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Des photos de Gilles Caron retrouvées dans un bunker normand

Visa pour l’image 2010  (Droite à gauche: Louis Bachelot, Marjolaine Caron, Marianne Caron de la Fondation Gilles CaronVisa pour l’image 2010 (Droite à gauche: Louis Bachelot, Marjolaine Caron, Marianne Caron de la Fondation Gilles Caron © Geneviève Delalot

Dans son édition quotidienne de ce lundi 21 février 2011, « La lettre de la photographie » révèle que 736 pellicules de photos du mythique photographe de l’agence Gamma seraient entreposées dans le bunker normand où la société Corbis-France conserve les archives de l’agence Sygma.


Le bunker de Locarchives ou Corbis entrepose 50 millions de photosLe bunker de Locarchives ou Corbis entrepose 50 millions de photos © Locarchives

 

Le 25 mai dernier, je publiais ici même « La seconde mort de l’agence Sygma », un billet annonçant le dépôt de bilan de la société Corbis-Sygma. Souvenez-vous, en 1999, l’homme le plus riche du monde, Bill Gates, rachetait l’agence Sygma dirigée par Hubert Henrotte. Une agence de presse qui domina le marché du photojournalisme pendant plus de trente ans.

 

Hommage de Visa pour l'image à Gilles Caron pour les 40 de sa disparition.Hommage de Visa pour l'image à Gilles Caron pour les 40 de sa disparition. © Geneviève Delalot / photos.puech.info

 

Pour cette opération, deux sociétés de droit français étaient créées : Corbis France, une société détenue à 99% par Corbis Corporation, la maison mère, et Corbis-Sygma, une filiale de Corbis France… Comme quoi les américains connaissent le principe des poupées russes !

 

Prenant le prétexte d’un procès perdu contre un photographe (Lire : « Corbis-Sygma : le poids de Gates, le choc d’Aubert »), Corbis Corporation décida de déposer le bilan de Corbis-Sygma. L’affaire fut rondement menée et ne fit guère de bruit, mes confrères se contentant de donner la version de Corbis, où l’infortuné ex-photographe Dominique Aubert était désigné comme la brebis galeuse responsable de la perte du troupeau.

 

En cinq ans d'activité, Gilles Caron à une production époustouflanteEn cinq ans d'activité, Gilles Caron à une production époustouflante © Geneviève Delalot / photos.puech.info

Neuf mois après, on n’entendait plus parler de Corbis-Sygma. Au tribunal de commerce, toutefois, se succèdent les audiences concernant les démêlés juridiques faisant suite à la liquidation du groupe Eyedea (Keystone, Gamma, Rapho) au profit du photographe François Lochon.

 

A chaque rendez-vous dans l’île de la Cité, au tribunal de commerce de Paris, je profite de l’occasion pour interroger Maître Gorrias, administrateur de la liquidation des deux affaires, pour lui poser la question de l’avenir du fonds photographique de Sygma. C’est lui, en effet, qui doit faire son affaire de quelques millions de clichés entreposés en Normandie.

 

En novembre dernier, il m’annonçait vouloir les vendre aux enchères, et le 8 février dernier, il me confiait devoir être contraint sous peu de les détruire !

 

Peut-on brûler des photos dans la patrie de Niepce ?

Retrouver 736 films de Gilles Caron, c'est inestimable. Retrouver 736 films de Gilles Caron, c'est inestimable. © Geneviève Delalot / photos.puech.info

 

De combien de photos parle-t-on ? Appartenant à combien de photographes ? Pour les besoins de l’article publié ce lundi 21 février 2011 dans « La lettre de la photographie », j’ai interrogé, par courriel et par l’intermédiaire d’une attachée de presse, Dan Perlet « Global Director of Communications de Corbis ». Une vieille connaissance, si je puis dire. (Lire : « Corbis Images Europe licencie la moitié de son personnel »)

 

Question : Avez-vous une estimation du nombre d’images et du nombre de photographes concernés ?

Dan Perlet : « Le Site de Préservation et d’Accès (ndlr : il s’agit d’un bunker situé à côté de Dreux en Normandie) contient environ 50 millions d’éléments photographiques dont environ 75% sont sous le contrôle de Corbis Corporation (photographes ayant signé un contrat avec Corbis Corporation) et les 25% d’éléments photographiques restants sont sous le contrôle du liquidateur judiciaire (photographes n’ayant pas signé de contrat avec Corbis Corporation et étant représentés par Sygma). Nous n’avons pas de chiffre précis sur le nombre de photographes. »

 

Question : Nous parlons bien des archives de l’agence Sygma ?

