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Billet de blog 4 novembre 2011

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(re) Après l'économie.

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C'est la lecture de l'article de Ludovic LAMANT "Il faut "refonder" l'économie !" et des premiers commentaires qu'il a suscité, à propos du dernier livre de l'économiste atterré André ORLEAN "L'empire de la valeur", qui m'a donné l'envie de prolonger mon premier "Après l'économie...".
Extrait :
"...comment se coordonnent les producteurs d'un côté, les consommateurs de l'autre, pour que des échanges aient lieu? Comment se forme le marché? Réponse officielle: parce que les objets ont une valeur intrinsèque. Une valeur liée à leur utilité d'usage, disent les «néo-classiques». Une valeur mesurée par la quantité de travail nécessaire à la fabrication de l'objet, avancent les marxistes.
Orléan déconstruit cette «théorie de la valeur», et démontre, contre Léon Walras, mais aussi contre Karl Marx, que la valeur n'est pas une substance en soi. Il n'y a pas de valeur objective des choses, mais des jugements de valeur. A l'endroit d'une «économie des grandeurs» (où l'on mesure l'utilité du bien, ou la charge de travail accompli), il milite pour une «économie des relations», où la valeur de l'objet naît, non pas de l'objet lui-même, mais des relations entre individus. Un changement de paradigme, à partir duquel tout reconstruire.
Mais sur quels critères, dès lors, se décident les individus ? Par «mimétisme», tranche Orléan : ce serait la rivalité entre individus, pour obtenir un même bien, qui fixerait la valeur de la marchandise. «
Les individus ne savent pas ce qu'ils désirent (...) Pour déterminer ce qui mérite d'être acquis, ils regardent autour d'eux, cherchant dans l'expérience des autres un modèle à imiter», écrit-il."
Comme l'indique l'excellent commentaire de Dominique G BOULLIER (14:27 le 2/11), cette hypothèse renvoie en particulier aux travaux de Gabriel TARDE (fiche Wiki).
(Merci à Dominique pour cette découverte qu'il m'a offerte.)
Laissant de côté le débat critique sur le bouquin, je voudrais ici souligner combien cette approche confirme me semble-t-il l'hypothèse qui devrait être à notre "ordre du jour" et que j'essaie de faire valoir, selon laquelle, c'est après (c'est à dire au delà de) l'économie, comme comptabilité des matérialités et science de leurs échanges, que peut se construire l'alternative à la dérive capitaliste suicidaire et à l'idéologie néo-libérale qui la soutien, et non à partir d'elle.
Ce qui veut dire en d'autres termes, que l'économie, en tant que science, fut-elle de gauche, fait partie du problème et ne peut donc conduire à sa solution, qu'à la condition de s'effacer (ce qui ne veut pas dire disparaître).
Et que les économistes, de gauche, nous fourvoient dès lors qu'ils sortent du diagnostic et entrent au nom et en vertu de leur science dans la prescription politique (d'ailleurs, la plupart d'entre eux et c'est heureux s'y reffusent).
En revanche, si nous accordons quelque crédit à cette théorie de l'imitation, nous voyons bien, combien est primordiale la question éducative, et en quoi l'acte éducatif ou la fonction éducative devrait être ce nouveau "paradigme" universel du politique et de la civilisation post capitaliste à venir.

(amorce de prolongements)

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