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Jui

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Journal d’une petite racaille

 

© GdS

Je suis née à la Courneuve, dans le 9-3. Ma mère était tigrée grise. Ce n’était pas sa première portée, loin de là. Un voisin, Mourad, avait bien proposé à ses « maîtres » de l’emmener se faire stériliser mais ils avaient refusé. Trop cher, disaient-ils. Pas dans nos moyens. Alors, comme il était dingue de chats et qu’en plus de son boulot de coursier il travaillait comme bénévole pour une association qui les recueille, il a suggéré de s’en occuper lui-même par la SPA. Mais c’était trop tard. Elle attendait déjà une nouvelle portée. Deux petits mâles gris, qu’ils n’ont eu aucun mal à caser grâce à une annonce à la boulangerie, une petite écaille de tortue qui n’a pas survécu, et moi.  Moi, qu’ils ont offert à leurs enfants comme jouet.

En finir avec elle

Du plus loin qu’il te revienne, elle a toujours été là. Quand tu étais enfant, elle ornait les mains de tes parents. Elle virevoltait, volutes légères, plaisirs impalpables ou te réconfortait, braise rougeoyante et attendue comme une promesse dans l’obscurité de la chambre mansardée. Insouciante, mystérieuse et terriblement séduisante, elle te fascinait déjà. Tu l’imaginais comme aurait été pour vous, les mômes, une sorte de pastille Vichy, une violette confite ou un carré de Zan. Un petit délice intime qu’on suce  presque en secret au fur et à mesure des journées.

La Journée de la Marmotte

© GdS

Il suffit de peu de choses. Des giboulées en mai. Une porte qui claque parce qu’arrive un moment où on ne peut plus supporter d’être traité n’importe comment par un employeur, même en CDD. Le silence fracassant des collègues. Un peu trop d’épées de Damoclès suspendues au-dessus de ta tête et depuis trop longtemps. Tu as déjà connu tout ça. Ajoute à ça des factures qui s’accumulent. Une belle histoire qui s’effiloche. Un nouvel échange orageux avec ta (douce) mère. Déjà donné aussi. Une crise inflammatoire des lombaires qui te fait penser que l’ « obsolescence programmée » ne concerne pas que les articles de consommation courante (ce que te confirme d’ailleurs le miroir chaque fois que tu as la malchance de le croiser).

Les couleurs de l’hiver

© GdS

La femme était assise sur une banquette située en diagonale devant la mienne, me tournant le dos. La fermeture éclair de sa robe orange n’était pas remontée jusqu’en haut et laissait apparaître un petit triangle de peau. Roulée en boule sur ses genoux, une doudoune de ce violet qu’on nomme cardinal et son sac, un énorme cabas  de skaï fuchsia. Aux pieds, des bottes de caoutchouc jaunes bordées d’un liséré bleu et blanc. Elle semblait fredonner à mi-voix et passait à intervalles réguliers la main dans ses cheveux pour retaper son chignon déglingué.

Depuis que Charles-Edouard est parmi nous…

© GdS

Cela devait se passer fin octobre-début novembre,  le ciel était incertain mais un petit vent glacé nous avait fait remonter le col de nos vestes et tenir les mains à l’abri au fond des poches. Nous déambulions dans les rues d’un pas de samedi après-midi, sans but particulier, avec plein de « peut-être » et de « au cas où » dans la démarche, c’est-à-dire aussi bien prêts à tout qu’au moindre petit rien. 

Marx en terrasse et Hemingway en bermuda

© GdS

Tout change. Même si c’est parfois imperceptiblement. Mes tout premiers billets, je les ai écrits d’ici-même, il y a tout juste quatre ans. Des cartes postales de vacances postées un peu timidement à de nouveaux amis que je ne connaissais pas encore vraiment.

La compagnie des nuages

© Yseult/flick.fr

La compagnie des nuages n’est pas dérangeante. Elle permet de faire le point, de tourner la page ou même d’oublier. Elle fait se sentir encore là,  présente, vivante. D’autant qu’il n’existe sûrement pas de spectacle plus varié à contempler. Du blanc nacré au rose ou au gris ardoise, du bleuté au presque noir en passant par le mauve ou l’orangé, du laiteux au transparent plus ou moins opalescent ou au quasi opaque, effilochés ou moutonnés, dispersés ou en vagues serrées, les nuages dessinent une géographie changeante que seule l’humeur de celui qui les contemple peut décrypter. 

Quartier d'orage

© GdS

Au début, je ne t’aimais pas.  Je te trouvais un peu morne, ennuyeux, disparate, et à vrai dire sans aucun charme particulier. Surtout, tu étais souvent laid, mal soigné et ne faisais rien pour t’arranger. En fait, je ne te l’ai jamais caché, si j’étais venue vers toi, c’était avant tout par commodité. Tu me rapprochais. Je n’avais plus ces interminables corvées de transport aux heures où la plupart des autres étaient encore ou déjà couchés.  J’allais enfin à pied, mais je te traversais sans te voir, sans même te regarder.

Les coulisses jusqu’hallali

© Christophe RUSSEIL/FTV pour RTL

Ça tient à la fois de la course-poursuite,  du stock-car, de la chasse à courre ou du rodéo.  Ça se passe à pied, en voiture, à moto, on n’a pas encore vu le bateau mais ça ne saurait tarder… A la limite, peu importe, l’essentiel est  dans la prise, donc un seul impératif : faire au plus vite, au plus efficace, au plus spectaculaire. Avec en sous-titre, bien sûr,  « hein que c’est nous les meilleurs ! »

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