mais les catastrophes du XXe siècle avaient relégué cette idéologie à la marge. Et il y avait un fonds commun qui unissait les familles dites républicaines, qui se traduisait par ce qui a été inscrit après 1945 dans la Constitution : on ne fait pas de distinction selon l’origine, la race, la religion, on respecte toutes les croyances.

Le sarkozysme est un événement politique qui a dépassé les pronostics les plus pessimistes. Il a libéré cette idéologie. Pire que prévu, comme dit Badiou. Désormais, ces idées-là ont totalement droit de cité dans une droite que la geste gaullienne, qui en venait, avait converti de force à la République. Et non seulement il a libéré cette idéologie, mais on a vu que son camp n’était que débandade face à cela. Il n’y a pas eu un gaulliste d’honneur pour se lever et dire non. Le grognard Sanguinetti avait dit : le giscardisme est un vichysme de temps de paix. Mais là, on aurait pu le dire à la puissance dix ! Et on n’a pas entendu un seul gaulliste dire que le sarkozysme était un supervichysme de temps de paix. Et rappeler qu’à Vichy, ce n’étaient pas des fascistes, c’étaient des élites républicaines dévoyées. Maintenant, c’est libéré, c’est là. Le travail entre l’UMP et le FN va continuer. Sarkozy a donné le la, il a parlé Le Pen. Et même pire que Le Pen, puisque ce n’est pas Le Pen qui a dit que les civilisations étaient hiérarchisées, c’est Guéant. Le halal, ça venait de Le Pen, mais c’est Sarkozy qui l’a imposé. Les « musulmans d’apparence », c’est une formule de Sarkozy. La désignation de l’islam comme l’adversaire, idem. Bref, tout cela est là maintenant, et travaille. C’est une xénophobie venue d’en haut. C’est une idéologie de crise venue d’en haut.

Comment on affronte ça ? Je pense que la question démocratique est le levier de la question sociale : elle porte la question de l’égalité, l’égalité des droits, c’est l’égalité des possibles, l’égalité de pouvoir revendiquer, de pouvoir bouger, et de briser ce qui est au cœur de la pensée conservatrice, et que l’on voit bien, y compris dans les théorisations de leurs publicistes dans la période actuelle : cette essentialisation du réel. Emmanuel Terray l’a dit : penser à droite, c’est penser que le réel est intangible. Le réel, ce n’est pas la réalité. Le réel, c’est : il y a une fixité, d’où l’identité nationale au singulier, il y a une immobilité, il y a une fatalité. Et être de gauche, c’est dire : non, on peut bouger les choses, on peut ouvrir les possibles. Et de ce point de vue, cette question-là traverse aussi une partie de la gauche. Parce qu’il y a une gauche conservatrice qui, face au réel, est immobile alors qu’être de gauche, c’est dire que la voie n’est pas écrite, c’est ouvrir la possibilité d’inventer la voie. D’où la question démocratique. Parce que la question démocratique redonne une vitalité, une confiance, une possibilité d’ouvrir le jeu. En tout cas je pense que dans la période où nous vivons, pas seulement en France, mais dans toute l’Europe, cette période de crise historique du continent, on n’a qu’une protection contre la voie régressive, la voie qui peut amener de nouvelles catastrophes, c’est : plus de démocratie.

M.B. – Alors justement, en Europe : l’Europe, ce n’est pas la France, et parmi les pays que tu as cités certains ont d’autres réflexes, ou d’autres cultures par rapport aux médias et à la mainmise des pouvoirs sur les médias. Ils ont des institutions, des cultures moins inacceptables. Mais partout, on voit le risque de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.

E.P. – À mes yeux, ce que montre la crise européenne, c’est que ce qui produit la menace d’extrême droite, la menace régressive, c’est le manque de confiance dans le jeu démocratique. Il y a un problème que j’appellerais : être fidèle à notre dette grecque. Il y a un petit exposé oral de Castoriadis, que l’on peut trouver sur Internet, sur ce qu’est la vraie démocratie. Et on rejoint cette question d’un imaginaire qui met en branle la société. Bien sûr, ça ne se crée par comme ça, c’est une culture, ce sont des pratiques. Mais peut-être en sommes-nous encore sur ce sujet à un âge préhistorique de l’idée démocratique, qui est simplement celle de déléguer son pouvoir. La « tyrannie douce » dont parlait Tocqueville : à intervalles réguliers, on vote pour son maître, et après on retourne en servitude. Dans cet enregistrement, avec une maïeutique assez provocante, Castoriadis pose la question : mais c’était quoi cette démocratie, dans le laboratoire athénien ? L’invention démocratique, c’est que ceux qui gouvernaient étaient tirés au sort. Parce qu’il y avait cette idée que n’importe qui peut gouverner. Ce scandale face à toutes les oligarchies possibles – qu’elles soient des élites d’experts au cœur des intérêts économiques, qu’elles soient des avant-gardes politiques qui pensent qu’elles savent mieux que le peuple ce qui est bon pour lui –, la démocratie c’est que n’importe qui, sans privilège de naissance, de diplôme, de fortune, d’origine, a le droit de s’en mêler. N’importe qui a le droit d’être candidat, le droit d’être élu, le droit de gouverner.

Il faut trouver les conditions du « n’importe qui ». Et c’est une question de culture, ça ne se décrète pas, ça se crée. Et ça concerne toutes les questions. Le rapport à la xénophobie, à l’immigration, au racisme, interpelle la façon dont la gauche tout entière, depuis quarante ans, a loupé la régénération de la classe ouvrière par nos immigrations postcoloniales. C’est le bulldozer d’Ivry, du PC en 1980, c’est Mauroy dénonçant les grèves de l’automobile, en 1983 comme grèves « religieuses », parce qu’ils demandaient une salle pour faire la prière, c’est la fameuse marche des jeunes après 1981, appelée initialement « marche pour l’égalité », mais restée dans la vulgate médiatique « marche des Beurs », c’est-à-dire que ces jeunes qui revendiquaient l’égalité quelle que soit leur origine, on les a assignés à leur origine.

Castoriadis, provocateur, disait : tirage au sort pour ceux qui veulent gouverner. En revanche, disait-il – et ça, c’est intéressant et c’est au cœur de la crise de l’Europe –, pour ceux qui exercent des compétences particulières, pour faire la guerre, pour l’économie, la gestion du budget,  pour tous ces experts, là, il y a vote. Parce que là, il faut qu’on puisse juger les compétences. Or on est exactement dans l’inverse ! On vote pour ceux qui nous gouvernent, avec des dés pipés par le système médiatique, et en revanche, les experts, les conseillers du soir, ceux qui tournent autour des oligarques, ceux-là, on ne les connaît pas, on ne connaît pas leurs compétences !

