Mélenchon plus fort que «Michou la Colère»
C'est une vidéo qui buzze dans le petit monde d'internet, où l'on voit le président du Parti de gauche prendre violemment à partie un apprenti journaliste, Félix Briaud, en marge d'une diffusion de tracts le 19 mars dernier…
L'entretien part mal, et «Méluche» ne semble pas des mieux prédisposés. Le dialogue s'envenime vite autour du sujet des maisons closes, cité en exemple du «mélange de voyeurisme et de prostitution de l'esprit public» de la sphère médiatique selon Jean-Luc l'évangile vigilant. Alors que le sujet n'intéresse visiblement pas Mélenchon («Un débat sans aucun intérêt (…) C'est vos problèmes à vous, le refoulé de la petite bourgeoisie (…) Moi, ce que vous racontez, ça ne concerne personne dans mon quartier, personne ne m'interpelle pour me dire "Tiens, je préférerais des maisons closes que d'aller chercher des putes au coin de la rue"…»), les relances de Félix Briaud font sortir l'eurodéputé de ses gonds.
«Avec moi, vous parlez de politique! Vos sujets de merde, vous les faites avec les gens qui veulent répondre à de la merde!», lâche-t-il, avant de conclure l'entretien, sans grande commisération envers son interlocuteur: «Ecoute-moi bien petite cervelle: Tu fermes ta petite bouche, tu me parles politique… moi je te parle de médias et de ton métier pourri!»
Le Canard Enchaîné aimait représenter le colérique Michel Debré, premier ministre de De Gaulle, un entonnoir sur la tête et l'avait rebaptisé «Michou la Colère». Voilà un nouveau client.
Capture d'écran du blog de Jean-Luc Mélenchon
Cet épisode doit aussi être vu à la lecture de la rancœur qu'éprouve l'ancien sénateur de l'Essonne vis-à-vis des grands médias télévisé, et spécifiquement France Télévisions. Dans un communiqué rageur au soir du second tour des élections régionales (lire ci-dessous), Mélenchon accusait ainsi le service public de «piétiner le pluralisme politique», s'estimant victime d'être mis à l'index des émissions politiques de France 2 et France 3 depuis qu'il avait déclaré à Arlette Chabot d'«aller au diable!», lors d'un sinistre débat d'avant européennes, le 4 juin 2009 (lire le billet de blog d'alors de François Bonnet).
Cliquez pour agrandir le communiqué
En conclusion de l'extrait vidéo, on entend Mélenchon livrer un constat qu'on ne peut toutefois rejetter en bloc: «Vous êtes en train de préparer un drôle de métier (…) à mouliner du papier qui se vend». Mais là où le bât blesse, c'est qu'il s'en prend au maillon le plus faible de l'institution qu'il entend dénoncer, mettant tout le monde dans le même sac, y compris ceux que la sociologie des médias a nommé «les OS du journalisme».
Il faut tout de même relativiser l'acrimonie mélenchonesque, vécue par les journalistes de presse écrite qui le suivent régulièrement, comme une partie du personnage, caractériel et excessif, qui s'est aussi construit un personnage médiatique sur cette façon bien à lui de «conflictualiser» ses relations avec la presse. Pour l'anecdote, l'auteur de ces lignes ne résiste pas à narrer deux tranches de vie commune avec «le héraut de l'autre gauche», qui se rêve tour à tour en Oskar Lafontaine ou en Evo Morales de la vie politique française.
La première eut lieu en marge d'un meeting aux européennes, quand il se précipita vers une consœur, en lui lançant, mi-débonnaire mi-sérieux: «Vous, on est fâché! Mais je ne sais plus pourquoi…» La seconde conclut un entretien réalisé par Mediapart à l'automne dernier, après plus d'une heure de dialogue par webcams interposées. Inquiet devant le refus de lui faire relire l'interview avant publication, il dit alors: «Bon, je vous fais confiance pour édulcorer certains de mes propos. Ce n'est pas de vous que j'ai peur, mais de moi…»

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Ce n'est d'ailleurs pas son premier dérapage: souvenez-vous des Lithuaniens au moment de l'élargissement ! J'adore les politiques qui donnent des leçons de journalisme.... ce genre de types, de gauche comme de droite, il faut s'en méfier. Il ya du Frèche en lui, type : "je dis ce que je pense & je ne suis pas du genre à mâcher mes mots !"
Merci S. A !
Objection ! Frêche ne s'en prend jamais à la Presse ! Il est intelligent -;)
100% OK avec grain de sel!
En dehors, de la façon scandaleuse qu'a Melenchon d'aborder la question de la prostitution, de la marchandisation et de l'exploitation du corp des femmes et des hommes, on ne peut, ici, que rappeler ce que disait déjà François Bonnet (*) pour changer la politique:
«Elever ce pays en élevant son langage». Certains avaient pu se moquer quand nous avions cité cette phrase d'Albert Camus lors du lancement de Mediapart. Il s'agissait alors seulement de souligner une ambition : participer à la réinvention d'un débat citoyen de qualité.
