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L'éthique des affaires (6)
L’éthique est un questionnement permanent
de la conscience
Edictée dans le cadre d’une entreprise et dans le but de fixer un comportement, écrite dans une charte ou un code déontologique, l’éthique s’apparente à une réglementation. L’entreprise devient conceptrice de valeurs.
Ces chartes et codes éveillent la critique. L’on peut craindre qu’ils ne forment une limite à la conscience individuelle et ne conduisent à un retour à une morale des obligations et des interdits. Il est vrai que les écrits rappellent parfois les vieilles pages de la casuistique, si ce n’est celles du pharisaïsme. L’on peut craindre également que ces chartes et codes ne soient finalement que des faire-valoir.
Si l’on veut que le code se justifie, dans le cadre de telle ou telle entreprise, les préceptes et les sentences doivent être précis. Il est nécessaire que le code s’articule avec le règlement intérieur dont la valeur légale est reconnue. Les meilleurs codes éthiques sont élaborés en concertation avec l’ensemble du personnel et largement publiés. L’on peut ajouter qu’une charte des valeurs ou un code déontologique, une fois diffusé, devrait engager légalement l’entreprise qui l’a établi, tout comme certains documents publicitaires que la jurisprudence intègre dans « l’ensemble contractuel ».
Afin de conforter l’engouement en faveur de l’éthique des affaires, il semble nécessaire d’instituer dans les entreprises une « fonction éthique », en charge de veiller au respect des valeurs morales et d’élaborer une « stratégie éthique ». Un audit éthique devient alors aussi pertinent qu’un audit social.
Quelles que soient les valeurs éthiques particulières que l’entreprise partage en tant que collectivité, c’est toujours un homme qui, le moment venu, en vertu de la responsabilité qui lui est confiée, décide seul au nom de l’entreprise. Chaque membre du personnel accepte et reconnaît le code déontologique. A chaque moment de l’action, il s’agit d’appliquer personnellement l’éthique de l’entreprise. Celle-ci s’est élaborée à partir d’une culture et d’un échange d’informations, en résonance avec la morale fondamentale de la société dans laquelle s’inscrit l’entreprise. L’éthique de l’entreprise ne saurait, bien entendu, consister en une réduction de l’éthique universelle. Elle en développe l’application dans un contexte professionnel donné. Le cadre dirigeant qui prend une décision agit en conscience.
L’éthique d’entreprise ne procède pas seulement d’une procédure discursive. Le maître d’éthique la dévoile par son être tout entier. C’est ici qu’intervient la personnalité du dirigeant, dont les actions constituent la référence de comportement des hommes dans l’entreprise. L’éthique ne se réduit pas à un code. Elle s’édifie en chacun comme une construction personnelle. Elle résulte du discernement de chacun face à une situation particulière. L’individu doit être apte à trancher et à prendre la décision éthique sans crainte.
Le cadre dirigeant est confronté à des dilemmes. L’«éthique universelle » rencontre l’«éthique du gestionnaire ». Cette dernière cède au compromis. Il ne s’agit pas de rechercher le consensus à tout prix ou d’abdiquer sa personnalité en se conformant à un code, mais de prendre, en conscience, la meilleure décision possible. Bien entendu, la concession accordée ne peut pas dépasser les limites du tolérable. En outre, l’obligation du compromis résulte d’un état de fait qu’il convient immédiatement de corriger. Cette éthique imparfaite du compromis ne peut être que transitoire.
L’éthique est finalement un questionnement permanent de la conscience. Elle ne se résume certainement pas à un code de bonne conduite, qui voudrait donner bonne conscience sans effort ni dépassement de soi. L’éthique naît du discernement de la conscience de chacun face aux choix dans l’action. L’homme se parle à lui-même dans une forme de procès dialectique intérieur, qui tente de discerner la voie droite pour l’accomplissement de la vie.