Bien sûr que le péril n’est pas spécifiquement français, mais la France a une potentialité de catastrophe ou de sursaut plus forte qu’ailleurs. Notre pays a, hélas, été le premier en Europe sur cette question de l’extrême droite. Mon premier livre, L’effet Le Pen, a été publié en 1984. Le Front national venait de faire plus de 2 millions de voix aux élections européennes – 1984 ! –, alors qu’il n’avait pas existé lors de l’élection présidentielle de 1981, alors que c’était une petite formation minoritaire. Il y a une histoire spécifiquement française, les comptes non réglés, les « placards français », ces trois placards verrouillés… D’abord, le placard de l’Occupation, de la collaboration, et de la compromission des élites françaises. En parler ne relève pas d’un jugement moral, mais de la nécessité de rendre compte d’un itinéraire, de l’abaissement de nos élites politiques, économiques, d’un pays qui aurait dû, sans le sursaut de De Gaulle, être à la table des vaincus et non à celle des vainqueurs. Puis, le placard colonial, au cœur de notre histoire non réglée avec Mitterrand, le retour sur Vichy ayant effacé ce que nos générations savaient, l’histoire d’Algérie, et Mitterrand, le garde des sceaux sous lequel il y a eu le plus d’exécutions capitales. Enfin, le troisième placard, 1968, caricaturé en une sorte de monôme jouisseur, alors que ce fut la plus grande grève ouvrière, le plus grand moment d’invention collective par le n’importe qui, justement.

On est ce pays-là. Avec ce défi devant lui.

M.B. – Nos générations partagent une culture qui nous fait douter que ce qu’on espèrait a la moindre chance d’aboutir. On ne peut pas dire que, d’emblée, Hollande nous apparaisse à la hauteur de Jaurès, de Blum, etc. Il faudrait pourtant avoir de nouveau une sorte de confiance dans notre capacité à inverser le cours des choses.

E.P. – C’est plus une histoire humaine qu’une question politique. Je me suis fait un petit proverbe personnel : l’inquiétude est l’antichambre de l’espérance. Moi, je suis irréductiblement optimiste. À la manière de ce que disait Aubrac quand lui demandait ce qu’est l’esprit de résistance. Il disait : être optimiste, parce qu’il fallait être vraiment optimiste, en 1940, pour penser…

Je n’espère pas la catastrophe, comme certains qui souhaitent avoir la validation d’un préjugé idéologique. Non, je suis dans une dialectique de l’alarme, dans l’espoir que l’alarme permette que ça bouge. Et pour moi, le journalisme est une alerte démocratique : l’alerte est là pour qu’on s’en saisisse, pas pour déprimer tout le monde.

Et pour revenir au socialisme, ce n’est pas parce qu’il y a eu tant de déceptions, de reniements, de trahisons, que j’en déduis une sorte de procès éternel. Et au contraire, je suis toujours fasciné par des personnages qui, seuls, sont capables de dire non. Par exemple, dans la gauche réformiste, sage et responsable, Pierre Mendès France ou Alain Savary. Il y a toujours une part de liberté, dès lors que les gens ont l’information pour juger. Nous verrons donc si cette liberté joue à plein, ou si les individus capituleront.

M.B. – Ce que tu viens de décrire est pour moi un argument contraire : toutes les personnes proches de Pierre Mendès France par exemple, avaient les mêmes informations que lui. Mais il y a une seule personne qui s’est levée. Certains disent non ; les autres autour ne sont en rien contrariés par la divulgation d’informations.

E.P. – Je suis d’accord. Mais là, soyons sartriens: on est tous responsables de notre liberté. Et cela vaut pour nous, d’où ce que je dis par rapport au métier de journaliste : aucun journaliste n’est obligé de céder. À un moment, on est requis.

Je prends toujours cet exemple de l’individu qui dit non. Pas le grand homme. L’individu. On est ici dans le faubourg Saint Antoine. Rue du Faubourg Saint-Antoine il y a une plaque, sur une maison. C’est la dernière barricade, le 3 décembre 1851, la cause était perdue, le futur Napoléon III avait gagné, il ne restait plus qu’une barricade. Et il y avait un jeune parlementaire, 40 ans, plutôt de gauche. Alphonse Baudin. Les ouvriers savaient que c’était fini et disaient : qu’est-ce que c’est que ces parlementaires qui gagnent 20 francs par jour ! Les parlementaires, c’étaient des pourris à leurs yeux. Ce jeune parlementaire, avec son écharpe tricolore, monte sur la barricade et jette aux ouvriers qui se moquaient : « Vous allez voir comment on meurt pour 20 francs par jour. » Alphonse Baudin meurt. Il sera le relais de l’espérance républicaine. Il est au Panthéon depuis.

Sa mort est un geste inutile. Ça ne sert à rien, ça ne change rien. Et en même temps, il sauve l’espérance…

M.B. – Est-ce qu’il y a la moindre chance que ce type d’hommes se retrouve au pouvoir, ce qui justifierait ton optimisme ?

E.P. – Il faut créer une forme d’élaboration démocratique qui nous garantisse du simple pari sur les hommes.

M.B. – Mais les partis ne fonctionnent-ils pas comme des machines à éjecter les hommes extraordinaires ?

E.P. – Bien sûr, mais les partis sont déterminés eux aussi par ce système-là. Par exemple – le problème, c’est que c’est un engagement uniquement pour 2017 – nous sommes dans un système parlementaire à scrutin majoritaire où la majorité de l’expression politique n’est pas représentée. Puisque ce n’est pas le PS ou l’UMP qui sont la majorité, ce sont les autres. Alors ? La proportionnelle, la représentation des différents courants de pensée ? Ce sont des questions devant nous. Mais on ne peut pas renoncer à cette exigence sous prétexte que nous vivons d’éternels chagrins politiques, qui nous amèneraient,  à la Régis Debray, à théoriser une éternité politicienne devant laquelle nous serions impuissants. Moi, je crois à cette idée qu’il y a la possibilité d’inventer, de résister, de créer. Ce qu’on a essayé de montrer, à notre petite échelle, dans notre métier de journaliste.

M.B. – De montrer… via Mediapart.

E.P. – C’est un laboratoire de recherches, comme je le disais tout à l’heure.

