Dim.
21
Sep

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Presse en ligne: chacun cherche son cash

Un an après sa création, le Syndicat de la presse d'information indépendante en ligne tenait vendredi 22 octobre la première journée de la presse en ligne à la Maison des métallos à Paris. 450 inscrits selon les organisateurs, autant selon Mediapart (qui fait partie des organisateurs;).
La journée s'est organisée en ateliers pratiques en deux séances plénières où, de façon significative, Pierre Haski de Rue89 animait un débat sur les enjeux professionnels de la presse en ligne tandis qu'Edwy Plenel s'occupait de ses enjeux démocratiques. On ne se refait pas.

Le premier débat rassemblait donc, autour de Pierre Haski, Frédéric Filloux, ancien directeur de Libération et de 20 minutes France, désormais consultant, Emmanuel Parody, éditeur de CBS Interactive, Francis Pisani, journaliste, et Cyril Zimmermann, PDG d'Hi-Media.

En fait de débat sur les mutations des pratiques journalistiques en ligne, la discussion entre ces dirigeants, ex-dirigeants et conseillers de dirigeants de médias s'est rapidement orientée vers la question du modèle économique de la presse sur Internet.

Quelques idées tirées du débat:

Emmanuel Parody:

  • L'erreur commise par les journaux au moment de créer leur site Web a été de l'imaginer comme un portage du contenu du papier sur un nouveau support sans le repenser spécifiquement. La même chose se produit avec le mobile où l'on essaie de reproduire le site Web sans s'interroger sur les spécificités du support.
  • Jusque-là, il était acquis que le Web c'était la circulation et le lien. On assiste à une régression avec l'apparition du mobile, avec la tentation de déconnecter les contenus, de gérer les liens vers l'extérieur à la périphérie de l'article.
  • La course générale à l'audience à laquelle on a assisté jusque là s'est arrêtée à cause de la décroissance des rendements publicitaires: plus les sites augmentaient leur audience, moins celle-ci avait de valeur. On est donc passé à l'idée de revenu par utilisateur, celui-ci pouvant apporter du revenu de multiples façons.
  • Tout le monde parle de Facebook aujourd'hui comme de Google auparavant en attendant d'en recevoir beaucoup de trafic. En fait, c'est vraiment infime: 1,25% renvoyé vers les sites vers les médias. La plupart des utilisateurs de Facebook l'utilisent pour jouer en ligne ou comme alternative au webmail, mais pas pour consulter de l'information. Facebook crée du lien mais pas du clic. Il faut travailler avec, parce qu'on y trouve une bonne qualité d'audience, identifiée, qualifié, peut-être plus fidèle que celle qu'on trouve sur Google, mais pas en attendre un trafic de masse.
  • Quel est l'intérêt aujourd'hui de disposer d'une grosse audience? C'est la culbute au moment de la revente. Les investisseurs ne retrouvent pas leur mise de départ dans la recherche de rentabilité d'une site mais dans le prix de revente. Il y a une bulle, il faut regarder les chiffre en face.

Frédéric Filloux:

  • Tous les clics ne sont pas égaux. Il faut sortir de l'approche publicitaire du clic indifférencié. Quelle part de visiteurs à une vraie valeur? Qui vient par fidélité à une marque?
  • Il faut constater qu'il n'y a pas de modèle économique pour un journalisme de qualité. Rue89 (qui approche de l'équilibre économique) n'a pas trouvé un public suffisant pour se financer ses seules activités journalistiques (grossièrement 50% des revenus de Rue89 viennent de la publicité, 30% de la formation professionnelle et le reste du développement de sites Web). Aujourd'hui, le business du journalisme n'est plus un modèle de revenu viable.

Réponse de Pierre Haski:

On avait la possibilité de rester sur la commercialisation de contenu journalistique, mais pour atteindre des niveaux d'audience suffisants, il aurait fallu devenir Disneyland, dégrader ce que nous proposions en faisant du people... On a préféré garder une cohérence journalistique en les prolongeant avec des activités qui nous semblent compatibles avec notre ligne professionnelle.


Cyril Zimmermann:

  • Il est nécessaire de délinéariser la presse (de cesser de vendre un journal ou un site comme un tout, mais de passer à l'achat à l'article). Mais alors on verra que tel journaliste est rentable et tel autre non. Il faut faire en sorte de ne pas transformer les journalistes en pigistes payés au trafic sans faire leur travail d'informer dans des conditions satisfaisantes.
  • La course à l'audience est dangereuse, car les éditeurs s'y retrouvent à court terme, mais à long terme, ils font baisser leur qualité et la valorisation de leur audience baisse.