Dan Perlet : « Les Archives Sygma – 7 km de rayons – comprennent uniquement les éléments photographiques résultant de l’acquisition de Sygma en 1999 (et les éléments des diverses entreprises que Sygma avait acquises au cours des années précédentes). ../... Corbis Corporation continue de représenter ces 75% de contenus (et les commercialise pour le compte de ses photographes contributeurs à travers le monde). De plus, elle continue de maintenir le Site de Préservation et d’Accès afin de les préserver. Le liquidateur judiciaire est en charge de l’entretien des 25% d’éléments photographiques restants. Il a entrepris de restituer, dans la mesure du possible, les matériels photographiques aux photographes. Les 25% de contenus restants sont encore archivés sur le Site de Préservation et d’Accès. »

 

Question : Pour quelle raison est-ce Corbis France qui règle la facture de ce stockage, étant entendu que ces archives sont dans les mains de MaÏtre Gorrias ?

Dan Perlet : « Corbis continue le maintien du Site afin de préserver le contenu Sygma représenté par Corbis Corporation. » (sic)

 

25% de 50 millions faisant 12,5 millions de clichés, voilà le stock qui est menacé de destruction. Ce n’est pas rien ! Une tranche de l’Histoire du monde rassemblée au péril de la vie des photographes.

 

Surtout, qu’inopinément, Marianne Caron, Présidente de la Fondation Gilles Caron, apprend que dans cette douzaine de millions de photos, se trouvent 736 films appartenant à Gilles Caron de l’époque où il travaillait pour l’agence APIS rachetée par Sygma ! Comme quoi, dans tous ces millions de clichés, il y a de véritables œuvres !

 

Et, comme c’est bizarre, pendant le week-end, circule l’information selon laquelle Maître Gorrias va écrire aux photographes concernés ! Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait depuis neuf mois ? Mystère.

 

Maître Gorrias serait donc tout disposé à rendre leurs pellicules à tous les photographes qui en feraient la demande, même si les délais juridiques sont dépassés… Ceci au conditionnel, car ni Maître Gorrias, ni sa collaboratrice chargée du dossier, ne sont joignables.

 

Donc, qu’on se le dise ! Il faut que les photographes concernés se manifestent et, il faut espérer que, dans la patrie de Niepce, les photos qui ne seront pas réclamées finissent dans un musée, une bibliothèque ou une fondation, mais pas dans un incinérateur !

 

Michel Puech
Lundi 21 février 2011

 

Lire : « 736 films de Gilles Caron retrouvés » in La lettre de la photographie (FR / EN)Erratum estSous le titre "Gilles Caron: découverte fabuleuse" Audrey Leblanc précise, en collaboration avec Sébastien Dupuy ex-redacteur-en-chef de Corbis Sygma, le procéssus qui a ammené le juge commissaire chargé de la surveillance du dépôt de bilan de Corbis-Sygma à avoir connaissance de l'existence de 736 films de Gilles Caron. Audrey Leblanc profite de cette actualité pour esquissé une thèse selon laquelle parler des photographes "de légende" nuirait à la compréhension de leurs travails et de celui des agences... (A suivre)

 

A l’attention des photographes :Les photographes qui auraient envoyé des reportages aux agences concernées par le fonds Sygma-Corbis (APIS, TempSport, Kipa etc.) et souhaiteraient les récupérer doivent DE TOUTE URGENCE faire valoir leurs droits auprès de Maître Stéphane Gorrias SCP BTSG 1 place Boieldieu 75002 Paris – France

 

Prolonger

 

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« A l'oeil » ?

« A l’œil » s'intéresse essentiellement au photojournalisme, à la photographie comme au journalisme, et à la presse en général. Il est tenu par Michel Puech, journaliste honoraire (carte de presse n°29349) avec la collaboration de Geneviève Delalot, et celle de nombreux photographes, journalistes, iconographes et documentalistes. Qu'ils soient ici tous remerciés.

« A l’œil » est ce qu’il est convenu aujourd’hui d’appeler un blog. C’est en réalité une collection d’articles (reportages, enquêtes, billets d’humeur, etc.). Créé en août 2008 sur le site du Club de Mediapart, il dispose également de son propre site www.a-l-oeil.info qui reprend, outre les archives des publications dans le Club Mediapart, celles de La Lettre de la Photographie et de plusieurs autres publications auxquelles Michel Puech a collaboré. (Libération, Le Monde, La Croix, Le Courrier Picard, VSD, etc.)

Tous les textes et toutes les photographies ou illustrations sont soumis à la législation française, en particulier, pour les droits d'auteur. Aucune reproduction même partielle n'est autorisée hormis le droit de citation.