Il y avait un premier point : la question de l’indépendance. Surtout après les batailles perdues du Monde et de Libération… C’était le premier défi à relever, important pour toute la profession. Il faut qu’au cœur du métier, on puisse tous s’appuyer sur des journaux dont on se dit qu’ils n’ont pas de fil à la patte, où il n’y a qu’un débat professionnel, des journaux qui n’ont pas de pressions de la publicité, pas de pressions des industriels, etc. C’était notre première idée. Comment le faire ?

Nous avons eu un cheminement de conversion, je dis bien de conversion, parce que c’est presque un changement de paradigmes, du papier au numérique. On ne l’a pas fait de manière théologique, on l’a fait de manière pragmatique. Au début, on s’est dit : pourquoi ne pas faire un journal ? Mais le problème, c’est qu’un journal quotidien, c’était 50 millions. Il fallait trouver beaucoup d’argent pour avoir les reins solides. Nous sommes un pays politiquement non-libéral. Ce qui pourrait exister aux Etats-Unis avec des logiques de non profit organisation, de mécènes attachés à la démocratie, d’industriels ayant fait fortune grâce au capitalisme mais lucides sur ses travers, ça n’existe pas en France. Nous ne sommes politiquement pas libéraux.

Du coup, on a eu une conversion par réalisme, parce que le numérique, ce n’étaient pas les mêmes moyens. Mais en même temps a eu lieu une conversion par la pratique. On a pris conscience du point de non retour de la révolution numérique. Notre conviction de départ était qu’une invention industrielle technologique qui supprime trois coûts : le papier, l’impression, et la distribution, a forcément l’avenir devant elle. Du coup, on a pris à bras le corps ce qu’était le numérique.

Quand on a pensé Mediapart en 2007, la vulgate dominante idéalisait les tuyaux et se foutait des contenus. On prétendait que les tuyaux s’imposaient aux contenus. Le net, ça voulait dire gratuité, superficialité, il faut écrire court, faut être dans le flux, l’immédiateté, etc. Nous, on a pris ça à bras le corps comme des lecteurs, en se demandant quel journal on aimerait lire. On a donc inventé, sur papier au départ, le journal qu’on voulait lire. C’est pour ça qu’on a toujours dit entre nous que Mediapart est un « journal ».

On est dans un univers surinformé, donc le journal me tombe des mains s’il répète ce que j’ai déjà entendu – ça, ça va sur la colonne de gauche, fil d’actualité, revue du web : ce que vous devez savoir, mais qui est déjà connu, et sur quoi on n’a rien de spécial à vous apporter. Deuxièmement, on a notre univers, notre journal. Et là, le critère, c’est que nous devons vous apporter une plus-value. Une info (l’enquête), le terrain (le reportage), ou la mise en perspective (l’analyse). Ce sont les trois genres principaux. Ça n’empêche pas de faire des entretiens, ou autre chose, mais c’est essentiel. Une information que vous n’avez pas, une réalité que vous ne voyez pas, une analyse inédite. Et enfin, et là c’est la vraie révolution démocratique, avec le « Club », cette idée que le lecteur est à égalité avec nous, il est lui aussi producteur de commentaires, d’analyses, d’opinions, de débats. Il nous remet à notre place : il nous rappelle qu’on n’est pas propriétaires de l’opinion, et qu’on n’a pas besoin de nous pour exprimer des opinions désormais. Du coup, il y a une dialectique avec un club qui, au début, nous paraissait un défi chronophage, un peu inquiétant, et qui sur la durée nous rend meilleurs, parce qu’il crée une situation de confiance, y compris dans le conflit, la critique, le débat, l’obligation d’explications, etc.

Donc premièrement l’indépendance, deuxièmement l’invention d’un journal à l’ère numérique. Là-dessus, troisième point : le modèle économique. Quel est le modèle économique ? Tout le monde pensait, à l’époque, que notre pari était fou. Tout le monde pensait qu’Internet, c’était la gratuité de l’information. Nous, on est partis de l’idée de la valeur. On n’appelait pas ça le payant. On disait : si l’information a une valeur, alors elle a un prix… La valeur est créée par l’acte d’achat. Et la valeur créée par l’acte d’achat crée la confiance. Et elle crée un public. Parce que nous ne sommes pas dans l’anonymat. Parce que même s’ils ont un pseudonyme, nos lecteurs sont identifiés, ils ont choisi ce journal.

Indépendance, qualité, public : tout ça faisait une valeur. Valeur de l’indépendance, valeur de l’information, et valeur d’un public renseigné. Tout ça créait la valeur du journal. Voilà les convictions de départ, et voilà comment on a créé Mediapart, jusqu’au graphisme en disant : ça doit être analogique, ça doit être comme un journal.

Comment savoir si ça pouvait marcher ? Il fallait lancer un caillou dans l’eau, et on verrait combien de temps il ferait des ronds. Il n’était pas exclu que ce caillou fasse quelques ronds de sympathie, d’amitié, et que ça s’arrête. On a annoncé le journal le 2 décembre 2007, on a fait un pré-site, et on l’a lancé le 16 mars 2008. J’étais totalement optimiste, comme toujours, je m’étais dit : quand même, vu la crise de la presse, on annonce qu’on va lancer un journal indépendant, on est sous Sarkozy, entre le pré-site et le lancement j’étais sûr qu’on aurait 10.000 abonnements de solidarité. On a commencé avec 3.000 abonnements, pas du tout avec 10.000.

La dimension risquée du pari, c’est qu’on s’était dit : on ne peut pas constituer le journal progressivement, il faut que le journal paraisse complet, donc il faut une équipe de journalistes compétents, prêts à faire ce saut-là, à qui on garantit d’être payés correctement pendant trois ans. L’équipe de Mediapart, c’est 27 journalistes, depuis le début. Il y a eu des évolutions, mais le chiffre est resté stable. Ce sont des journalistes qui venaient du Monde, de Libération, de l’AFP, de Reuters, de L’Equipe, de 20 minutes, du Figaro, de Télérama, des Inrockuptibles, des Échos, de La Tribune

La vraie difficulté, c’était ce financement de départ. On a été confronté début 2007 à cette réalité qu’il n’y avait pas de mécène, pas de financement libéral possible, et qu’il fallait néanmoins réunir ces journalistes et les payer. On a fait le calcul, on estimait que pour atteindre le moment où on arriverait à s’imposer par nos contenus, en ayant mis l’enquête au cœur, ça nous coûterait 5 millions. On a décidé de démarrer avec 3 millions. Et là, il n’y a pas eu d’autre choix que se convertir à cette idée un peu nouvelle pour nous de mettre au pot, d’investir nos économies ou de nous endetter personnellement. C’est une histoire de fous quand même. 5 millions, par rapport à l’argent dépensé dans la presse gratuite, ce n’est rien. Il y avait une bonne équipe de professionnels, il y avait un projet qui tenait la route. Chacun sait que sortir des scoops, des révélations, c’est dans la presse un très bon ressort commercial. Mais il n’y avait même pas un seul gros capitaliste cynique prêt à faire ce pari !