Aides à la presse
Le débat suivant a réuni Aldo Cardoso, auteur du rapport «La gouvernance des aides publiques à la presse» (compte-rendu ici), Simon Barry, président du comité d'orientation du fonds d'aide au développement de la presse en ligne (dit «SPEL»), Maurice Botbol et Walter Bouvais, les deux représentants du SPIIL au comité d'orientation du SPEL, Sylvie Clément-Cuzin, sous-directrice de la presse écrite et des métiers de l'information au ministère de la culture et Edwy Plenel, représentant du SPIIL à la commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP).

Simon Barry:

  • Le fonds SPEL n'a pas vocation à payer les frais de fonctionnement de la presse écrite et électronique. Une exception est faite pour les dépenses d'hébergement, pour éviter que les éditeurs multiplient les achats de serveurs alors qu'il revient moins cher de les louer. Le fonds peut subventionner des frais de matériel, de formation, de promotion (mais uniquement pour le lancement duprojet) et même prendre en charge jusqu'à 50% du salaire de journalistes (plafonné) s'il s'avère qu'ils sont affecté au moins à mi-temps sur le projet.
  • Le SPEL peut accorder des subventions couvrant de 40 à 60% des dépenses éligibles et payées après la dépense effective avec une obligation pour les éditeurs de rendre compte régulièrement de l'utilisation de cet argent. Il peut aussi aider le projet grâce à une avance (généralement accordée pour la numérisation d'archives ou la promotion) versée à la signature de la convention avec l'Etat.
  • Ne sont aidés que des projets jugés d'intérêt général, économiquement viable et ayant pour objet la mise en ligne directe de contenu rédactionnel. Nos experts procèdent fréquemment à des abattements sur les devis présentés quand ils les estiment surévalués ou pouvant faire l'objet de mutualisation (depuis 2009, aucun projet collectif – avec au moins 3 éditeurs – n'a été présenté).

Walter Bouvais et Maurice Botbol:

  • Le SPEL doit être le lieu de l'innovation, celui où l'on fait le pari de nouveaux modèles économiques, et non celui de la perfusion. Des représentants de la vieille presse, avec des fonds propres négatifs depuis des années et qui obtiennent des aides sur leur nom, refusent l'aide à des entreprises qui se lancent en estimant qu'on ne sait pas si le projet est viable économiquement.
  • Le décret réglementant le fonctionnement du SPEL impose que les dépenses techniques soient réalisées par des prestataires, qui, sachant qu'il y a une subvention publique, gonflent leurs prix et facturent à 20.000 ou 30.000 euros une application iPhone que l'on pourrait réaliser pour 10.000 en interne, en gardant en outre cette compétence et cette autonomie technique.

Edwy Plenel
Mediapart n'a pas touché l'enveloppe de 200.000 euros accordé par le fonds SPEL et que l'entreprise y renoncera s'il n'y a pas de transparence dans l'attribution des aides.Il y a un détournement de l'aide publique par des acteurs traditionnels. Certains se contentent de mettre le PDF de leur journal en ligne et demandent une aide comme s'il s'agissait d'un nouveau média alors que c'est un nouveau canal de distribution. D'autres multiplient les sites «verticaux» (correspondant à une rubrique de journal) sous une marque différente pour demander une subvention à chaque fois. D'autres enfin sont devenu de la presse casino dont l'objet n'est pas d'informer mais de vendre du jeu en ligne. Nous demandons la transparence totale de l'attribution des aides; l'indépendance du service public vis-à-vis du pouvoir; l'interdiction du conflit d'intérêt avec des propriétaires de presse dont l'activité principale dépend des commandes de l'Etat; la création d'un statut de société de presse à but non-lucratif; de privilégier les aides indirectes, qui s'appliquent à tous sans distinction, aux aides directes et de repenser les droits et les devoirs de la presse dans un nouvel écosystème qui mêle désormais les amateurs aux professionnels. Dons en ligne
L'après-midi a été dominée par la première présentation publique de jaimelinfo.fr, plateforme de dons pour l'information conçue par Rue89 (lancement prévu en janvier 2011). Le système propose de donner ponctuellement de l'argent ou de façon régulière sur une base mensuelle à un ou plusieurs sites d'information, professionnels ou non, voire à un projet journalistique particulier de l'un de ces sites.

A terme, le projet doit être géré par une association indépendante de Rue89, construite sur le modèle de l'association Presse et pluralisme qui permet de faire des dons défiscalisés à des journaux papiers (Le Monde diplomatique ou L'Humanité par exemple).

Jaimelinfo.fr prendra une commission sur les dons pour payer les transactions financières et assurer les coûts de gestion de l'associations. La première année, il est prévu de prélever entre 5 et 10% des sommes, taux qui sera ajusté à la baisse ensuite, les surplus non utilisés étant reversés pour le développement de la plateforme technique.