(*) article mentionné par Stéphane Alliès
Un débat sans intérêt (sic) pour Mélenchon!
Extraits de l'article d'Isabelle Sorente sur l'envers du porno et les silences de toujours :
(..)
Ne pas y penser, c’était mon cas avant. Avant de m’intéresser à l’envers du décor.
(...)
Même si elles ont besoin d’argent, elles pourraient quand même faire autre chose, non ? Travailler en usine, vendeuse, autre chose.
(...)
Mais est-ce vrai ? Avant les grandes luttes sociales, les filles qui bossaient dans les usines chimiques pourries et maladives se mutilaient en connaissance de cause, tout en rêvant de passer à travers. Ces filles auraient-elles pu choisir autre chose ?
En vérité, qui sont vraiment ces hommes et ces femmes que le spectateur consomme à longueur de vidéo ? Tous des enculeurs fougueux et des salopes qui aiment ça ? Ou encore des fainéantes qui refusent de bosser?
Réponse d’un producteur de porno suédois* : « Ce sont très souvent d’anciennes victimes de viols ou d’inceste dans l’enfance. » Et puis, après un temps : « Bien sûr, dans ces conditions, on peut se demander si elles choisissent ce métier librement».
(...)
Accrochez vous et lisez jusqu'au bout ... http://www.orroz.net/porno.htm
J'ai pas une grande confiance quant à la sincérité de Mr Mélanchon qui, comme le grand politique qu'il est, tente de se positionner à gauche en exprimant le ressenti légitime d'une frange importante de le population sur les média. Il a tout de même été au pouvoir.
Cela dit, il a completement raison et le discours est intelligent. Faut avouer que les "journalistes" sont plus des relais que des éméteurs, ils se plaisent à discourir de frivolités diverses et divertissantes pour ne pas aborder les quelques sujets qui comptent :
la répartition de la richesse entre le capital et le travail.
les menaces quant à la paix internationale (mais la dissuasion nucléaire rend le sujet presque caduc)
la légitimité des richesses acquises (création et travail d'organisation des besoins de tout types ou héritage sans impôts voire détournement de bien sociaux ou privés etc)
D'accord il y a une auto-censure due à la précarisation de beaucoup de "journalistes", et les "journalistes" n'ont pas vocation à prendre des risques sur leurs vies en faisant de la politique au sens large, mais les conséquences de cette légereté face au devoir d'informer existent réelement.
Mr Mélanchon aborde ces sujets fondamentaux et sérieux (qui se répétent et qui ont des conséquences qui s'amplifient), la répartition des richesses, des gains de productivité, les voleurs d'impôts.
On peut aussi dire que malgrè le corporatisme des journalistes du haut (ceux d'en bas sont tenu par le précaire), la dilution des sujets sérieux (dignes et graves) dans un flots de frivolités décrédibilise les média relais, majoritaires actuellement.
Quant on est dans la croissance réele pour les gens réels qui ont un travail réel, les coups de canifs dans le contrat social par les puissants sont tolérés et le rôle des média relais est supporté. Mais la baisse des opportunités d'élévation sociale concrète pour les gens normaux (volontaire et travailleur mais pas ultra diplomés, les petits self made men) annihile cette tolérance pour les secrets de polichinelle.
Journaliste, ce n'est pas nécéssairement un métier honorable actuelement (et je classe Médiapart dans les média éméteurs, honorable mais pas nécéssairement exempt de travail de décryptage)
Bravo pour le jugement péremptoire, décréter que quelqu'un est intelligent parce qu'il est habile et cynique. fort très fort.
s'il suffit d'être intelligent , cynique, menteur: alors vive Sarko, Vive Pétain, Vive Laval,vive Tony Blair, vive Berlusconi et tant pis pour la démocratie.
Morte au nom du cynisme, de l'habileté et du droit de raconter des histoires.
Jean Bachèlerie
Pour l'anectode, il me semble que Laval détenait, et c'est peut être encore le cas, les meilleurs résultats pour les concours d'entrée à l'ENA...
Quand on se pare de la toge romaine, "Gravitas et Dignitas", faut se méfier, le numéro de cirque n'est pas loin... .
Mais Méluch n'as pas tord en faisant remarquer au débutant journaliste que ce n'était vraiment ni le moment ni l'endroit pour poser cette question. Au début Mélenchon le lui a d'ailleurs fait très tranquillement remarquer, mais l'autre a insisté lourdement, il cherchait visiblement le buzz, il l'a eu !!
Quand à le comparé à Frêche parce qu'il a une "grande gueule", je trouve que c'est un peu facile. Si on devait jeter l'anathème sur toutes les grandes gueules de la politique, à commencer par De Gaulle, on aurait du boulot !!
Pas de "h" à Lituanie et si vous ne voyez pas la différence entre Frêche et Mélenchon, il faut changer de lunettes et vous abonner au Figaro mon vieux.
Venir au secours d'un journaliste idiot, c'est ridicule.