M.B. – Le papier, ça ne vous manque pas ?

E.P. – Pour moi, le numérique sera toujours en amont désormais. Les contenus sont d’abord numériques. Puis se déclinent selon différents supports. On découvre la multidiffusion. Nous, on fait des livres, des émissions de télé, de la vidéo, de la radio. C’est un journalisme durable, plus durable que le journalisme papier.

Au début, on s’était dit qu’avec les contenus de Mediapart, on pourrait faire un hebdomadaire. On a fait deux tests. L’un au moment de notre appel contre le débat sur l’identité nationale, l’autre au moment des élections régionales sur la gauche. Là, on a découvert la lourdeur d’un système totalement en crise. Découvrir les tarifs, l’opacité, etc. On n’a pas perdu d’argent, on a fait deux numéros one shot comme ça, mais on a découvert qu’il aurait fallu dépenser plein d’argent pour que ce soit visible. Dans l’univers du numérique, on ne dépense pas d’argent en publicité. Notre marketing, c’est nous qui le faisons et, surtout, les lecteurs eux-mêmes, par les liens, les newsletters, les réseaux sociaux, etc.

On a aussi découvert, avec notre Syndicat professionnel de la presse indépendante d’information en ligne, la question des aides publiques à la presse. Mediapart a touché au total 200.000 euros pour le numérique. Nous avons toujours rendu publics les montants touchés. Et quand, en 2010, nous avons commencé à ne plus perdre d’argent, j’ai dit : on ne touchera pas un centime de l’État. Puisqu’on gagnait de l’argent. Par ailleurs, l’aide démocratique, c’est l’aide indirecte. Que la presse quotidienne ait 0 % de TVA, comme en Grande Bretagne : c’est une aide aux lecteurs. Je suis pour toutes les aides qui montrent que ce n’est pas une marchandise comme les autres. Pour ce qui est de la culture, de l’information, je suis pour ces aides indirectes qui n’aident pas l’entrepreneur, mais aident le lecteur.

Notre syndicat, le SPIIL, a donc dit : c’est de l’argent public, ça doit être public. Dans des réunions avec les syndicats de la presse nationale ou régionale, on leur a  dit qu’il faut rendre tout public. « Ah non, secret des affaires ! » Des patrons de presse qui invoquent le secret des affaires ! Les chiffres sont sortis depuis dans un rapport parlementaire. Et on a obtenu tout récemment un décret : à l’avenir, les montants des aides devront être publiques, titre par titre. Par exemple, c’est 17 millions d’euros d’aides directes pour Le Monde en 2010. Pour Libération, 14 millions. Dire qu’on est indépendant quand on a ce taux d’aides directes ! On est obligé d’avoir une forme de relation avec le pouvoir. En même temps s’ajoute la dépendance à l’égard des annonceurs. Comment cette presse quotidienne s’en sort-elle ? Elle a des aides publiques monstrueuses, uniques dans les démocraties. Et elle a des industriels mécènes qui achètent ainsi de l’influence. Et elle est l’une des plus chères d’Europe. Et elle ne cesse de perdre des lecteurs !…

Cette presse a perdu depuis longtemps le cœur de son métier, qui est de gagner des lecteurs. Nous pouvons créer de la valeur, nous pouvons créer de la richesse collective. Mais à une condition : mettre l’indépendance au cœur du métier. Ayons une culture d’indépendance. Et cette culture d’indépendance est créatrice de richesse pour les entreprises, parce qu’elle crée de la confiance. C’est vraiment la clé. J’en suis convaincu : il n’y a pas d’autre recette au « commerce de nouvelles » d’informations d’utilité publique que cette indépendance. Ce n’est que comme ça que ça peut marcher et Mediapart, après d’autres aventures, en fait la démonstration.

M.B. – Les difficultés de financement rendent très difficile la création d’un journal.

E.P. – Je pense qu’il faut refonder l’écosystème. Ça passe par quelque chose d’équivalent à la loi de 1881. La France a mis un siècle à conquérir la liberté de la presse, après l’avoir proclamée elle a été la lanterne rouge de l’Europe, mais 1881 c’était la loi la plus progressiste du monde. On l’oublie, mais ce sont les deux actes fondateurs : la presse et l’école. Il faut que le savoir et l’information circulent. Lire, écrire, et cette éducation permanente qui est celle du journal. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation semblable, une situation d’immense crise, de révolution industrielle, c’est la troisième du nom avec le numérique, donc de nouveaux paradigmes. À cette révolution industrielle, il faut ajouter une refondation ou une révolution démocratique, il faut ajouter quelque chose qui ait cette même ampleur. Nous, on dit qu’il faudrait partir du droit des citoyens, ce qui pose la question du droit d’accès à l’information, la question du secret des sources – qui est la protection du citoyen –, la question des conflits d’intérêts par rapport à la presse privée, la question de l’indépendance véritable des médias publics, la question des aides indirectes plutôt que des aides directes, et peut-être la question d’un statut, d’une invention démocratique, qui serait ce qui avait été l’idée des sociétés de journalistes telles qu’elles ont existé au Monde puis ailleurs, celui de sociétés de presse à but non lucratif.

C’est-à-dire créer pour la presse, pour cette marchandise particulière qu’est l’information, un statut très avantageux qui permette de revitaliser le pluralisme sans que ce soit démesuré en termes financiers.

M.B. – Il y a des journaux que vous admirez ?

E.P. – La seule réponse sincère, c’est Mediapart, celui que l’on fait, collectivement, ici, aujourd’hui. Ce plaisir du travail bien fait, en toute liberté et en large partage. Cette découverte d’une nouvelle relation aux lecteurs. Cette invention permanente. Ce sentiment inédit de chercher sans cesse, de découvrir toujours, d’échapper aux routines et aux conformismes.

Et puis, comment dire ? Je suis journaliste un peu par hasard. Un peu journaliste d’occasion. J’ai mis dans ce métier non pas un chagrin politique mais, au contraire, la poursuite d’une forme d’engagement. Le journalisme est le lieu où se sont jouées mes convictions, mon rapport à la cité, etc. Mais au fond de moi, ce que je sacralise toujours, c’est le livre.