Pour décider qui sera éligible aux dons, jaimelinfo.fr a repris les conditions prévues pour agréer les services de presse en ligne sans retenir le critère professionnel afin de pouvoir accueillir des blogueurs. Un comité éditorial mensuel jugera en revanche des critères de qualité qui permettront d'accueillir ou non tel producteur d'information (il s'agit de vérifier qu'il s'agit bien d'une information originale et vérifiée).

Aux termes de la loi, la défiscalisation des dons (2/3 des sommes versées sont déductibles) sont en revanche réservés aux éditeurs ayant été reconnus sites d'information politique et générale par la Commission paritaire des publications et agences de presse, qui, elle, exige l'emploi de journalistes professionnels.

 

NB. Vous pouvez lire le compte-rendu complémentaire d'@enikao chez nos confrères d'Owni (qui viennent de s'inscire au SPIIL)

Photo cc Mike Bailey-Gates

Lire aussi:

  1. Lecteurs, devenez patron de presse
  2. 1 milliard d'euros pour la presse papier, 20 millions pour Internet
  3. Le détail des aides à la presse révélé
  4. Aides à la presse: un équilibre délicat
  5. Où vont les aides à la presse?

Tous les commentaires

22/10/2010, 21:05 | Par profil_inactif_28112

Cher Vincent Truffy,

je ne comprends pas votre "NB" : vos confrères ont prévu d'écrire des billets sur les débats auxquels ils assistaient et vous avez peur d'exprimer une opinion différente ?

Cordialement

23/10/2010, 05:59 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de profil_inactif_28112 le 22/10/2010 à 21:05

Non, car il s'agit de compte-rendu et non d'opinion. D'ailleurs, il y a un débat en commun dans laquelle vous constaterez des divergences entre @enikao et moi.

Pour le reste, je n'ai pas assisté aux mêmes débats que lui (les ateliers se déroulaient en même temps). Mais vous avez raison, je vais ajouter les notes d'un débat auquel participait Edwy Plenel et supprimer ce NB (comptez ce commentaire comme le nécessaire «disclaimer»).

23/10/2010, 15:10 | Par Michel Puech

Quand je lis que Frederic Filloux aurait déclaré: "Aujourd'hui, le business du journalisme n'est plus un modèle de revenu viable.": non seulement je ne regrette pas de ne pas assister à ces vains débats, mais je me dis qu'il y a des coups de pied au cul qui se perdent.

 

Comment un ancien "militant sur le front de l'information" (époque Libération) a t il pu devenir patron d'un journal gratuit, avant de poursuivre dans le "consulting" et l'expression de ce type de conseil... Décidément, il ne faudrait pas vieillir !

 

MP

23/10/2010, 17:20 | Par Franck Gauthey

Tout celà donne le sentiment d'une extrême fragilité...

En revanche, le constat de l'absence d'intérêt d'un fort traffic est intéressant en ce qui concerne le modèle économique.Il est fait référence aux faibles rentabilités des investisseurs, de même à des spéculations: lancement de sites pour les revendre (je suppose un peu comme il y a quelques années les spéculations autour de l'enregitrement de noms de domaines). Existe t-il des chiffres qui permettent d'avoir une idée des montants des sommes investies dans les sites d'information, voire du nombre de sites d'info qui ont été créés pour être revendus...? Quels sont les types de sites qui sont concernés par cette association... parceque des liens sur du casino, je n'ai pas vu beaucoup?

Au fond, un site d'information ne tisserait-il pas un réseau progressivement autours d'acteurs et développerait petit à petit des services ou produits autour de celui-ci?

23/10/2010, 18:15 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Franck Gauthey le 23/10/2010 à 17:20

Dans le premier débat, il n'y avait que des représentants de sites qui se sont lancé sur le principe du financement publicitaire. Il ne couvrait donc qu'une partie du spectre. Il y a des entreprises moins fragiles, voire rentables, sur des modèles payants, généralement sur des domaines spécialisés (l'information hospitalière par exemple), avec des lectorats limités mais qui couvrent les dépenses de fonctionnement. L'information générale, ici comme ailleurs, est probablement ce qu'il y a de moins rentable.

Pour ce qui est de la revente de sites (ou de l'entrée en Bourse, d'ailleurs), je pense que les exemples auxquels pensaient les débatteurs étaient plutôt aux Etats-Unis. En France, on peut citer l'annonce, il y a une dizaine de jours de Benchmark Group (L'internaute, Le Journal du Net, Copain d'avant...) par Comment ça marche, par une augmentation de capital de 27 millions d'euros et la reprise de la dette contractée auprès de BNP-Paribas et OBC. Il existe certainement des transactions moins spectaculaires, mais je n'en ai pas le détail.