Développements précédents :
L’éthique a un sens que les affaires ne peuvent corrompre
La problématique de la mondialisation
La quête de sens pour l’aventure humaine
La gouvernance et les parties prenantes
Le management éthique redécouvre l’homme comme la véritable valeur
Yves Maris


Tous les commentaires
@ Yves Maris, Vous élevez le niveau et il faut bien vous relire pour bien vous comprendre. Je vous résume : vous êtes relativiste, votre choix de la primauté de l'éthique individuelle sur la morale universelle et votre faveur pour son élasticité laissant libre cours à l'interprétation individuelle le démontre. Au passage je remarque que vous écrivez ''éthique universelle'', ce qui est très significatif de votre confusion. Il me semble que vous auriez dû écrire ''morale universelle''. Vous êtes également un libéral philosophique je vous site : '' l'éthique nait du discernement de la conscience de chacun '' Non, finalement, je vous crois franchement Cathare. Je n'aime pas le Catharisme mais j'aime bien les Cathares dont la recherche de la vérité doit être respectée. Pareillement, je n'aime pas le communisme mais j'aime bien les militants communistes dont la vertu et le courage forcent à l'inclinaison. Je vous épargnerai donc le mauvais coup de pied de l'idiôt utile du libéralisme, mais quand même ... Bon, là, on ne va pas ouvrir un débat, je suis plutôt disciple de saint Dominique et ma famille a fait partie des gascons très méchants qui sont allés vous assiéger avec leurs atelages de boeufs sous la conduite de Simon de Monfort comme le relate Levis Mirepoix dans son histoire de la France Médiévale. (le titre précis m'échappe peut-être, il y a fort longtemps que j'ai lu ça.) Bref, attention quand même, le libéralisme n'est pas une doctrine divisible, on n'en prend pas un morceau en laissant le reste. c'est pour moi un système contre nature qui aboutit à la pensée unique et à l'entreprise unique. Pour triompher, il est par essence totalitaire comme le fut le marxisme en son temps. Ce sont les deux faces d'un même matérialisme qui ne laisse aucune place à la personne humaine. Amitiés occitanes puisque c'est le plus grand dénominateur que nous ayions. Et merci pour l'élévation du débat. Moi, je n'ai plus la force ni le goût de le faire.
Cher ami, Je ne pense pas que le libéralisme soit contre nature. Par contre, je pense que la nature est d'une violence inouïe, d'une cruauté fondamentale, et que notre espérance ou notre salut ne réside que dans le dépassement. Une telle prise de conscience est, je crois, le principe de l'état de grâce, qui ouvre à l'idéal du "règne".
@ Maris, je vous avais pris en cours sans vous avoir intégralement lu. Je viens de le faire après vous avoir édité sur papier, la lecture à l'écran ne correspond pas au souffle de la pensée; ni d'ailleurs l'écriture. Je comprends en effet que l'Evêque de Pamiers vous tienne en considération. Thomitste et dominicain de formation, je vous lis à la perfection. Malheureusement, des ''pertes cognitives'' dues à la maladie me privent des forces et de l'agilité pour animer la controverse au niveau ou vous placez le débat. dommage. Ceci dit, la solution Cathare dans le monde actuel ... Est ce bien réaliste ? Pour que ça reparte, il faudrait une Eglise au niveau de preignance et un clergé au niveau de dévoiement où ils étaient à l'époque. Le catharisme est bien né du comportement insupportable du clergé, il est donc un peu un produit dérivé du Catholicisme. De surcroît, c'est un relativisme et un libéralisme dont les aboutissements indirects se retrouvent dans les turpitudes que nous vivons actuellement. C'est pour celà que l'Eglise l'avait combattu après des décennies de prèche de Saint Dominique, pour ces raisons doctrinales. Quant à l'éthique dans le monde des affaires, celà relève d'une foi un peu dématérialisée. Pour que votre solution prenne corps, il faudrait d'abord reconstruire la pensée classique, ramener les esprits sur les chemeins de la vérité, sur ceux de la foi, bref un traitement de grande ampleur sur une echelle de temps au delà de plusieurs générations. Ce n'est pas immédiatement applicable en l'état actuel de la pensée. je le redis, le libéralisme ne se divise pas, c'est une doctrine contraire à la nature humaine, elle dénie la nature sociale de la personne humaine et renvoit à l'individualisme. par nature, c'est une doctrine anti sociale qui aboutit par réductions successives à la pensée unique et à l'entreprise unique. Le libéralisme est enfin parfaitement totalitaire en ce que contraire à la nature de l'homme, il ne peut triompher qu'en l'asservissant. C'est précisément le point où nous en sommes. Maris, vous me faites recirculer le sang, je sens les forces me revenir. Amitiés Occitanes.