Tous les commentaires

12/06/2012, 18:35 | Par POJ

Bravo pour l'importance de dire non quand vous affirmez que " L’autre raison, c’était : dire non." . Cela m'a rappelé le passage suivant : "Non, nous ne sommes pas condamnés au choix impossible entre la naïveté de la résistance et l'abjection du consentement. Au fond, il est tout simplement urgent de ne pas consentir. Aimer l'avenir passe aussi paradoxalement par un mot de trois lettres qu'il faut réapprendre à articuler : non." Jean Claude Guillebaud "Le goût de l'avenir" Seuil 2003 p.12

12/06/2012, 18:34 | Par pierre guerrini


Mais au fond de moi, ce que je sacralise toujours, c’est le livre.

" Oh, Jeanne, pour aller jusqu'à toi, quel drôle de chemin il m'a fallu prendre "

pickpocket05.jpg

      Pickpocket  Robert Bresson

12/06/2012, 18:51 | Par Jean-Louis Legalery

Superbe entretien, à recommander en même temps que l'excellent Impossible.

12/06/2012, 19:08 | Par bernard01

l'optimisme avec le sourire,a toujours été une arme redoutable.

12/06/2012, 19:38 | Par Patrig K

Très bon entretien ...

Et plus que Oui, qu'il faut ré-enchanter et inventer  notre  monde , il est plus que temps

 

Merci

12/06/2012, 19:57 | Par Thierry T. d'Ouville

Belle rencontre.

12/06/2012, 22:44 | Par Bonaparte

Or, ce sursaut n’a pas eu lieu. On l’a viré, mais ça n’a pas été un sursaut.

Ce n'est pas ceux qui votent qui comptent mais ceux qui comptent les votes.

L'extreme droite n'a pas ce pretendu soutien en France.  Ils achetent tout simplement les sondages et resultats. Gadaffi, Takieddine, Bettancourt, l'argent "gagne" par Tapie probablement, retrocommissions, Roi du Maroc, Elf/Total - pour en mentionner seulement quelques uns - sans cesse, enormes quantites d'argent pour lubrifier cette machine infernale mi-cachee qui oeuvre depuis l'aubre de l'histoire pour nous detruire.

Dans les annees 30, Hitler a use des referenda pour adopter des mesures anti-juifs.  Cahque fois, le peuple a vote 90% contre.  Il a tout simplement annonce le resultat comme 90% pour.

Ca c'est le "maillon faible" de la democratie.  La securite et fiabilite de la systeme de compter - et prendre en compte (ex: aucun proportionalite en Angleterre) - les resultats.

Pour decredibiliser cette "droite" qui n'a aucun droit a exister, il faut reveler la verite sur le truquage en masse des elections et sondages.

 

 

12/06/2012, 23:12 | Par aubry.bri

J'ai lu cet article avec intérêt, merci M.Plenel d'avoir créé ce journal ambitieux et libre.

J'ai lu également cette crainte d'une dérive FN pour 2017, si l'on ne s'emploie pas à réaffirmer les principes de l'égalité. Sans doute faudrait-il aussi une sortie de crise rapide : quand les gens ont un travail et qu'ils vivent dignement de leur salaire, les idées racornies, xénophobes s'envolent. Et c'est à la gauche du socialisme qu'il y a l'espoir.

13/06/2012, 13:41 | Par W0lf en réponse au commentaire de aubry.bri le 12/06/2012 à 23:12

Et pourtant dans un précedent article il était dit que ce n'était pas dans les cités dites "ouvrières" avec un fort taux de chômage et qui subissent la crise de plein fouet que le Front National fait le plus d'émules...

Il faudra un jour chercher à connaitre l'éléctorat du FN, à comprendre ses motivations réelles. Et là, il risque d'y avoir une grosses surprises.

Je partage votre avis sur 2017 M. Plenel, le moment critique s'approche, et même si au fond de moi je suis aussi un optimiste invétéré, j'ai peur d'un avenir que je vois s'assombrir de plus en plus pour mes enfants.

Bonne continuation à toute l'équipe de Médiapart.

 

12/06/2012, 23:46 | Par DOMISYL

Très bel entretien. Je ne regrette pas d'avoir été parmi les premiers à soutenir cette entreprise qui souligne brillamment par contraste ce que sont tristement devenus d'autres titres et le Monde au premier chef.

Votre, notre journal Médiapart est devenu incontournable, encore bravo et longue vie!

13/06/2012, 00:30 | Par jean Riboulet

« La mission sociale du journalisme, c’est d’apporter des informations d’intérêt public ». Il n’y a rien de plus vrai. Mais, partout, existent des griffes qui déchirent, effacent et ignorent les informations d’intérêt public. Dans notre monde rural l’intérêt est plus privé ou personnel que public en matière d’information. Les journaux locaux et régionaux se transforment depuis longtemps en relai des pouvoirs en place. Les conséquences de ce manque d’informations réelles deviennent graves quand on constate l’avancée du Front National dans les zones rurales. La droite classique s’y incrustait pourtant profondément. Là, ce n’est pas le racisme qui pèse. Dans la grande majorité de nos villages la couleur de la peau n’est que celle léguée par les ancêtres gaulois. Cependant l’extrême droite prend une ampleur exécrable.

            Une des causes, se situe dans l’absence d’une vraie presse locale et le manque d’objectivité de celle qui existe par sa propension à être l’unique reflet du pouvoir local. Aucun changement ne sera perceptible sans une presse véritablement libre comme l’est Médiapart. Mais, malgré le mérite et la volonté de son créateur Edwy Plenel et de ses journalistes, ce vrai journal ne pénètre pas dans les profondeurs du terroir. Pourquoi ? Parce que le pouvoir de ces petits maires, de ces élus locaux ne se partage pas.

            Je suis désolé d’être amené à prendre un exemple personnel pour étayer mon argumentation. Ancien correspondant de Paris-Normandie de 2000 à 2004, je me suis toujours attaché à relater avec, conformément à la charte du journal, le plus d’exactitude possible ce qui se déroulait dans les séances publiques des assemblées territoriales. L’objectivité a été ma règle pendant ces quatre années, à la grande satisfaction de la rédaction et surtout de celle des lecteurs. Cette déontologie devient déplaisante à la longue pour ceux qui dirigent la vie politique locale. Lorsque dans un compte rendu de conseil municipal ou de communauté de communes apparaissent les arguments et les protestations de l’opposition (sans prise de position du "journaliste" que j’étais) cela gêne et contrarie. La vérité ne s’écrit pas et ne doit pas être lue. Pourtant cette opposition fournissait les documents officiels permettant d’étayer ces vérités faute de les obtenir par ailleurs.