Vous posez une question à propos de l'«association». S'il s'agit de celle qui doit gérer jaimelinfo.fr, je ne le sais pas. Si vous parlez du Spiil, voici les conditions posées pour adhérer:

  • Editer un service de presse en ligne à titre professionnel, à savoir employer de manière permanente au moins un journaliste professionnel;
  • Disposer d'une équipe rédactionnelle;
  • Avoir le numérique pour activité de référence;
  • Avoir comme objet social la production d'informations et leur diffusion auprès du public, mettre à la disposition du public un contenu original, généraliste ou spécialisé, composé d'informations présentant un lien avec l'actualité, et ayant fait l'objet d'un traitement à caractère journalistique dans la recherche, la vérification et la mise en forme de ces informations;
  • Etre attaché à la défense d'un journalisme de qualité respectueux de l'indépendance des rédactions et des règles de la profession telles que définies dans la charte de Munich (déclaration des droits et des devoirs des journalistes);
  • Etre parrainé par un membre actif du Spiil.

Pour ce qui est des paris en ligne, il y en a eu beaucoup, notamment avant la promulgation de la loi mettant fin au monopole d'Etat sur les jeux. Aujourd'hui, les sites s'en remettent aux opérateurs agréés par l'ARJEL le risque encouru dans le cas contraire étant tout simplement de perdre leur statut d'entreprise de presse (plus les éventuelles poursuites, évidemment).

Ceci étant dit, si il y a huit mois, si presque tous les journaux envisageaient de se financer notamment avec les jeux en ligne, la plupart ont déchanté.

Enfin, pour ce qui est de votre dernière question, oui, vous avez probablement raison: on peut lire ainsi l'évolution du modèle des sites d'information qui devaient être financés par la publicité et qui trouvent dans la part la plus impliquée de leur communauté de nouvelles sources de revenus possibles.

 

 

23/10/2010, 20:20 | Par samines

Avec toute la méconnaissance du monde de la presse et de l'édition qui est la mienne, quelques questions se posent à moi :

1) Un certain nombre de journaux (La Tribune, Les Echos pour ne citer que ceux que je lis régulièrement) mettent en ligne des contenus payants. Je n'ai pas entendu que le bonus financier soit remarquable, ce que je conçois aisément : cette forme d'élitisme peut apparaître contradictoire avec la notion de "libre information" (j'ai essayé de peser tous mes mots :)). Ne s'agi(rai)t-il pas d'un premier pas vers une manière de "financement sélectif" des journalistes, les plus lus seraient alors les mieux rémunérés ? Auquel cas, le journalisme d'investigation (par exemple) se trouverait "mis sur le coté". De plus, ce serait un pas supplémentaire vers une "pipolisation" du journaliste.

2) La relation entre un organe de presse (et surtout de presse en ligne) me semble très...complexe. Devant naviguer entre les accusations de "suivisme" et celles d'être "pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour", l'organe de presse semble devoir assez souvent composer avec ce qui me semble être surtout une binarité des opinions et une intransigeance de posture. Donc, et alors que vous explicitez que le le basculement depuis ces réseaux sociaux est faible, ne serait-il pas plus "fructueux" d'essayer d'envisager l'inverse ? C'est à dire une alimentation depuis ces réseaux sociaux. Que le Client devienne lui-même fournisseur (d'informations). Que l'organe de presse se fasse l'écho du Buzz des réseaux sociaux, en quelque sorte.

Mais peut-être est-ce déjà le cas...auquel cas merci d'excuser mon inculture.

3) Si l'on considère qu'une presse reflète l'état d'un système politique (au sens où plus la presse est diversifiée, plus elle témoigne d'une liberté d'expression a priori et participe donc, par exemple, à tout ce qui relève de la lutte contre les exclusions), n'y a-t-il pas à créer, sinon un Ministère de l'Information - ce qui ne nous rajeunirait pas -, mais tout au moins une instance de type "fondation" à laquelle serait dévolu le rôle de collecter et affecter les subventions selon un mode...non politicien ?

4) A titre personnel, je trouve le principe du crowdfunding très intéressant.

Nota : L'article date d'hier, je le trouve excellent, on en est à 6 commentaires. Il va vraiment falloir que je m'offre une enquête approfondie sur ce qui motive la présence ou non d'un commentaire. (humour)

23/10/2010, 21:07 | Par Christine Marcandier en réponse au commentaire de samines le 23/10/2010 à 20:20

Comme celui-ci, ce qui me désespère. Mais je me dis que certains très bons articles, non polémiques dans le fond, sont lus mais non commentés.

(je réponds au Nota de Samines).