Cher ami, J'accepte d'être considéré comme un idéaliste et je ne prétends à rien d'autre que de tenter d'accomplir ma propre vie. Je ne vois pas d'autre but à l'existence, sinon d'aider, par-là, les autres à accomplir la leur. Et la conscience de l'humanité évolue... L'Eglise d'aujourd'hui n'est pas comparable à celle du Moyen Age. Elle n'a pas la puissance. L'Eglise cathare a été éradiquée, mais la pensée qu'elle portait est bien plus recevable dans notre siècle que la dogmatique de Rome ou de Constantinople. Je pense que, dans le mouvement des consciences, l'Eglise a perdu prise. Pour garder le contact sympathique que nous avons établi, je vous propose de vous inscrire à "La lettre de Roquefixade" que j'adresse à mes amis chaque nuit de pleine lune (marge de gauche en page d'accueil du site www.chemins-cathares.eu). Bien à vous, Yves.
@ Yves Maris, Ca y est, je me suis précipté sur votre site et là en effet, comme par miracle, tout me revient de ma foramtion doctrinale de base. bien sûr, je me suis immédiatement inscrit. Vous me rappelez qui je suis, d'où je viens et pourquoi il me faut encore combattre et ne pas baisser la garde. En ce sens, vous avez un côté salutaire pour moi, je sens que vous allez m'aider à un retour à meilleure fortune cognitive. Je vais me fortifier à vous lire. Amitiès occitanes car je crains, qu'il il n'y ait pas d'autre dénominateur commun entre nous. Après ça félicitation, vous avez accompli un très beau parcours personnel et connaissez semble t-il parfaitement toutes les bonnes méthodes et outils de l'action et du prosélytisme. Je suis convaincu que vous rencontrez malheureusement un très beau succès dans votre action en ces période d'érrances généralisées. Je crains que mon chemin dans l'action soit beaucoup plus difficile que le vôtre. Combattre le relativisme et l'individualisme aujourd'hui ... Comme il y a 1000 ans, je comprends parfaitement comment votre doctrine peut encore prendre une réalité sociale à l'heure actuelle. Il n'y aucun débat possible entre nous qui ne soit définitivement stérile.
@arquius Juste pour signaler un contre-sens. Vous parlez de "doctrine" concernant le catharisme, or il me semble que le fondement même de la pensée cathare, c'est justement d'être dénuée de toute doctrine. Paul et Marcion étaient en quelque sorte des "anarchistes chrétiens" ayant la "non-violence" comme socle de pensée. Ce qui, vous en conviendrez, n'est pas le cas des dominicains. L'histoire, je crois, en est témoin.
