Sun.
27
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

Reconstruire une vision réaliste de la place des étrangers

Depuis onze mois et une soixantaine de billets, nous donnons des informations sur la façon dont se passe la "politique de l’immigration" en France. Nous avons insisté sur l’inhumanité concrète que doivent subir les étrangers qui ne demandent pas autre chose que de vivre et travailler normalement, au grand jour. Au delà de la connaissance des faits, il est essentiel de tenter de réfléchir au sens de tout cela. Ce sera l’objet d’une partie des billets à venir.

 

Sortir des idées reçues pour recoller à la réalité individuelle, nationale, européenne n’est pas toujours facile. Nous avons fait quelques tentatives, à propos de la forteresse Europe, de la recherche du sens de la politique de l’immigration, du rapprochement des conditions de l’emploi des étrangers avec l’esclavage, de la publication d’une série d’études sociologiques, des surprises de l’accueil et de l’intégration des étrangers selon les services officiels, ou encore de l’inadaptation profonde du CESEDA (Code de l’Entrée et du Séjour des Etrangers et Demandeurs d’Asile).

 

Notre modeste contribution n’est pas la seule, bien entendu. Nous mêlerons donc nos réflexions personnelles à des commentaires d’ouvrages et de publications qui se font de plus en plus nombreux. En effet, devant des déclarations et des actions du pouvoir de plus en plus extrêmes, nombre de chercheurs et de penseurs ressentent la nécessité d’aider leurs concitoyens à reprendre contact avec le réel.

 

A titre de premier exercice, prenons la célèbre déclaration de Michel Rocard en 1989, à l’occasion du cinquantenaire de la Cimade : "La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part".

 

"La misère du monde" : de qui s’agit-il ? Sans doute pas des demandeurs d’asile, que la France est tenue d’accueillir par les accords internationaux qu’elle a signés. Ce doit donc être ces étrangers, hommes et femmes, venus chercher le travail qui leur permettra de nourrir leur famille, sur place ou au pays. Des travailleurs qui assurent les tâches que les Français – ou les immigrés plus anciens – se gardent bien de leur disputer, car trop pénibles et trop mal payées. La misère, c’est en France qu’ils risquent de la trouver.

 

La loi sur l’immigration leur ferme à peu près toutes les portes, les obligeant à vivre et travailler cachés, rendant impossible un véritable accueil. Une formulation plus exacte de cette déclaration serait donc : "La France, en accueillant si mal ces travailleurs du monde dont elle a besoin, les pousse vers la misère".

 

Heureusement, ces migrants sont parmi les plus courageux et les plus débrouillards de leur communauté d’origine, et "la France" n’est pas un bloc « administrativement correct ». Si bien que beaucoup parviennent à une vie modeste mais stable. Malgré l’insécurité qui plane sur tous leurs déplacements. Et avec la peur au ventre.

 

Fin septembre 2009, la Cimade était réunie en colloque à Strasbourg pour marquer son soixante-dixième anniversaire - elle a en effet pris naissance dès le début de la seconde guerre mondiale pour venir en aide aux personnes déplacées du fait de la guerre. Michel Rocard y a repris cette même formule en l’élargissant un peu: "la France et l’Europe peuvent et doivent accueillir toute la part qui leur revient de la misère du monde". Nous nous interrogeons : est-ce bien à l’Europe de décider quelle misère est à secourir et laquelle doit perdurer, tout comme les puissances européennes se sont partagé le monde dans les siècles passés ?

 

On trouvera ici l’essentiel de la « leçon », accueillie diversement au sein même de la Cimade. Elle se conclut sur la proposition de quelques pistes. Nous retiendrons la première : "que l’inévitable partition des candidats à l’immigration entre ceux que la France peut accueillir et ceux qu’elle choisit de ne pas accueillir soit faite, en amont, le plus humainement possible. ".

 

Et si, jetant aux orties quotas et règles transparentes, on reportait en amont, vers les pays d’émigration la faculté de décider humainement qui a vocation à vivre hors de chez lui, par exemple :

  • en cessant d’entretenir l’état de guerre qui fait affluer de jeunes afghans vers l’Europe ?
  • en cessant de subventionner les productions alimentaires européennes dont la vente à perte en Afrique assèche l’agriculture vivrière locale ?

Martine et Jean-Claude Vernier

--

Pour consulter la liste des billets de Fini de rire, c’est ici.

Pour être informé par courriel de la mise en ligne des nouveaux billets, on peut envoyer son adresse électronique .

Tous les commentaires

François Nadiras (http://www.ldh-toulon.net) nous signale une contribution de la LDH-Toulon sur les déclarations de M. Rocard et leur interprétation (http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3513), renvoyant à un suivi historique depuis 20 ans de la circulation de cette petite phrase sur la misère du monde.

Merci de cette mise en perspective.

J'aimerais aussi en savoir plus sur la Cimade, si vous avez un lien ?

 

Le lien vers le site de la Cimade est dans la colonne de gauche du blog, sous l'entête "Ses liens"

Welcome...

... je ne vois pas bien le rapport de cette video avec le sujet du billet.

Ou bien faut-il y voir comme une analogie: NS croit parler anglais alors qu'il parle français / MR croit parler en homme de gauche alors qu'il parle sarko?

 

Sarkozy souhaite la bienvenue aux étrangers... aux investisseurs étrangers. C'est une manière de souligner combien l'argent a plus de poids que des êtres en désarroi fuyant des pays en guerre...

Et sous Chirac, la France... premier pays d'accueil... http://www.arteradio.com/son.html?23303

Dans la même veine, le Gouvernement vient de publier un décret créant une nouvelle carte de résident. Ainsi, l'étranger en séjour régulier en France et qui, personnellement ou par l'intermédiaire d'une société qu'il dirige ou dont il détient au moins 30 % du capital, créé ou s'engage à créer ou à sauvegarder au moins 50 emplois ou investit ou s'engage à investir au moins dix millions d'euros en immobilisations corporelles ou incorporelles, peut se voir délivrer une carte de résident. Et ce n'est pas un canular! Indécis

Sauf crise économique comme celle que nous traversons, les populations se mélangent selon les lois de la nature, par attraction mutuelle et désir de se prolonger, un métissage qui aplanit les relations humaines. Je constate qu'on rencontre toujours plus de possibilité de découvrir des films d'ailleurs, des musiciens étrangers de talent, d'entendre à la radio des témoignages d'immigrés, y compris les clandestins. Les publicités aussi affichent un métissage souriant. Alors que dans la vie quotidienne, c'est la foire d'empoigne, plus ça va, plus le message qui est perçu est d'éviter de se mélanger "à partir de maintenant", chacun incité à rester dans son rail culturel ! Signe que quelque chose cloche !

Newsletter
Je m'identifie