23/10/2010, 21:26 | Par samines en réponse au commentaire de Christine Marcandier le 23/10/2010 à 21:07

@Christine Marcandier-Bry

C'est un vrai sujet d'interrogation pour moi (la présence ou non de commentaires).

Quelques réflexions personnelles éparses, pour participer....(Sourire).

1) Je pense effectivement (ne serait-ce que parce que je me retrouve dans ce comportement) que l'on peut aller sur un Billet et ne pas le commenter / recommander. En quelque sorte, on se conduit en consommateur de presse écrite. On peut aussi être arrêté dans la rédaction d'un commentaire soit par inculture, soit parce quil semble que "tout a été dit", soit par désintérêt.

2) Finalement, que viennent chercher exactement les Médiapartiens en allant sur un fil ? Une communauté de point de vue (donc des thèmes "engagés" ? une "ambiance" spécifique (débat politique) ? une tribune (donc si possible des sujets polémiques) ?

Plus rarement de l'émotion esthétique et encore moins une découverte artistique, je pense.

Je ne vous ferai pas l'injure de vous rappeler une parfaite absence d'éducation artistique depuis plus de 50 ans en France (et quand je dis 50, c'est pour épargner la IVème république...:)). D'ailleurs, ne faudrait-il pas parler d'un refus politique de mettre en place une Education Populaire ?

Voilà.

C'était pour faire avancer le schlimilibili, le schtimbilimi...

23/10/2010, 21:32 | Par Christine Marcandier en réponse au commentaire de samines le 23/10/2010 à 21:26

Oui, je vous retrouve sur pas mal de points, je sais ne jamais commenter quand je ne connais pas bien le sujet. Pour autant dans le cas de Mediapart et des commentaires, je crois qu'il y a aussi une vraie "culture" du tracker, totalement pernicieuse.

(et sorry, Vincent, ça fait dévier ton fil...)

23/10/2010, 21:35 | Par samines en réponse au commentaire de Christine Marcandier le 23/10/2010 à 21:32

et sorry, Vincent, ça fait dévier ton fil...

Euh...j'y suis pour un grand peu :)

24/10/2010, 11:59 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de samines le 23/10/2010 à 20:20

@samines:

1 et 2) Il y avait à la journée du Spiil un débat sur l'éclatement des supports relativement intéressant qui traitait ces sujets-là (@enikao en a rendu compte sur Owni, le lien est à la fin du billet). J'en ai retenu les remarques suivantes, avancées par Walter Bouvais (Terra Eco), Laurent Mauriac (Rue89) et Benoît Raphaël (consultant):

Il fau(drai)t penser d'abord en termes de support est contre-productif, surtout pour des petites rédactions. Il faut revenir au travail de base – rapporter de l'information intéressante, trouver des angles pertinents – et laisser ensuite des éditeurs trouver la forme adéquate pour instaurer un «ping-pong» entre les supports, le web enrichissant le papier, le papier donnant du temps et de la mémoire au web.

Et pour comprendre de quelle façon ce dialogue doit s'établir, il faut observer les usages, envisager l'information de façon modulaire de façon à déterminer quelle profondeur, quelle place, quel accompagnement et à quel moment on utilise le mieux chaque mode de diffusion.

Laurent Mauriac met néanmoins en garde les éditeurs de ne pas trop faire diverger les formes et les contenus pour conserver une identité commune.

En apparté: pour ce qui est de La Tribune, je ne donne pas cher de la version papier après décembre. On devrait voir cette rédaction se rabattre très largement sur sa diffusion sur Internet.

2 et 4) Le crowdfunding répond effectivement à ce vœux de mettre le lecteur aux commandes. J'en parle ici.

3) Je crois que votre suggestion rejoint l'appel d'Edwy Plenel à créer un statut d'entreprise de presse à but non-lucratif. C'est inédit en France, mais cela fonctionne aux Etats-Unis notamment avec Mother Jones (privé) ou NPR (public) qui peuvent recevoir les dons. Cela donne un journalisme que je trouve de grande qualité. Spot.us critique néanmoins ce système en constatant que les dons ne sont pas «fléchés» (c'est-à-dire attribués à un projet en particulier) mais s'apparente à un chèque en blanc à la rédaction. Il me semble que le fait de «flécher» les dons mène assez rapidement à ce classement des journalistes et des sujets les plus rentables (tout comme l'achat à la pièce des articles) alors que le don indifférencié (tout comme l'abonnement) privilégie une démarche de construction de lectorat: le lecteur décide s'il renouvelle sa confiance ou non sur un corpus journalistique et non sur un objet singulier.

