(en prolongement de "la gauche gauchie" puis, "la gauche "réaliste"")
Pour être cohérent avec ces deux précédents billets j'aurais pu titrer celui-ci "Après le capitalisme", car c'est bien en effet sur cette introuvable alternative qu'il s'agit de revenir après avoir établi :
- l'irréalisme de cette objectivité comptable qui nous submerge et nous ampute de ce que nous sommes,
- l'assujettisement à cette objectivité réaliste prétendue, de toutes ces voies de gauche qui s'entredéchirent dans une course à une crédibilité illusoire, contrainte dans les limites qu'elle leur impose selon une mécanique infernale de la réification (voir à propos de la réification cette intéressante introduction que propose Frédéric Vandenberghe à l'étude qu'il lui a consacrée).
Mais, s'eût été justement le renouvellement de la même erreur, du même enfermement dans toujours cette fausse rationalité qui postule le matérialisme comme horizon indépassable du réalisme.
Contre toute évidence pourtant... comme si tout ce qui ne peut-être ni mesuré, ni quantifié, ni calculé n'existait pas.
Alors...?
Alors il faut déblayer.
Peut-être faudrait-il tout d'abord repousser au second plan la querelle "du marché". Non qu'elle soit inintéressante et ne recouvre pas de vraies problématiques, mais est-elle réellement première, ou fondamentale ? C'est à dire : faut-il pour fonder en principe, une alternative crédible au capitalisme l'asseoir sur le refus du marché, et considérer celui-ci comme préalable théorique à tout engagement crédible ?
Etre pour ou contre "l'économie de marché"... cette discrimination a-t-elle un sens ? Quelle est réellement cette ligne de démarcation qui ne sépare à bien l'entendre que les deux chapelles d'un seul et même culte, celui de l'avoir ?
Alors peut-être faudrait-il, par pur réalisme, considérer enfin comme essentiel tout ce qui ne peut-être ni mesuré, ni quantifié, ni calculé, et qui fondamentalement fait de nous ce que nous sommes et nous singularise.
Et c'est un étonnement de constater dans quelle ignorance et avec quel mépris de ce réel, la philosophie politique s'est elle même peu à peu reniée, chosifiée en discipline accessoire de l'appropriation, singularisée et autocentrée sur une chose publique qu'elle a marchandisée. Une science fragmentaire de l'agencement des structures et instruments de pouvoir, de la maîtrise des techniques de conquête, d'exercice et de conservation du pouvoir, ayant depuis belle lurette perdu de vue le sens de ses finalités et l'irréductible nécessité de l'unité comme condition du mieux, pourtant toujours promis par elle pour demain.
Nous sommes bien loin de cette ambition fondatrice, et vénérée à ce titre, des astronomes, mathématiciens et géomètres du "miracle grec".
Il y a dans l'air comme un parfum de renoncement, voire d'indignité.
La démonstration a pourtant été faite, dite et redite : nos idées, nos représentations, nos rêves et nos émotions ne sont que les constructions culturelles, les produits idéologiques par lesquels nous sommes.
Et ce n'est, ni par les régulations, ni même par les révolutions, économiques voire institutionnelles qu'adviendra une quelconque alternative au capitalisme. Elles ne seront au mieux que le symptôme d'une disqualification acquise d'abord dans les têtes.
Et c'est cela qui devrait être à l'ordre du jour de nos disputes. Qui était déjà à l'ordre du jour il y a des lustres, pour nos premières révolutions et ressurgi aujourd'hui dans les forums indignés.
Il faut ce rendre à l'évidence, en revenir à l'essentiel, au diagnostic de l'épuisement du capitalisme pris dans la dynamique mortifère incontrôlable et obtuse du matérialisme, à la problématique de la fabrique de l'opinion et à la question stratégique en n'oubliant pas qu'il n'y a pas d'autre but que le chemin parcouru.
En soi, le réformisme (qu'il soit d'accompagnement ou de transformation... coucou Melchior), n'est pas une illusion qu'il faut rejeter. Mais il ne faut surtout pas qu'il fasse illusion, c'est au delà de ses contingences que doit porter notre regard.
Et le protectionnisme qui nous est conté... n'est qu'un réformisme.
Certes, il faut manger... est-ce à dire qu'il faille n'aspirer qu'à vivre comme des gorets en batterie ?
(Prolongement encore : (re) Après l'économie.)
Ajout du 3 novembre : voir cet article de Ludovic LAMANT : "Il faut "refonder" l'économie !" à propos de "L'empire de la valeur" d'André ORLEAN (économiste atterré).