            Pendant des mois ces élus, qui dirigent et imposent tout, tentent d’obtenir le silence sans succès. Puis ils réussissent quand le journal change de rédacteur en chef. Une nouvelle rédaction interdit aux correspondants de rédiger ce type de compte rendu. La liberté de la presse est alors bafouée. La France profonde n’est plus informée. La presse, quelle presse ? Oui ! Voilà la question. Il faut des Médiapart locaux pour apporter des informations d’intérêt public. Merci M. Plenel

13/06/2012, 10:09 | Par Mithra-Nomadeblues_ en réponse au commentaire de jean Riboulet le 13/06/2012 à 00:30

" Il faut des Médiapart locaux pour apporter des informations d’intérêt public."

Oui.

13/06/2012, 00:34 | Par Lefrançois

Savoir dire non et pourtant mediapart est de ceux qui ont envoyé cette gauche immobile au pouvoir, conditionnant l'échéance 2017 à un lutte anti-fasciste qui interdira toute alternative politique...croire que de nouvelles voies sont possibles et miser sur une gauche dévoyée c'est à l'inverse de l'alerte et pas à la hauteur de l'urgence des situations, déprimant de savoir autant et d'en utiliser aussi peu.

13/06/2012, 01:13 | Par C.K

Continuez Mr PLENEL, vous et votre équipe. Des vrais journalistes comme vous on en a grand besoin en France et la suite montrera votre grande utilité publique.

Votre courage, votre professionnalisme, sont une richesse pour notre pays et pour continuer à dévoiler des vérités et défendre des libertés.

Le mot est entendu, nous allons dire, comme vous Mr PLENEL.......NON ! et MERCI pour le respect que vous témoignez envers vos lecteurs (trices).

13/06/2012, 10:22 | Par Edwy Plenel en réponse au commentaire de ABCDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZ le 13/06/2012 à 04:09

Cher Selim, je vous ai répondu dans le fil de commentaires de votre billet.

19/06/2012, 19:52 | Par ABCDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZ en réponse au commentaire de Edwy Plenel le 13/06/2012 à 10:22

Merci à vous... J'ai fait de même.  

13/06/2012, 08:02 | Par françois périgny

J'aurais pensé que Edwy Plenel aurait quelques questions à poser à Michel Butel. Non ?

(Comme un ordre de préséance)

"Mais au fond de moi, ce que je sacralise toujours, c'est le livre". Reconnaissons quand même, in fine, un hommage du "journalisme" à la "littérature", et prenons-le comme un hommage de Mediapart à L'impossible. Ce qui est juste.

13/06/2012, 10:21 | Par Edwy Plenel en réponse au commentaire de françois périgny le 13/06/2012 à 08:02

Cher Fedor, j'ai évidemment mille questions à poser à Michel Butel. Mais c'était ici son choix et, donc, la règle du jeu: un entretien sur et autour de Mediapart où il me passait à la question. Nous avons longuement conversé, et le résultat est le sien. 

13/06/2012, 10:52 | Par françois périgny en réponse au commentaire de Edwy Plenel le 13/06/2012 à 10:21

Vu.

13/06/2012, 13:44 | Par Dominique Conil en réponse au commentaire de françois périgny le 13/06/2012 à 10:52

Ceci posé, la littérature est toujours moins en vue que le journalisme. C'est très bien ainsi. Elle dure davantage, endure pas mal, et perdure alors même qu'on oublie ceux qui ont informé: mais elle existe  aussi grâce à ceux qui la lisent, sur la durée.

Il suffit de cliquer sur la photo du sommaire, en fin de texte, pour que Philippe Jaccotet, John Berger, Marie Depussé, Gaëlle Obiégly, apparaissent au sommaire de L'Impossible,  cet espace très improbable, entre journalisme et littérature. Plus des noms qui peuvent ne rien dire mais des textes qui parlent: Martin, et son Max Linder par exemple:)

13/06/2012, 08:54 | Par Philippe Corcuff

Bel entretien, empli d'explorations!

Et par exemple:

- "l’inquiétude est l’antichambre de l’espérance" : un repère existentiel décisif afin de mettre une dose de lucidité pessimiste au service de l'optimisme.

13/06/2012, 09:11 | Par Lefrançois

comme lien sur Michel Butel je préfère nettement celui sur l'article de Libération, un article, Michel Butel se raconte serait le bienvenu:

http://www.liberation.fr/medias/01012316917-demandez-l-impossible

13/06/2012, 13:30 | Par Mithra-Nomadeblues_

Entretien tellement riche et qui soulève tant de questions... C'est ce mot démocratie qui revient si souvent chez Edwy Plenel et qui est effectivement l'aventure absolument unique qui nous est donnée à vivre sur Mediapart, depuis quatre ans que je le lis et commente, et qui ne cesse de toujours plus me réjouir, et ce malgré des réserves.

Et je retiens particulièrement ceci : "je suis dans une dialectique de l’alarme, dans l’espoir que l’alarme permette que ça bouge. Et pour moi, le journalisme est une alerte démocratique : l’alerte est là pour qu’on s’en saisisse, pas pour déprimer tout le monde." (c'est moi qui souligne)

Mais alors, précisément, selon ce désir démocratique, pourquoi Mediapart semble-t-il  parfois refuser d'éditer en Une des billets de Blogs l'interpellant ostensiblement sur son orientation, sur ses éventuels défauts, sur sa posture - privilégiant souvent des billets allant dans le sens de la flatterie et souvent insipides -, alors qu'il me semblerait si riche d'oser affronter une certaine vraie remise en question ?

Et pourquoi Mediapart ne prend-il pas plus en compte des paroles de "femmes" ?

Selon ma propre lecture des commentaires des abonnés, c'est dans le Club que se dit le plus intelligemment l'orientation du monde.

Mediapart est donc effectivement "un atelier de création", et "la question des médias est totalement imbriquée à la question démocratique", je suis bien d'accord.

Entretien riche et passionnant, donc - reconnaissance renouvelée à Edwy Plenel -, et allons de ce pas rechercher L'Impossible...

 

13/06/2012, 13:43 | Par Thierry T. d'Ouville en réponse au commentaire de Mithra-Nomadeblues_ le 13/06/2012 à 13:30

Serait-il impossible à Mediapart de répondre aux interpellations, de prendre en compte des paroles de "femmes" ?