24/10/2010, 12:19 | Par samines en réponse au commentaire de Vincent Truffy le 24/10/2010 à 11:59

Le crowdfunding répond effectivement à ce vœux de mettre le lecteur aux commandes

Oui. Et en même temps, si l'on s'affranchit de rêves d'un monde empli de gens de bonne volonté, ce n'est pas simple. J'ai ouï dire que les débuts du Club de Médiapart avaient été "mouvementés"...Comment responsabiliser un lecteur devant la gestion de l'information, étant entendu que son avis n'est qu'un avis parmi tant d'autres ? Le rendre co-acteur est sans doute la meilleure façon de l'impliquer dans le délicat exercice de la restitution et l'analyse d'un ensemble de faits. Mais il me semble qu'il lui est tout aussi légitime de vouloir s'exprimer et attendre une information "factuelle" qu'illégitime de "prendre le pouvoir" sur la gestion de l'Information. Il s'agirait d'un équilibre à instaurer. Rude tâche.

Et puis...Peut-il exister une Presse qui ne soit pas une Presse d'opinion ? A mon avis non. Donc s'informer c'est rester curieux. Ne pas l'être (informé) est souvent l'aveu de ne pas vouloir l'être (aux difficultés d'intendance près).

Il me semble que le fait de «flécher» les dons .../... alors que le don indifférencié (tout comme l'abonnement) privilégie une démarche de construction de lectorat

Entièrement d'accord. La démarche de "construction d'un lectorat" me semble bien complètement prioritaire sur la hiérarchisation de thèmes ou de journalistes. Qui plus est, cette démarche favorise la coexistence d'organes de presse aux tons différents.

Merci pour votre commentaire et vos liens.

24/10/2010, 16:22 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de samines le 24/10/2010 à 12:19

De cela aussi, il a été question dans le débat dont je n'ai pas rendu compte (décidément!). Benoît Raphaël, se basant sur son expérience au Post, défendait l'idée, pour les journalistes, de «ne pas perdre de temps à rendre compte de l'information redondante, présente partout, et dont le public (NB: je ne pense pas qu'on puisse parler de lecteur) peut se charger», citant l'exemple de la couverture des manifestations. Le rôle du journaliste devient, selon lui, de «coacher les utilisateurs» pour qu'ils s'occupent du tout-venant et de «garder du temps pour produire de l'enquête». Je ne suis pas certain de souscrire à cette vision des choses.

Laurent Mauriac, de Rue89, dit cela d'une façon qui semble plus acceptable. Sur le Web, la presse est dans une démarche de «coproduction de l'information»; «il ne s'agit pas de demander au lecteur de produire de l'information, mais d'accompagner plus étroitement ce processus», en le discutant, de la même façon, en quelque sorte, que le fait ordinairement un journaliste en discutant de son sujet avec ses pairs, sans leur demander de faire son travail à sa place.

Un ancien collègue du Monde distinguait bien le rôle du journaliste de celui de l'expert. L'expert sait; c'est une position statutaire, en surplomb. Le journaliste apprend et restitue; c'est une démarche dynamique. Parfois, le journaliste finit par savoir, ou par croire qu'il sait, et il devient éditorialiste, donneur de leçons, et de moins en moins journaliste, puisqu'il n'a plus besoin de chercher ce que de toute façon il sait...

24/10/2010, 17:41 | Par samines en réponse au commentaire de Vincent Truffy le 24/10/2010 à 16:22

"«coacher les utilisateurs» pour qu'ils s'occupent du tout-venant et de «garder du temps pour produire de l'enquête»".

Euh...je ne me reconnaitrais pas dans cette façon de traiter l'information. Je me reconnais beaucoup plus dans "il ne s'agit pas de demander au lecteur de produire de l'information, mais d'accompagner plus étroitement ce processus". Sur nombre de sujets, je me sens plus apte à comprendre que capable d'apporter un avis utile. Et même sur les sujets qui abordent un thème qui m'est connu, je me perçois plus comme "une des possibilités d'analyse ou d'apport de connaissance" que comme détenteur d'une quelconque vérité.

Mais cette attitude n'est que la mienne. Et sur un certain nombre de sujets polémiques, il peut être difficile de préserver un minimum d'acceptation des différences d'approche si l'ensemble des publics dispose a priori d'opinions tranchées. C'est un peu comme en pédagogie : moins le public est habitué à remettre sa façon de penser / faire en question, plus le transert de connaissance est difficile.

Quant à l'expert, j'avoue les approcher avec circonspection (je les ai beaucoup cotoyés). Sans mettre tout le monde dans la même boite, ils ressemblent quand même souvent à des "gens qui savent de plus en plus de choses sur un nombre de plus en plus restreint de sujets" (l'expression est d'Hervé SERIEYX).

Plus j'y pense, et plus je me dis qu'effectivement la notion de "construction de lectorat" recèle tous les implicites nécessaires à la mise en place d'une Presse qui puisse jouer pleinement son rôle.

