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Syrie: Ne touchez pas aux Goubas (6).

En y repensant, la tête de ma belle-mère m'a toujours fait penser à une Gouba, pas du tout à une femme voilée comme on le comprend ici. Bon, je reconnais que c'est un peu technique pour les non-initiés, mais c'est pourtant une différence essentielle des femmes bédouines. Une caractèristique. Une vraie aide pour décrypter "la rue arabe". Impossible de les mélanger avec une dame d'Alep, ou une mère de famille de Damas. Des coiffures style gouba, j'en ai vu jusqu'au Wadi Rum et au Wadi Moussa, dans le sud de la Jordanie. En Irak, il y en a plein. En Egypte j'essaye de me souvenir depuis tout à l'heure mais ça vient pas...Au Caire, non. Il me semblebien pourtant en avoir vu dans le Sinaï, mais je ne suis plus très sure. En tous cas au Liban, pas de souvenir d'en avoir croisées. Même au fin fond de la Bekaa nord, même à l'extrême sud du pays. En Turquie par contre, pas sur la côte bien entendu, mais côté kurde, dans les montagnes par là...y'en a. beaucoup.

Quant aux Goubas, pour le coup, je n'en ai vu qu'en Syrie. Et encore, dans le désert centre de la Syrie. Paumé autant dire. Le seul endroit ou j'en imaginerais possiblement ce serait paumé en Irak, mais je n'en ai pas entendu parler.

 

Et n'allez pas me dire que vous confondez encore la Gouba d'avec la Koul'h, parce que sinon on n'y arrivera jamais!

Des questions?

 

Bon d'accord, j'arrête.

La Gouba c'est comme un sein de femme. Je veux dire la forme d'un sein de femme. On peut aussi dire une tête d'obus mais ça me plait moins. Surtout actuellement. Enfin bref...

C'est une habitation. Donc vous imaginez un immense sein de femme en terre et torchis, avec une petite porte et parfois une fenêtre mais ça c'est loin d'être obligatoire. Après, toute les variantes sont possibles très grande pour recevoir ou plusieurs moyenne collées les unes aux autres pour la cuisine et les stocks. Plus petite, comme dans la cour de mes beaux parents, avec plein de niches sur les murs intérieurs pour en faire un pigeonnier. Je me souviens d'en avoir vu une sur la route d'Alep, avec deux portes en face à face et le tout au sommet d'une petite colline, pour que l'air circule j'imagine...Je me rappelle aussi, près d'un genre de marécage à moitié asseché sur la route entre Alep et Racca, d'un village entier où il n'y avait que des Goubas. Pas de grosses maisons toutes moches en parpaings apparents et dalle de béton comme jardin. Non. Un village préservé. C'était magnifique. Des lignes de Goubas blanches, certaines couleur terre jaune, au soleil couchant. Irréel. Un côté « village d'une autre galaxie » dans la guerre des étoiles. Je me demande ce qu'il est devenu d'ailleurs ce village. On avait demander l'hospitalité pour la nuit et on nous avait hébergé dans une petite Gouba blanchie à la chaux avec des étagères, directement moulées au mur. Il n'y faisait pas trop chaud (je pense que c'est le grand avantage de la gouba, en fait) et l'odeur de la terre parfumait l'air en même temps que celle du feu de bois. C'était magique.

 

Dans la gouba de la cour de mes beaux parents c'était moins magiques parce qu'on manquait de se prendre un pigeon dans le nez à chaque fois qu'on ouvrait la porte. Mais par exemple, il n'y avait aucune odeur désagréable....une vague odeur de foin me remonte dans le nez en écrivant, mais rien de plus.

 

Alors ma belle mère, donc avec ces trois foulards sur la tête eh bien le cône que finissait par former le haut de son crâne, c'était exactement la même forme qu'une gouba. Parce que si vous voulez, le dernier foulard, celui tout léger, un voile en fait, noir avec de grand dessins bordeaux il ne tombait pas à droite et à gauche de sa tête mais elle l'enroulait autour de son crâne en faisait le tout petit noeud généralement devant, très au dessus des yeux. Je ne sais pas pourquoi j'en parle au passé d'ailleurs, elle le fait toujours comme ça, sauf quand elle est malade parce que mine de rien ça demande pas mal de temps. Ça doit être parce que j'ai peur et qu'au téléphone, on voit pas assez.

 

C'est comme les goubas d'ailleurs, j'ai aussi de nombreuses raisons de m'inquiéter parce que ça prend un temps fou à faire pour que ça tienne bien, ce cône géant. Il y a des saisons déjà, parce que s'il pleut c'est foutu et puis si j'ai bien compris il faut être plusieurs pour finir afin que l'arc de voute ne s'effondre pas. Ce n'est pas n'importe qui qui peut construire une Gouba. Alors que n'importe qui peut prendre un bon parpaing, lui mettre un peu de béton dans les trous et en coller un au dessus...Peu importe que ce soit moche comme tout et que l'on crève de chaud à l'intérieur...ça rendait dingue mon beau père (lui, j'en parle au passé mais ce n'est pas par erreur malheureusement).

Il faut dire que pour un maire de village, le parpaings, c'est comme les mauvaises herbes d'un jardinier, il faut gérer...

Enfin bref, vous l'avez compris, les Goubas ne courent plus le désert. J'ai bien quelques adresses mais j'avoue qu'actuellement, je me dis que les Goubas, comme tout ce qui est rare et précieux en Syrie...Enfin bref.

 

Espérons que les hommes soient sages.

(un ange passe)

 

On pourra toujours dormir sous des koul'h, n'est-ce pas? Et n'allez pas me dire que c'est une tente parce que je me fous en colère.

 

 

 (cliquez ici pour avoir accès au huitième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie) C'est dans cet article que j'explique mon désaccord avec l'édition spéciale de  Médiapart et à la suite duquel, je suis revenue sur mon blog...

 (Cliquez ici pour avoir accès au septième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

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