13/06/2012, 11:33 | Par Jean TRAMUSET

Mdpt ou ''le laboratoire d'une presse citoyenne'' ? Mouais... Et si, à ce sujet, vous lisiez ce billet que j'avais intitulé : ''Médiapart ou l'invention du travail gratuit... payant'' ?

Bonne lecture ?

Jean Tramuset

13/06/2012, 11:18 | Par Denis Meriau

"On va voir quelle sera la diversité à l’Assemblée nationale. Est-ce que le nouveau président de la République va accepter que l’Assemblée nationale ne fonctionne pas selon la loi de la majorité présidentielle, c’est-à-dire selon le désir du Président ? Est-ce que le parti socialiste va accepter la diversité : le Front de gauche, Europe écologie, pour que de nouvelles idées surgissent ? C’est une opportunité décisive, puisque c’est la première fois depuis l’après-guerre que la gauche peut être majoritaire dans les deux assemblées. Donc elle n’a plus aucun prétexte pour ne pas réformer."

Je suppose que cela était dit et écrit avant le premier tour des législatives.
Force est de constater que çà n’en prend pas le chemin ( ou, du moins, pas le chemin le plus court ).

L’assemblée va perdre des « voix » porteuses ( telles que celle de Martine Billard/ voir rétro-journal retraites ) ;

toute la campagne des socialistes a porté sur un seul mot d’ordre : « donner une majorité au président » ( en 2002, Brard parlait des députés UMP qui s’étaient fait élire « en montant sur le porte-bagagde du président » !), ce qui ne jette pas les bases d’une assemblée de débat et de propositions … ;

je ne suis pas un fan de S.Royal. Mais je pense que si elle était élue présidente de l’Assemblée, elle reprendrait le flambeau de Seguin, Debré  qui se sont bagarrés, contre leur propre majorité, pour défendre l’Assemblée, le débat. ( Voir sur mon autre blog ce que disait Debré en plein débat sur les retraites, en 2003 : « Les débats ne sont jamais stériles. » ). Or il semble bien que, parmi les socialistes, un certain nombre ne veulent pas qu’elle occupe ce poste ;

et puis, en mettant l’accent sur les disfonctionnements de l’Assemblée ( affaire Terrasse) au moment où d’autres, comme moi,essayaient de réfléchir à la question « à quoi sert l’Assemblée ( Il y a tant et tant à faire à l'Assemblée / à quelles conditions le débat d'Assemblée peut-il être utile ? ),  Mediapart a ouvert un boulevard au déferlement d’un antiparlementarisme enfoui dans nos racines profondes ;

même Alliès ( Paul) se montre sceptique et lance un signal d’alarme : La tentation d'une révision de confort ( voir fil de commentaires).

13/06/2012, 12:07 | Par Edwy Plenel en réponse au commentaire de Denis Meriau le 13/06/2012 à 11:18

Cher Denis Meriau, bien sûr, l'entretien a été réalisé bien avant les législatives, en mai dernier, au lendemain de l'élection présidentielle. Quant aux résultats du premier tour, qui ne rencontrent pas notre attente (lire ici mon parti pris d'avant premier tour), nous sommes bien d'accord: voir l'excellent résumé de François Bonnet, Une victoire et plusieurs reculs.

13/06/2012, 13:21 | Par Mithra-Nomadeblues_

Cher Edwy Plenel, toujours suite à votre phrase qui m'a frappée :""je suis dans une dialectique de l’alarme, dans l’espoir que l’alarme permette que ça bouge. Et pour moi, le journalisme est une alerte démocratique.", puis-je me permettre de redire ici un commentaire laissé sur le Blog de Thierry Ternisien (qui mériterait attention), pour vous redire combien je partage votre point de vue  :

"A la fois, un journal doit s'occuper du quotidien, de ce qui se passe dans les faits, chaque jour (et donc nous en informer), et à la fois il doit prendre de la distance et aller vers une analyse beaucoup plus fine de l'orientation du monde, que ces faits quotidiens révèlent. Ainsi, cette histoire assez rocambolesque du tweet de Valérie T. mérite bien toute l'attention de Mediapart, dans la mesure où Mediapart y verrait aussi là le signe évident de la question de la place de la femme aujourd'hui en France, en politique. La politique, (comme toutes les religions) reste toujours une affaire entre hommes, qui l'ont toujours confisquée, pour ne laisser aux femmes que leur place à la reproduction. Voilà donc, selon moi, aussi ce que cette affaire de Valérie T. révèle."

Et, selon moi, Mediapart ne voit pas encore assez le sens de l'Histoire, et c'est aussi l'interpellation, me semble-t-il, de Thierry Ternisien.

Bien à vous,

13/06/2012, 13:53 | Par Thierry T. d'Ouville en réponse au commentaire de Mithra-Nomadeblues_ le 13/06/2012 à 13:21

Reprise de ma réponse à votre commentaire dans le fil du billet cité.

Je vous suis totalement. Merci d'apporter un éclairage qui enrichit les différents points de vue sur ce tweet et par extension sur Mediapart. Pour moi, suivant Arendt, nous sommes là typiquement dans l'espace public où nous partageons sur un même sujet les points de vue que nous permettent nos places respectives dans le monde.

13/06/2012, 15:58 | Par Thierry T. d'Ouville

Le tabou majeur pour Mediapart semble se confirmer. Il est le même que pour l'ensemble de la presse. Débattre du métier et de la pratique des journalistes avec les lecteurs. Couriers des lecteurs (voir celui de Télérama !), Médiateurs (cf. Le Monde), Relations avec les télespectateurs (comment interpeller Arte sur le numéro exécrable hier,, d'une émission intéressante 28 minutes ?), Club et commentaires à Mediapart, tout semble fait pour éviter la confrontation sur ce thème. Il y aurait pourtant beaucoup à en retirer de part et d'autre. Je parle d'un débat sur le site permettant à toutes et tous de participer.

14/06/2012, 08:44 | Par Brusseleir en réponse au commentaire de Thierry T. d'Ouville le 13/06/2012 à 15:58

Exact, "tabou majeur" pour les journalistes. Mais Mediapart reste le média le plus engagé en faveur du dialogue, même si celui-ci reste limité.

Vous avez raison : la confrontation est nécessaire.

Cependant, reconnaître aussi que de nombreus fils ne font guère honneur aux lecteurs : vociférations, promotion de l'égo, totalitarisme verbal, enflure, etc. Pas réellement un modèle de dialogue, n'est-ce pas ?