23/10/2010, 20:38 | Par Franck Gauthey

Après quelques difficultés pour retrouver votre blog dans médiapart, merci de ces réponses aussi concises et précises. Je me permets d'aller un peu plus loin.

Effectivement, la "rentabilité" des sites spécialisés semblerait plus importante, je me souviens il y a quelques années, de responsables se désolant de l'absence d'entrepreneurs pour créer des portails payants sur l'équipement de certains biens industriels spécialisés... Ou paraît-il, il y aurait eu de véritables eldorados pour répondre aux besoins d'acheteurs industriels spécialisés...? Le problème de l'information générale pose la question de la valeur du savoir, de la culture générale, politique, des sciences humaines dans notre société, c'est à dire plus grand chose...

Sur le dernier point, les sites tissent, comment dire? des liens entre personnes qui partagent certains thèmes d'affinités et construisent par la suite un modèle économique, je me permets de trouver toutefois un certain manque d'idées. Pour soutenir vos collègues de rue 89, je viens juste d'acheter en kiosque leur magazine que je vais jetter avec un sentiment de gaspillage après l'avoir feuilleté pendant un quart d'heure. Autant je suis en accord sur le principe de participer financièrement, autant il serait intéressant de mieux sonder ce qui intéresserait les personnes concernées.

(Ah oui! En essayant de retrouver l'article du blog, je suis tombé sur un autre article que je n'avais pas vu et ou vous développez par ailleurs une allusion en rapport au voisinage des locaux de Médiapart... Le monde est toujours plus petit que l'on imaginerait... surprenant en effet!)

24/10/2010, 11:42 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Franck Gauthey le 23/10/2010 à 20:38

(Une fois qu'ils sont sortis de la «une», il devient difficile retrouver les contributions des uns et des autres. C'est pour cela que, m'inspirant de ce qu'a fait Fini de Rire, je me suis créé un index que l'on peut retrouver là. Sans trop déflorer les évolutions à venir, je crois que nous travaillons à proposer aux contributeurs une page de ce type qui rendra les choses plus simples.)

Pour compléter le passage sur Facebook qui serait essentiellement utilisé pour les jeux, voici des statistiques (pas françaises, certes). Il faut cliquer sur l'image pour l'agrandir.

© All Facebook

 

24/10/2010, 15:18 | Par Franck Gauthey en réponse au commentaire de Vincent Truffy le 24/10/2010 à 11:42

Sans trop encombrer ce fil, sur un commentaire pas exactement en lien, je trouve qu'il y a un véritable problème en ce qui concerne les billets de blogs, il y en a trop, trop hétérogène, la visibilité passe trop vite, le repérage pour répondre disparaît trop vite, il y aurait certainement quelquechose à inventer.

Intéressant ce graphique sur facebook. J'en ai, il m'a semblé, entendu parler à la radio... Toujours pas abonné à facebook (vous croyez que c'est intéressant?). Les jeux vidéos ou en ligne, j'avoue ne rien y connaître, les résultats sont pour le moins élevés. Etranger à l'univers de la BD à part Satrapi depuis l'adolescence, également. Celà dit votre article sur les "millefeuilles", au dessus, est vraiment original... FI a rapporté il y a quelques années un point de repère, sans lequel je n'aurai jamais fait le lien. Bref, on ne sait jamais où mènent les commentaires que l'on tape sur un clavier dans un réseau social et là çà prend une dimension symbolique... surprenante.

24/10/2010, 16:38 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de Franck Gauthey le 24/10/2010 à 15:18

Oui, trop de choses passent sans que l'on ait le temps de les voir (et je dis cela en pensant être assez privilégié). C'était déjà vrai avant le mois de juin mais l'afflux d'abonnés de l'été a multiplié le nombre de publication au point qu'il est assez vain de vouloir tout suivre aujourd'hui. Une nouvelle page d'accueil du Club est en préparation qui devrait plus ressembler à la «une» du journal. Pour ma part, je crois beaucoup plus à des pages personnelles qui proposeraient une sélection de billets et d'articles en fonction des recommandations de vos contacts, des lieux où ils ont laissé des commentaires, en pariant que les gens se rapprochent par convergence d'intérêts. On n'est si loin, en somme, du fonctionnement global d'Internet décrit par Dominique Cardon et Antonio Casilli, ici.

En attendant, je vous conseille la page «mon suivi», assez pratique une fois que vous avez laissé un commentaire quelque part.

Pour ce qui est des jeux, j'ai eu d'intéressantes conversations sur la façon d'utiliser le jeu comme mode de présentation et même de conception de l'information avec des personnes du Monde.fr, plutôt en pointe sur le sujet. J'y consacrerai un prochain billet.