@ algor, Lisons le Larousse : Doctrine : ensemble des croyances, des opinions ou des principes d’une religion … Le Catharisme est bien une religion n’est ce pas ? Votre contresens sur ce point sémantique, à la fois me consterne et me conforte dans l’idée que je me fais de la confusion spirituelle à laquelle conduit le libéralisme. C'est-à-dire même et y compris sur le vocabulaire. Pardonnez moi cette rudesse, mais comme le dirait FINKIELKRAUT et comme l’avaient prédit d’autres vieux maîtres avant lui, le débat n’est même plus sur les idées mais sur le vocabulaire. Anarchistes ? Le mot est anachronique, je dirais plutôt, premiers libéraux en ce qu’ils proposent une interprétation individuelle du Christianisme en dehors de tout clergé et du magistère de Rome. J’ajouterai surtout nihilistes car la dualité qu’il proposent dématérialise l’homme pour le rapprocher de Dieu, ce qui selon nous est profondément contraire à sa nature. C’est bien là le fond de la controverse et ce contre quoi, Saint Dominique a prêché si longtemps. Ensuite, sont venues se surajouter des considérations politiques de renforcement de la dynastie capétienne, menacée par ce séparatisme local qui prenait une ampleur dangereuse pour elle. Et alors, catastrophe, les soudards de Simon de Montfort ont été lâchés. Les Dominicains ont accompagné et n’ont pas condamné ; ni l’Eglise beaucoup trop présente dans le siècle à cette époque. Turpitude historique et avatar incontestables qui entachent le Catholicisme romain. Je reconnais au Catharisme d’avoir fait progresser la pensée en Occident, explorant une voie nouvelle, ouvrant celle de la Réforme et plus tard encore, celle des Lumières. Je ne doute malheureusement pas qu’en ces temps de déshérence des esprits et de décomposition de la pensée vous réalisiez une très belle audience. Néanmoins, pour moi, le libéralisme à l’origine duquel vous êtes est un cul de sac de la pensée pour une organisation sociale d’ensemble. Il conduit à l’individualisme, au relativisme et finalement à la jungle et au chaos social. Ce qu’il nous est malheureusement donné d’observer. Saint Dominique l’avait vu et nous le voyons encore. Amitiés à Maris et à vous et considération pour votre niveau d’élévation personnelle et pour la qualité de cette controverse ‘‘doctrinale’’. Excusez cette chute un peu dure, mais contre le libéralisme la rigidité est de règle, et le niveau auquel vous jouez demande de la dureté. Puisse la paix régner.
Cher Jean-Michel (arquius),
Yves Maris disait dans l'un de ses billets La lettre de Roquefixade n°1 :
« Le catharisme ne peut se développer dans la modernité que comme une école de sagesse tendue vers le dieu inconnu. Les cathares privilégient la simplicité et la vie de l’esprit en eux-mêmes. Ils ne prétendent pas former un groupe particulier à l’intérieur de la société, mais autant d’individualités conscientes et reliées, sources remarquables d’une vie différente que celle que le monde impose aux vivants. »
En relisant vos échanges, je me dis que c'est peut-être à partir de ces « individualités conscientes ET reliées » que vous auriez pu (peut-être !) initier un chemin commun ; chemin à rapprocher de celui parcouru par Simone Weil dans les toutes dernières années de sa vie.
Yves aurait aimé avoir la force de poursuivre ce débat, ici et ailleurs. Il est décédé ce mercredi 29 juillet.
Bien à vous.
Une triste nouvelle, Pet de nonne.
"à partir de ces « individualités conscientes ET reliées »" Des individualités conscientes, conscientes de la nécessité de se relier entre elles, de l'effort individuel à faire dans ce sens, en renoncçant au chemin facile de la fusion groupale. Yves Maris en faisait partie, je crois.
N'est-il pas significatif, chère Fantie, que ce soit deux "non-contact" ;-) qui ressentent la nécessité de relier les individualités conscientes en se défiant, comme vous le dites, du chemin facile de la fusion groupale ?
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Je ne sais pas si le "non-contact" est significatif, chère Pet de nonne. Pour moi c'était un 1er mouvement, suivi d'une réflexion, puis d'une adhésion personnelle réfléchie à mon 1er mouvement. Mais Yves Maris faisait partie de ceux dont je voulais approfondir la lecture sur Mediapart. Aussi j'ai la gorge serrée maintenant quand je vois par exemple dans La quête de sens pour l’aventure humaine de telles proximités avec ce que je tentais difficilement d'écrire aujourd'hui, après la rencontre de ma lecture d'Annie Ernaux (Les années) et de quelques billets ou commentaires du club. "L’entreprise moderne crée de nouveaux produits, non parce qu’ils sont utiles, mais parce qu’elle peut les faire et qu’elle sait les vendre. L’entreprise, autant que les objets qu’elle fabrique, devient une fin en soi. La consommation de l’inutile, les maladies de la terre et le gaspillage des ressources limitées heurtent les consciences." (Yves Maris)
"La mondialisation libérale apparaît comme le résultat d’un rapport social de domination et d’exploitation à l’échelle planétaire. Elle rétrécit l’imaginaire et les représentations culturelles, sans proposer de nouvelles valeurs de référence." (Yves Maris)
Je regrette de n'avoir pas pris le temps.