15/06/2012, 09:02 | Par Thierry T. d'Ouville en réponse au commentaire de Brusseleir le 14/06/2012 à 08:44

C'est vrai mais je prends acte qu'Edwy Plenel et la rédaction ne se soumettent pas eux-mêmes aux principes qu'ils défendent. Ils ont peur du club et de son côté chronophage et n'acceptent de discuter un peu que sur le terrain et les thèmes qu'ils choisissent. C'est d'ailleurs d'une certaine façon exprimée dans l'entretien avec Butel. La version papier dans l'Impossible le fait bien ressortir.

13/06/2012, 18:06 | Par passifou

A l'impossible nul n'est tenu, mais on peut essayer.

Mediapart l'a fait, a vécu et vit, sarkozy est tombé, la mainmise sur la presse n'a pas disparu, mais c'est un grand pas..

Qui a dit que la foi, quand elle se marie à la raison et au coeur, cela ne marche pas?

13/06/2012, 18:24 | Par gilgamesch

Hum! hum!

Sur certains sujets, comme le Maghreb et la littérature de ces pays, je  crains le pire.

Mais bon! pas grave

13/06/2012, 23:13 | Par Boris Carrier

L'indépendance, c'est bien. Mais un autre aspect essentiel d'un média hors normes, c'est l'originalité, or si ces 27 journalistes permanents travaillent en vase clos comme cela semble être le cas malgré donc quelques variations l'asphyxie guette. Prenons l'exemple des révolutions arabes: la couverture des événements par Cantaloube ou Puchot prive (peut-être) le lecteur habituel de surprises, enfermé qu'il est dans une grille de lecture préétablie: on peut déplorer sur ce sujet le manque d'interviews plus fréquentes comme celle de Marzouki ou de témoignages d'acteurs impliqués. Oui, MdP n'est pas Rue89 mais à la longue on a un peu l'impression de subir une liturgie sclérosante.    

14/06/2012, 08:39 | Par Brusseleir

On avait connu E. Plenel plus précis dans sa dénonciation du mitterrandisme, dont une grande partie des dérives sarkozystes… dérivent, comme l'entretien le mentionne seulement en passant. Dommage. Il est vrai que l'objet de son ressentissement – justifié, nécessaire et salutaire – n'est plus là : une forme d'élégance ? 

Il n'empêche, à propos de Tapie, cité dans l'entretien ("expert" à la téloche le soir des élections ! heureusement, j'ai pas la télé) : on ne rappellera jamais assez le geste politique répugnant de cynisme de l'ex-président dit "socialiste" nommant le sieur Tapie à la tête d'un prétendu ministère de la ville. Tout était déjà là : haine de classe, mépris pour les pauvres, arrogance, suffisance, poudre aux yeux médiatique, révérence devant l'affairisme déguisé en esprit d'entreprise (Tapie entrepreneur ! on a vu la suite), promotion de l'individualisme comme solution, reniement de l'héritage des luttes collectives, de l'éducation populaire, etc. Tout. Or, cette haine de classe des riches pour les pauvres – jamais éteinte dans le cœur de la société française – a fait son chemin dans les classes moyennes, tant il est vrai que la xénophobie, l'islamophobie, cachent en fait le problème social et la lutte des classes : "salauds de pauvres !" Alors qu'à l'époque, il y a quand même près de trente ans, certains des plus graves problèmes économiques et sociaux auxquels étaient confrontées les classes pauvres des banlieues pouvaient et auraient dû être pris à bras le corps par une gauche de gauche, volontariste et démocratique, le cynisme de Mitterrand et de sa cour, le laisser-faire d'une clique sans convictions ont été érigés en politique.

Le déficit démocratique, la rupture des digues, etc. ont leur origine aussi dans cette arrogance imbécile, faute politique lourde qui a accrédité dans les esprits l'idée vicieuse mais désormais enkystée que "ces gens-là" ne sont pas "comme nous" – les scores records du FN dans le Gard ou le Vaucluse, dont une grande partie du territoire est rural ou rurbain, symboliquement bien loin des banlieues, montrent l'ampleur des dégâts au niveau des représentations mentales. 

Oui, le Parti socialiste tel que Mitterrand l'a construit et la déliquescence du second septennat ont leur part de responsabilité dans l'état inquiétant des consciences. Il serait juste et peut-être efficace que les journalistes libres le rappelent régulièrement à la réincarnation faussement bienveillante de Tonton (du reste, FH doit connaître la phrase de Marx sur Napoléon III, l'histoire et la farce).

Sincères salutations. 

15/06/2012, 17:16 | Par legoual

Merci encore M. Plenel de nourrir le débat avec des références aux analyses précieuses de Cornélius Castoriadis sur la démocratie athénienne.

J'ai le sentiment que Mediapart réussit à sa façon à être fidèle aux principes que Castoriadis énonçait dans les dernières phrases du texte/bilan « Fait et à faire » que l'on trouve dans le livre portant ce titre (désolé je cite de mémoire étant loin de chez moi) :

« Une chose est certaine, ce n'est pas en courant après ce qui se porte et ce qui se dit, ce n'est pas en émasculant ce que nous pensons et ce que nous voulons que nous augmenterons les chances de la liberté. Ce n'est pas ce qui est mais ce qui pourrait et devrait être qui a besoin de nous. ».

24/06/2012, 20:58 | Par la garnie

Je viens de prendre un grand plaisir à la lecture de cet entretien dans l'impossible (trop bien !)

Un bémol cependant que je juge d'importance dans ce monde indispensable de la diffusion du savoir.

A la dernière question vous repondez Médiapart, certes, oui, bien sur, mais vous faites un oubli de taille : FAKIR... Petit journal de bénevoles qui creuse avec des articles de fond et un ton bien rigolo le même sillon que Mediapart, à mes yeux.

Je me dis que vous n'avez peut être pas eu le temps de le lire plusieurs fois de suite...

Ce n'est plus une expérience marginale (comme article 11 qui n'est pas du même tonneau et que j'apprécie aussi) c'est un vrai beau mensuel courageux d'un journalisme comme on l'aime...

Allez encore bravo et toujours ravie d'être abonnée !

04/09/2012, 19:50 | Par profil_inactif_28112

"Mediapart" s'est-il indigné du comportement anti-républicain d'Aurélie Filipetti à l'égard de la presse en ligne, à l'instar du syndicat patronal SPIIL dont il fait partie ? Ou la liberté de la presse est-elle moins importante quand les copains sont au pouvoir ?

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