 

23/10/2010, 21:38 | Par christian paultre

Jai lu cette article que je trouve intéressant, sur un sujet que je ne connais pas. Je trouve un peu niais tout commentaire du style"Merci de cet article que je trouve intéressant sur cesujet que je ne connais pas"!!!

24/10/2010, 12:00 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de christian paultre le 23/10/2010 à 21:38

Certes, mais ça fait plaisir quand même.

25/10/2010, 10:01 | Par Vincent Truffy

Un autre billet dans le club, écrit par Sabine Torrès de Dijonscope, parle de cette journée et je signale également Le Spiil un an et une journée après publié par Laurent Mauriac sur le site du Spiil.

 

25/10/2010, 10:48 | Par Vincent Truffy

La direction générale des médias a mis en ligne le bilan de la première session du SPEL (fonds qui s'occupe de la presse en ligne depuis 2009). On s'aperçoit que sur un budget de 20 millions, 15,4 millions seulement ont en fait été attribués (mais pas forcément versés, ce ne sont que d'un maximum à réexaminer en fonction des dépenses effectivement engagées une fois le projet achevé), dont 5% est allé aux pure-players (cette précision n'est pas dans les documents mais dans Libération).

08/11/2010, 11:51 | Par Vincent Truffy

Le SPIIL publie sur son site les enregistrements des conférences de la journée:

http://www.spiil.org/revivez-la-journee-de-la-presse-en-ligne-avec-les-enregistrements-des-debats-et-des-ateliers

ainsi qu'une vidéo de présentation

07/02/2011, 10:04 | Par profil_inactif_28112

Cher Vincent Truffy,

Je ne sais pas si ce sera le cas des actionnaires de "Mediapart" (je le leur souhaite), mais il y en a qui font fortune avec la presse en ligne :

http://www.nytimes.com/2011/02/07/business/media/07aol.html?emc=na
Juste pour couper avec la morosité ambiante...

Cordialement

07/02/2011, 13:27 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de profil_inactif_28112 le 07/02/2011 à 10:04

Pour renouer avec cette morosité Clin d'oeil tout cela me rappelle bougrement l'économie des sites Web en 2000: le site revendique 25 millions de visiteurs mensuels et est acheté 315 millions de dollars, ce qui fait du 12,6$ par visiteur.

Le passage le plus amusant de l'article reste le commentaire de Tim Armstrong (AOL): «Je pense que nous sommes là dans une situation où 1+1 égalent 11». Même en binaire, ce n'est pas juste (ça fait 10).

(Par ailleurs, je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle pour le HuffPo: AOL a par le passé acheté de nombreuses technologies très prometteuses, type Winamp ou ICQ, et les a torpillé au profit de ses propres produits.)

07/02/2011, 13:32 | Par profil_inactif_28112 en réponse au commentaire de Vincent Truffy le 07/02/2011 à 13:27

En tout cas les lecteurs du site ont l'air désespérés, d'après les commentaires laissés sous l'article de "une" sur le rachat. AOL a toujours une mauvaise image auprès des internautes non-débutants, en plus c'est un site "libéral", la "corporate America" y est mal vue.

Cordialement

 

07/02/2011, 13:54 | Par Vincent Truffy en réponse au commentaire de profil_inactif_28112 le 07/02/2011 à 13:32

Vous avez raison, il y a un rejet réflexe des vieux «Web 1.0» et de la gauche. Il n'empêche que le prix affiché représente 5 fois le revenu publicitaire annuel (60 millions de dollars) du Huffington Post.

A propos du 1+1=11, ça me rappelle une scène de This is the Spınal Tap (de Rob Reiner):

Sur un autre sujet, pas si éloigné, une interview de Francis Pisan sur le financement du journalisme d'investigation. Il reste sur l'idée que les lecteurs (mais on devrait dire les consommateurs) ne sont prêts à payer que s'il pensent pouvoir gagner de l'argent avec les «scoops». Ca me semble une vision très mécaniste des motivations du public.

Il y a un petit couplet sur Mediapart qui vous intéressera: «L’enquête sérieuse est un des points clés du journalisme. Le seul problème, c’est qu’il faut le financer avant de savoir si ça va se vendre ! Le crowdsourcing permet de réduire les coûts en faisant participer un grand nombre de personnes. Mais je continue à penser que les sites payants vont avoir du mal. Pour les sites d’information générale qui font payer l'internaute, il faut que la valeur ajoutée par la recherche justifie le paiement... Ce qui n'est pas évident à démontrer ! Mediapart semble effectivement gagner de l’argent. C’est une opération qui réussit pour le moment mais est-ce un modèle ? Qu'est-ce qui justifie de payer aujourd'hui? De moins point de vue, il y a très peu de choses...»

Newsletter