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Tous les commentaires

21/02/2011, 21:12 | Par Michel Puech

Bonjour,

 

Deux précisions techniques :

1 - Les commentaires étaient fermés par erreur, un clic malheureux ?

2 - Dans "La lettre de la photographie" quand vous êtes au sommaire, si vous ne voyez par l'article en question, cliquer sur FR et taper "caron" ou "sygma" ou "puech" dans le moteur de recherche du site.

 

Bien à vous

MP

21/02/2011, 20:25 | Par marguerite

Bonsoir,

Merci, maintenant le lien vers La lettre de la photographie fonctionne.

Je mets donc ma question ci-dessous :

Y aura-t-il une possiblité de se manifester, de soutenir, en tant que non professionnelle, en défense de la préservation et de la protection de ce patrimoine extraordinaire ? Comment éviter l'éventualité inacceptable d'une destruction ? Et comment éviter la "braderie" qui pourrait également s'organiser autour de cette mémoire qu'on voudrait visiblement privatiser ?

Je dis ça car il y a sûrement des visées lucratives, il n'est pas nécessaire d'être grand devin pour imaginer cela, parmi d'autres cas de figure possibles.

Cette affaire a sans aucun doute un écho international. Savez-vous ce qu'en disent les photographes concernés ?

22/02/2011, 11:00 | Par Michel Puech

Marguerite,

 

Je ne sais pas si il y a des initiatives collectives ... J'en doute. Peut-être pouvez vous vous rapprochez de Freelens-UPP.

 

Evidement j'espère que les informations que je donne vont "faire bouger" un peu le monde photographique, mais vous savez il y a des quantités de fonds d'archives photographiques en perdition... Helas.

 

Du coté des photographes, il faut savoir que c'est un métier d'individualistes (pour ne pas dire trop souvent d'égoistes). Ce sont des gens trés interessant, passionnant et souvent attachant; mais pour qui l'action collective est pratiquement inconue.

 

Qui plus est, ces fonds en perdition, sont l'oeuvre de photojournalistes agés ou qui prennent de l'age, et sont parfois plus trop rapide à réagir.

 

La liquidation de Sygma arrivait après le réglement judiciaire d'Eyedea, donc on aurait pu imaginer que tous se mobilisent... Que nenni ! Certes, tout n'a pas été fait pour qu'ils soient informés en temps et en heure (je reviendrai sur ce sujet), mais bon...

 

Comme vous pouvez le remarquer l'informtation publiée hier, n'a encore donné lieu à aucune reprise par mes confrères.

 

Cordialement

MP

22/02/2011, 11:52 | Par marushah

Je vais me faire l'avocat du diable.

Si je trouve indispensable qu'il soit possible aux photographes (ou ayant droit) qui le souhaite de récupérer les photos, je ne suis pas sur qu'il faille sauver tout ce materiel.

Les choses, quelle qu'elle soit, ont une durée de vie limitée. Si certaines photos doivent mourir aujourd'hui, pourquoi pas. Je ne pense pas qu'il faille toujours tout sauver. Que des musées puissent aller voir le fond et garder des photos non réclamées qui leur semblent interessantes, ok. Mais vouloir tout sauver me semble être du délire. Dans 100 ans, il faudra encore sauver toute la production de tous les journalistes du monde qui ont pris des photos ???? C'est une course sans fin. Ca a un prix, et perso, je préfère que l'état fasse des ecoles que des bunker pour garder toutes les photos du monde.

22/02/2011, 14:20 | Par Michel Puech en réponse au commentaire de marushah le 22/02/2011 à 11:52

Cher Maître du diable,

 

Du fait du temps qui passe, tous les documents ne sont pas conservés. C'est une évidence.

Après, il y a document et document. Dans les agences photographiques de presse du XXeme siècle, il y a des images de l'histoire du monde qui sont rares. Le nombre des photographes n'étaient pas celui d'aujourd'hui.

A Saigon, pendant la guerre du Vietnam, il ne devait pas y avoir plus de quelques dizaines de professionnels en même temps sur le terrain.

A Tunis au Caire, ils étaient plusieurs centaine. Il y aura donc un peu plus de chance qu'il reste des images.

Bref je comprends votre reflexion, mais si l'on avait suivi votre raisonnement on aurait perdu beaucoup de témoignages du temps passé, parfois fort utile pour comprendre le temps présent.

Enfin, votre mise en parallèle des écoles et des musées est - comment dire - une peu démagogique. Les coûts ne sont en rien comparable ! Jettez un oeil sur la différence entre le budget de la Culture et celui de l'Education national... (Sans oublier que pour apprendre, il faut des livres, des photos, des films etc.)

Cordialement

MP

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